Norouz, qui signifie « nouveau jour », est le Nouvel An iranien célébré autour de l’équinoxe du printemps, généralement entre le 19 et le 22 mars. Cette fête traditionnelle marque à la fois le début d’une nouvelle année, le réveil de la nature et la victoire de la lumière sur les ténèbres.
Avec des racines remontant à plus de 3 000 ans, Norouz est aujourd’hui célébré par plus de 300 millions de personnes en Iran, dans le monde kurde, en Asie centrale, dans le Caucase, dans les Balkans et au sein de la diaspora iranienne. Cette fête rassemble des personnes d’origines religieuses et culturelles diverses autour de valeurs communes : renouveau, paix, prospérité, solidarité familiale et bon voisinage.
Quand célèbre-t-on Norouz ?
La célébration de Norouz est calée sur le calendrier solaire. Elle se déroule officiellement le jour de l’équinoxe de printemps, la nuit du 20 au 21 mars, considéré comme le premier jour de la nouvelle année. Le 21 mars est officiellement reconnu comme la Journée internationale de Norouz, bien que la fête soit célébrée entre le 19 et le 22 du mois, en fonction des calendriers et de l’équinoxe du printemps.
Dans l’hémisphère Nord, le 20 mars marque cette année le début du printemps. Pour trois cents millions de personnes à travers le monde, c’est également le début d’une nouvelle année. Norouz - qui signifie « nouveau jour » - est une fête traditionnelle qui marque l'arrivée du printemps et le premier jour de l'année en Iran, dont le calendrier solaire débute avec l’équinoxe vernal.
Norouz - qui s'écrit aussi Nowruz, Navruz, Nooruz, Nevruz ou Nauryz - signifie « nouveau jour » en persan. Son orthographe et sa prononciation varient suivant les pays.

Une fête ancienne née dans la Perse antique
Le nouvel an iranien et l’ensemble des coutumes qui s’y rattachent est une tradition très ancienne qui remonte à l’antiquité. Ces fêtes exceptionnelles et parmi les plus anciennes dans le monde sont restées vivantes dans l’Histoire.
La fête de Norouz ou nouvel an du calendrier persan, observée dans les anciens pays de l’Empire perse, célèbre depuis trois mille ans la victoire du printemps sur les ténèbres. Elle prend ses racines dans le zoroastrisme, une religion de la Perse antique qui considérait l’arrivée du printemps comme une victoire sur les ténèbres.
Les origines du Novruz remontent à l'ancien empire perse et au calendrier zoroastrien, où il marquait l'un des jours les plus sacrés de l'année. À l'époque, il s'agissait d'un moment sacré où l'on célébrait la renaissance de la nature.
Cette fête s’enracinerait dans les anciennes croyances religieuses aryennes, environ 2000 ans avant J.-C., et même avant l’apparition de Zoroastre. Le terme « fête » qui, dans l’Avesta, apparaît sous la forme « isna » et en sanskrit sous la forme « ijna », a le sens d’adoration.
Les cérémonies de Norouz, à l’origine, étaient donc des cérémonies religieuses, selon une croyance des Iraniens de l’Antiquité qui pensaient que les esprits des morts descendaient cinq fois du ciel après le mois d’Esfand pour rendre visite à leur famille et à leurs proches.
La maison devait donc être propre, il fallait aider les pauvres, oublier les difficultés et être gai pour faire plaisir aux esprits pendant leur courte visite, avant qu’ils ne rejoignent leur demeure éternelle.
Les récits liés à Jamshid
Abou Reyhân Birûni, grand savant iranien du XIe siècle, écrit dans son livre Al-Tahfim : « Norouz est le premier jour du mois de Farvardin, c’est pour cette raison qu’on l’a appelé le nouveau jour, à cause de sa coïncidence avec le premier jour du printemps et de l’année. On dédie ce jour à Jamshid qui aurait ordonné que l’on fête cette journée en se parant de nouveaux vêtements et ce nom est resté vivant jusqu’à aujourd’hui. »
De même, Ebn Balghi souligne dans ses Lettres persanes que « Jamshid ordonna que les rois et les invités du monde se rassemblent dans la ville d’Estakhr pour rendre hommage au roi, assis sur son trône et vêtu d’habits neufs, aux fêtes du nouvel an ».
