Arts visuels et carnaval : créer une œuvre collective

Les arts visuels permettent de transformer le carnaval en une expérience collective où les élèves conçoivent des costumes, des masques, des coiffes, des photographies et des installations inspirés par des artistes et par leur propre imaginaire. Chaque réalisation associe recherche plastique, travail manuel, expression personnelle et mise en commun.

Le carnaval offre ainsi un cadre privilégié pour se déguiser, masquer son visage et devenir autre le temps d’une fête ou d’un rituel. Les élèves peuvent changer de nature, incarner un animal ou un esprit, modifier leur identité ou leur statut social, puis présenter leurs créations lors d’un défilé ou d’une exposition.

Le carnaval comme projet d’arts visuels

Chaque année pour le carnaval, les élèves de l’école des Amiraux se parent de leurs costumes, haut en couleur qu’ils ont préparé durant plusieurs séances d’ateliers. Ils défilent sous la bannière d’artistes tels que Nick Devereux ou Niki de Saint Phall jusqu’au parc, en compagnie d’une fanfare invitée spécialement pour l’occasion.

Les familles, les passants et autres badauds admirent les déguisements inspirés des œuvres de ces artistes. Cette présentation transforme le défilé en une véritable exposition en mouvement, dans laquelle les productions des élèves rencontrent l’espace public, la musique et le regard des spectateurs.

Défilé scolaire de costumes colorés

La mission arts plastiques de l’académie de Paris vous propose cette année une rencontre hebdomadaire avec des œuvres d’art s'inscrivant dans un processus collectif. Ainsi, pendant 31 semaines, vous pourrez découvrir et visualiser avec les élèves une œuvre emblématique, surprenante ou juste charmante dans laquelle le collectif peut prendre de multiples formes.

Nous espérons sincèrement que ces modestes vidéos constitueront une respiration et une ouverture culturelle précieuse et délicieuse pour tous. Vous pourrez retrouver chaque semaine un nouvel épisode d’Œuvre collective ! ? grâce au lien diffusé dans l’inform@lire !

Du tableau au costume : l’exemple de la classe 3

Cette année le FMAC a installé la peinture Mansion I de Nick Devereux devant le réfectoire. La classe 3 a défilé brandissant fièrement leur filiation à cette œuvre.

Pour constituer la face et le dos de leur costume, les élèves ont d'abord pris deux feuilles de la couleur de leur choix en format A2. À partir de ces deux couleurs, ils ont peints de plus petites feuilles dans le camaïeu correspondant.

Dans une autre séance, ils ont coupé ces feuilles et dessiné des motifs à l'aide de feutres Posca. Un motif par pièce découpée. Il a fallu ensuite coller ces bouts de papier sur la feuille A2 afin de donner un rendu en 3D.

Partis dans l'imaginaire des enfants, ces papiers devenaient des châteaux, des ponts, des toboggans, sur leur propre costumes. comme ils avaient pu imaginer ce que représentait le tableau de Nick Devereux.

Élèves fabriquant des costumes en papier

Les étapes d’une œuvre collective carnavalesque

  1. Choisir une œuvre ou un univers artistique. Les élèves peuvent observer une peinture, une photographie, une sculpture ou une création liée au costume.
  2. Explorer les couleurs. Les grandes feuilles servent de support principal, tandis que les feuilles plus petites permettent de travailler les camaïeux et les variations chromatiques.
  3. Créer des motifs. Les formes découpées sont enrichies de dessins réalisés à l’aide de feutres Posca.
  4. Assembler les éléments. Les pièces de papier sont collées sur le support afin de produire un relief et un rendu en trois dimensions.
  5. Donner un sens aux formes. Les motifs deviennent des châteaux, des ponts, des toboggans ou d’autres éléments issus de l’imaginaire des enfants.
  6. Présenter l’œuvre. Le costume prend vie pendant le défilé, puis peut être conservé et montré dans une exposition.

Le travail collectif ne supprime pas les imaginaires individuels : il les rassemble dans une réalisation commune. Chaque élève participe à la construction d’un ensemble, tout en développant une interprétation personnelle des formes, des couleurs et des œuvres observées.

Masques, costumes et identité

Dans une période marquée par le COVID 19 et l’obligation du port du masque sanitaire à l’école, il semblait opportun d’étendre la raison du port d’un masque à autre chose qu’une logique sanitaire. Le masque, élément incontournable des fêtes rituelles ou carnavalesques depuis l’ origine des temps, a toujours été avant tout un accessoire de travestissement.

Se déguiser, masquer son visage , sont des éléments incontournables de l’Histoire qui fait toute notre Humanité. Se travestir: devenir Autre, le temps d’ une fête, d’un rituel.

Changer de nature, incarner un animal, un esprit, changer son identité ou son statut social, tout est permis lors des carnavals populaires ou à l’inverse, plus ritualisées par les religions ou les croyances lors de certaines mascarades tribales.

