14 juillet 1919 : le signe de Versailles après la signature du traité de paix

Le 14 juillet 1919, deux semaines après la signature du traité de Versailles, un défilé militaire d’une ampleur sans précédent marque la fin de la Grande Guerre pour la France. L’opinion publique est partagée : une partie des Français se réjouit de la fin de la guerre et manifeste bruyamment son soulagement, tandis que d’autres (principalement ceux qui ont le plus souffert) se refusent à participer aux réjouissances.

Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919 dans la Galerie des Glaces du château de Versailles, met réellement fin à l’état de guerre entre l’Allemagne et les Alliés. Le 14 juillet devient ainsi le moment public où la victoire et la paix sont célébrées, mais aussi celui où apparaissent les profondes déceptions suscitées par le règlement de l’après-guerre.

De l’armistice du 11 novembre 1918 au traité de Versailles

La guerre prend fin le 11 novembre 1918 par la signature de l’armistice mais il faudra attendre juin 1919 pour la signature du traité de paix. « L’armistice n’est pas un traité de paix ni une capitulation, c’est un cessez-le-feu. C’est-à-dire qu’à partir du moment où le cessez-le-feu est signé, on arrête les combats dans les conditions qui sont indiquées dans le document. Le traité de paix viendra plus tard, avec le Traité de Versailles en juin 1919 (…). Finalement, aujourd’hui, dans l’esprit des Français, il est le document qui marque la fin de la guerre. D’ailleurs, la fin de la Première Guerre mondiale est commémorée le 11 novembre et non en juin », souligne Cécile Bosquier-Britten.

Le 11 novembre 1918. Forêt de Compiègne, en France. Réunies dans la petite clairière de Rethondes, les deux délégations françaises et allemandes s’apprêtent à signer l’Armistice. L’endroit est isolé, calme, afin de préserver une atmosphère propice aux négociations, selon le souhait du maréchal Foch, commandant en chef des armées Alliées.

« À l’automne 1918, après quatre ans de combat, l’armée allemande est militairement très affaiblie. Elle accumule défaite sur défaite, ses alliés se retirent. Le gouvernement allemand demande alors le 4 octobre 1918, par l’intermédiaire du représentant des armées Alliées, le président américain Wilson, d’entamer des négociations d’armistice. » - Cécile Bosquier-Britten, chef de la division guerre et armée de Terre au SHD de Vincennes.

L’armistice est signé à cinq heures du matin. Le cessez-le-feu est effectif sur le front à 11 heures, entraînant dans toute la France une volée de cloches et de clairons. Le pays fête la victoire, d’autres pleurent leurs morts ou leurs disparus. Le bilan humain est très lourd : 20 millions de morts et des millions de blessés.

La durée de l’Armistice était de 36 jours. Les plénipotentiaires devant participer à la signature de la paix n’étant pas tous arrivés, l’Armistice signé à Compiègne a dû être prolongé.

La convention d’armistice du 11 novembre a pour but de mettre cette dernière hors d’état de reprendre la guerre, en l’obligeant à livrer une part importante de son matériel de guerre, de son matériel de transport et de sa flotte, puis de lui faire évacuer les territoires envahis et rapatrier les prisonniers de guerre alliés, le sort des prisonniers allemands ne devant en revanche être réglé qu’au moment de la conclusion des préliminaires de paix.

Armistice de Rethondes 11 novembre 1918

Cinq mois de négociations à Paris

Les négociations de paix avaient commencé cinq mois plus tôt, le 18 janvier 1919, dans le décor rouge et or du salon de l’Horloge au Quai d’Orsay. La date et le lieu, choisis par Clemenceau, sonnaient comme une revanche. Le 18 janvier était le jour anniversaire de la proclamation de Guillaume Ier comme empereur, qui avait eu lieu dans la galerie des Glaces, là même où est signé le traité de paix en 1919.

Les négociations sur les conditions de paix se sont tenues à Paris entre janvier et juin 1919. Ces dernières ont été compliquées : les Alliés mènent seuls ces discussions et peinent à trouver un terrain d’entente.

La « conférence de la paix » réunit officiellement les représentants des 27 Etats appartenant à la coalition alliée (l’Allemagne vaincue est exclue des débats). Les nations vaincues et celles qui leur succèdent l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie, la Bulgarie, la Turquie ne sont pas conviées, pas plus d'ailleurs que la Russie pour cause de bolchevisme.