Tous se rendirent à cette fête, attendant le moment où le soleil atteindrait l’équinoxe du printemps. C’est alors qu’il s’assit sur le trône pour prononcer un discours où il remercia Dieu de ses bienfaits envers lui et déclara qu’en remerciement de ces grâces, il se faisait un devoir d’être au service de l’humanité et d’étendre la justice et le bien au sein de tous ses territoires.
Après son discours, les invités lui présentèrent leurs vœux et fêtèrent ce jour qui était le premier jour du mois de Farvardin et qui devint une fête pour tous.
Il existe cependant des incertitudes quant à l’origine et l’attribution de cette fête à Jamshid, qui semble davantage être un personnage de légende cité par l’Avesta sous le nom de « Jam ».
Il semble qu’il y ait eu des confusions sur les origines de la ville de Persépolis et sur l’apparition de Jamshid sur le trône le jour de Norouz, avec l’époque de Darius le Grand et d’autres rois achéménides ; confusions qui ont contribué à la création de cette légende.
Jamshid n’était pas le prince héritier du trône et l’Avesta ne fait aucunement mention de la création du Norouz par Jamshid. Malgré ces nombreuses controverses, il semble cependant que cette fête ait existé chez les Iraniens avant que les Achéménides n’arrivent au pouvoir.
Norouz dans les sources historiques
L’historien Hérodote avait déjà décrit ces fêtes grandioses à l’époque des rois de Shush et de Persépolis, de la dynastie des Achéménides. Des scènes de la fête de Norouz sont également visibles sur les murs des deux escaliers à l’est et au nord de l’esplanade du palais d’Apadana.
À Persépolis, où Darius Ier recevait les représentants étrangers des Etats soumis à son pouvoir, des bas reliefs gravés sur la pierre datant de l’époque des Achéménides montrent les représentants des différentes régions et des pays alliés dans leurs vêtements traditionnels apportant des cadeaux et des produits agricoles ou de l’artisanat au roi.
Ces bas reliefs montrent vingt trois groupes conduits par un chef qui devait être une des personnalités importantes de leur peuple et qui est invité par des serviteurs perses à se rendre au salon des invités.
L’écrivain et philosophe grec Xénophon raconte que les visites à l’occasion du nouvel an et les échanges de cadeaux devinrent une coutume à l’époque de Korush. Ainsi, cette coutume qui existe encore de nos jours remonterait à plus de 2500 ans.
Le sens de Norouz : renaissance, lumière et nature
Une des raisons de sa persistance est peut-être l’époque même où elle se déroule, au début du printemps, lorsque les jours et les nuits sont égaux et où la nature se réveille de son long sommeil hivernal, avec son cortège de bourgeons et de fleurs.
Norouz est en fait la célébration de la nature qui abandonne sa parure de neige pour se revêtir de sa belle robe de verdure. Le vert et la verdure sont des symboles importants de Norouz, et en cette occasion, une assiette où l’on a fait pousser de l’herbe est déposée sur la nappe des sept sin.
En tant que célébration du renouveau de la vie, Novruz a toujours été plus qu'un changement de saison. C'est un festival qui renforce les liens au sein des familles, des communautés et même entre les nations.
Son attrait durable réside dans son puissant symbolisme : le triomphe de la lumière sur les ténèbres et la promesse de nouveaux départs, tant dans la nature que dans l'esprit humain.
Les préparatifs de Norouz
Les préparatifs pour la fête de Norouz, célébrée traditionnellement le jour de l’équinoxe du printemps, commencent des semaines avant. On se met à danser et, pour éloigner le mauvais œil, on remplit les seaux d’eau, synonyme de bonne santé.
