À la lisière entre la Normandie et le Centre-Val-de-Loire, une poignée de paysans pas si perchés mettent leur grain de sel dans les canaux de distribution traditionnels. Des fleurs aux légumes en passant par le pain, ces engagés du local n’y vont pas par quatre chemins pour valoriser en circuit court le fruit de leur labeur.
Midi pétant dans le Perche Sarthois. Gilles Michaudel nous accueille pour déjeuner, en compagnie de ses woofers en résidence, de ses deux joyeux borders collies et d’un agneau affaibli qu’il nourrit au biberon depuis le décès de la mère. Sur la table ? Des produits de chez lui : cidre demi-sec en tête, mais aussi une miche de pain au levain, des fromages fermiers et une foule de crudités glanés le matin même au Chardon, magasin de producteurs bio qu’il a cofondé.
À la tête de sa Ferme du Chêne, ce producteur de cidre bio et éleveur de moutons n’en est pas à son coup d’essai en matière de projets collectifs. Collectif Percheron, marché fermier de la Ferté-Bernard, épicerie associative l’Ulphacette, le Chardon : il est sur tous les fronts. Cet amoureux du Perche est incollable sur le territoire et remarque avec optimisme la multiplication des initiatives s’inscrivant dans une agriculture plus respectueuse du vivant. J’ai constaté une nette augmentation de la production bio ces dernières années : qu’il s’agisse de nouvelles installations ou de conversions d’agriculteurs conventionnels.
Si le Perche, à cheval entre deux régions et trois départements, n’est pas une entité administrative reconnue, sa proximité avec la région parisienne et sa longue tradition agricole en font un territoire clé pour l’institutionnalisation d’une stratégie d’alimentation durable. Avec la mise en place d’un PAT fin 2019, le Parc naturel régional du Perche entend bien raccourcir et internaliser les filières agricoles locales, qui sont pour l’instant valorisées à 95 % en filières longues en dehors du territoire.
Les circuits courts ne cessent de se développer dans le Perche de manière spontanée et leur développement est encouragé par le Parc et en phase avec le PAT, rapporte Camille Henry, chargée de mission agriculture pour le Parc. Favoriser l’approvisionnement local, bio et végétal en introduisant des légumineuses produites localement dans les cantines scolaires ou réfléchir à la mise en place d’abattoirs mobiles en sont des illustrations concrètes.
Sans attendre les institutions publiques, nombreuses sont les bonnes volontés à mettre la main à la pâte pour nourrir localement et durablement, avec un grain de militantisme, plaisante Julie Lefrançois, paysanne-boulangère à Sablons-sur-Huisne. Avec son compagnon Erik, ils produisent depuis dix ans un pain au levain 100 % maison, du grain au pain. Depuis quelques années, ils ont également développé une gamme de pâtes paysannes qui garnissent les étals du Chardon mais aussi les assiettes de certaines cantines de la région, grâce à MIL Perche (Marché d’intérêt local), une association qui œuvre pour une plus grande représentation des produits locaux dans la restauration collective.
Faire une fleur à son âme. À trente minutes de route de là, Mathilde s’affaire dès potron-minet sous les serres de fleurs. Contrôle de la température, de l’humidité, de la floraison : la jeune femme passe au peigne fin toutes les variétés qui garniront les bouquets de la semaine. En ayant commencé ma reconversion par le maraîchage, je me disais que ce n’était pas une activité essentielle, pose cette ancienne graphiste. Pourtant, les fleurs sont une formidable nourriture de l’âme ! C’est une source inépuisable de beauté et de sensibilité.
Nous sommes chez Une ferme du Perche. Ce lieu de vie et de culture(s) entame sa troisième année d’existence et embauche déjà sept personnes. Mathilde mais aussi Tom, Camille ou Antonin, 29 ans en moyenne, cultivent sur 1 hectare fruits, légumes et fleurs en maraîchage bio-intensif. Au printemps 2020, l’équipe a laissé le champ libre à Masami Charlotte Lavault, fondatrice de Plein Air Paris, la première ferme à fleurs qu’elle gère dans le XXᵉ arrondissement parisien. Le jardin percheron en est devenu l’extension idéale. Cette dernière a apporté avec elle un précieux savoir-faire floricole.
À l’heure où 85 % des fleurs vendues sur le marché français sont importées, bien souvent par avions réfrigérés, les fleurs du Perche font partie des irréductibles 15 % qui sèment les graines de la résistance. Saisonnières, cultivées sans aucun intrant chimique ni serre chauffée, ces fleurs au bilan carbone allégé sont vendues en direct à la ferme le mercredi, sur le marché de Mortagne le samedi matin et chez Plein Air Paris le samedi après-midi. Les fleurs sont aussi vendues dans notre Amap que l’on vient de lancer à Paris, quai de Valmy !, s’enthousiasme Tom Rial, jeune néo-rural et initiateur de la ferme. Ce fervent partisan de la méthode de maraîchage bio‑intensif sur petites surfaces développe ainsi un revenu par la diversification des débouchés tout en privilégiant la demande locale.
Tendre une perche au territoire. Dans ce paysage, le Chardon fait figure d’oasis en proposant à la fois des débouchés en circuit court aux paysans bio et locaux, tout en achetant sur un seul lieu nombre de leurs produits. Ce magasin, autogéré par les 19 producteurs fondateurs, a ouvert fin 2019 sur la place du marché de Nogent-le-Rotrou, à trente kilomètres de Mortagne. Au-delà de proposer des produits de qualité, la force de notre collectif, c’est la coopération, l’entraide, et le fait de s’enrichir des compétences complémentaires des un·es et des autres, raconte Sarah Gilsoul, maraîchère aux Jardins de la Rue et salariée à temps partiel au Chardon.
