Bonne fête Thérèse-Bénédicte de la Croix

Le 9 août, l’Église célèbre sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, née Edith Stein, philosophe allemande d’origine juive, devenue religieuse carmélite et morte en martyre à Auschwitz. Sa vie unit la recherche de la vérité, la conversion au catholicisme, la vocation contemplative, la solidarité avec son peuple persécuté et le don de soi dans la Croix.

Canonisée par le pape saint Jean-Paul II le 11 octobre 1998, elle est fêtée comme patronne des martyrs et co-patronne de l’Europe depuis 1999, avec sainte Brigitte de Suède et sainte Catherine de Sienne. En ce jour de fête, les fidèles peuvent méditer son itinéraire, reprendre ses prières et demander son intercession pour la paix, la fidélité et le courage dans l’épreuve.

Portrait de sainte Edith Stein

Qui était sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix ?

Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, de son nom de naissance Edith Stein, est née, en 1891, dans une famille juive prussienne. Édith Stein est née en 1891 à Breslau (Wroclaw) dans une famille juive. Née à Breslau, dans la Silésie allemande, en 1891, onzième enfant d’un couple de juifs très religieux, Edith se distingue tout de suite par son intelligence brillante qui favorisera chez elle une vision rationaliste et le détachement juvénile de la religion.

À treize ans, elle s’est déclarée athée. Elle était brillante et obtint à 25 ans, en 1916, un doctorat en philosophie à l’université de Gottingen. De brillantes études universitaires font d’elle une philosophe remarquée de ses professeurs et de ses collègues.

Étudiante en philosophie, elle est la première femme à présenter une thèse dans cette discipline en Allemagne, puis continue sa carrière en tant que collaboratrice du philosophe allemand Edmund Husserl, le fondateur de la phénoménologie. C’ est la rencontre avec la phénoménologie du philosophe Husserl, dont elle devient assistante à l’université de Fribourg en approfondissant le thème de l’empathie et celle avec le philosophe Max Scheler, ensemble avec la lecture des Exercices de saint Ignace et de la vie de sainte Thérèse d’Avila, qui suscitent en elle la conversion au christianisme.

Elle interrompt ses études seulement pendant la Première Guerre mondiale pour secourir les soldats comme infirmière de la Croix Rouge. Désireuse de conquérir la vérité à travers la connaissance et l’étude, elle est conquise par la Vérité du Christ en fréquentant les textes de saint Thomas et de saint Augustin.

La conversion à la vérité du Christ

Quatre ans plus tard, après avoir lu un ouvrage de sainte Thérèse d’Avila, elle se convertit au catholicisme, totalement bouleversée : “C’est la vérité”. Une longue évolution intellectuelle et spirituelle la conduit au catholicisme auquel elle se convertit en 1921.

Elle reçoit le Baptême et la Confirmation en 1922, contre la volonté de ses parents, mais elle ne reniera jamais ses origines juives. À partir de son baptême en 1922, sa vie spirituelle s’approfondit et féconde ses activités d’enseignante et d’éducatrice.

Elle enseigne alors et donne des conférences en Allemagne, développant une théologie de la femme, ainsi qu’une analyse de la philosophie de Thomas d’Aquin et de la phénoménologie. Sa pensée et sa foi sont contenues dans ses œuvres, particulièrement dans « Etre fini et Etre éternel », synthèse de philosophie et mystique d’où émerge le sens de l’homme, sa singularité et unicité, dans le rapport avec le Créateur.

Une vocation au Carmel et à la Croix

Après avoir quitté son poste de professeur et de philosophe, elle intègre, en 1933, le couvent des Carmélites déchaussées, à Cologne, version réformée de l’ordre fondée par sainte Thérèse. À 42 ans, elle entre au Carmel de Cologne sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix.

Interdite d’enseignement par le régime national-socialiste, elle demande à entrer au Carmel, où elle devient religieuse sous le nom de Sœur « Thérèse-Bénédicte de la Croix ». Elle tâche de traduire, dans sa propre vie, les “sept demeures” de sainte Thérèse d’Avila.

Elle a compris tout de suite que veiller sur l’Époux signifie être prêt à embrasser la croix, ce qui sera la toile de fond de son livre le plus célèbre, écrit quelques mois avant sa mort : « La science de la croix ». « Ave Crux, Spes Unica ». C’est avec le regard fixé sur le Christ, les bras étendus sur la Croix, unique espérance, qu’ Edith Stein affronte le martyre dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau dans le mois chaud d’août 1942.

Sainte Thérèse-Bénédicte considérait que sa vocation était “d’intercéder auprès de Dieu pour tous”. Voilà pourquoi elle voulait prendre, avec le Christ, la douleur de la sainte Croix, afin de souffrir avec son peuple et de prier pour eux.