Les nettoyages de printemps sont aussi au programme et commencent au début du mois d’Esfand. A cette occasion, tous sont mobilisés : femmes, hommes et enfants.
Les parpaings des maisons rurales sont remis à neuf, comme en Azerbaïdjan, et les demeures sont parfois repeintes dans d’autres régions. Les vieilles choses sont jetées pour faire place à des objets neufs.
Les tapis, les Gilim et les rideaux, sont lavés et les marmites de cuivre sont reblanchies. Tout doit être terminé avant le dernier mercredi de l’année.
En préparation de Novruz, les maisons sont nettoyées à fond - une pratique connue sous le nom de « secouer la poussière » du passé. Cet acte symbolique s'accompagne de l'achat de nouveaux vêtements, représentant un nouveau départ et la purification de l'espace physique et spirituel.
L’achat de nouveaux vêtements fait également partie des coutumes de Norouz et de ce fait, les marchands de tissu des villes et villages sont mobilisés un mois à l’avance en vue de faire face à la demande.
La table du Haft-Sîn
A l’occasion du nouvel an iranien ou Norouz, dans toutes les villes et dans tous les villages, les Iraniens installent une nappe où sont placés différents objets. C’est autour de cette nappe ornée d’objets d’utilité courante que sont accueillis les nombreux visiteurs reçus lors de la nouvelle année.
La coutume du Haft sin (sept « sin ») consiste donc à orner une nappe de sept objets dont le nom commence par la lettre « Sin » (S) en iranien ; tout en sachant que parfois on en dispose un nombre plus important et que leur nom ne commence pas toujours par la même lettre.
Dans chaque maison, les familles dressent des tables couvertes de sept objets symboliques qu'ils appellent haft siin. Ces sept éléments, haft signifiant « sept », dont les noms commencent par la lettre « s » ou siin de l’alphabet persan sont la tradition principale de Norouz.
Si la tradition de Norouz remonte à des milliers d’années, celle de la table, elle, est récente. Elle n’a été adoptée qu’au cours du dernier siècle.
Les sept éléments traditionnels
| Élément | Objet | Signification |
|---|---|---|
| Sabzeh | Pousses de blé, d’orge, de lentilles et d’autres graines | Renaissance et renouveau |
| Senjed | Fruit séché du jujubier | Amour |
| Sir | Ail | Protection, médecine et santé |
| Sib | Pomme | Fertilité, beauté et bonne santé |
| Sumac | Baies séchées | Amour et triomphe du bien sur le mal |
| Serkeh | Vinaigre | Patience, âge et sagesse |
| Samanu | Crème obtenue par une cuisson prolongée de jeunes pousses de blé préalablement moulues | Abondance, richesse et fertilité |
Les sept éléments comprennent le sabzeh (pousses de blé, d’orge, de lentilles et d’autres graines, symboles de renaissance), le senjed (fruit séché du jujubier, symbole d’amour), le sir (ail, symbole de protection), le sib (pomme, symbole de fertilité), le sumac (symbole d’amour), le serkeh (vinaigre, symbole de patience) et le samanu (crème obtenue par une cuisson prolongée de jeunes pousses de blé préalablement moulues, symbole d’abondance).
Les objets et la disposition de la table peuvent varier d'une famille ou d'une région à une autre. Les régions qui ont adopté cette coutume étalent une nappe où sont disposées des pommes, du vinaigre, de l’ail, du sumac, des fruits du sorbier, des herbes odorantes, une crème faite à partir de germes de blé, de l’encens, des fleurs de printemps, des sucreries, du pain, des graines noires, des écus, et d’autres objets ou ingrédients dont le nom commence par la lettre « sin » en iranien, sans que cela ne renvoie à une quelconque philosophie ou tradition particulière.
Les objets qui complètent la nappe
La nappe qui est installée la veille du jour de l’an ou le jour même est souvent blanche, ornée d’un grand miroir -symbole du caractère infini du monde -, entouré de bougies qui scintillent durant toute la fête.