Masques de carnaval réalisés par des élèves

Cette thématique fut donc proposée, et correspondait également au thème travaillé alors par l’artiste local Jean Marc LACAZE, qui vint faire une résidence d’ artiste en nos murs, et faire profiter à nos élèves, de son travail de recherches et de création en couture autour du costume et du masque.

Les élèves découvrent alors que le masque n’est pas seulement un objet décoratif. Il peut dissimuler, transformer, amplifier un personnage, raconter une histoire et permettre à chacun d’expérimenter une autre apparence.

Une exposition thématique en réseau

Lors de cette exposition thématique annuelle, furent présentées des œuvres du FRAC Réunion, de l’ARTOTHEQUE de Saint Denis, mais également des artistes Jean Marc LACAZE et du duo R’ DU TEMPS, en regard des productions artistiques des élèves du réseau Plateau Goyaves.

Ces derniers sont intervenus dans des classes de niveau 4eme pour réaliser une production collective de trois tenues complètes de carnaval (masque réalisé avec R’ DU TEMPS et costume avec Jean Marc LACAZE).

L’exposition associait des œuvres patrimoniales, des créations d’artistes et des productions scolaires. Le regard des élèves pouvait ainsi circuler entre plusieurs formes : photographie, photomontage, costume, masque, coiffe, maquette, installation et sculpture.

Œuvres et productions présentées

Type de réalisationArtiste ou groupe
Deux coiffes de la série perruque mavaMeschac GABA, 2012
Le pirate et La bourgeoiseSamuel FOSSO, 1997, 70 X 70 cm
Carnaval à VeniseMichel FOUR
Photomontages numériquesÉlèves de 4eme, impressions sur papier
Maquette carnavalClasse de CM2 de l’école Elementaire Paul Salomon II
Masques type vénitienÉcole élémentaire Paul Salomon II
Mobile de masques en papierÉlèves de 4eme
Masque et costumeÉlèves de 4eme avec R DU TEMPS et Jean Marc LACAZE
Sa Majesté CarnavalÉlèves de l’école Elémentaire Paul Salomon II

Alfred Nobel et Pierre et Marie Curie, de Meschac GABA, 2012, deux coiffes de la série perruque mava, œuvres prêtées par le FRAC Réunion.

Pierre et Marie Curie ( série perruque mava), Meschac GABA, 2012, N°Inv. 2012.11.02, COLLECTION FRAC REUNION.

Le pirate et La bourgeoise, Samuel FOSSO, 1997, 70 X 70 cm, COLLECTION FRAC REUNION.

Carnaval à Venise, Michel FOUR, œuvre prêtée par l’ ARTOTHEQUE de Saint Denis, Réunion.

Masques type vénitien, Ecole élémentaire Paul Salomon II.

Œuvre réalisée par une classe de Grande section de l’ école Maternelle Robert Debré.

Mobile de masques en papier réalisés par des élèves de 4eme.

Créations masque et costume par les élèves de 4eme avec l’ intervention d’ R DU TEMPS (masque) et de Jean Marc LACAZE (costume).

Exposition scolaire de masques et costumes

La construction d’un imaginaire commun

La réalisation d’un costume collectif commence par une observation : celle d’une œuvre, d’une image, d’un objet ou d’une tradition. Les élèves peuvent ensuite rechercher des formes, des couleurs et des associations capables de traduire ce qu’ils perçoivent.

Les idées picturales me viennent spontanément comme les notes de musique en jazz, libres, fugaces mais elles peuvent également être préméditées, calculées ,réfléchies avec des dessins préparatoires, c’est l’émotion du moment qui prévoit.

Je me laisse guider par l’exaltation, le geste libre pour oser donner vie à mes émotions. Je joue à travailler le contraste entre le figuratif et l’abstraction et si possible qu’un tableau puisse raconter une histoire, un univers poétique, avec un zeste d’humour.

Ces principes peuvent nourrir un atelier scolaire : alterner les phases de préparation et les moments de liberté, permettre aux élèves de dessiner des motifs, puis les inviter à les associer dans une composition collective.

Le sens historique et culturel du carnaval

Le mot carnaval vient de l’italien carnevale, mardi gras, et du latin médiéval carnelevare, ôter la viande. Ce mot a donc une source religieuse: le catholicisme.

A un moment donné de l’ Histoire, le Moyen Age, le peuple avait pour habitude de faire une fête assez délurée aux origines plutôt païennes. Cette fête finissait souvent par des danses et des chants autour d’un grand feu de joie dans lequel on brulait une sorte de figurine géante à l’effigie d’ un roi, d’un fou, d’un mauvais esprit, ou en l’ honneur d’une saison nouvelle , qu’on souhaitait prolifère et abondante en fruits de la Terre.