C'est une différence importante avec les négociations de paix à Vienne en 1815, le grand congrès de paix européen du siècle précédent. Autre changement, le nombre de pays participants : ils étaient 5 lors du congrès de Vienne, ils sont 27 lors de la conférence de Paris.

Les délégations elles-mêmes sont beaucoup plus nombreuses, plusieurs centaines de personnes en moyenne, accompagnées par des armées de chauffeurs et de secrétaires, et plus de 500 correspondants de presse. « Entre janvier et juin, Paris fut tout à la fois le gouvernement du monde, sa cour d'appel et son Parlement : ce fut le lieu sur lequel convergeaient toutes les craintes et tous les espoirs », résume l'historienne Margaret Macmillan.

La conférence de la paix est un édifice soigneusement hiérarchisé, dans lequel les représentants de quelques grandes puissances mènent le jeu. Dans les deux premiers mois, deux délégués français, britanniques, italiens, américains et japonais sont réunis sous la présidence de Clemenceau dans les salons du Quai d'Orsay.

Puis ce conseil des Dix, où interviennent aussi ponctuellement les représentants de plus petits pays, fait place à un conseil des Quatre, avec Clemenceau, les Premiers ministres anglais et italien Lloyd George et Orlando, et le président américain Wilson, le premier chef d'État américain à se rendre à l'étranger en cours de mandat.

Les débats sont en fait dominés par les représentants français (Clemenceau), anglais (Lloyd George), américain (Wilson) et italien (Orlando). Les nombreuses rencontres personnelles entre ces quatre hommes, au cours desquelles les principales décisions sont adoptées, ont parfois été surnommées le « Conseil des Quatre ».

A la fin avril, ce sont en fait surtout Clemenceau, Wilson et Lloyd George qui décident de l'essentiel, souvent au terme de discussions très vives où les tensions entre les trois hommes apparaissent au grand jour. Les diplomates professionnels y perdent en influence au profit des politiques.

Leur pouvoir se concentre au sein de 52 commissions, qui travaillent sur les questions techniques les plus diverses, comme le tracé des frontières des nouveaux États, le sort des minorités ou la question des réparations.

Cela dit, le déroulement de la conférence reste assez chaotique. Nul n'avait prévu exactement comment les négociations devaient avancer ni à quel rythme. Parfois, des interlocuteurs importants sont contraints de s'absenter, comme Wilson qui rentre aux États-Unis pendant près d'un mois à partir de la mi-février.

Il faut aussi attendre la mi-avril pour qu'un ordre du jour soit fixé et un compte rendu établi pour chaque réunion. La rédaction du traité de paix et de ses 440 articles se fait finalement dans la plus grande hâte. Le texte n'est relu par les délégations des pays vainqueurs que quelques heures avant d'être transmis aux vaincus.

Les objectifs contradictoires des vainqueurs

Chaque chef de délégation était arrivé à Paris avec ses propres objectifs, porté par les attentes de son opinion publique. Mais tous ont en commun une préoccupation prioritaire : le sort fait à l'Allemagne dans l'Europe d'après-guerre.

Pour la France, c'est à la fois une question de sécurité et une question de droit : dix départements ont fait l'expérience directe des combats ou de l'occupation, et le pays a perdu un quart de ses hommes âgés de 18 à 27 ans.

Face à l'ampleur des sacrifices consentis pendant quatre ans, Clemenceau se montre cependant réaliste et confie au président Poincaré : « Nous n'aurons peut-être pas la paix que vous et moi souhaiterions. La France devra faire des concessions, pas à l'Allemagne, mais à ses alliés. »

Clemenceau souhaite assurer l'hégémonie de la France sur le continent européen et obtenir un écrasement de l'Allemagne afin d'empêcher toute guerre de revanche. Une vision impérialiste qui se heurte aux résistances de Lloyd George, soucieux de préserver quelque peu l'Allemagne afin de maintenir un certain équilibre entre les puissances continentales en Europe.

Pour les Britanniques, qui suspectent les Français d'ambitions annexionnistes en Rhénanie, le renforcement de la puissance française sur le continent européen est au moins aussi préoccupant que la question de la puissance allemande.

Le Premier ministre Lloyd George cherche alors à concilier ce qu'il considère comme un juste châtiment pour les crimes de guerre commis par les Puissances centrales et le maintien des équilibres économiques en Europe. Lloyd George, fidèle à la théorie de l’équilibre des puissances, voudrait la ménager pour ne pas créer une hégémonie française sur le continent et dresser un rempart solide contre le bolchevisme.