Des œufs peints, symboles de la fertilité et de la création de l’homme, sont placés en haut du miroir devant lequel on jette une poignée de grains de blé qui symbolisent la nourriture. Le pain symbolise quant à lui l’abondance.
En outre, on met dans une carafe d’eau parfumée à l’eau de rose, des feuilles de grenadier et une orange pour représenter la terre dans l’espace, à coté d’un bol de terre cuite tout neuf.
Dans certaines régions, à côté du miroir et des bougies, on place des pots d’encens colorés, un bocal de poissons rouges, symboles des revenus licites, et un Coran accompagné d’une image pieuse qui représente l’Imam Ali.
Un pot de sucre est également placé sur la nappe pour assurer le bonheur des membres de la famille. Les bouquets de fleurs, le lait, le yaourt, le fromage, les fruits et quelques pièces dorées décorent la nappe.
Les fruits, les pistaches et les gâteaux qui seront servis aux invités sont placés sur la nappe avec cette finesse et ce goût très particuliers aux Iraniens.

Les anciennes variantes du Haft-Sîn
A l’époque des Sassanides, on y disposait du pain et sept sortes de féculents et haricots, symboles de la nourriture et de la vie.
Une autre coutume du Norouz apparue à l’époque des Sassanides est de faire germer sept grains. Cela peut être du blé, de l’avoine, des fèves, du mil, du riz, du maïs, des haricots ou des pois chiche ; et les graines qui poussaient le mieux annonçaient la meilleure des récoltes.
Certains pensent que les sept « sin » correspondaient en fait aux sept shin du vin (sharab), du sucre (shekar), du sirop (sharbat), de la bougie (sham’), des haies (shemshâd) et d’un fruit particulier.
D’autres pensent qu’il s’agissait au contraire d’une déformation du « tchin » des sept fruits cueillis de l’arbre. Quelquefois aussi, sept mim apparaissaient sur la nappe traditionnelle, avec les fruits (miveh), le yaourt (mâst), le poisson (mâhi), le poulet (morgh), la confiture (morabbâ), la crème d’amidon (masghati) et les crevettes (meygou).
La germination des graines
On fait germer les graines dès le début du mois d’Esfand, un mois avant le Norouz, dans des assiettes ou des bols.
La coutume à l’époque des rois de Perse était de construire douze colonnes de pierres sur lesquelles était plantées douze graines. Le sixième jour de Norouz, à la fin de la fête, les jeunes pousses étaient éparpillées au vent lors d’une cérémonie spéciale.
Dans les villages du centre de l’Iran, des niches ou sept trous étaient creusés dans les maisons ou dans les murs de la cour pour y planter les graines, comme c’est la coutume dans la ville de Khur.
Le grand moment du changement d’année
La porte de la pièce reste fermée jusqu’au moment précis où s’opère le changement d’année. Les familles se réunissent alors autour de la nappe du Haft-Sîn, prient, se souhaitent une bonne année et partagent les aliments préparés pour la fête.
Norouz est une fête à caractère privé et familial où, après le rituel de « nettoyage du printemps », on s’habille de neuf et on rend visite à des amis et à des proches.
Les visites à l’occasion du nouvel an et les échanges de cadeaux devinrent une coutume à l’époque de Korush. Cette coutume existe encore de nos jours.
Chaharshanbe Suri, la fête du feu
Le dernier mercredi avant Norouz, beaucoup célèbrent également Tchaharchanbé-Souri ou fête du feu, une nuit au cours de laquelle, on saute par-dessus les flammes ou frappe aux portes avec des cuillères sur les portes pour éloigner la malchance.
Le dernier mercredi avant Norouz, beaucoup célèbrent également la fête du feu de Charshanbe Suri. L’ambiance est à la fête - on saute par-dessus les flammes - mais également au recueillement dans les cimetières.