Tout comme chez Une ferme du Perche, la demande en denrées percheronnes a explosé pendant le premier confinement. Ainsi, le chiffre d’affaires du Chardon a doublé par rapport aux prévisions, ce qui a permis de passer d’une à deux salariées et de diversifier un peu plus l’offre initiale : pas moins de 45 producteur·rices et artisan·es y sont référencé·e·s aujourd’hui. Si l’engouement autour du local est retombé comme un soufflé au premier déconfinement, la demande en légumes frais et produits de base reste tout de même un peu plus importante qu’avant la crise, selon Camille Henry, du Parc Naturel Régional du Perche.
Pour répondre à cette demande croissante et mettre le pied à l’étrier à des jeunes agriculteurs qui souhaitent s’installer, le Parc a créé en 2015 un espace-test agricole. Sarah Gilsoul et son compagnon Emmanuel Godinot ont ainsi pu se délester du risque administratif et financier, tout en recevant accompagnement et équipements. Ils ont monté quatre ans plus tard les Jardins de la Rue, leur propre ferme maraîchère bio qui fournit notamment le Chardon. Vendre en direct ou en circuit court, diversifier ses canaux de distribution, se regrouper en collectif : c’est aussi ce qui permet à Mathilde, Tom, Sarah, Gilles, Julie ou Erik de cultiver la résilience.
Pour pouvoir obtenir 58 000 volailles, un éleveur du Perche a entamé une procédure. Au terme d’une enquête publique, le commissaire a rendu un avis favorable. L’un des deux poulaillers de la ferme de Charles Fourmy, agriculteur à Eperrais. Mercredi 22 mai 2024, l’association L214 a lancé une opération de communication pour pointer l’exploitation d’un agriculteur, Charles Fourmy à Eperrais (Orne). Elle dénonce le système d’élevage intensif de ce jeune agriculteur, affilié au groupe LDC, qui projetait de faire venir 58 000 poulets sur sa ferme de 2 500 m², soit 23 volailles par mètre carré. L’agriculteur, lui, défend son système d’élevage et dément posséder plus de volailles que ce que la réglementation permet.
Pour obtenir cette autorisation, une enquête publique s’est déroulée du 18 mars au 17 avril 2024. Le rapport du commissaire-enquêteur, remis le 17 mai, a été rendu public le 23 mai 2024. Une seule réserve figure: le respect de l’engagement pris par l’exploitant visant à rencontrer les habitants impactés par les désagréments de l’épandage. La préfecture délivrera ou non une autorisation, en fonction des éléments du dossier.
Que retenir de ce rapport? Chaque commune concernée était invitée à donner son avis. Les communes de Belforêt-en-Perche, Comblot, Le Pin-la-Garenne, Rémalard-en-Perche et Suré ont émis un avis favorable; Mauves-sur-Huisne n’a pas émis d’avis et plusieurs autres n’ont pas délibéré. Trois personnes et deux associations se sont exprimées; la participation du public fut faible. Les nuisances olfactives liées à l’élevage restent limitées par la ventilation et l’alimentation adaptée; les odeurs apparaissent surtout lors des épandages et de l’évacuation des fumiers. Les distances minimales et les règles d’enfouissement ont été respectées, et la directive européenne 2007/43/CE gouverne les exigences de bien-être des poulets de chair.
Transformations locales et leadership par les initiatives collectives
Aurélie et Samuel, éleveurs laitiers à Eperrais, ont quitté Lactalis en 2018 et ont créé leur propre laiterie « Pur Perche » en 2023 pour transformer le lait localement. Leurs infrastructures à Rémalard produisent 10 000 litres de lait par semaine, dont fromage, yaourts et produits variés destinés en grande partie à la restauration collective locale. Avec l’aide publique et des partenaires locaux, ils démontrent qu’une alternative locale est possible face à l’hégémonie des grands groupes.
Le Parc naturel régional du Perche soutient ces dynamiques: espaces-tests, circuits courts, et valorisation des produits locaux dans les administrations et les cantines scolaires. Le Perche souhaite ainsi renforcer les filières locales, encourager les productions diversifiées (lait, cidre, céréales, fruits), et favoriser l’émergence d’outils de transformation adaptés au territoire.
La baguette du Perche, née sous l’impulsion du Moulin de la Peltrie et reconnue par la marque Valeurs Parc, illustre l’enracinement local et l’engagement pour l’environnement. En 2008 et 2014, les initiatives solidifient cette filière avec un réseau de boulangers qui valorisent une production 100% locale et durable.
Entre propriétaires de vergers et producteurs de cidre à proximité, un contrat-type a émergé pour faciliter les échanges autour des fruits typiques du Perche et du cahier des charges de l’AOP Cidre du Perche. Le Parc propose ainsi des cadres simples pour rapprocher propriétaires et producteurs tout en protégeant les pratiques artisanales.

En somme, le Perche devient un modèle de résilience locale, où la coopération, l’innovation et l’anticipation des besoins des consommateurs guident l’émergence d’équipements et de pratiques agricoles plus durables et moins dépendants des marchés globaux.
tags: #avis #sur #agriculteur #perche