Quant au président américain Wilson, il a toujours considéré que la paix devait être une « paix juste » - fondée sur une sorte de pacte moral qu'il appelle « covenant » -, qu'elle ne pouvait se faire au prix d'un affaiblissement excessif de l'Allemagne et qu'il fallait faire une distinction entre le peuple allemand et ses dirigeants, seuls responsables de la guerre.

Le président américain Wilson souhaite surtout défendre les principes exposés dans ses quatorze points : défense de la paix, droit des peuples à disposer d'eux-même, institution d'une société des Nations.

Enfin, Orlando souhaite obtenir satisfaction des promesses qui ont été faites à l'Italie lors de son entrée en guerre aux côtés des Alliés (terres irrédentes) : l'annexion de Fiume et de Trieste lui ayant été refusé, Orlando quitte la conférence le 24 avril 1919.

Le « moment Wilson » et l’espoir d’une nouvelle diplomatie

Par les quatorze points de son programme de paix, présenté devant le Congrès le 8 janvier 1918, le président des États-Unis Thomas Woodrow Wilson (1856-1924) entend rappeler le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et préconiser une nouvelle organisation du monde.

Tout en prévoyant le retour de l’Alsace-Lorraine à la France, il souhaite ménager l’Allemagne, pour éviter tout esprit de revanche et pour retrouver un partenaire économique.

Car le but affirmé lors des négociations de paix de Paris n'est pas seulement de châtier les pays tenus pour responsables du déclenchement de la guerre. Il est aussi de mettre en pratique les idées avancées par Wilson dans son discours du 8 janvier 1918 sur les « quatorze points » et de bannir la guerre une fois pour toutes : on le voit bien notamment dans le projet d'une Société des nations « point 14 ».

« Nous n'avions pas à préparer seulement la paix, mais une paix éternelle », confie un jeune diplomate britannique, Harold Nicolson. « Il y avait sur nos têtes comme l'auréole d'une mission sacrée. »

La présence du président américain sur le sol européen a fait naître des espoirs comme aucun autre chef d'État étranger n'en avait jamais suscités. Tout au long du parcours qui le conduit à Paris, Wilson reçoit un accueil extrêmement enthousiaste.

Dès son arrivée en France, le maire de Brest, où il débarque le 13 décembre 1918, le salue comme « l'apôtre de la liberté » qui vient libérer les peuples européens de leurs souffrances. « Il avait cessé d'être un homme d'État ordinaire pour devenir une sorte de messie », note l'écrivain anglais H. G. Wells au début des années 1930.

C'est ce que l'historien Erez Manela appelle le « moment Wilson » : une période brève de quelques mois où tout semble possible, sous l'influence des États-Unis et du nouvel ordre mondial promis par le président américain.

Or, tandis que les spécialistes des relations internationales ont longuement exploré la dimension européenne des négociations de paix, on a longtemps négligé leur répercussion hors du monde occidental. Et pourtant, le début de l'année 1919 est marqué par la diffusion dans le monde entier du « droit à l'autodétermination ».

Ce thème était déjà apparu en 1917 sous la plume de Lénine et Trotsky dans la perspective d'affaiblir l'Empire russe. Mais c'est Wilson qui l'a véritablement popularisé en en faisant l'expression de la souveraineté du peuple government by consent.

Contrairement à ce que l'on croit généralement, le « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » n'est pas consigné tel quel dans le discours des « quatorze points ». Il faut attendre le 11 février 1918 pour que Wilson en parle devant le Congrès américain, et sans que ce droit prenne d'ailleurs valeur universelle : dans la pratique, Wilson vise surtout les territoires de l'Empire allemand, l'Empire austro-hongrois et l'Empire ottoman mais pas les colonies asiatiques ou africaines.

Le choix de Versailles : mémoire, revanche et humiliation

Le 28 juin 1919, le château de Versailles est en effervescence, et la Galerie des Glaces au coeur de l'attention internationale. Choisie comme lieu de la signature du traité de paix, la Grande Galerie dessinée par Mansart retrouve une fois encore le rôle politique que les rois lui avaient assigné.

Le choix de la date et du lieu de la signature ne sont pas laissés au hasard : le 28 juin, cinq ans jour pour jour après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche à Sarajevo ; et la Galerie des Glaces en réponse à la proclamation de l'Empire allemand dans la Galerie des Glaces, le 18 janvier 1871.

