Bou­le à neige, fée dragée et Casse-Noisette: analyse chorégraphique et musicale d’un chef-d’œuvre en ballet

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On ne peut pas dire que la manière dont Paul Cox conçoit, à la demande de Benjamin Millepied, le dernier chef d’œuvre de Tchaïkovski pour le ballet, soit délibérément déconstructionniste : ainsi, s’il n’y a pas de tutus blancs - en particulier pour la valse des flocons de neige -, si le rôle de Clara est tenu non par une adolescente mais par une petite fille et si l’habituelle figurine en bois n’est pas ici un casse-noisette mais un jouet grenouille (ou crapaud… puisque, comme chacun sait, ce dernier dissimule souvent un prince !), les lieux sont bel et bien respectés et nous sommes donc, au premier acte, dans la maison des Stahlbaum, le soir du réveillon de Noël, comme dans le Palais de Confiturembourg, au second.

On avoue avoir été moins bluffé par les idées scénographiques du second acte, même si la judicieuse idée d’inverser le sens des choses - et donc de renverser la construction de la maison Stahlbaum, devenue ainsi Royaume des Délices - donnant désormais à Clara la taille d’un jouet face au mobilier et aux souris aux gros ventres et clés dans le dos, aurait pu être davantage exploitée. Un constat s’impose d’emblée : ce n’est pas sous l’angle de la performance dansée que la chorégraphie de Benjamin Millepied restera dans notre mémoire.

Ainsi, le fait d’avoir confié Clara à une petite fille globalement peu dansante nous prive vraisemblablement d’une réelle participation aux divers numéros. Il en est de même des personnages de Drosselmeyer, du Casse-noisette/Prince ou du roi des souris qui jouent, certes, mais ne dansent guère !

Pendant la « Danse de la fée Dragée », quel bonheur d’entendre dialoguer avec la clarinette basse le célesta - instrument découvert par Tchaïkovski !

Boules de neige et scène de ballet

Invité par la suite, le corpus musical de l’œuvre se déploie avec ses pages les plus célèbres: la Danse espagnole (Le Chocolat), la Danse arabe (Le Café), puis la chinoise (Le Thé) et la russe (Trépak), jusqu’à l’iconique Valse des fleurs qui exploite l’orchestre par touches délicates malgré l’effectif important.

Le premier acte s’ouvre sur une fête de famille et précède le songe de Claire; après la bataille, le décor se transforme en une forêt de sapins, royaume du mystère et du romantisme absolu, où l’on croise des gnomes avec des flambeaux et où la valse des flocons de neige demeure le moment le plus fascinant du tableau.

La neige tombe, et le motif des flûtes, des clarinettes basses, du basson et des cordes zèbre le silence. Les arpèges des harpes relancent un motif de trois notes, puis les bois prennent le relais et les pizzicatos des cordes accompagnent le motif ondulant jusqu’à l’intervention d’un chœur invisible qui chante « A ». Ce chœur, bien que discret, est l’indicateur magique d’un passage vers le royaume des friandises.

Le second acte prolonge ce climat onirique et mène Claire et le prince au royaume des Friandises, où coule un fleuve d’essence de rose et où siège la fée Dragée. Après la Danse espagnole, on passe au Café, puis à la Danse arabe: Le Café se joue en douceur, avec des timbres plus intimes et une écriture orchestrale nue, pour mettre en valeur le grain sensuel et lointain des rythmes orientaux.

La Danse chinoise (Le Thé) et la Danse russe (Trépak) suivent, avec l’inventaire d’un orchestre généreux: harpes, pizzicatos, bois colorés et percussions. Puis vient le Pas de deux entre la fée Dragée et le prince Orgeat, introduit par des arpèges des harpes et des pizzicatos des cordes; une simple gamme descendante aux violoncelles (répétée par les bois puis par tout l’orchestre) prouve l’efficacité expressive du ballet quand il s’agit d’un dialogue poétique plutôt que d’un virtuosité démonstrative.

Une découverte instrumentale majeure dans ce ballet demeure le célesta, utilisé pour la Danse de la fée Dragée: instrument longtemps tenu secret par Tchaïkovski, il offre un scintillement magique qui contraste avec la noirceur de la clarinette basse et nourrit l’étrange émerveillement du récit. Claire peut-elle rêver ? Le ballet reste une invitation à l’interprétation: divertissement pour enfants et adultes, conte initiatique ou simple féerie musicale?

Le récit continue avec les pages des Délices et des Rêves, où chaque danse permet à l’orchestre de dialoguer avec les danseurs et d’offrir une lumière différente sur le voyage de Claire et du prince. Le Casse-Noisette, figure principale, demeure une question: est-ce la naissance d’un royaume miniature ou la métaphore d’une transformation intérieure?

Le texte musical rappelle l’admiration d’un compositeur capteur de détails: Tchaïkovski invite à écouter les timbres, à suivre les phrases et à goûter la magie qui s’opère lorsque l’orchestre dépose les couleurs à petites touches et que le célesta scintille comme un miroir du rêve.

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Comment interpréter ce ballet féerique à la lumière de ces choix scenographiques et orchestraux? Peut-être comme une traduction moderne d’un conte de Hoffmann, où l’émerveillement cède parfois le pas à une réflexion sur le pouvoir du rêve et de la musique dans la narration chorégraphique.

Acte
PremierMaison Stahlbaum, réveillon, rêve de ClaireOuverture douce, thèmes lyriques
SecondRoyaume des Délices, Danse des FriandisesDanse Dragée, Valse des fleurs, Pas de deux

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