Apollinaire et le carnaval de Cologne : une fête rhénane entre histoire, satire et poésie

Le carnaval de Cologne est l’événement majeur des festivités du Mardi Gras rhénan : il associe costumes, chants, cortèges, satire politique et traditions héritées de l’Antiquité, tout en transformant la ville en immense espace de fête pendant plusieurs jours.

À Cologne, le carnaval, appelé « Fastelovend », est surnommé la « cinquième saison » par les habitants. Il commence officiellement le 11 novembre à 11 h 11 et connaît son principal temps fort entre la Weiberfastnacht, le jeudi précédant le Rosenmontag, et le mercredi des Cendres.

Une fête qui remonte à deux mille ans

Les habitants de Cologne s'accordaient déjà une parenthèse dans le quotidien il y a 2000 ans - c'est l'une des origines du carnaval actuel. À cette époque, Cologne s'appelait Colonia Claudia Ara Agrippinensium. Dans cette ville fondée par les Romains, on célébrait les Saturnales en l'honneur du dieu Saturne, comme dans tout l'Empire romain.

On buvait et on dansait à profusion, les riches troquaient leurs beaux vêtements contre les simples tuniques de leurs esclaves, allant même jusqu'à les servir. Les personnes privées de liberté pouvaient exprimer des critiques acerbes à l'égard de leurs maîtres, critiques qui, en temps normal, leur auraient valu de sévères punitions. Le monde antique était sens dessus dessous durant ces jours de fête.

Il y avait même une procession avec un char naval ; en latin, on l'appelait « Carrus navalis », un nom qui ressemble beaucoup au mot « carnaval ». Les habitants de Colonia Claudia Ara Agrippinensium se paraient de costumes et accompagnaient le char magnifiquement décoré au son des tambours, des flûtes et des hochets.

Saturnales romaines et origine du carnaval

Alors que les Saturnales, dans l'Empire romain, avaient généralement lieu en décembre, les tribus germaniques célébraient une fête endiablée au printemps. Elles portaient des masques effrayants et faisaient un vacarme épouvantable avec des tambours et des cloches pour chasser les démons de l'hiver.

C'est là la seconde origine du Carnaval : cette coutume perdure encore aujourd'hui lors du Fastnacht, la période précédant le Carême, en Allemagne du Sud. Les origines du carnaval de Cologne remontent ainsi aux fêtes antiques célébrées à l'époque romaine, enrichies de rites païens puis chrétiens.

La transformation en fête religieuse

Lorsque l'empereur Constantin a proclamé le christianisme religion d'État en 343, les Saturnales prirent fin. Les réjouissances païennes des tribus germaniques étaient également une épine dans le pied de l'Église.

Mais comme le peuple refusait que ses célébrations soient interdites, la fête fut réinterprétée : il ne s'agissait plus de chasser les mauvais esprits, mais plutôt le diable, le pire ennemi du christianisme. Sa date fut subordonnée à la liturgie de l'année liturgique.

Entre le mercredi des Cendres et le samedi saint, les fidèles devaient manger moins et prier davantage. Avant le long Carême précédant Pâques, il restait cependant du temps pour des festivités exubérantes.

On disait adieu à la viande - du latin « carne », du latin « vale ». « Vale » était l'expression utilisée pour désigner la viande. Le Carnaval s'est ainsi imposé comme une fête religieuse, s'implantant principalement dans les régions catholiques.

Le carnaval porte l'empreinte de certaines célébrations des tribus germaniques.

Une fête catholique devenue internationale

Le carnaval s'est implanté principalement dans les régions catholiques - et pas seulement en Europe : les conquistadors espagnols et portugais l'ont introduit aux Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

Avec succès : à Rio de Janeiro, des dizaines de milliers de personnes célèbrent chaque année une gigantesque fête de rue au son de la samba. Mais ceci est une autre histoire.

Retour à l'Ancien Monde : bien que le Carnaval fût désormais sous l'égide de l'Église, les prêtres et les évêques continuaient de considérer les festivités avec suspicion.