Dans de nombreuses régions, les gens participent à des rituels du feu, comme le « Chaharshanbe Suri » en Iran. Sauter par-dessus les feux de joie est un acte symbolique destiné à purifier et à donner de l'énergie, à chasser les vestiges de l'hiver et à inviter la chaleur et la vitalité du printemps dans la vie de chacun.
On visite également les cimetières pour apporter des offrandes aux morts. Certains croient que les esprits des ancêtres rendent visite aux vivants pendant les derniers jours de l’année.
Les repas et les douceurs de Norouz
Quelques jours avant la fête, les mères de famille et les pâtissiers se mettent au travail. Les œufs sont peints ou cuits dans des eaux colorées à l’oignon et seront offerts aux petits le jour des cérémonies.
Une pâte de germes de blé est cuite spécialement ce jour-là. A Khukh, elle était auparavant si importante qu’elle symbolisait la force du maître de maison ; l’absence de ce « Samanou » le jour de Norouz représentant un danger réel pour la vie du père.
Il est de coutume de servir un plat traditionnel composé de riz et de fines herbes pour accompagner du poisson le jour de Norouz. Le kuku sabzi, une omelette à base d’herbes, peut aussi être proposé à la place ou en plus du riz.
Les habitants de la région de Sistan ont trois sortes de gâteaux et de repas, dont des gâteaux de raisins secs, de farine de pois chiche, de dattes, d’abricots séchés, de farine de riz et des sortes de meringues parfumées d’épices et remplies de pâte de lentilles et de radis.
La nourriture joue un rôle central dans les célébrations de Novruz. Des plats spéciaux sont préparés avec la famille et les amis, ce qui renforce le sentiment d'appartenance.
En Asie centrale, par exemple, le pudding de blé sucré connu sous le nom de « sumalak » est cuit lentement pendant de nombreuses heures, symbolisant l'arrivée lente mais sûre du printemps et des nouveaux départs.
Chants, poésie et personnages de la fête
Les chants populaires de Norouz évoquent les sentiments des Iraniens au retour du printemps et sont aussi une occasion d’enseignement religieux.
Au sein de nombreux villages et villes d’Iran, les chanteurs passent devant les maisons pour annoncer l’événement quelques jours avant la fête. Trois ou quatre chanteurs se regroupent pour célébrer cette grande fête en louant le propriétaire de la maison, pour être ensuite accompagnés et repris par un chœur de voisins.
Des cortèges de marionnettes accompagnés de chants annoncent le printemps et le réveil de la nature aux habitants d’Ardabil, de Meskin Shahr et d’autres villes d’Azerbaïdjan.
« Le printemps arrive, qu’il soit le bienvenu, Bonne fête et bonne année ! Félicitations pour ce jour, ce mois et cette année ! L’hiver nous quitte et fait place au printemps, Félicitations pour ce jour, ce mois et cette année ! »
« Si l’hiver vous était pénible, les neiges ont fondu et la terre s’est revêtue de sa nouvelle parure. Les oiseaux chantent et font leur nid sur les branches, Félicitations pour ce jour, ce mois et cette année ! »
Les chanteurs annoncent la croissance des troupeaux, le reverdissement des pâturages, le gonflement des rivières, la profusion des laitages et les transhumances.
Un des chanteurs a l’honneur d’être le solo et est accompagné d’un chœur qui reprend les refrains. Parfois, c’est tout le groupe qui entonne ces chants printaniers.
Il y a longtemps, à l’époque des Maktab Khâneh, sorte d’école religieuse où étudiaient les enfants et les jeunes, l’instituteur du Maktab, chaque année avant les fêtes, lisait des poèmes sur Norouz accompagné par les enfants qui les chantaient pour leurs parents et les membres de leur famille, et récoltaient des présents pour leur maître.
