Grasse matinée et rythme circadien : décryptage d’un rituel du week-end

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Chaque matin, je me lève vers 5 h du matin, pour écrire et à chaque fois en ce moment je me demande pourquoi je réserve au week-end la grasse matinée, c’est-à-dire 7 h 30 environ. Mais si je regarde les horaires de mes petits-enfants, leur grasse matinée, dure jusqu’à onze heures du matin… C’est donc un concept très personnel la grasse matinée. Eh bien on va essayer de décrypter l’expression.

C’est vrai qu’on dit qu’on fait la grasse matinée quand on se lève tard, mais on ne parle pas de matinée maigre lorsqu’on se lève tôt. En fait, il y a des personnes, c’est mon cas, qui ne connaissent pas la grasse matinée, me lever après 8 h du matin ne m’arrive jamais, même les jours de fête, c’est ainsi. Alors, je me croyais anormal, mais je suis rassuré en lisant l’Histoire de ma vie, de George Sand, publiée en 1855, où au détour d’une page je lis que « pour la première fois depuis trois ans, j’avais dormi la grasse matinée » écrit-elle. Aujourd’hui on dit plutôt « faire la grasse matinée ». Bon évidemment se lever tôt n’a pas que des inconvénients, si je lis Sartre, dans Huis clos, il écrit qu’" Elle se levait la première et comme nous faisions la grasse matinée elle nous apportait le petit déjeuner au lit ". Voilà, les lève-tôt vont acheter les croissants… Alors pourquoi "grasse matinée".

J’avais appris y a fort longtemps que c’était la déformation de grant matinée qui a bel et bien existé au Moyen Âge, et grant prenant un s dans certaines déclinaisons, ce grants matinée avait été déformé en " grasse ". Mais aujourd’hui, je vois qu’on le fait venir de crassus, en latin, ce qui est « épais » avec une éventuelle analogie à l’adjectif gras, propre au jours de fête comme le mardi gras notamment. Et qui plus est de la longue matinée viendrait l’idée de s’engraisser… Faire honneur au soleil, se disait au XIXe siècle en tant que synonyme de faire la grasse matinée, c’est plus élégant dit finalement. Oui, mais s’il ne fait pas beau, s’il n’y a pas de soleil ? Eh bien il faut se recoucher et attendre qu’il apparaisse.

Dans un cimetière en bordure de chemin de fer, Babeth et Artémise, deux voisines de cercueil, discutent familièrement en évoquant les souvenirs de leurs vies passées, leurs petits tracas et leurs angoisses métaphysiques. Leurs journées sont rythmées par le passage des trains, le chant des oiseaux, les croassements d'un corbeau, au-dessus de leurs tombes, rappelant à l'une d'elles de troublants souvenirs. Le dialogue jubilatoire des deux femmes est ponctué de jeux de mots, de situations cocasses, tout en étant profond, philosophique et poétique. La pièce vous entraine dans un au-delà joyeux et mystérieux. Nous avons pris beaucoup de plaisir à assister à la représentation de cette pièce. Les comédiennes sont remarquables et d'une justesse incroyables. Le spectateur est invité ici à repenser sa propre "fin". Le sujet souvent tabou dans notre société est ici abordé avec un humour grinçant. Quelle extraordinaire pièce restituée avec bravoure par un duo de femmes époustouflantes! On est très vite happés. Moment intimiste et rire garantie. Allez-y ! vous ne regretterez pas. Un duo équilibré, drôle, original, d'une fluidité agréablement décalée et surprenante. Le jeu des actrices vous cueille dès le départ sans vous lâcher jusqu'à la fin. Quel beau travail bravo !!!! J'ai découvert ce texte magnifique, drôle, malicieux et philosophe, porté par deux comédiennes remarquables. Artémise est bluffante et nous transporte dans son univers fantaisiste et généreux. Un excellent moment. Travail de mise en scène et d'interprétation impressionnant. Vive le théâtre ! Belle mise en scène et en son qui met en valeur le texte de René de Obaldia et le jeu des comédiennes, excellentes toutes les deux. Tellement bien joué qu on est complètement pris dans la pièce !

Grasse matinée et science du sommeil

Pourquoi « grasse matinée » ? Ce que disent les sources scientifiques et les données récentes est nuancé. La grasse matinée est définie comme dormir au-delà de l’heure habituelle de réveil, le plus souvent le week-end, un jour férié ou pendant les congés. Ce comportement s’inscrit dans le fonctionnement du rythme circadien, l’horloge biologique qui règle l’alternance entre éveil et sommeil, la température corporelle et la sécrétion de mélatonine. Un mécanisme bien connu de la physiologie du sommeil, la pression de sommeil, s’accumule progressivement via l’adénosine au fil de la journée. C’est l’affirmation la plus répandue dans la presse santé, mais les données récentes ne la confirment pas.

