Le Carnaval est l’événement en ce moment à Rio. Les défilés au Sambodrome, le Carnaval de rue et les bals s’enchaînent depuis plusieurs jours. Toute la ville est en liesse! En participant aux défilés de rue, on en prend plein les yeux et les oreilles. Quand je rentre au calme, j’aime lire le journal qui regorge de petites et grandes informations sur le Carnaval 2015. Je vous ai déjà expliqué le BA-BA du Carnaval dans un billet précédent ( à lire ici).
Savez-vous que « folia » en brésilien veut dire « la fête du Carnaval »? Les participants sont les « foliões ». Ça donne un petit air de folie, non? C’est un public de 5 millions de foliões qui est attendu (dont plus de 900 000 touristes). Un seul bloco ( défilé de rue) peut réunir jusqu’à 2 millions de personnes. Et il y en plus de 400 planifiés pendant le Carnaval! Nous, on a assisté à des blocos de 80-90 000 personnes et je peux vous dire qu’entre les danses, les chants, la fanfare à fond, c’est déjà très impressionnant!
Tout ce monde doit avancer dans les rues (qui ne sont pas extensibles) sans s’écraser! Les commerces et restaurants s’entourent de barrières pour se protéger et certaines boutiques ferment et mettent carrément des panneaux de contreplaqué contre la vitrine! Assez impressionnant! On a l’impression que tous se préparent pour une charge de bisons en furie! En fait, l’ambiance est assez « bon enfant ». Les musiciens des blocos ont beaucoup de boulot!
L’ouverture du Carnaval est lancée symboliquement quand le maire remet la clé de la ville au Roi Momo. Bon, ça, c’est pour le symbole parce que dans la réalité, le maintien de l’ordre est essentiel pour que la fête soit réussie. La police militaire doit assurer la sécurité, ce qui est déjà un gros travail à Rio en temps normal mais qui devient un défi de taille quand 5 millions de personnes envahissent la ville et boivent beaucoup! 15 500 policiers sont mobilisés! La police doit aussi gérer toutes les modifications du trafic routier. C’est un travail de titan!
Dans une journée, il y a des dizaines de blocos mobiles dans une grande partie de la ville dès 6h30 et jusqu’à tard le soir. Il faut libérer les rues, les fermer juste avant le passage du défilé puis les ré-ouvrir juste après. Les chars officiels très volumineux doivent aussi être acheminés jusqu’au Sambodrome, passer sous les tunnels de la ville….Honnêtement, les flics sont très efficaces! Ils doivent aussi être présents sur les plages où l’afflux de personnes augmente le risque de vol !
Une fois n’est pas coutume, je veux leur tirer mon chapeau, parce qu’aucun flic de l’état ne doit avoir de congés pendant cette période mais surtout parce que jusqu’à maintenant ils font bien leur boulot! Voilà deux mots portugais qui s’affichent partout en ce moment. Prononcez « chichi » et « licho »! Il ne faut pas faire « xixi » dans la rue (pipi!).
Oui, tous ces gens qui boivent comme des trous ont besoin de se soulager et ils ne DOIVENT PAS faire pipi dans la rue! C’est dégoûtant, ça pue! et une campagne d’information très très claire: » la fête dans la rue, pipi dans les toilettes ». Certains serveurs de restos ont même un T-shirt bleu électrique avec ce slogan!!! La police verbalise les « mijões » ( pisseurs) avec 170 RS ( divisez par 3 pour les euros) et fait un rapport des flagrants délits chaque jour à la télé et dans les journaux! Des photos des contrevenants sont publiés (la honte pour eux, en plus de l’amende!) C’est une affaire sérieuse!
Quand on pense qu’il y a des blessés par balle tous les jours dans les rues, ça parait un peu disproportionné mais bon…. On fait aussi la chasse au « lixo » (=aux déchets!). C’est l’opération » lixo zero » Et là, il y a du boulot! Les canettes et bouteilles en tous genres remplissent à une vitesse folle les fameuses poubelles oranges ( qui font un peu tâche sur toutes mes photos de plage). Très rapidement, les rues sont jonchées de canettes! Beaucoup jettent dans la rue, sur la plage sans se poser de questions. Nous, on fait les justiciers du « lixo » ( enfin, sauf s’ils sont très musclés ou trop tatoués! 😉 ).