Ils toléraient néanmoins que le peuple parodie les rituels religieux et élise même un « Pape des Fous » qui entrait dans l'église à dos d'âne.

Chants satiriques, bals masqués et liberté de ton

Mais l'Église n'était pas la seule à décider ; les notables de la ville dictaient également la manière dont le Carnaval devait être célébré. Des compagnons interprétaient des chansons satiriques sur les places publiques et devant les tavernes, tandis que des jongleurs et des comédiens défilaient dans les rues.

La haute société, quant à elle, célébrait à sa manière : l'électeur Clément Auguste de Cologne, par exemple, organisait chaque année un somptueux bal masqué pour les dignitaires de l'Église et l'élite de la ville.

Le carnaval conserve aujourd’hui cette double dimension : il est à la fois une fête populaire et un espace de représentation sociale, de spectacle et de critique.

L’occupation française et la naissance du carnaval moderne

La forme actuelle du carnaval de Cologne date de l'occupation française de la Rhénanie en 1794. Les troupes de Bonaparte entrent dans la ville le 6 octobre 1794. Suivent vingt ans d'occupation française.

« C’est un bouleversement radical dans une société marquée par le catholicisme, explique Mario Kramp, les Français ont trouvé une ville complètement délabrée et réactionnaire. »

En ce qui concerne précisément le carnaval, cette tradition est d’abord mal vue et interprétée comme une illustration de ce conservatisme. Le carnaval est même interdit par les autorités françaises avant d’être à nouveau autorisé en 1801.

Selon l’historien, les Français présents dans la ville commencent alors à participer à la fête.

Lorsque les troupes napoléoniennes occupèrent la Rhénanie et Cologne, métropole festive, elles considérèrent les fêtards avec suspicion et interdirent temporairement le Carnaval. Ce fut une tâche ardue, car les fêtards, tout en ne célébrant plus dans les rues, continuaient leurs festivités dans les tavernes.

La réorganisation de 1823

En 1815, les Prussiens arrivèrent à Cologne et la ville retomba sous domination allemande. Les forces d'occupation tolérèrent les réjouissances qui, selon les témoignages de l'époque, dégénérèrent progressivement : « La débauche et la grossièreté se répandirent. De nombreux méfaits furent commis sous couvert de folie, et nombre de masques étaient immoraux et déplacés.»

Les notables de Cologne ne voulurent plus accepter cette situation. En 1823, ils fondèrent le « Comité d'organisation du Carnaval » et créèrent la figure du « Héros du Carnaval ».

Il devait « renforcer l'état déplorable des festivités habituelles par la vertu de son caractère noble » et vaincre tous les abus, puis entamer son cortège triomphal à travers Cologne le lundi des Roses.

Ce héros devint plus tard le Prince du Carnaval. L'événement est organisé par le comité du carnaval de Cologne de 1823.

Le Prince, le Paysan et la Vierge

Sur une grande scène de la vieille ville, la foule déjà en liesse va saluer le Prince, le Paysan et la Vierge, trois personnages symboliques du carnaval : les souverains carnavalesques « Karnevalsregenten », Prince, Paysan et Vierge, « Prinz, Bauer et Jungfrau ».

Le triumvirat désigné se présente pour la première fois en public. Le Prince Carnaval règne alors symboliquement sur Cologne.

La ville est en état de siège : le Prince carnaval règne sur Cologne. Tout Cologne est en état d'urgence ces jours-ci, de nombreuses entreprises et organismes publics sont fermés : le prince Carnaval règne!

Le calendrier du carnaval de Cologne

Le carnaval de Cologne se prépare dès le 11 novembre à 11h11, date officielle du début des festivités, sur la place Heumarkt et dans le centre historique, et s'achève au cours de six jours de folie qui se terminent le Mardi gras.

Le carnaval, appelé « Fastelovend » à Cologne, se déroule principalement pendant la période allant du Nouvel An au mercredi des Cendres, « Aschermittwoch ».