Le lieu choisi, la Galerie des Glaces du château de Versailles, est censé laver l’affront qu’avait représenté la proclamation du Reich allemand en ce même lieu en 1871. La date se réfère à l’assassinat cinq ans plus tôt de l’Archiduc François-Ferdinand.

La proclamation de l'Empire allemand dans la Galerie des Glaces en 1871 aurait pû être la dernière étape de cette relation complexe, mais la Première Guerre mondiale vient raviver ces tensions.

Les campagnes de Louis XIV en Allemagne et notamment le sac du Palatinat en 1688 marquèrent les esprits des contemporains, et le ressentiment ne quittera plus l'âme allemande. Sous l'Empire, la victoire d'Iéna et l'entrée de Napoléon à Berlin en 1806 poussent l'humiliation à son paroxysme.

L'économiste Keynes, qui participe à la délégation britannique, nous a laissé un portrait féroce de Clemenceau : « Silencieux, ganté de gris sur son fauteuil tendu de brocart, l'âme sèche et vide d'espérances, très vieux et très fatigué mais contemplant le spectacle d'un air cynique et presque malicieux. »

Le 28 juin 1919, sur les coups de 15 heures, deux émissaires allemands en tenue de cérémonie sont introduits dans la galerie des Glaces du château de Versailles et s'avancent, escortés par une garde de soldats alliés.

Hermann Müller, le nouveau ministre allemand des Affaires étrangères, et Johannes Bell, le ministre des Transports, sont venus signer le traité de paix qui mettra un terme à la Première Guerre mondiale.

« C'était une mise en scène très élaborée et calculée pour humilier l'ennemi au maximum », note le colonel House, conseiller diplomatique du président Wilson. « A mon avis, cela ne correspond pas avec la nouvelle ère que nous prétendons avoir un si ardent désir de promouvoir », ajoute-t-il, en reprochant au président du Conseil français Georges Clemenceau d'avoir conçu une cérémonie semblable à un triomphe romain.

Les deux délégués allemands sont obligés de défiler devant une délégation de « gueules cassées », reproche vivant contre les exactions des puissances vaincues. Pour la première fois dans l'histoire, la signature d'un traité est filmée.

« [Les deux Allemands] sont passés à côté de moi. On aurait cru des prisonniers conduits là pour la lecture de la sentence », rapporte un diplomate anglais.

Signature du traité Versailles Galerie des Glaces

La cérémonie du 28 juin 1919

En prévision de la cérémonie de la signature, personnels du Château et membres du gouvernement œuvrent à la métamorphose de la Galerie. Sur le parquet sont disposés 24 tapis de la Savonnerie prêtés par le Mobilier National, que des couturières cousent bords à bords.

Au centre de la Galerie, on construit une imposante table en fer à cheval. De chaque côté, des rangées des banquettes sont destinées à accuellir les journalistes (côté Salon de la Guerre), et les invités (côté Salon de la Paix).

Les signataires siègeront au centre de la Galerie, parmi lesquels Georges Clemenceau, entouré de Woodrow Wilson, Sidney Sonnino et David Lloyd George.

La séance dure cinquante minutes. Aucun décorum, aucune musique pour célébrer ce moment solennel. Dès 13h45, les signataires alliés passent la Grille d'Honneur en voiture, sous les honneurs de la garde républicaine.

Le public assiste à un véritable ballet de véhicules : les uns après les autres, les passagers sont déposés au pied de l'Escalier de la Reine, qu'il gravissent avant de se rendre à la Galerie des Glaces. A 14h10, Clemenceau arrive sous les acclamations de la foule.

De l'autre côté du Château, à l'Hôtel des Réservoirs où est logée la délégation allemande, Hermann Müller et Johannes Bell montent dans l'automobile qui les conduit, à travres le parc, au pied du Château, dans lequel ils pénètrent par l'ancien Grand Cabinet de Madame Victoire.

Là les y attend Pierre de Nolhac, conservateur du Château. C'est ce dernier qui les conduit jusqu'à la Galerie des Glaces.

Pierre de Nolhac, « La résurrection de Versailles » : « Je pris la tête du petit cortège et l'acheminai, par des salons qu'on dut trouver interminables, à l'escalier de marbre où les gardes républicaines faisaient la haie sur les marches. (. ) C'était, pour quelques instants encore, l'ennemi qui passait et le vaincu, et je voyais dans les yeux d'Hermann Müller se former des larmes qu'il ne pouvait dissimuler. »

Les signataires allemands pénètrent dans la Galerie par le Salon de la Paix, et s'installent, dans un lourd silence, à l'une des tables. Rarement la Grande Galerie n'a vu autant de monde siéger entre ses murs.