Mais le pouvoir religieux en place à l’époque en Occident souhaita s’ approprier cette fête profane en l’intégrant dans leur calendrier religieux, de façon à mieux « contrôler » les libertés que s’octroyait son peuple à festoyer.

Aujourd’hui, et ce, partout dans le monde, nous retrouvons bon nombre de carnavals et mascarades quelque soit les religions, les cultures, le besoin de se retrouver, de faire la fête, de se sentir libre, est là, bien vivant.

Les origines du carnaval de Dunkerque

La mise en scène des productions

Une œuvre collective peut être présentée dans une salle, un couloir, une cour d’école ou un espace extérieur. La disposition des masques et des costumes permet de montrer les différentes étapes de la création et les liens entre les élèves, les artistes et les œuvres observées.

Affiche de l’exposition Carnaval et mascarade.

Vue d’ensemble de l’ exposition Carnaval et mascarade.

Pendant la visite,les élèves regardent un documentaire réalisé par l’artiste Jean Marc LACAZE, sur le carnaval local Karmon Costume intitulé Karmoniac et photos (en arrière plan) réalisés par l’artiste Jean Marc LACAZE.

Deux oeuvres photographiques de la série Karmon par l’ artiste Jean Marc LACAZE.

Travaux de photomontages numériques réalisés par les élèves de 4eme, impressions sur papier.

Maquette carnaval ,réalisée par une classe de CM2 de l’école Elementaire Paul Salomon II.

Sa Majesté Carnaval, mannequin grotesque réalisé par les élèves de l’ école Elémentaire Paul Salomon II qui fête chaque année, son carnaval et a pour tradition, de le faire sauter en l’air (à l’ aide d’un drap) à défaut de ne pouvoir le brûler dans l’école (puisqu’ interdit bien sûr).

Le mannequin devient alors une figure centrale de la présentation. Sa forme grotesque, son caractère spectaculaire et la tradition de le faire sauter en l’air donnent à la production collective une dimension théâtrale et participative.

Une pratique artistique ouverte et pluridisciplinaire

J’ai toujours été attiré par l’art en général, qu’il soit contemporain ou classique. Peinture, sculpture, design, jazz, cinéma, photographie sont mes dadas.

Éclectique, pluridisciplinaire, autodidacte, curieux j’aime être bousculé plus ça me dérange plus ça m’intéresse.

Mon travail est viscéral c’est de l’émotion pure. Enfant, j’observe mon grand-père menuisier travailler sur son établi.

Chez mes parents dans le salon un piano droit s’ennuie je l’adopte,le jazz avec. Je monte un orchestre New-Orléans, m’essaie à différents instruments pour enfin adopter la batterie et m’imprégner de la musique de John Coltrane et Miles Davis.

Je côtoie quelques grands noms du jazz. Une opportunité ne permet d’ouvrir boulevard Saint-Germain à Paris un magasin de mobilier design, j’ai créé des pièces uniques(meuble,tapis,luminaire,paravent, tableaux).

À la recherche d’un petit coin de paradis, je pars à la découverte de l’île D’Yeu, un bout de terre qui m’inspire. Je me consacre à mon art, la peinture, la sculpture.

Ici ou là, je glâne sur l’île des parties de vieux thoniers en bois voués à disparaître, pour redonner une nouvelle vie. J’y organise de nombreuses expositions personnelles.

À la recherche de la lumière, je m’installe à Saint-Raphaël pour y retrouver la magie du Sud, sa végétation, le massif de l’Esterel, son univers brut et minéral.

Cette ouverture entre peinture, sculpture, design, musique, photographie et matériaux de récupération montre combien le carnaval peut devenir un projet d’arts visuels transversal. Les élèves peuvent y associer dessin, volume, textile, assemblage, photographie et performance.

Les formes possibles d’une œuvre collective

  • Le costume : une surface portée par le corps, composée de couleurs, de motifs, de volumes et de matières.
  • Le masque : un objet qui transforme le visage et permet d’explorer l’identité, le personnage et le travestissement.
  • La coiffe : une construction qui prolonge la silhouette et attire le regard vers la tête.
  • La photographie : un moyen de conserver la trace du défilé, des attitudes et des personnages.
  • Le photomontage : une technique qui permet de créer des situations imaginaires à partir d’images.
  • La maquette : une représentation réduite d’un carnaval, d’un défilé ou d’un espace festif.
  • Le mobile : une installation légère qui met en mouvement plusieurs masques en papier.
  • Le mannequin : une figure centrale qui peut représenter une majesté carnavalesque, un roi, un fou ou un personnage grotesque.

La rencontre entre les productions individuelles et la présentation commune donne au projet sa dimension collective. Le carnaval devient à la fois un atelier, une exposition, un spectacle et un moment de partage entre les élèves, les familles, les artistes et les passants.

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