Une étude publiée dans Sleep en 2025, menée dans la cohorte brésilienne ELSA-Brasil, a montré que l’allongement du temps de sommeil le week-end était associé à une incidence plus faible de calcifications coronaires. Cet effet persistait après ajustement sur le SAHOS et les facteurs de risque cardiovasculaire habituels. Si la durée du sommeil n’explique pas tout, un autre facteur ressort nettement des travaux récents : la régularité des horaires. Une grande étude britannique (Sleep, 2024) sur plus de 60 000 adultes a montré que les dormeurs les plus constants avaient un risque de mortalité toutes causes nettement inférieur à ceux qui avaient des horaires irréguliers, effet plus marqué que celui de la seule durée de sommeil.

Les études distinguent deux comportements souvent confondus : le rattrapage du sommeil (dormir plus longtemps le week-end) et le jetlag social (décalage de l’heure médiane entre jours travaillés et jours libres). En pratique, dormir plus longtemps un dimanche n’est pas la même chose que se coucher à 2 heures du matin le samedi et se lever à 13 heures. Quand dormir plus longtemps ne restaure pas l’énergie, la cause peut être une mauvaise qualité de sommeil malgré une durée suffisante. Le Collège des Enseignants de Pneumologie (2023) estime qu’environ 14 % des hommes et 6 % des femmes adultes présentent un syndrome d’apnées du sommeil obstructives modéré à sévère, prévalence qui augmente avec l’âge. Une fatigue résistant à des nuits plus longues doit conduire à consulter un médecin. Si une polysomnographie confirme l’Apnée du sommeil et qu’un traitement est prescrit, l’installation du dispositif à domicile marque une étape durable avec un suivi médico-technique.

Plus de 1,5 million de personnes sont aujourd’hui traitées par pression positive en France (2023). L’Assurance Maladie recommande avant tout la régularité: se coucher et se lever à des horaires proches, y compris le week-end, aide l’organisme à enregistrer les signaux annonçant le sommeil. Les recommandations de 2025 préconisent aussi de s’exposer à la lumière du jour dès le réveil pendant au moins une heure et une activité physique régulière en journée pour faciliter l’endormissement. Pour les journées où la fatigue se fait sentir sans attendre le week-end, une sieste bien calibrée peut représenter une alternative plus efficace qu’une grasse matinée improvisée.

Combien de temps peut durer une grasse matinée sans dérégler l’horloge biologique ? Aucune source médicale ne fixe de durée précise. L’Assurance Maladie raisonne en régularité, et non en minutes: lever à heure fixe et horaires proches entre semaine et week-end, surtout pour les personnes souffrant d’insomnie. Le repère utile reste l’écart d’horaire de lever entre les jours travaillés et les jours libres, et non une minute précise de sommeil supplémentaire.

Le jetlag social désigne le décalage entre le milieu de la période de sommeil des jours libres et celui des jours travaillés, mesuré par les études ELSA-Brasil. Dormir plus longtemps à heure de coucher constante n’est pas du jetlag social. L’explication des résultats divergents vient de la distinction entre durée et timing, et de la qualité du sommeil qui peut être en cause même avec une durée suffisante. Si vous vous sentez fatigué après une période de repos plus longue, cela peut être dû au décalage horaire ou à une fragmentation du sommeil, notamment en cas d’apnées non diagnostiquées.

Écrit-on « grasse matinée » ou « grâce matinée » ? L’orthographe correcte est « grasse matinée ». La confusion avec « grâce matinée » vient d’une proximité sonore, mais la forme écrite « grâce matinée » n’existe pas en français. La grasse matinée occasionnelle n’est pas une faute d’hygiène de vie, et les travaux récents indiquent plutôt que la régularité des horaires compte davantage que la seule durée de sommeil. Un décalage important entre semaine et week-end mérite plus d’attention qu’une nuit simplement allongée. Le signal d’alerte demeure: une fatigue qui persiste malgré des nuits plus longues, avec ou sans grasse matinée.

grasse matinée et horloge biologique

Rythmes de travail et sommeil quand le jet lag social s’installe… (Webinaires du 18 mars 2022)

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