À l'invitation de Clemenceau, Müller et Bell sont les premiers à signer le traité de paix. Après eux, chaque délégation s'approche du bureau pour signer. A 15h55, le dernier signataire regagne sa place.

À l'issue de la cérémonie, la délégation allemande quitte le Château par les jardins, sous les yeux de la foule qui a investi le Parterre d'eau. Après elle, les « quatre grands », Clemenceau, Wilson, Sonnino et Lloyd George, sortent dans les jardins, sous les acclamations de la foule.

Les principales clauses imposées à l’Allemagne

Pour finaliser l’Armistice de 1918, le 28 juin 1919 fut signé le traité de Versailles qui fixait les dédommagements dus par l’Allemagne vis à vis des Alliés ainsi que de nouvelles frontières en Europe.

Voici quelques éléments sur les 231 articles qu’il comporte :

  • L’Allemagne est considérée comme seule responsable de la guerre.
  • Elle perd 1/7 ème de son territoire.
  • Elle renonce à ses colonies en Afrique.
  • Elle n’a pas le droit d’entretenir des forces armées.
  • Elle doit rembourser des sommes colossales aux alliés.

Les clauses sont très dures pour le vaincu même si Clemenceau n'a pu obtenir satisfaction de toutes ses exigences pour un affaiblissement complet de l'Allemagne.

L'Allemagne est amputée du huitième de son territoire et du dixième de sa population de 1914 : elle perd l'Alsace-Lorraine, restituée à la France, les cantons d'Eupen et Malmédy, confiés à la Belgique, tandis qu'à l'Est, de nombreux territoires reviennent à la Pologne, reconstituée, qui obtient un débouché vers la mer (corridor de Dantzig) entraînant ainsi une séparation de la Prusse orientale du reste de l'Allemagne.

L'avenir de deux territoires allemands reste incertain : la Sarre à l'Ouest (placée sous contrôle de la SDN pour une durée de quinze ans au terme desquels un plébiscite doit être organisé), la Haute-Silésie à l'Est (un référendum doit décider de l'annexion éventuelle de cette province à la Pologne).

Pour garantir la France de toute nouvelle agression allemande, l'armée allemande est limitée à 100 000 hommes, sans aviation ni chars d'assaut, ni artillerie lourde tandis que la Rhénanie est totalement démilitarisée.

Il est perçu comme dur et injuste par la plupart des Allemands, dans ses clauses de sauvegarde (occupation de la rive gauche du Rhin et de trois têtes de pont sur la rive droite pendant quinze ans, démilitarisation de la Rhénanie), mais surtout parce qu’il en fait les seuls responsables du conflit.

La responsabilité de la guerre et les réparations

Ce sont surtout les articles 231 et 232 du traité qui ont été beaucoup discutés par la suite : le premier énonce la responsabilité de l'Allemagne et des Puissances centrales dans les dommages subis par les Alliés ; le second en tire la conclusion que l'Allemagne coupable doit réparer pour les préjudices qu'elle a causés.

Les gouvernements alliés et associés déclarent et l’Allemagne reconnaît que l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les gouvernements alliés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre qui leur a été imposée par l’agression de l’Allemagne et de ses alliés.

Il effectue ainsi une lecture très précise des origines de la guerre, allouant à l’Allemagne les responsabilités du conflit, ce qui pèse sur toutes les affaires internationales du monde de l’après-1919, et même sur les débats politiques internes pour les pays les plus directement impliqués.

Les immenses réparations pécuniaires imposées à l’Allemagne s’appuient sur cet article. Le principe de réparations que doit verser l'Allemagne à ses vainqueurs est ainsi adopté, sans que l'on puisse se mettre d'accord sur le montant de celles-ci : le soin d'établir le réglement financier de la guerre est renvoyé à une autre conférence spécifique.

Peu importe finalement que le grand historien Pierre Renouvin, lui-même ancien combattant de la Première Guerre mondiale, ait montré très tôt que les termes « responsabilité » et « réparations » devaient être entendus au sens du droit civil.

