1er mai à Montpellier : la convergence entre syndicats et mouvement des Gilets jaunes

Le 1er mai 2019 à Montpellier a été marqué par un cortège réunissant entre 3 000 et 4 000 personnes, parmi lesquelles des syndicalistes et des Gilets jaunes. Cette présence commune a créé des tensions au moment de déterminer qui prendrait la tête de la manifestation, avant que les Gilets jaunes ne s’installent finalement en tête du défilé.

Cette journée a constitué un moment inédit à Montpellier : « c'est la première fois qu'il y a un tel mélange rouge et jaune dans un cortège ». Malgré les désaccords initiaux et la présence des forces de l’ordre, la manifestation s’est déroulée sans violence ni dégât selon les observations rapportées dans la matinée.

Un cortège marqué par les couleurs rouge et jaune

C'est dans la plus grande confusion que la manifestation du 1er-Mai à Montpellier a commencé avec cette question : qui pour prendre la tête du cortège, CGT ou bien gilets jaunes? "Les syndicats veulent être devant avec leurs banderoles et les gilets jaunes aussi pour se montrer, pour rappeler que tous les samedis ils sont là. Visiblement, le mélange des couleurs ne passent pas" décrypte un des manifestants.

Les « gilets jaunes » venus des quatre coins de l’Hérault ont pris spontanément la tête du cortège, avant de se diriger vers le Jeu-de-Paume, au rythme de chants anti-Macron que l’on entend d’ordinaire le samedi. Les syndicats, relégués un peu plus loin, sont restés étonnamment immobiles.

Après avoir fait du surplace pendant environ une heure, les quelques milliers de personnes commencent enfin à descendre le boulevard du Jeu de Paume. Des gilets jaunes sont en tête, tant pis pour les susceptibilités puisque la cause est commune.

À 11 h, avec une heure de retard sur l’horaire prévu, le cortège du 1er-Mai a finalement filé vers la place de la Comédie. Les « gilets jaunes » avaient gagné leur bras de fer.

Les tensions autour de la tête du défilé

« Laissez passer le camion de la CGT ! » Sans leurs « camarades » syndicalistes, les « gilets jaunes » ont finalement rebroussé chemin. « Libérez la CGT, libérez la CGT », scandaient certains d’entre eux, avant qu’un homme, se posant en médiateur, demande au mégaphone que l’on « laisse passer devant le camion de la CGT ».

« Sinon, on ne pourra jamais démarrer », déplore-t-il. « Non ! On fait la manifestation, on s’en moque ! », s’emporte un « gilet jaune », impatient de battre le pavé. « On ne les laisse pas passer, gronde un autre, interrogé par 20 Minutes. Ça fait 60 ans que les syndicats ne font rien. Alors, on avance ! »

Finalement après les engueulades, le coupable idéal est désigné : "C'est la faute des policiers qui ont séparé les deux cortèges et donc ça a créé un malentendu et des tensions, mais après les explications, ça s'est apaisé" indique un syndicaliste de la CGT.

Un homme, qui ne porte ni gilet jaune, ni autocollant d’un syndicat, s’interroge, en pointant du doigt le fossé qui se creuse, à l’arrivée aux halles Laissac, entre le cortège des « gilets jaunes » et celui des syndicats. « Il y a d’un côté les bons, et de l’autre les mauvais manifestants ?, se demande-t-il. Moi, ça me donne envie de partir. »

Des revendications sociales communes

La convergence est-elle souhaitée et possible? Elle serait là, la convergence des luttes, selon une responsable de la CGT de l'Hérault "parce que nous portons les mêmes revendications, nous subissons les mêmes reculs, donc c'est le même combat. Le mouvement ne va pas s'appauvrir mais se développer".