MomentTradition
11 novembre à 11 h 11Début officiel de la saison carnavalesque
WeiberfastnachtCarnaval des femmes et ouverture du carnaval de rue
SamediDéfilé des esprits, ou Geisterzug
RosenmontagGrand défilé de chars et point culminant du carnaval
VeilchendienstagFeux de quartier et brûlage des Nübbel
Mercredi des CendresFin des festivités et repas de poisson

Le 11 novembre à 11 h 11

Le 11ème jour du 11ème mois à 11h11 précise, les habitants de Cologne célèbrent le début de la 5ème saison. La saison du carnaval 2024/2025 débute le 11 novembre 2024 à 11 h 11.

Pourquoi le chiffre 11 ? Il existe plusieurs interprétations : 11, c'est entre autre ELF en allemand, et certains avancent que les colonnais ont voulu se moquer des envahisseurs francais suite à l'occupation révolutionnaire et napoléonienne en pastichant la devise (e = égalité, l = liberté, f = fraternité).

Mais 11, c'est aussi le chiffre de la transgression des 10 commandements de la bible, un chiffre diabolique, un chiffre qui unit tous les fous (1+1).

La Weiberfastnacht

Les réjouissances débutent le jeudi par le carnaval des femmes, au cours duquel les dames coupent la cravate des hommes. Ces journées à l'ambiance folle sont inaugurées avec la journée des femmes, la « Weiberfastnacht », pendant laquelle les femmes prennent la mairie et coupent les cravates des hommes comme un acte de castration symbolique.

Jeudi 27 février 2025 : Weiberfastnacht, journée des femmes, les femmes se ruent dans l’hôtel de ville pour y retenir le maire ! Pour acheter sa liberté, il peut offrir aux femmes des bouteilles de vin et chanter des chansons paillardes.

Avec leurs fameux « ciseaux », elles coupent les cravates des hommes : gare à vous, messieurs !

Weiberfastnacht femmes coupant cravates

Le Geisterzug

Le samedi, on peut suivre le défilé des esprits, « Gesiterzug », aux accents alternatifs, fondé en 1991 pour protester contre la guerre en Irak alors que le carnaval officiel avait été annulé en raison de celle-ci.

Samedi, c’était le défilé des esprits, « Geister­zug », sorte de défilé nocturne alternatif, né en 1991, en réponse à l’annulation du carnaval pour cause de guerre du Golfe.

Il change de quartier tous les ans. C’est un surprenant mélange de costumes inspirés des films d’horreur et de revendications politiques, dans une ambiance latino-américaine.

Le Rosenmontag

Le point culminant du carnaval de Cologne est le carnaval de rue, le « Tollen Tage » : de la « Weiberfastnacht », le jeudi précédant le lundi des roses, au « Veilchendienstag ». Une série de bals et de défilés ont lieu avec de nombreuses célébrations, des chants et des danses dans les salles, les restaurants et les pubs.

Le lundi, journée majeure du carnaval dit Rosenmontag, a lieu au départ de Chlodwigplatz un défilé de chars caricaturant l'actualité politique. C’est le plus grand défilé d'Allemagne.

Rosenmontag est le moment le plus attendu du Kölner Karneval, un million de spectateurs vient voir défiler sur 7 km près de 10 000 personnes réparties en une centaine de chars et autant de fanfares, des centaines de figurants costumés qui lancent fleurs et sucreries aux spectateurs.

Le clou de ce défilé est la parade des caricatures d’hommes politiques de tous pays et de tous bords. Les personnalités politiques les plus controversées de l'année y sont caricaturées !

Ce lundi, précédant le mercredi des cendres, est appelé le Rosenmontag, le lundi des roses, en réalité, c’était autrefois le rasender Montag, le lundi déchaîné, car cette journée est le point culminant du Karnaval de Cologne.

En réalité, rien à voir avec les roses, en dans le dialecte local roose signifie cavalcader. C’est l’équivalent du Mardi gras dans d’autre pays.

Le mardi gras et les Nübbel

Enfin, le Mardi gras à minuit, des mannequins de paille, les « Nubbel », sont brûlés dans les bars au terme d'un défilé où des friandises sont distribuées aux enfants.