Pour les Allemands et pour la plupart des Alliés, il s'agissait bien d'une forme de condamnation morale : la plus insupportable sans doute pour un pays comme l'Allemagne qui avait perdu plus de 2 millions d'hommes.

Quant à la question des réparations, elle a donné naissance à une abondante littérature. Depuis la publication en 1919 du pamphlet de l'économiste Keynes Les Conséquences économiques de la paix, écrit en un été et devenu rapidement un best-seller, une première tendance a souligné les conséquences désastreuses des réparations sur l'économie allemande et sur la jeune république de Weimar.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c'est Keynes, à l'inverse, qui se trouve mis en accusation. Dans un texte célèbre, Étienne Mantoux le fils de l'historien Paul Mantoux, qui fut l'interprète militaire de Clemenceau à la conférence de la paix lui reproche tout à la fois d'avoir diffusé la légende noire du traité de Versailles, provoqué le rejet de sa ratification par le Sénat américain et entraîné le développement d'une attitude d' appeasement à l'égard de l'Allemagne nazie.

Une longue tradition historiographique est née de ce renversement de perspective, jusqu'aux travaux récents de l'historien Niall Ferguson qui fait remarquer qu'entre 1920 et 1932, de négociations en négociations, les réparations effectivement payées par l'Allemagne n'ont jamais représenté plus de 8,3 % de son revenu national.

L'Allemagne avait-elle les moyens de payer ? C'est certain. Keynes s'est-il laissé influencer par la propagande des banquiers allemands ? C'est probable. Il n'en reste pas moins que la question des réparations a empoisonné les relations diplomatiques durant toute l'entre-deux-guerres leur montant a fait l'objet de négociations sans fin, dans une vingtaine de conférences successives et alimenté les passions nationalistes du peuple allemand.

Le 14 juillet 1919 : une victoire officiellement célébrée

Le 14 juillet 1919, deux semaines après la signature, un défilé militaire d’une ampleur sans précédent marque la fin de la Grande Guerre pour la France.

La cérémonie nationale s’inscrit dans l’euphorie de la victoire, mais cette euphorie n’est ni uniforme ni durable. Les cloches, les drapeaux, les canons et les rassemblements publics expriment le soulagement d’un pays qui vient de sortir de quatre années de combats.

Cloches, drapeaux, canons… Le maire de Saint-Laurent-Blangy, dont, on le sait, il ne reste que des ruines, a reçu une note du Ministre, l’invitant à « faire sonner les cloches à toutes volées », à illuminer et pavoiser tous les édifices et à s’entendre avec l’autorité militaire « pour que le canon soit tiré au maximum » ; le Ministre oublie que pendant quatre ans le canon a été tiré chez nous « au maximum » ; ce maximum nous suffit pour quelques temps ; quant aux drapeaux, nous les accrocherons aux premiers pans de murs que le Ministre nous aura reconstruits.

Le défilé du 14 juillet donne donc un signe visible de la victoire française et de la fin du conflit, mais il ne fait pas disparaître les ruines, les deuils ni les revendications des régions dévastées.

Une opinion française profondément divisée

En France, si la paix est globalement acceptée, certains secteurs de l’opinion publique considèrent comme insuffisantes les garanties obtenues contre un retour offensif de l’Allemagne.

Le vote de la Chambre des députés est toutefois acquis le 2 octobre 1919, celui du Sénat le 11 octobre 1919. Mais dans la presse, les critiques et regrets se multiplient.

Cette déception est particulièrement virulente dans les régions dévastées, comme en témoigne l'article de Gabriel Aymé paru le 26 juillet 1919 dans Le Lion d'Arras, ce qui lui vaut d'être partiellement censuré.

« La paix est signée C’est fait ; nous n’avions jamais nourri l’espoir que les Allemands refuseraient la signature ; nous avions trop intérêt à ce refus ; huit jours d’opérations, qui n’auraient pas rencontré de résistance, nous eussent permis de revenir sur les trop fameux Quatorze Points, acceptés follement par les gouvernants alliés, à la veille de la capitulation allemande. »

« Je n’ai pas la place de donner ici une analyse du traité de paix ; il nous rend l’Alsace et nous promet quelques réparations ; c’était bien le minimum que nous pussions en attendre. »

« Il nous refuse les frontières militaires solides qui nous eussent permis de supprimer, chez nous comme chez les autres, le service militaire obligatoire. »