« Syndicats et "gilets jaunes", nous luttons pour la même chose », confie Patrick, un « gilet jaune » d’Agde. « D’habitude, on est devant, oui »

« Le mouvement dure depuis cinq mois, les syndicats, on ne peut pas dire qu’ils sont vraiment avec nous, confie l’un d’eux. On a voulu être en tête. Ça a un peu clashé au début, mais ça va. Ça bouge les lignes, mais si on n’avait pas été là, il n’y aurait pas eu grand monde. Avec les syndicalistes, on est dans le même combat, on peut se réunir. C’est au niveau de leurs responsables qu’il faut que ça bouge. »

Un jeune homme qui a la "double casquette" s'en félicite car "c'est souhaitable et c'est même nécessaire. On ne peut pas faire un mouvement particulier chacun dans son coin, ce serait une aberration. Là on voit bien qu'on peut bien se rassembler même si on ne marche pas forcément derrière la même bannière. Heureusement !"

Pouvoir d’achat, précarité et justice sociale

"La justice sociale, liberté-égalité-fraternité, ça ne marche plus donc, aussi bien au niveau politique qu'économique, il faut reprendre nos vies en main", résume un gilet jaune venu manifester avec sa mère.

À quelques mètres de là, une retraitée en gilet jaune acquiesce : "Avec toutes les attaques que nous subissons sur le pouvoir d'achat, les retraites, les licenciements, c'est un 1er-Mai particulier."

"On demande simplement à pouvoir vivre dignement de notre travail parce que pour le moment on est dans la précarité", se plaint un militant CGT, chasuble rouge sur le dos.

"On veut un autre projet de société, c'est ça qu'ils veulent les gens : un autre projet de société contre le néolibéralisme !"- Une jeune manifestante très énervée

« On est dans un contexte où les salariés ne peuvent plus mettre de l’essence dans leur voiture pour aller travailler, alors que les patrons de l’industrie pétrolière se gavent. »

Une journée particulière pour le mouvement social

Ce 1er-Mai n’était pas un 1er-Mai comme les autres. À Montpellier, la traditionnelle manifestation a même tourné au vaudeville, entre les syndicats, qui avaient déclaré le tracé en préfecture, et les « gilets jaunes », venus se greffer au cortège.

À quelques jours de l’acte 25 des Gilets Jaunes et des élections Européennes, ce 1er mai est attendu par beaucoup. La mobilisation s’annonce importante à Montpellier sur fond de grogne sociale et de refus de la politique d’Emmanuel Macron avec plusieurs rassemblements prévus tout au long de la journée.

Comme lors de chaque Fête du Travail, les différents syndicats (CGT, UNEF, FSU, Solidaires…) appellent à un rassemblement à partir de 10h sur la place Royale du Peyrou avant la traditionnelle manifestation. Dans l’esprit d’acter

Les syndicats ont participé à l’acte 22 des Gilets Jaunes. Des Gilets Jaunes devraient y participer même si plusieurs autres événements sont organisés de leur côté.

Le forum consacré aux Gilets jaunes

À partir de 13h, plusieurs associations réunies derrière la LDH Montpellier investissent l’esplanade Charles De Gaulle pour un Forum consacré aux Gilets Jaunes. Au programme : un pique-nique, une exposition sur le mouvement, un mur d’expression, des ateliers, des stands d’informations et différentes prises de paroles.

La LDH présentera notamment son rapport sur la répression judiciaire sur Montpellier. Cette journée sera également l’occasion pour la LDH de marquer son soutien à l’une de ses observatrices placée en garde vue lundi, avant d’être libérée dans la journée et convoquée en octobre pour entrave à la circulation.

« Notre rôle d’observateur nous astreint à la neutralité pour observer les choses », a rappelé lundi Sophie Mazas. La présidente de la LDH Montpellier souligne : « C’est l’une des observatrices le plus en pointe sur le terrain pour filmer, collecter des témoignages sur des pratiques policières hors cadre, assimilables à de la violence ».

Le déroulement de la manifestation

Après un claping sur la place de la Comédie, les « gilets jaunes », qui avaient véritablement pris le pas sur la manifestation ce mercredi matin, ont repris le chemin du Peyrou. S’ils ont fait face quelques minutes aux forces de l’ordre qui barraient l’accès à la préfecture, sur la place des Martyrs de la Résistance, il n’y a aucune violence.

