La polémique avait surgi en mars lorsque le maire d'Alost (Aalst en flamand), Christoph D'Haese, avait défendu un char de carnaval représentant des juifs orthodoxes au nez crochu, entourés de rats et juchés sur des sacs d'argent. Le carnaval attire à Alost des dizaines de milliers de personnes pendant les trois jours précédant le mercredi des Cendres, une célébration catholique. Il aura lieu en 2020 du dimanche 23 au mardi 25 février. "Les citoyens d'Alost ont souffert d'accusations grotesques", a-t-il dénoncé dans un communiqué cité par l'agence Belga. "Nous ne sommes ni antisémites ni racistes. Tous ceux qui soutiennent cela le font de mauvaise foi", a-t-il ajouté.
Le carnaval d'Alost était inscrit depuis 2010 sur la liste du patrimoine immatériel de l'Unesco. Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement International International International Belgique Belgique Belgique Des chars utilisant des stéréotypes antisémites avaient valu aux festivités d’être rayées de la liste du Patrimoine immatériel de l’Unesco en 2019. Article réservé aux abonnés « Capitale de la moquerie et de la satire » : c’est ainsi que se présente la ville flamande d’Alost (Belgique), à l’occasion de son carnaval annuel. Mais, depuis deux ans, la satire multiplie les stéréotypes antisémites. En 2019 déjà, la communauté juive s’était indignée devant un char caricaturant des personnages au nez crochu, entourés de rats et juchés sur des sacs d’argent. Le scandale avait été tel que l’Unesco avait exclu le carnaval d’Alost de la liste du Patrimoine culturel immatériel.
Six ans plus tôt, en 2013, le carnaval avait mis en scène un « char de déportation » censé expulser les Belges francophones. Cette année, le carnaval a persisté. Les marionnettes au nez crochu ont été réemployées dans un autre décor, un stand de foire, aux côtés d’autres religions. Plus loin, des carnavaliers affublés de deux papillotes tombant d’un grand chapeau de fourrure noire, de chaque côté de leur visage, et déguisés en fourmi devant un mur des Lamentations en or, a également suscité une vive controverse. Certains, y compris dans la foule, arboraient aussi fièrement un nez crochu en papier moulé. Le cortège comptait également des uniformes nazis et des costumes hassidiques. De quoi susciter une polémique encore plus violente que l’année dernière.
Le carnaval belge d'Alost persiste et signe: accusé d'antisémitisme, ce défilé festif a valu d'être rayé du patrimoine immatériel de l'Unesco, ce défilé a décidé de "rire de tout" et montré dimanche de nouvelles caricatures de juifs orthodoxes. "Laissez Alost être Alost", avait prévenu dans la matinée le maire de la cité, l'élu nationaliste flamand (N-VA) Christoph D'Haese, pointant du doigt les critiques "disproportionnées" venant notamment de voix officielles israéliennes. "Ce n'est pas une parade antisémite, Alost n'est pas une ville antisémite", a martelé le bourgmestre.
Une vaste polémique avait déjà suivi l'édition 2019 de ce carnaval vieux de 600 ans, quand un char caricaturant des juifs orthodoxes aux nez crochus, assis sur des sacs d'or, avait pris part au cortège. Une nouvelle fois, une suppression inédite était évoquée lorsque l'Unesco a retiré le carnaval de la liste du patrimoine culturel immatériel, estimant que ces chars racistes et antisémites défilaient dans ce festival et bafouaient les valeurs élémentaires. L'organisation onusienne a fustigé lors d'une réunion décisive en décembre les « répétitions récurrentes de représentations racistes et antisémites » dans la manifestation, les jugeant incompatibles avec l'exigence du respect mutuel entre communautés, groupes, individus…
Sur place à Alost, personne pourtant n’estime avoir manqué de respect aux Juifs, d’après les témoignages recueillis dimanche. Le char controversé de 2019 relèverait d’une simple incompréhension. "Ils n’ont jamais eu l’intention de se moquer des Juifs et de blesser, l’attention des médias est complètement exagérée", déclare un infirmier de l’hôpital d’Alost. Avec les gros sacs d’espèces, le groupe qui avait affrété ce char voulait faire une allusion à sa propre recherche de fonds pour prendre une année sabbatique, assure ce trentenaire en habit de ville. L’image était peut-être juste « maladroite », concède-t-il.
Dans le défilé cette fois, plus de trace de sacs d’or, mais les deux papillotes tombant d'un grand chapeau de fourrure noir, accessoire caractéristique des juifs orthodoxes, sont visibles un peu partout. Certains ont choisi d'ajouter à ce déguisement un masque en faux cuir ressemblant à une muselière pour symboliser la "censure" imposée par le "politiquement correct". Beaucoup de calicots font référence à l’Unesco, moquée en « Big brother » qui surveille et punit. Pour le maire, il faut prendre en considération "le contexte global" de l’événement, qu’il a comparé à un "rituel d’inversion".
Pendant trois jours « les pauvres deviennent riches, les riches deviennent pauvres, les hommes des femmes et les femmes des hommes », a dit l’élu. "Ici on rit de tout, de la famille royale, du Brexit, de la politique locale et nationale, et de toutes les religions, l’islam, le judaïsme, le catholicisme", affirme Christophe D’Haese. De fait l’humour à gros traits cible tous azimuts : les « fake news » de Jan Jambon (président N-VA de la Flandre) sur l’argent des immigrés, ou le difficult retour à la compétition de la joueuse de tennis Kim Clijsters, caricaturée en femme enceinte aux formes généreuses.
Chaque année des dizaines de chars défilent au premier jour du carnaval, le dimanche précédent le mardi gras, devant des dizaines de milliers de visiteurs. Pour la Première ministre belge Sophie Wilmès, il s’agira de voir cette année « si les faits qui s'(y) sont déroulés enfreignent la loi ». « L’utilisation de stéréotypes, de référents stigmatisant des communautés, des groupes humains sur base de leurs origines conduit aux divisions et met en péril le vivre ensemble », a averti cette libérale francophone en référence aux caricatures de Juifs. Pour avoir véhiculé des clichés antisémites, le carnaval d’Alost en Belgique a été retiré de la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco en décembre.
Dimanche 23 février, le défilé comportait des caricatures de Juifs orthodoxes en vermine et des personnes en uniforme nazi. Sur place à Alost, personne pourtant n’estime avoir manqué de respect aux Juifs, d’après les témoignages recueillis dimanche par l’AFP. Avec les gros sacs d’espèces, le groupe qui avait affrété ce char voulait faire une allusion à sa propre recherche de fonds pour prendre une année sabbatique, assure ce trentenaire en habit de ville. Pour le maire, il faut prendre en considération le contexte global de l’événement, qu’il a comparé à un rituel d’inversion. Les organisateurs disent que les Juifs manquent d’humour parce qu’ils ne sont pas pliés en 4 en se voyant caricaturés en insectes. C’est peut-être - qui sait ? - le fait d’avoir été gazés comme des poux qui les rend un peu « touchy » à l’idée d’être réduits au statut de cloporte ? Pour moi c’est clair : le carnaval d’Alost est une honte. Il doit cesser.

Au carnaval d'Alost - Le Sketch avec Olivier Van Hoofstadt
Des débats sur la liberté d’expression et les limites du rire émergent ainsi autour d’un festival ancré dans une tradition séculaire, mais dont les images et les symboles entrent désormais dans un dialogue tendu avec les normes européennes de respect des minorités et de lutte contre l’antisémitisme.
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