Bal masqué et noblesse: les mascarades à travers les siècles

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Le carnaval, le temps des masques et des mascarades, a d’abord été une distraction réservée à la noblesse. Tandis que les rois interdisaient à leurs sujets de se travestir, ils se livraient joyeusement à ce plaisir avec leur cour. Ce n'est que très tard que le peuple abolira aussi ce privilège-là...

D’origine probablement italienne, le bal masqué apparaît dans la noblesse française à l’époque médiévale. L’engouement que suscitent les déguisements se renforce à la Renaissance avec la mode de l’allégorie. Ces bals se multiplient alors dans toute l’Europe et s’ouvrent à un plus large public. Aux siècles suivants, leur vogue ne diminue pas, comme en témoigne le grand bal masqué donné par Fouquet en 1661 dans son hôtel parisien d’Emery, et ces divertissements deviennent un véritable phénomène de société.

Mais c’est en 1715 que naît le plus somptueux d’entre eux, le bal de l’Opéra, créé par une ordonnance du régent en date du 31 décembre. En autorisant la tenue de bals masqués publics à l’Opéra durant la période du carnaval, à raison de deux bals par semaine à partir de minuit, le régent lança une mode qui dura près de deux siècles.

Une lithographie coloriée d’Eugène Guérard et une autre gravure issue de l’imagerie populaire restitue bien l’atmosphère luxueuse de cette fête nocturne, alors qu’elle se déroulait rue Le Peletier: toute une foule bigarrée se presse dans la salle, sur la scène et dans les loges.

Les très nombreux lustres ajoutés pour l’occasion inondent de lumière la salle qui brille de mille feux. Le bal de l’Opéra était l’occasion pour les spectateurs d’admirer les élégants déguisements des femmes de la haute société qui occupaient les loges, comme cette Vénitienne portraiturée par le peintre rouennais Joseph-Désiré Court.

Négligemment appuyée au balcon de sa loge, à côté d’une colonne cannelée à l’antique, un domino à la main, elle arbore une somptueuse toilette vénitienne à laquelle un chapeau à plumes et des rubans rose vif confèrent une touche d’excentricité.

La vogue des bals masqués qui se tenaient à l’Opéra ou dans d’autres lieux s’est maintenue durant tout le XIXe siècle, comme en témoigne une autre peinture où Jean-Baptiste Carpeaux a représenté une réception costumée donnée au palais des Tuileries par l’empereur Napoléon III en 1867, au moment de l’Exposition universelle.

Grâce à ses étroites relations avec la famille impériale, le peintre assistait souvent à ces fêtes somptueuses. Ici, il a su en rendre l’ambiance féerique et tourbillonnante par un traitement novateur de la scène, esquissée dans une veine pré-impressionniste à grands coups de pinceau-brosse, et par l’emploi de tons mordorés.

Le grand nombre d’artistes, de compositeurs et d’écrivains qui se sont penchés sur le bal de l’Opéra reflète la popularité de l’événement durant tout le XIXe siècle. Ce clou du carnaval de Paris s’en distingue néanmoins par son caractère nocturne bien plus luxueux et enchanteur et par son élitisme.

Tandis que bourgeois et ouvriers se pressaient dans les faubourgs de Belleville, à la Courtille, pour festoyer et danser, l’aristocratie préférait l’atmosphère sophistiquée des bals masqués, où les uns et les autres pouvaient rivaliser d’élégance avec de somptueux déguisements tout en échangeant des mondanités.

En cela, le bal de l’Opéra possède de nombreux points communs avec le carnaval vénitien du XVIIIe siècle, réputé pour ses grandes fêtes nocturnes.

Ce qui n’a nullement empêché certaines innovations licencieuses, comme le « cancan » introduit vers 1840 par Philippe Musard, le chef d’orchestre des bals de l’Opéra : cet ancêtre du « french cancan », dansé en couple à une époque où les femmes portaient des culottes fendues sous leurs jupons, était considéré comme une danse scandaleusement lascive par les autorités.

Le bal masqué est aussi le cadre des intrigues et des enjeux politiques, comme le montre parfois la fiction musicale et théâtrale, où l’on voit les masques révéler ou dissimuler des vérités sous les apparences.

Si le bal masqué semble le lieu par excellence de la fête, ses déguisements et dominos peuvent aussi favoriser les intrigues. L’opéra de Verdi s’inspire ainsi d’un fait historique réel : l’assassinat du roi de Suède Gustave III, lors d’un bal costumé en 1792.

Le bal masqué fait l’objet d’une captation les 5 et 8 février 2026, produite par l’Opéra national de Paris avec le soutien de la Fondation Orange, mécène des retransmissions audiovisuelles de l'Opéra national de Paris.

La première Amelia parisienne de la diva russe est l’évènement de cette reprise du chef-d'œuvre de Verdi à Bastille. L’excellent niveau de l’équipe de solistes et des forces musicales n’en illustre pas moins la bonne tenue des soirées de répertoire de l’Opéra.

Distribution de choix pour la quatrième des séries de représentations de la mise en scène de Gilbert Deflo. Très bien entourée, dirigée par une cheffe au geste efficace et sûr, Anna Netrebko embarque le public parisien.

Cette production d’Un Ballo in maschera de Giuseppe Verdi, créée in loco il y a près de vingt ans en 2007, s’avère toujours aussi efficace, signée par les complices de toujours Gilbert Deflo et William Orlandi, et cette fois avec la star russe Anna Netrebko.

Le charme opère toujours grâce à une distribution exemplaire et une direction superlative. à la tête de l’orchestre de l’Opéra de Paris Speranza Scappucci qui connaît parfaitement et aime un répertoire qu’elle pratique comme sa langue maternelle, s’en empare à son tour.

Son sens du drame, sa fine compréhension créent une véritable osmose avec l’orchestre - lui aussi soucieux de nuances, de subtilité et de réactivité et d’écoute mutuelle.

Rompus au bel canto baroque et mozartien, l’ensemble des chanteurs mettent leurs qualités de timbre comme de nuances, de souplesse et de phrasé, au service d’une superbe fusion avec l’orchestre.

Sur la scène de Bastille, l’Opéra de Paris présente Un Bal masqué, séduisant dans sa succession de jeux de masques révélant le meilleur de Verdi sous la baguette impérieuse de Speranza Scappucci, dans une mise en scène efficace de Gilbert Deflo.

Dans un bal masqué, légèreté et sérieux, insouciance et gravité se côtoient. Le lieu est celui de la fête et du déguisement mais ce qui s’y passe est tragique. Des vestiaires gratuits sont à votre disposition à l’Opéra Bastille et au Palais Garnier. Retrouvez les univers de l’opéra et du ballet dans les boutiques de l’Opéra national de Paris.

infographie bal et palais

Pour approfondir le contexte, l’histoire des bals masqués est étroitement liée à l’évolution des spectacles des cours royales et des grandes institutions parisiennes.

Franck Ferrand raconte : Bal masqué mortel pour Gustave III (Les Grands Dossiers de l'Histoire)

Le bal masqué, avec ses masques et ses parures somptueuses, demeure ainsi un miroir des rapports entre pouvoir, aristocratie et public avisée de l’époque.

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