Le Bal des Ifs est un bal masqué organisé les 25 et 26 février 1745 dans la galerie des Glaces de Versailles à l’occasion du mariage du dauphin Louis, fils de Louis XV, avec l’infante Marie-Thérèse d’Espagne. Resté célèbre pour son faste, il marque aussi le début des amours de Louis XV avec Jeanne-Antoinette Poisson, future marquise de Pompadour.
Le roi s’y rend incognito sous un costume de topiaire, accompagné de sept courtisans vêtus de façon identique. Parmi les huit mystérieux ifs, les invités cherchent à reconnaître le souverain, tandis que l’un d’eux s’éloigne pour rejoindre une jolie bergère, probablement Mme d’Étiolles.
Un bal organisé pour les noces du dauphin
Bal paré, bal masqué ou encore comédie-ballet… le mariage entre le Dauphin Louis de France, fils de Louis XV, et l’infante d’Espagne Marie-Thérèse, deuxième fille de Philippe V, fut célébré avec des festivités somptueuses renouant avec les fastes du règne de Louis XIV.
Le mariage fut célébré le 23 février 1745 à la Chapelle Royale, le jour même de l’arrivée de la princesse à Versailles. Le soir, la comédie-ballet de Rameau La Princesse de Navarre, sur un livret de Voltaire, fut représentée dans le théâtre aménagé dans la Grande Écurie.
C’est également dans ce contexte qu’a été créé la comédie-ballet ,ou « opéra-bouffon », Platée de Rameau. Le lendemain, le Grande Écurie fut transformée afin d’accueillir à nouveau le roi et la cour pour un bal paré.
Enfin, le 25 février, un bal masqué fut donné, aujourd’hui appelé « Bal des Ifs » et souvent retenu comme l’apothéose de ces noces princières.
Le déroulement de la nuit du 25 au 26 février 1745
En cette période de carnaval, le roi a décidé d’organiser un bal masqué où il pourra se mêler incognito à la foule. Les festivités commencent à 23h30. Elles ne s’achèveront pas avant 8h30.
Des centaines de carrosses affluent vers le Château illuminé. Les convives, masqués et sans invitation, se rassemblent dans le salon d’Hercule.
1 500 personnes attendent impatiemment l’ouverture officielle du bal, signifiée par celle des portes du Grand Appartement du Roi. Pendant ce temps, de splendides buffets de poissons - carême oblige - gâteaux, pyramides de fruits et de confiseries, vins et liqueurs leur sont offerts.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Dates | 25-26 février 1745 |
| Lieu | Galerie des Glaces et Grand Appartement du Roi |
| Ouverture des festivités | 23h30 |
| Fin des festivités | 8h30 |
| Nombre de participants attendus | 1 500 personnes |
| Particularité | Bal masqué et ouvert à tous |
Les premiers personnages révélés
À l’ouverture des portes, seuls apparaissent la reine, en grand habit de Cour, le dauphin et la dauphine, costumés en berger et bergère.
Plus tard, huit ifs se manifestent. Les femmes accourent autour de ces mystérieuses apparitions. Lequel d’entre eux est le roi ?
Certaines défaillent lorsque l’un d’eux s’incline : c’est probablement lui ! Un if s’éloigne soudainement pour se rapprocher d’une jolie bergère. Ce ne peut être que le souverain avec Mme d’Étiolles.

La rencontre avec Jeanne-Antoinette Poisson
Mais l’intérêt de ce bal est ailleurs. Toute la Cour bruisse des sentiments du roi pour une inconnue : la jeune et jolie Jeanne-Antoinette Poisson, épouse de M. Le Normant d’Étiolles.
Louis XV l’a croisée au cours d’une partie de chasse en forêt de Sénart. La date de leur première rencontre demeure inconnue.
Ce bal est l’occasion de se mettre sur les rangs : depuis la mort de Mme de Châteauroux, dernière maîtresse en titre de Louis XV, en décembre 1744, toutes les femmes de la Cour aspirent à sa succession.
L’hypothèse se confirme aux trois bals suivants où il convie la jeune femme. Les rencontres se multiplient.
Le 14 septembre 1745, Mme d’Étiolles est présentée officiellement à la Cour sous le nom de marquise de Pompadour. Elle sera la maîtresse en titre du roi jusqu’à sa mort en 1764.
Une autre la remplacera en 1768 : Mme Du Barry.