Les chants traditionnels étaient humoristiques et pleins de sens. A l’époque des Qâdjârs, Mazâlem composa les fameuses chansons turques et les habitants de Gilan, qui ont un goût prononcé pour l’humour, avaient fait des brigades saoudiennes qui avaient été engagées pour faire régner l’ordre à l’époque d’Ahmad Shâh, le sujet de leur chanson du nouvel an et un prétexte pour exprimer leurs revendications politiques et sociales.
Après la révolte de Mirzâ Kuchak Khân, dans les forêts de Gilan, les chansons du nouvel an sont devenues porteuses de messages de liberté et de victoire pour les habitants d’Azerbaïdjan.
Hâji Firouz
« Hâji Firouz » ou « l’Oncle Norouz » est un personnage qui apparaît au nouvel an. Vêtu de rouge, sa figure est noircie à la suie et il chante au son d’un tambourin dans un style clownesque pour recevoir quelques pièces en guise d’étrennes.
Dans les autres villes d’Iran, comme à Semnân, le païen Hâji Firouz a disparu des villes de cette région et le Norouz est l’occasion pour les membres de la famille de se rassembler autour de la nappe pour réciter des prières spéciales, puis les anciens de la famille sortent pour amener de l’eau et les herbes.
A Shâhroud, la coutume des chanteurs n’existe pas, mais les chanteurs des villages voisins se rassemblent dans les villes pour célébrer en chœur l’instant du nouvel an et sont accueillis par les habitants qui leur offrent des boissons et des sucreries.
Le treizième jour : la fin des fêtes
La période des fêtes s’achève le 13ème jour par un pique-nique familial en plein air. Les familles sortent dans la nature, emportent souvent les aliments préparés pour Norouz et prolongent ainsi le temps passé ensemble.
Le vert et la verdure sont des symboles importants de Norouz, et en cette occasion, une assiette où l’on a fait pousser de l’herbe est déposée sur la nappe des sept sin.
Les traditions kurdes de Newroz
Depuis la nuit des temps les Kurdes célèbrent leur Nouvel an, Newroz, le 21 mars, jour de l’équinoxe du printemps. Newroz, qui en kurde signifie le jour nouveau, celui d’une année nouvelle qui commence avec le renouveau de la nature après les rudes et sombres mois de l’hiver, est célébré par des festivités qui peuvent durer plusieurs jours.
Ce Nouvel an aux origines préislamiques est également fêté par les autres peuples iraniens, ainsi que par certains de leurs voisins d’Asie centrale, en Azerbaïdjan, dans les lointaines communautés parsies zoroastriennes de l’Inde et chez les Bahaïs.
C’est donc un grand événement culturel qui dépasse les clivages religieux, confessionnels, ethniques qui est célébré le 21 mars par plus de 300 millions de personnes à travers le monde.
La légende de Kawa le Forgeron
Dans la tradition kurde, le Newroz n’est pas qu’une fête du Nouvel an célébrant l’arrivée du printemps. C’est aussi et surtout le jour anniversaire de la victoire d’un peuple asservi qui s’est soulevé à l’appel de Kawa le Forgeron contre le tyran sanguinaire Zahâk, une fête d’émancipation et de liberté.
Dans la mythologie kurde Zahâk est un prince des ténèbres qui est arrivé au pouvoir grâce à un pacte avec Ahriman, le dieu du Mal et des Ténèbres, évoqué dans l’Avesta de Zarathoustra il y a plus de 4000 ans et précurseur du Diable, Satan et autre Ibliss des religions monothéistes.
Zahâk jouit d’un pouvoir absolu de vie et de mort sur ses sujets mais il est affligé d’un mal incurable : sur chacune de ses épaules, où Ahriman avait posé un baiser lors de la conclusion de leur pacte, pousse un serpent qui lui empoisonne la vie.
Convoqués, ses médecins, craignant eux-mêmes pour leur vie, lui conseillent d’appliquer chaque jour la cervelle d’un jeune homme sur chacune de ses épaules.
Au fil des ans cette hécatombe de la jeunesse suscite un mécontentement général. Pour tenter d’y remédier, trois chevaliers se présentent à la cour et parviennent à convaincre le tyran de les engager comme ses nouveaux médecins.