Des armadas de nettoyeurs tout de orange vêtus nettoient en permanence toute la ville. Encore un peu de vocabulaire pour vous! Les « beijos » sont les baisers. Pendant le Carnaval, les jeunes s’embrassent beaucoup ( vraiment beaucoup!) et font même des concours du plus grand nombre de partenaires! On parle du french kiss, bien-sûr, et pas du bisou sur le front ou du smack! « Bon, pourquoi pas? Y a pas de mal! » me direz-vous. Oui, sauf que hier, j’ai lu que la mononucléose, la fameuse »maladie du baiser » fait des ravages après le Carnaval. Il y aurait même 80% de la population brésilienne qui a déjà été en contact avec la maladie! Alors là, je dis « calmos les gars! Rangez vos bouches! Sinon, vous allez passer des semaines au lit! »
Mais en fait, il y a plus grave! Au début je croyais que c’était une chemise!!! J’avais bien remarqué tous ces torses nus et je ne voyais pas trop le problème à part de prendre un coup de soleil et d’affoler les cœurs! En fait, la « camisinha », c’est le préservatif! Vous aviez deviné, vous? Une étude montre que 88 % des carnavaliers ont des relations sexuelles sans protection! aïe aïe aïe! Ça craint! La « camisinha » sur la tête!
Le Sambodrome : Des « trop riches » et Des « culs nus »! Je vous ai dit dans le papier précédent qu’on a fait le choix de ne pas aller au Sambodrome. Ça ne nous empêche pas de regarder un résumé des défilés de la nuit chaque matin à la télévision. Il faut bien reconnaître que c’est un spectacle grandiose : les costumes sont magnifiques et les chars gigantesques et vraiment créatifs. Les effets spéciaux ont fait leur entrée au Sambodrome! Un vrai travail de professionnels.
Dans cet univers enchanté, où certaines écoles rendent hommage à des personnalités importantes ( par exemple Nelson Mandela, cette année), d’autres semblent ne pas s’encombrer de questions éthiques. Par exemple, une prestigieuse école de samba est sponsorisée (10 millions de Reais) par le fils du dictateur de Guinée Equatoriale, M. Obiang qui est poursuivi pour blanchiment d’argent et évasion fiscale en France et aux USA. L’école a donc mis à l’honneur les « beautés culturelles » du pays, évidemment! Il occupe également une magnifique loge VIP du Sambodrome. J’avais vu que le prix des loges était cher mais je viens d’apprendre que c’est pire que ce que je pensais, certaines sont à 3000 RS! Les visiteurs VIP ne viennent pas seulement pour voir le défilé, ils se montrent, font des relations publiques, des affaires, assistent à des shows privés, etc… Mais n’oublions pas que le spectacle, c’est quand même les défilés et les écoles de sambas qui jouent gros chaque année : maintenir leur place dans le groupe prestigieux ou y accéder! Une école n’a pas eu de chance le premier soir: ses costumes sont arrivés incomplets et les musiciens de la fanfare n’avaient que le haut! Ça la fout mal! Fanfare au costume incomplet!
Quand on pense aux mois de préparation et finalement, on ne va parler et se souvenir que de ça! Pendant ce temps-là les reines du Carnaval jouent à un jeu rigolo : celle qui aura le cache-sexe le plus petit! Comme vous le voyez, tout le monde s’amuse!!!
Ajout du 18 février : L’école Beija-Flor vient de remporter la compétition! C’est l’école sponsorisée par le dictateur et criminel de Guinée Equatoriale!!!

Drones et feu d'artifice 🤩. Retour sur les Nocturnes de Feu 2023 | Château de Versailles
Tableau récapitulatif des éléments clés
| Élément | Description | Impact |
|---|---|---|
| Foliões | Public estimé à 5 millions (dont 900 000 touristes) | Ambiance et dynamique des blocos |
| Blocoss | Plus de 400 blocs planifiés, jusqu’à 2 millions par bloc | Afflux massif et logistique urbaine |
| Police | 15 500 policiers mobilisés | Maintien de l’ordre et sécurité |
| Beija-Flor | École gagnante ajout du 18 février | Sponsorisée par dictateur => polémique |
| Camisinha | 88% des carnavaliers sans protection | Risques sanitaires |
Les reines du Carnaval jouent à un jeu rigolo et les danseurs, les chars et les costumes illustrent un spectacle grandiose où les effets spéciaux entrent dans le Sambodrome. Des discussions éthiques accompagnent les festivités, notamment autour des sponsors et des liens avec des personnalités controversées. Les rues restent vibrantes, les rues se remplissent, et la fête continue d’illuminer Rio malgré les défis logistiques et sanitaires.