Une fête ouverte à tous dans la galerie des Glaces
Le 25 février, tout le grand appartement fut aménagé pour le bal masqué, ouvert à tous. Selon le duc de Luynes, « la foule se trouvait si grande dans la galerie qu’on y était porté presque d’un bout à l’autre sans mettre le pied par terre ».
Le bal étant masqué et costumé, cette liberté permit au roi de s’y rendre sous un costume de topiaire, accompagné de sept autres courtisans vêtus de façon identique. Cochin a représenté cette entrée qui fut fort remarquée par tous les assistants.
Comme la plupart des pièces du grand appartement, la galerie avait été équipée de gradins, construits dans l’embrasure des fenêtres, afin de permettre à de nombreux spectateurs d’assister à la fête.
Outre les lustres que l’on n’accrochait alors dans la grande galerie qu’en de rares occasions, des girandoles placées sur des guéridons ainsi que de nombreux autres luminaires de complément (dits « morceaux de composition ») assurent l’éclairage des lieux.
Les musiciens, invisibles sur la gravure, sont installés dans le salon de la Guerre attenant.

Les costumes et l’atmosphère du bal
L’artiste a su montrer la diversité des costumes des assistants (Turcs, Chinois, bergers, jardiniers, dominos variés…) ainsi que le joyeux désordre qui présidait à ce genre de festivités (notamment avec les personnages assis sur le parquet en bas à gauche de la gravure, ou encore dans la représentation des spectateurs placés dans les gradins).
La quatrième estampe offre un bel aperçu de l’arrivée remarquée dans la Grande Galerie des huit ifs, dans la nuit du 25 février au 26 février 1745.
Les scènes représentées montrent une fête où la foule, les costumes, les lumières et les divertissements transforment les appartements royaux en un espace de spectacle et de dissimulation.
Les estampes du mariage princier
Le mariage représenté en estampes témoigne de l’importance accordée à ces cérémonies et aux divertissements qui les accompagnèrent.
La quatrième estampe offre un bel aperçu de l’arrivée remarquée dans la Grande Galerie des huit ifs, dans la nuit du 25 février au 26 février 1745.
Cochin a représenté cette entrée qui fut fort remarquée par tous les assistants.
La restitution du costume de Louis XV
En 2016, à l’occasion de l’exposition « Fêtes et divertissements à la Cour » (29 novembre 2016-26 mars 2017), la Société des Amis de Versailles a participé au financement avec l’AROP de la restitution du costume de Louis XV porté lors du célèbre Bal des Ifs.
Le roi porta ce costume, ainsi que sept autres personnes, lors du bal masqué donné dans la Galerie des Glaces en 1745. Il apparaît sur un dessin et une gravure de Charles-Nicolas Cochin, mentionnés dans le compte de 1745, où sont également indiquées les sommes payées à Ducreux, fabriquant de masques et d’accessoires de théâtre.
Le costume original étant aujourd’hui disparu, les ateliers de costume de danse de l’Opéra national de Paris l’ont reconstitué avec la participation des élèves du lycée professionnel Octave Feuillet (Paris).
La structure du costume est en métal, comme un treillis sur lequel les tissus sont montés, et est de forme cylindrique s’évasant vers le bas.
| Élément de la restitution | Quantité ou matériau |
|---|---|
| Ifs en vélin | 2814 |
| Toile de lin blanchi | 8 aunes |
| Taffetas de soie vert | 10 aunes |
| Branches ou feuilles imitation « if » | 2814 |
Se fixent autour de ce grillage métallique 2814 ifs en vélin, 8 aunes de toile de lin blanchi, 10 aunes de taffetas de soie vert et enfin 2814 branches ou feuilles imitation « if ».
Reconstitution du costume d'if de Louis XV
La place du Bal des Ifs dans les fêtes de Versailles
Ce costume était porté par le roi Louis XV, ainsi que sept autres personnes, lors du bal masqué donné dans la Galerie des Glaces en 1745.
Sa restitution a été financée conjointement par les Amis de Versailles et les Amis de l’Opéra Royal, pour contribuer à l’exposition Fêtes et divertissements à la Cour, qui s’est tenue au château de Versailles du 29 novembre 2016 au 26 mars 2017.
En savoir plus sur cette restitution avec le film réalisé par les ateliers de l’Opéra de Paris, et par l’article des Carnets de Versailles « de l’ornement au camouflage : quand l’art imite la nature » par Mickaël Bouffard.