À 16h place de la Comédie, les forces de l'ordre tentaient de disperser un millier de gilets jaunes avec des gaz lacrymogènes. Entre 3.000 et 4.000 personnes ont marché dans les rues de Montpellier, ce mercredi matin.

Le défilé s’est déroulé sans aucune violence ni dégât. L'année dernière, on dénombrait entre 2.500 et 3.000 manifestants.

Ce qui est sûr, c'est que c'est la première fois qu'il y a un tel mélange rouge et jaune dans un cortège à Montpellier.

Cortège rouge et jaune du 1er mai

Les prises de parole et les symboles du 1er mai

Pas de 1er Mai sans muguet. Le muguet, emblème du 1er mai, était bien sûr présent dans le cortège dans les mains de nombreux manifestants.

Il n'y pas pas que les gilets qui sont jaunes. Du rouge et du jaune. Pacifique mais déterminée.

"Je suis là aussi pour fêter les un an de Benalla. Cet homme est toujours dehors là où des gilets jaunes ont pris du ferme en comparution immédiate donc je trouve ça absolument pas normal."- Un manifestant

Les prises de parole ont également porté sur les conditions de vie, le pouvoir d’achat et la précarité. Les participants ont exprimé la volonté de faire du 1er mai un moment de rassemblement au-delà des appartenances militantes.

La position des organisations syndicales

Sylvia Meli, secrétaire générale de la CGT de l’Hérault, analyse cette situation avec philosophie. « Les contacts que nous avons avec les "gilets jaunes" se passent très bien, indique la militante syndicale. D’habitude, on est devant, oui. D’autres personnes ont voulu dépasser le camion, ils font comme ils le veulent, on n’est pas la police. »

Une responsable de la CGT de l’Hérault estime que les revendications communes peuvent permettre au mouvement de se développer. Pour les participants, la question reste toutefois celle de la capacité des différentes forces à dépasser leurs divergences d’organisation et de représentation.

« La convergence des luttes » apparaît ainsi comme une possibilité, mais aussi comme une source de tensions lorsque les collectifs ne s’accordent pas sur la place de chacun dans le cortège.

Les mobilisations du 1er mai à Montpellier dans les années suivantes

Ce lundi 1er mai était placé sous le signe de la manifestation contre la réforme des retraites à Montpellier à l’appel de l’union intersyndicale. Les casseurs se sont joint au cortège, ce qui a provoqué des heurts importants avec les forces de l’ordre.

Les syndicats avaient appelé à une forte mobilisation pour protester contre la réforme des retraites à Montpellier. Le rendez-vous en ce 1er mai, également fête du travail, était donné place Albert 1er à 10h30.

Finalement, ils étaient entre 8 000 selon la préfecture et 18 000 selon les syndicats à déambuler dans les rues de la préfecture de l’Hérault. Pendant l’essentiel du défilé, l’ambiance était bon enfant et festive malgré de nombreuses revendications.

Les manifestants arboraient des pancartes et slogans pour protester contre la réforme des retraites et notamment le recul de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans contre 62 ans auparavant. Ils étaient également nombreux à avoir répondu à l’appel des syndicats en compagnie de leurs casseroles.

Une chorale a bien poussé la chansonnette sous un pont de Montpellier. Des dégradations sont à déplorer sur le boulevard du Jeu-de-Paume.

Les incidents en fin de cortège

Pendant la quasi totalité du cortège, les manifestants ont pu revendiqué pacifiquement. Mais en fin de cortège, les casseurs se sont mêlés à la foule et d’importants heurts ont eu lieu.

Selon des informations d’Actu, des agences bancaire ont été vandalisés et du mobilier urbain a été pris pour cible. Plusieurs enseignes ont subi des dégradations sur le boulevard du Jeu-de-Paume ainsi qu’un abri-bus.

Outre une agence Axa, le magasin North face a fait les frais d’un petit groupe de casseurs mêlés au cortège. Un important dispositif de CRS a fait face au cortège pour disperser la foule.