Discrètement, ils décident d’épargner chaque jour l’un des jeunes à sacrifier en appliquant à la place de sa cervelle celle d’un mouton. Les jeunes rescapés se réfugient dans la montagne où ils survivent grâce à des moutons et des chèvres que les paysans leur font parvenir.
Lorsqu’après quelques années de ce stratagème ils deviennent suffisamment nombreux le forgeron Kawa, dont 16 des 17 fils ont déjà été sacrifiés à Zahâk, fait de son tablier un étendard et appelle la population contre le tyran sanguinaire.
Avec l’aide de la jeune et vaillante troupe de la montagne le soulèvement populaire est victorieux, Zahâk est tué le 21 mars, le peuple est libéré de la tyrannie et un nouveau jour, un Newroz, advient.
C’est cette victoire de la résistance et de la liberté que les Kurdes célèbrent chaque année autour de l’équinoxe du printemps.

Les rituels kurdes autour du feu
La célébration commence traditionnellement le Mercredi Rouge (çarsema sor), le dernier mercredi précédant le 21 mars. On allume sur la place publique d’immenses feux où on jette les vieux vêtements d’hiver et on danse avec entrain et joie autour du feu pour se débarrasser aussi des soucis et tracas de l’année écoulée ainsi que des démons et des mauvais esprits.
Une fois délestés de tous ces oripeaux du passé, animés d’un esprit neuf et habillé de ses plus beaux parements, on fête l’année nouvelle par des marches aux flambeaux dans la montagne le 20 mars pour honorer la mémoire des résistants à la tyrannie qui s’y étaient réfugiés et y préparaient patiemment l’heure de la libération.
Le 21 mars, on célèbre le nouvel an et la liberté par des festivités collectives, avec des danses et des chants accompagnés de musiques entraînantes, réunissant des gens de tout âge, de toutes conditions et de toutes confessions.
Naguère il y avait aussi des spectacles de jeux d’adresse, des courses hippiques, du polo (cirîd) pour agrémenter et conclure ces festivités.
La signification de Newroz
Dans la tradition kurde, l’esprit de Newroz est l’esprit de la résistance à la tyrannie, de la révolte contre l’injustice, contre toutes les injustices.
La symbolique de Newroz, le peuple asservi retrouve sa liberté grâce à sa résistance sous l’étendard du forgeron Kawa, un artisan qui forge ainsi le destin collectif et qui met un terme au règne d’un tyran sacrifiant la jeunesse, c’est-à-dire l’avenir du pays pour son confort personnel et pour sa survie, reste un ressort puissant de la psyché et de l’imaginaire collectifs kurdes.
Dans cet esprit, le salut n’est pas espéré du Ciel, du Messie ou de tel ou tel prophète pas plus qu’il n’est attendu d’hommes providentiels, généraux ou princes. L’émancipation sera le fruit d’une résistance collective sous la houlette d’un homme du peuple comme Kawa le Forgeron dont l’exemple reste toujours d’actualité.
Lever l’étendard de Kawa signifie encore se soulever contre la tyrannie. Les statues de ce héros mythique trouvent une place d’honneur dans les villes kurdes libres.
Des traditions différentes selon les peuples
Cette fête du Nouvel an présente une grande variété de rituels et de traditions de célébration qui diffèrent d’un peuple à l’autre. Ainsi, chez les Persans et chez les peuples qui s’inspirent de leurs traditions, le Nourouz est une belle fête du Nouvel an à caractère privé et familial où après le rituel de « nettoyage du printemps » on s’habille de neuf et on rend visite à des amis et à des proches.
En Iran, Novruz est synonyme de « table Haft-Sîn » et de traditions vivantes telles que « Chaharshanbe Suri ». Les célébrations iraniennes sont imprégnées de rituels qui mettent l’accent sur les réunions de famille, la solidarité communautaire et l’expression artistique de la poésie et de la musique.