La persécution nazie et le martyre

Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale éclata en 1939, et malgré sa conversion, Edith Stein risque d’être arrêtée par les nazis à cause de son origine. Au temps de l’invasion nazie et de la persécution anti-juive, elle devint carmélite à Cologne traduisant dans sa vie les « sept demeures » de sainte Thérèse d’Avila et s’unissant, par la Croix, aux souffrances de son peuple.

Après la « Nuit des cristaux », elle est transférée en Hollande, pays neutre; au carmel hollandais de Echt elle met par écrit son désir de s’offrir « en sacrifice d’expiation pour la vraie paix et défaite du règne de l’anti christ ». Alors, les sœurs organisent sa fuite vers les Pays-Bas.

Mais, elle est tout de même arrêtée, avec sa sœur, le 2 août 1942. Réfugiée aux Pays-Bas, elle y fut arrêtée au carmel d’Echt, et elle meurt à Auschwitz huit jours plus tard. Deux ans après l’invasion nazie des Pays- Bas en 1940, elle est arrêtée ensemble avec 244 autres juifs catholiques, en représailles contre l’épiscopat hollandais qui s’était publiquement opposé aux persécutions, et elle est emmenée à Auschwitz.

Arrêtée par la SS, elle est déportée et meurt « pour son peuple » à Auschwitz. Elle avait partagé la persécution de son peuple, portant le don de soi jusqu’au martyre pour le Christ. Il y a avec elle sa sœur Rose, convertie elle aussi au catholicisme à laquelle au moment crucial de son martyre elle dit: «Viens, allons pour notre peuple».

Elle est déportée à Auschwitz et y décède, en martyre, une semaine après son arrivée. Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix a été martyrisée à Oswiecin (Auschwitz) en Pologne. Le 9 août, à Auschwitz-Birkenau (Oswiecim), Thérèse-Bénédicte achève d’entrer dans l’épaisseur de la « Science de la Croix ».

Là, elle prend soin des enfants emprisonnés, en les accompagnant avec compassion à la mort, et enseigne l’Evangile aux détenus. Dans le passé elle avait écrit: « Le monde est en flammes: la lutte entre le Christ et l’anti christ s’est déchainée ouvertement, donc, si tu te décides pour le Chris il peut te demander aussi le sacrifice de ta vie ».

Une sainte pour l’Europe

Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix est canonisée, le 11 octobre 1998, par le pape saint Jean-Paul II etfêtée le 9 août, comme sainte-patronne des martyrs, et co-patronne de l’Europe, depuis 1999, avec sainte Brigitte de Suède et sainte Catherine de Sienne.

« Philosophe crucifiée », cosainte patronne de l’Europe par le pape Jean-Paul II le 1er octobre 1999, à l’ouverture du synode des évêques sur l’Europe, en même temps que Brigitte de Suède et Catherine de Sienne. « Une éminente fille d’Israël et fille de l’Eglise » ainsi l’a définie saint Jean-Paul II en la canonisant en 1998.

Déclarer sainte Edith Stein, Co-patronne d’Europe, signifie poser à l’horizon du Vieux Continent un étendard de respect, de tolérance, d’accueil, « mais il est nécessaire de s’appuyer sur les valeurs authentiques, qui ont leur fondement dans la loi morale universelle: une Europe qui changerait la valeur de la tolérance et du respect avec l’indifférentisme éthique sur les valeurs irrévocables s’ouvrirait aux aventures les plus risquées et verrait tout ou tard réapparaître sous de nouvelles formes les spectres les plus terrifiants de son histoire ».

RepèreÉvénement
1891Naissance d’Edith Stein à Breslau
1916Doctorat en philosophie à l’université de Gottingen
1921Conversion au catholicisme
1922Baptême et Confirmation
1933Entrée au couvent des Carmélites déchaussées de Cologne
2 août 1942Arrestation et déportation
9 août 1942Martyre à Auschwitz-Birkenau
11 octobre 1998Canonisation par le pape saint Jean-Paul II
1er octobre 1999Proclamation comme co-patronne de l’Europe

La lampe de la foi et de la charité

L’Église célèbre aujourd’hui la mémoire de Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein) et nous propose, pour contempler sa vie, la parabole des vierges qui attendent et veillent l’époux. Ces femmes étaient chargées d’accueillir et d’accompagner l’époux lors de la cérémonie de mariage.

Le Seigneur propose cette histoire pour nous rappeler que nous devons être prêts à le rencontrer. Une préparation qui nous demande certes de résister au sommeil, mais surtout d’être prêts, avec notre lampe allumée quand le moment viendra.

De nombreux saints ont vu dans l’image de la lampe la lumière de la foi qui brille grâce à l’huile de la charité. Edith Stein a incarné cette parabole, par sa vie. Depuis qu’elle s’est approché de la foi catholique à l’âge de 30 ans, puis par son entrée au Carmel - où elle a choisit Thérèse comme nom de religion, en l’honneur de la sainte fondatrice espagnole - jusqu’à sa mort héroïque dans le camp de concentration d’Auschwitz, elle s’est toujours efforcée d’aimer et de montrer sa foi en Jésus.