Mardi 4 mars 2025 : Karnevalsdienstag/Veilchendienstag, mardi gras. Toutes les poupées carnavalesques, appelées « Nübbel », sont brûlées dans de grands feux de quartier après de longues processions.

Aux côtés des Colonais attristés par la fin de l’évènement, il vous faut dire avec un brin de nostalgie adieu au carnaval de cette année et penser déjà à celui de l'année prochaine!

Le mercredi des Cendres

Le carnaval s'achève sur une traditionnelle retraite aux flambeaux et un repas de poisson le mercredi. Histoire de mettre un terme à des festivités plutôt roboratives.

Mercredi 5 mars 2025 : Aschermittwoch, mercredi des cendres. Tous les restaurants vous serviront alors du poisson pour vous refaire une santé.

Le grand défilé en chiffres

ÉlémentValeur
Spectateursplus de 1 million de visiteurs
Parcours7 kilomètres
Participants sur les chars10 000 personnes
Durée4 heures
Sucreries lancées300 tonnes

Le carnaval est organisé par le comité du carnaval de Cologne de 1823. C'est un spectacle coloré avec des bonbons, « Kamelle », des petits bouquets de fleurs, « Strüßjer », des bisous, « Bützje », et plus d'un million de spectateurs déguisés.

Le cri de ralliement : « Kölle, Alaaf ! »

Le grand cri de ralliement de tous les cortèges est « Alaaf ! », ce qui signifie « En avant ! ». Chaque jour, Cologne résonne au son du cri de guerre du carnaval : « Kölle Alaaf », qui signifie « Vive Cologne ! » en dialecte local.

À Cologne, les bouffons, « die Jecken », crient pendant le défilé « Kölle, Alaaf ! » « Hourra pour Cologne / En avant Cologne ! »

Attention : celui qui confond l'« Alaaf » avec le « Hellau », également bien connu, commet pour ainsi dire un crime capital! Il s’agissait autrefois du cri de guerre des rivaux rhénans de Düsseldorf.

Costumes, musique et convivialité

Se déguiser est obligatoire ! Célébrer le carnaval de Cologne sans costume ? Vous feriez mieux de ne pas le faire. Vous devrez alors être dénoncé comme un trouble-fête!

Se déguiser en fait tout simplement partie. Et la tenue peut être bon marché, nous ne sommes pas à Venise. De toute façon, il ne vaut pas la peine de porter des vêtements trop chers au carnaval : dans le feu de l'action, une partie de la bière sera renversée, et même les chaussures ne resteront pas propres dans la tourmente.

La jolie ville de Cologne d’habitude tranquille se transforme en fête géante le temps d’une semaine durant son fameux Carnaval. Tout le monde joue le jeu en se déguisant de la tête aux pieds !

J’ai été surprise de la créativité dont font peuvent les gens pour leurs costumes ! Ça change de la France où personne n’ose se déguiser par peur d’être ridicule…

J’aurais aimé prendre les gens en photo, entre cowboy, skieur, prêtre, loup habillé en grand mère, astronaute, Luc Skywalker, licorne il y avait de quoi faire un joli album loufoque !

Costumes colorés carnaval Cologne

Chanter et se balancer

Chanter en cœur fait partie de la fête ! Une fois que vous aurez visité l'un des innombrables pubs où l'on célèbre le carnaval, vous remarquerez rapidement que non seulement les chansons du carnaval de Cologne sont jouées partout, mais aussi que la plupart des bouffons connaissent les paroles.

Chanter en même temps fait tout simplement partie du carnaval de Cologne, et les célébrants aiment se prendre dans les bras les uns les autres pendant qu’on joue des « Schlager » comme « Drink Doch Ene Met ».

Si vous ne voulez pas attirer l'attention, vous pouvez écouter et mémoriser quelques chansons typiques du carnaval avant de commencer, au moins de cette façon vous pouvez chanter avec le chœur.