Montpellier : mobilisation pour la fête du travail et contre la réforme des retraites

Les mobilisations annoncées pour le 1er mai

Pour la fête du Travail, Montpellier accueillera de nombreux évènements : manifestation, assemblée antifasciste populaire, carnaval et concerts. « Le 1er mai, journée internationale de lutte des travailleurs et des travailleuses, revêt cette année un sens particulier », souligne l’Union syndicale Solidaires 34, qui appelle à « répondre aux attaques contre le 1er mai par des mobilisations massives ».

À Montpellier (Hérault), la journée débutera par une manifestation réunissant notamment l’Union syndicale Solidaires 34, le collectif Montpellier contre l’extrême droite et l’inter-orga féministe, engagée pour « un 1er mai féministe, antimilitariste et antifasciste ».

Les organisations mobilisées avancent une série de revendications : « Contre les guerres coloniales et les rhétoriques guerrières, contre les menaces fascistes qui s’attaquent aux démocraties, à nos libertés et à nos vies, contre l’exploitation des travailleuses », mais aussi « pour une paix juste et durable entre les peuples » et « pour un monde féministe, égalitaire et solidaire ».

Le cortège s’élancera à 10h30 depuis la place Albert 1er.

Assemblée antifasciste, carnaval et concerts

La mobilisation se poursuivra l’après-midi au parc Clémenceau avec la tenue d’une Assemblée Antifasciste Populaire. Selon Le Poing, celle-ci entend répondre à « la fascisation accélérée de la société » et vise à construire des solidarités antiracistes et internationalistes. Rendez-vous à 13 heures.

La journée prendra ensuite une tournure plus festive du côté de la place des Arceaux, où se tiendra la deuxième édition du Ratfut, un carnaval engagé porté par le Quartier Généreux et Mamasound.

Dès le milieu d’après-midi, animations et stands investiront les lieux. La soirée se poursuivra sur une note musicale, avec plusieurs concerts puis un DJ set pour clôturer l’évènement.

Les transports et services publics le 1er mai

Le rendez-vous montpelliérain du 1er mai est annoncé à 10h30 place Albert-1er, dans le cadre des mobilisations sociales départementales intersyndicales. Parcours de la manifestation : non communiqué par l’organisateur.

Le réseau TaM annonce l’arrêt des bus, bustrams et tramways, sauf navette directe entre les deux gares adaptée aux horaires ferroviaires. La circulation des cars régionaux est interrompue le 1er mai ; les trains circulent en horaires jours fériés et la navette 620 reste annoncée.

Plusieurs équipements municipaux et métropolitains ferment pour la fête du Travail, notamment Hôtel de Ville, Métropole, CCAS, médiathèques, piscines et maisons pour tous.

ÉlémentInformation
Rendez-vous10h30, place Albert 1er
Transports TaMArrêt des bus, bustrams et tramways
Cars liOInterruption le 1er mai
TrainsHoraires jours fériés
Services municipauxFermeture de plusieurs équipements

Une convergence entre mouvements sociaux et luttes locales

A Montpellier comme dans tout le pays, la colère gronde contre la dégradation de nos conditions de vie, de travail et d’études. Les différentes luttes qui en découlent peuvent aussi converger vers la construction d’un mouvement anti-impérialiste et d’une opposition au militarisme.

Ces journées de mobilisation avaient été l’occasion de mettre en lumière la nécessité de porter des revendications offensives, et de se coordonner entre les différents secteurs de la ville. En septembre, la jeunesse avait été présente en nombre dans les manifestations, et les étudiants de Paul Valéry et de la faculté des sciences avaient été en première ligne pour dénoncer le lien entre les attaques austéritaires du gouvernement, et le soutien de l’impérialisme français à la politique génocidaire menée par l’État israélien à Gaza.

Le secteur du social, frappé par des coupes des subventions et des budgets, s’était également opposé à une politique austéritaire qui dégrade les conditions de travail et de prise en charge des publics, au profit d’un budget de la défense qui ne cesse d’augmenter.

Plus récemment, c’est l’éducation qui s’est mobilisée afin d’exiger plus de moyens pour les écoles, à l’heure où le gouvernement annonce vouloir supprimer près de 4000 postes d’enseignants pour la rentrée 2026.

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