« Il dispense les Allemands de payer les frais de la guerre, qui nous coûtera ainsi plus de deux cent milliards ; à tel point que demain les charges financières qui pèseront sur chaque Allemand (4 000 francs) seront près de la moitié de celles qui pèseront sur chaque Français (7 000 francs). »

« Les alliés ont eu la faiblesse de se refuser à considérer les Allemands comme le commerçant failli dont on liquide les biens ; l’Allemagne va passer quelques années pénibles, c’est entendu ; mais dans dix ans, peut-être moins, il sera plus agréable d’être allemand que d’être Français ; tel est le résultat de la Grande Guerre victorieuse. »

« Nous avons pavoisé pour l’armistice ; mettons un crêpe à notre drapeau ; ou mieux, abstenons-nous ; gardons le silence et le calme ; et - puisque toute démonstration serait inutile - résignons-nous à la paix indigne de la victoire. »

D'autres journalistes déplorent également la situation en utilisant d'autres arguments pour accabler le gouvernement.

« Oui, mais la guerre n’est pas finie pour nous, les « glorieux » sinistrés ! À l’heure où la République allemande accepte le traité que lui imposent les puissances alliées, il serait de mauvais ton, peut-être, de critiquer ce document… extraordinaire. »

« Ce qu’il faut dire cependant, avec tristesse, c’est que la guerre finit trop tard. Si le gouvernement eût écouté à la fameuse séance à huis clos de 1917 M. Briand, ancien président du Conseil, le massacre aurait cessé il y a deux années. »

« La Paix qu’on nous offrait à l’époque était une vraie victoire. Elle aurait épargné à la France et à l’Europe quelques millions de cadavres et quelques centaines de milliards de dépenses. »

« On a préféré continuer la bataille. On a fait la guerre. Et c’est une France victorieuse encore, mais affaiblie et ruinée, qui s’est présentée à la Conférence de 1919. »

« Nous pouvons le clamer, nous autres les vrais vaincus de l’horrible carnage, nous autres à qui il reste des ruines à réparer et des yeux pour pleurer. »

À Arras, la célébration prend une tonalité particulièrement sombre. Jour de paix terne à Arras. Nos gens ont compris qu’ils n’avaient pas le droit de se réjouir devant l’étendue de leurs ruines et l’impéritie des pouvoirs publics.

Les drapeaux, les coups de canon à blanc, les farandoles, le champagne, tout cela c’est bon pour l’autre France et pour sa capitale Paris, pour ce Paris dont les habitants, il y a douze mois, décampaient comme des lapins, sous la menace des Boches et de leurs Berthas.

Nos sinistrés ont autre chose à faire qu’à godailler. Il leur faut redoubler d’ardeur en vue de l’hiver prochain. Et quel hiver, s’il faut le passer dans des baraques en planches ou des maisons trouées.

Nous ne fêterons la paix chez nous que dans dix ans…

Défilé militaire 14 juillet 1919 Paris

Une paix de compromis

Avec le recul, la paix de Versailles, que l'on a souvent présentée comme une paix de vainqueurs, est en fait une paix de compromis.

Compromis entre les aspirations idéalistes de Wilson et une approche plus réaliste de l'après-guerre. Entre les objectifs de chaque nation et la nécessité pour chacun de ménager ses alliés. Entre la haine de l'Allemagne, qui atteint son paroxysme à la fin de la guerre, et le besoin de réintégrer peu à peu les vaincus dans le concert des nations.

Le traité de Versailles devait mettre un terme définitif au conflit entre la France et l'Allemagne. Le traité doit préparer une paix durable qui tienne compte des intérêts et des attentes de chacun des vainqueurs, en cherchant également à reconstruire l’Europe, après le conflit le plus meurtrier et destructeur de l’Histoire.

La présence des « gueules cassées » rappelle les atrocités de la guerre à ceux qui sont accusés de l’avoir provoquée. Le bilan de la Première Guerre mondiale explique le poids des exigences de sécurité et de réparation qui s’expriment à Versailles.

ÉlémentDonnée
Hommes mobilisés dans le monde73 799 467
Morts et disparus9 405 315
Soldats blessés21 219 152
Prisonniers de guerre7 613 945
Hommes mobilisés par la France7 891 000
Morts français1 375 800
Militaires français blessés4 266 000

La réception allemande et la fragilité de la paix

Le traité a été signé, avec réserves, par deux membres du gouvernement allemand, le ministre des Affaires étrangères Hermann Müller et le ministre des Transports Johannes Bell. L’Assemblée nationale allemande en vote l’adoption par 237 voix contre 138 pour éviter l’occupation.