« Höhner, Kasalla, Cat Ballou » : Vous devez connaître ces groupes du carnaval de Cologne. Un must à connaître : « Viva Colonia ».

Se balancer, « Schunkeln », dans le train fait également partie de l’ambiance. Mais si vous voyagez en train, vous devriez être de bonne humeur : les compartiments sont pleins, car d'innombrables personnes font un pèlerinage dans la ville-cathédrale.

La Kölsch et les spécialités

Réveil dès 9h par les chansons du carnaval ! Nous étions prévenues, ici, on ne rigole pas avec les traditions. À peine sorties de notre chambre, on nous tend jovialement des bières « Kölsch », la bière traditionnelle de Cologne.

Le salon était déjà peuplé de visiteurs prêts à en découdre avec les litres de bière toute la journée ! Notre baptême ne s’arrêtait pas là : pour accompagner notre bière, nous avons dû manger du « Mett », c’est-à-dire de la viande de bœuf crue avec des oignons crus sur du pain.

Avant la période de jeûne, qui va durer jusqu’à Pâques, les Allemands vont s’amuser, manger en grandes quantités et profiter de la vie. Aujourd’hui, même si les traditions religieuses sont restées fortes dans certaines régions, le carnaval s’est sécularisé : on le fête plutôt pour manger, boire et oublier les tracas de la vie quotidienne.

Les principaux lieux de fête

En raison de la proximité de la gare centrale, de nombreux touristes se baladent dans la vieille ville pendant les beaux jours. Cela vaut également la peine de prendre le train quelques arrêts plus loin, jusqu'à l'endroit où les habitants font la fête.

Les habitants de Cologne et les étudiants aiment s'ébattre dans la Zülpicher Straße et ses environs. Vous trouverez de nombreux bars, « Kneipe », pittoresques au public mixte dans la Südstadt, autour de la Chlodwigplatz.

Le carnaval de rue commencera le jeudi précédant le lundi des roses, lors de la « Weiberfastnacht ». Jusqu'au « Mardi Gras », il y aura eu des défilés.

Durant la semaine, de nombreuses parades et fanfares sillonnent la ville, mais certaines peuvent être annulées à cause d’une météo très venteuse.

Le « Savoir-vivre » rhénan

Vous vous plaignez que les Allemands sont des gens plutôt réservés ? Alors le carnaval de Cologne fera tomber vos préjugés. Les Rhénans sont considérés comme particulièrement ouverts et bon vivants, et pendant les jours de carnaval, ces qualités sont particulièrement visibles.

Les « Bützen », les baisers de Cologne, aiment ça. Vous pouvez rapidement recevoir un petit baiser sur la joue d'un parfait inconnu. Il ne faut cependant pas croire au plan de drague facile.

Le pipi sauvage, « Wildpinkeln », peut coûter cher ! Même si la bière Kölsch appuie sur votre vessie, vous ne devez jamais la vider au prochain coin de rue.

Une fête populaire, politique et encadrée

Les habitants de Cologne ont beau appeler le carnaval les « folles journées », il n'en suit pas moins un rituel très encadré. Deux événements se font face : l'« officiel », avec un grand défilé et des tribunes payantes, et le « off », où des bandes de joyeux drilles se moquent du carnaval officiel.

Le carnaval n'est pas un jour férié en Allemagne, mais en Rhénanie, les écoles sont fermées le Rosenmontag ainsi que le mardi qui suit. Beaucoup d’entreprises font de même.

Le slogan 2023 était « Fastelovend es för all - halal, koscher un liberal », « Le carnaval pour tous - halal, casher et libéral », avec pour sous-titre « Mir fiere politisch », « Nous faisons de la politique ».

Cette dimension critique se retrouve dans les chars du Rosenmontag, qui caricaturent l'actualité politique et les personnalités controversées de l'année.

La soirée française, ou « Franzosensitzung »

Le carnaval de Cologne : rien de plus rhénan, allemand même ! Et pourtant, l’événement réserve chaque année une soirée au parfum de France baptisée la « Franzosensitzung ».