En Afghanistan, Novruz est célébré comme une fête à la fois culturelle et agricole. Outre les festins familiaux et les danses rituelles, cette journée revêt une importance particulière pour les agriculteurs, car elle marque le début du cycle agricole.
L’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan sont connus pour leurs grandes festivités publiques, leurs jeux traditionnels et leurs festins communautaires, où la célébration de Novruz se prolonge par des spectacles de rue animés et de la musique régionale.
Dans des régions comme le Caucase, l’Asie centrale et même certaines parties des Balkans, le Novruz rassemble les communautés dans une célébration commune de la vie et de la tradition, mettant en valeur les saveurs locales tout en adhérant aux thèmes universels de la renaissance et du renouveau.
Certaines régions d’Iran comme le Kurdistan ou les régions centrales de l’Iran n’ont pas la coutume du Haft-Sîn, qui est remplacée par l’usage de sortes de feux d’artifices et de lampions.
Une fête qui dépasse les frontières religieuses et nationales
La fête a à la fois survécu à la conquête islamique de la Perse au 7e siècle et au déclin du zoroastrisme. À travers les âges, la diaspora perse a réussi à perpétrer la tradition aux quatre coins de la planète.
Aujourd'hui, cette fête est largement célébrée dans toute la diaspora iranienne. Norouz est également une fête populaire en Turquie, en Inde et dans d’autres pays marqués par l’Empire perse.
Norouz est un jour férié officiel en Iran. C’est également un jour férié en Afghanistan, en Albanie, en Azerbaïdjan, en Géorgie, au Kurdistan irakien, au Kazakhstan, au Kosovo, au Kirghizistan, dans la province de Bayan-Ölgii en Mongolie, au Tadjikistan, au Turkménistan et en Ouzbékistan.
Ce Nouvel an est fêté par les Persans, les Kurdes, les Béloutches, les Pashtouns, les Tadjiks, les Ouzbeks, les Kazakhs, les Turkmènes, les Azerbaïdjanais, certaines communautés parsies zoroastriennes de l’Inde et les Bahaïs.
La reconnaissance par l’UNESCO et les Nations Unies
En 2009, l’UNESCO, bras culturel des Nations unies, a inscrit cette fête sur sa Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité, notant qu'elle « promeut les valeurs de paix et de solidarité entre les générations et au sein des familles, ainsi que la réconciliation et le bon voisinage. »
Depuis 2009, la fête de Norouz est protégée et inscrite à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Une reconnaissance que la fête doit notamment aux « valeurs de paix et de solidarité entre les générations et au sein des familles, ainsi que les notions de réconciliation et de bon voisinage » qu’elle impulse.
En 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 21 mars Journée internationale du Novruz, encourageant ainsi les célébrations mondiales mettant en avant les thèmes de la paix, de l’unité et du renouveau.
Sa reconnaissance internationale par l’UNESCO et les Nations Unies souligne son importance en tant qu’événement culturel unificateur dans notre monde de plus en plus interconnecté.
La signification contemporaine de Norouz
Dans un monde en mutation rapide, le Novruz nous rappelle notre héritage humain commun. Il défend les valeurs de tolérance, de diversité culturelle et de paix, des principes qui trouvent un écho profond dans notre société moderne et interconnectée.
En célébrant le Novruz, les communautés réaffirment leur engagement à préserver les traditions anciennes tout en embrassant les influences contemporaines qui enrichissent leur tapisserie culturelle.
Le Novruz est plus qu'un simple événement calendaire : c'est une tradition vivante et vibrante qui célèbre le renouveau de la nature et de l'esprit humain.
Depuis les rituels détaillés de nettoyage et la préparation méticuleuse de la table Haft Sin jusqu'aux festins communautaires, aux sauts de feu de joie et aux festivals de rue, Novruz invite des millions de personnes à travers le monde à laisser derrière elles l'ancien et à accueillir le nouveau avec espoir et joie.