Un survivant du camp qui a connu Thérèse dans ses derniers jours affirme que la sainte savait comment maintenir la lampe allumée jusqu’à la fin : « Cette femme, avec un sourire qui n’était pas un simple masque, illuminait et donnait de la chaleur. J’avais la certitude d’être en présence d’une personne vraiment formidable ».

Évangile de la fête : les vierges qui veillent

Évangile (Matthieu 25, 1-13)

« Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, s’en allèrent au-devant de l’époux. Il y en avait cinq qui étaient sottes, et cinq qui étaient sages. Les cinq sottes, ayant pris leurs lampes ne prirent pas d’huile avec elles. Mais les sages prirent de l’huile dans des fioles avec leurs lampes.

Comme l’époux tardait à venir, elles s’assoupirent toues et s’endormirent. Au milieu de la nuit, un cri s’éleva : Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre ! Alors toutes ces vierges se levèrent et préparèrent leurs lampes.

Et les sottes dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. Les sages répondirent : Non, de peur qu’il n’y en ait pas assez pour nous et pour vous. Allez plutôt chez les marchands, et achetez-en pour vous.

Mais, pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva, et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges arrivèrent aussi, disant Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! Mais il leur répondit : En vérité, je vous le dis : je ne vous connais pas ! Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni l’heure. »

Prières pour la fête de sainte Edith Stein

La fête de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix invite à prier pour les personnes persécutées, pour la paix, pour l’Europe et pour la fidélité dans les épreuves. Les paroles suivantes peuvent être récitées le 9 août.

Louange pour la fête de sainte Thérèse-Bénédicte

« Verbe de Dieu, tu nous apprends à pardonner au bourreau qui torture, à tendre l’autre joue à qui nous frappe, à donner sans mesure à qui demande. Verbe de Dieu béni sois-tu ! Vrai Fils de Dieu, tu nous apprends à ne jamais avoir peur de nos peurs, à répondre aux menaces par des chansons, à nous battre avec ceux que l’on opprime. Vrai Fils de Dieu, louange à Toi ! »

Première prière de sainte Edith Stein

« Tu plonges plein d'amour ton regard dans le mien, et tu prêtes ton oreille à mes faibles paroles, et emplis de paix le tréfonds de mon cœur. Pourtant ton amour ne se rassasie point dans cet échange qui laisse subsister une séparation.

Ton cœur désire bien davantage. Ton corps traverse mystérieusement le mien et ton âme s’unit à la mienne : voilà que je ne suis plus ce que j’ai été naguère. Tu viens et tu vas mais tu laisses derrière toi la semence que tu répandis pour la gloire à venir, enfouie dans un corps de poussière. Amen. »

Deuxième prière de sainte Edith Stein

« Quand se déchaînent les tempêtes, tu es, Seigneur, notre force. Nous te louerons, toi le Dieu fort qui es notre constant secours. Nous restons fermes près de toi, mettant en toi notre confiance, même si la terre est secouée et si la mer devient houleuse.

Que les flots enflent et déferlent, que vacillent les montagnes, la joie nous illuminera, la cité de Dieu te rend grâce. En elle tu as ta demeure, tu préserves sa sainte paix. Et un fleuve puissant protège la sublime demeure de Dieu.

Les peuples en folie se déchaînent, le pouvoir des États s’effondre. Voici qu’il élève la voix, la terre gronde, secouée. Mais le Seigneur est avec nous, le Seigneur, le Dieu Sabaoth.

Tu es pour nous lumière et salut, nous ne saurions avoir peur. Venez tous, venez contempler les prodiges de sa puissance : toutes les guerres se meurent, la corde de l’arc se détend.

Jetez dans le brasier de feu bouclier et arme de guerre. Le Seigneur, le Dieu Sabaoth nous secourt en toute détresse. Amen. »

Le sens spirituel de son témoignage

La vie de Thérèse-Bénédicte de la Croix apparaît ainsi comme un long chemin allant de la recherche philosophique de la vérité à la rencontre du Christ, puis de l’enseignement à la vie contemplative et enfin au martyre. C’est le sommet d’un long parcours intérieur qui l’a conduite de l’étude de la philosophie à l’engagement pour la promotion humaine, sociale et religieuse de la femme, à la vie contemplative.

Elle ne reniera jamais ses origines juives; pendant les années de persécutions, devenue enseignante et religieuse carmélite en 1934 à Colonne sous le nom de Thérèse Bénédicte de la Croix, elle épouse la souffrance de son peuple, en la plaçant dans le sacrifice du Christ. Sa vocation d’intercession s’exprime alors dans une solidarité concrète avec les victimes de la persécution.

L’Église célèbre aujourd’hui la fête de la rencontre de Thérèse avec son Époux bien-aimé, qu’elle a patiemment attendu et accompagné, sachant garder l’huile de la charité brûlante jusqu’à la fin.

Carte de l’Europe et saints patrons

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