Celle-ci se déroule dans le quartier de Mülheim et elle fait le plein en rassemblant plus de 1 000 personnes. Sous des ballons bleu, blanc, rouge, grimés de masques à l’effigie d’Obélix ou de Napoléon, les carnavaliers y boivent du vin rosé et y dégustent des plats typiquement français.

Des groupes de musique tricolores animent la soirée et le public présent reprend à l’envi des expressions du dialecte de Cologne inspirées de la langue française comme « Trottewar », trottoir, ou encore « Paraplü », parapluie.

La marinière, le béret et les trois couleurs bleu, blanc rouge font partie de la panoplie. Ah ! Et on oubliait la moustache pour ces messieurs.

Franzosensitzung carnaval français Cologne

Une première soirée française en 2020

Mais quelle est donc l’origine de cette bizarrerie ? L’explication la plus récente et la plus pragmatique tient dans le fait qu’un gastronome francophile Daniel Rabe, qui exploite une brasserie dans le sud de la ville, a organisé une première soirée française en 2020, juste après la pandémie de covid.

Mais de l’aveu de ce même Daniel Rabe, quelque chose de plus profond lie Cologne à la France. « Il existe un certain art de vivre à la française : une ambiance de laisser-faire et très décontractée », estime Daniel Rabe pour qui cet état d’esprit est une conséquence d’un passé commun entre Cologne et la France.

La mémoire napoléonienne

Une analyse corroborée par Mario Kramp, historien au musée municipal de Cologne. En fait, pour mieux comprendre cette coutume très tricolore, il faut, selon ce chercheur, remonter à la période napoléonienne.

L’événement actuel, la fameuse « Franzosensitzung », ferait donc référence à cette époque. Et si cette soirée connaît un regain d’intérêt depuis quelques années, c’est aussi parce que le regard que portent les habitants de Cologne sur la période napoléonienne a changé.

Une nouvelle vision de cette présence française s’était déjà développée dans les années 1960. Elle revient au goût du jour actuellement.

En fait, après avoir été longtemps vue comme un temps d’oppression, la domination napoléonienne est maintenant considérée comme une période ayant apporté à Cologne de nouvelles notions comme la liberté et l’égalité.

Tout aussi anecdotique soit-elle, cette soirée française serait donc une illustration de cette évolution. Et tant pis si cela passe par des clichés cocardiers ! Les ballons bleu, blanc, rouge, Obélix et Napoléon ont donc leur droit de cité au célèbre carnaval de Cologne.

Le carnaval dans l’univers d’Apollinaire

Le carnaval de Cologne réunit plusieurs éléments particulièrement proches de l’imaginaire poétique d’Apollinaire : la métamorphose des identités, les masques, les cortèges, les couleurs, la musique, la satire et le brouillage des frontières entre le quotidien et le merveilleux.

La fête renverse les hiérarchies, autorise les critiques, transforme la ville en scène et donne à chacun la possibilité d’entrer dans un personnage. Les costumes, les chars et les chansons produisent un monde mobile, théâtral et libre, où la réalité politique devient matière à caricature.

Cette parenthèse festive rejoint l’aspiration à un monde paisible, à la légèreté et à une joie insouciante. « Le carnaval offre du réconfort, de la joie, un sentiment d'appartenance et aussi un peu d'espoir en ces temps difficiles », explique ainsi Christoph Kuckelkorn, président du Comité du Carnaval de Cologne.

La « Weiberfastnacht » - Karambolage - ARTE

Un patrimoine culturel vivant

Les ballons bleu, blanc, rouge, Obélix et Napoléon ont donc leur droit de cité au célèbre carnaval de Cologne qui, faut-il le rappeler, est classé au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

La période du carnaval est marquée par plusieurs festivités. La Carnaval, c’est la cinquième saison de Cologne ou la 8ème merveille du monde par ses habitants.

Le carnaval de Cologne n’est donc pas seulement une suite de défilés : il constitue un rituel urbain, une mémoire historique, une fête musicale et un espace de liberté collective.

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