Le 17 juin 1919, le traité de paix est soumis à la délégation allemande menée par le ministre des Affaires étrangères Ulrich von Brockdorff-Rantzau. Les contre-propositions allemandes sont toutes rejetées.

Face aux pays alliés, l’Allemagne doit s’incliner. Brockdorff-Rantzau démissionne finalement afin d’éviter d’avoir à signer ce « diktat ». Il est remplacé par Hermann Müller, le nouveau ministre des Affaires étrangères et Johannes Bell, ministre des Transports, qui resteront, dans l’Histoire, les deux signataires allemands du traité de paix.

Le traité est accueilli par la population allemande avec une violente hostilité (« diktat ») et compromet dès le départ l’existence du nouveau régime de Weimar, qui reste pour toujours celui qui a accepté l’humiliation de Versailles.

Il est perçu comme dur et injuste par la plupart des Allemands, dans ses clauses de sauvegarde (occupation de la rive gauche du Rhin et de trois têtes de pont sur la rive droite pendant quinze ans, démilitarisation de la Rhénanie), mais surtout parce qu’il en fait les seuls responsables du conflit.

Les conséquences internationales du traité

Au lieu d'entériner la « nouvelle diplomatie » défendue par le président américain Woodrow Wilson le 8 janvier 1918 dans son célèbre discours sur les « quatorze points » pour sortir de la guerre, le traité a finalement perpétué une approche traditionnelle et arrogante des relations internationales.

En dépit de nombreux raccourcis simplificateurs - le terrorisme actuel est présenté comme un héritage direct de l'échec du wilsonisme -, David Andelman a le mérite de mettre l'accent sur un point important : et si le traité de Versailles avait eu un impact aussi fort à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'Europe en suscitant des mouvements de révolte antioccidentaux en Afrique et en Asie ?

Or, tandis que les spécialistes des relations internationales ont longuement exploré la dimension européenne des négociations de paix, on a longtemps négligé leur répercussion hors du monde occidental.

Comportant de nombreuses contradictions et instituant de nombreux problèmes de frontières et de minorités, les conditions d'application du traité de Versailles vont dominer l'ensemble des relations internationales tout au long de l'entre-deux-guerres et conduire à une nouvelle flambée des nationalismes.

Le refus du Sénat américain de ratifier le traité de Versailles (mars 1920) en compromet la bonne application à l'échelle internationale, les Etats-Unis renouant avec leur politique isolationniste et refusant de jouer un rôle d'arbitre entre les principales puissances européennes.

On l'a beaucoup accusé d'être trop dur à l'égard de l'Allemagne et d'avoir porté en germe la Seconde Guerre mondiale. On le lit aujourd'hui d'une tout autre manière.

Une longue tradition historiographique est née de ce renversement de perspective. D'aucuns considèrent ainsi le traité de Versailles comme l'un des facteurs directs de la Seconde Guerre mondiale.

L’Allemagne humiliée trouvera dans le nazisme une revanche. Au lieu de créer les conditions d’une paix durable, le traité de Versailles sera en partie à l’origine de la Seconde Guerre mondiale.

28 juin 1919 : le traité de Versailles met fin à la Première guerre mondiale

Le sens historique du 14 juillet 1919

Le 14 juillet 1919 ne constitue donc pas la date juridique de la paix : celle-ci est fixée par le traité signé à Versailles le 28 juin. Il représente plutôt la traduction populaire, militaire et symbolique de la victoire obtenue après l’armistice du 11 novembre 1918.

Pour une partie de la population, le défilé est le signe d’un retour à la paix et d’une victoire chèrement acquise. Pour les habitants des régions détruites, il rappelle surtout l’écart entre les cérémonies nationales et la réalité quotidienne des ruines, des deuils et de la reconstruction.

Après quatre années d’une guerre terrible, le premier conflit mondial de l’histoire prend fin à Versailles en 1919. « Paix » pour les uns, « diktat » pour les autres, le traité contient en germe les causes d’un second conflit, vingt ans plus tard.

Le 14 juillet 1919 porte ainsi un double signe : celui de la célébration de la victoire et celui d’une paix déjà contestée. Dans la mémoire française, l’armistice reste commémoré le 11 novembre, tandis que Versailles demeure associé à la signature du traité, à la revanche, à l’humiliation allemande et aux tensions qui vont peser sur l’Europe de l’entre-deux-guerres.

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