La guirlande de fleurs de Jan Brueghel l’Ancien est une création picturale qui associe l’extrême précision botanique à une composition raffinée, souvent liée à la dévotion catholique, au portrait ou à l’allégorie. Dans Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe, vers 1618, la guirlande n’encadre pas une image pieuse : elle est placée en oblique contre une somptueuse coupe de vermeil et accompagnée de bijoux, probablement pour évoquer une cérémonie de mariage.
Jan Brueghel de Velours fut l’un des premiers peintres flamands à s’intéresser aux natures mortes florales. Ses réalisations sont de deux sortes : les bouquets et les guirlandes. Les bouquets sont une composition picturale et non l’image d’un bouquet de fleurs posé sur une table. Chaque bouquet comporte une profusion de variétés différentes de fleurs, les spécialistes en ayant compté jusqu’à cinquante.
Jan Brueghel l’Ancien et la peinture baroque
Fils de Pieter Brueghel l’Ancien, l’un des plus importants peintres flamands du 16e siècle, Jan Brueghel de Velours (1568-1625) doit son surnom à son exceptionnelle maîtrise des fondus et des dégradés. Il s’est illustré dans les paysages, les scènes religieuses et allégoriques mais aussi dans les natures mortes florales qui obtenaient un grand succès public à cette époque en Flandre.
Le style artistique du baroque, né à Rome autour de 1600, s’est rapidement imposé la littérature et la musique dans pratiquement toute l’Europe, ainsi que dans les beaux-arts, qu’il marqua jusqu’en 1770. La dernière phase est plus généralement connue comme l’époque Rococo.
Parmi les caractéristiques principales, on retrouve : le mouvement ample de toutes les formes, le soulèvement des frontières entre architecture, peinture et sculpture, qui mena à l’œuvre totale, typique pour l’époque, sans oublier l’utilisation ciblée de la lumière, qui devint notamment une composante majeure artistique.
La priorité mise sur l’ensemble plutôt que sur la partie a donné naissance à un espace à la fois unitaire et dynamique, qui prend tout son sens dans les somptueux bâtiments de cette époque. L’art baroque, avec son penchant pour la grandeur, la magnificence et l’abondance débordante, montre clairement un souhait de représentation, qui était une demande des commanditaires laïcs et religieux - surtout catholiques, renforcés par un mouvement de contre-réformation - de cette époque.
Dans la peinture, les caractéristiques typiques du baroque se montrent surtout dans la peinture d’autel et de plafond, la peinture historique et de portrait. Les représentants majeurs de ce courant sont, entre autres, des artistes comme Anthonis von Dyck ou Peter Paul Rubens, ainsi que Gian Lorenzo Bernini dans le domaine de la sculpture.
Les œuvres florales de Jan Brueghel
Brueghel de Velours fut l’un des premiers peintres flamands à s’intéresser aux natures mortes florales. Ses réalisations sont de deux sortes : les bouquets et les guirlandes. Les bouquets sont une composition picturale et non l’image d’un bouquet de fleurs posé sur une table.
Chaque fleur est représentée minutieusement pour être parfaitement reconnaissable. Cependant, ces bouquets ne pouvaient exister dans la réalité car les fleurs représentées ne fleurissent pas à la même époque de l’année.
Les guirlandes de fleurs encadrent en général une image pieuse ou un portrait. Ce type de composition se popularise dans le cadre du mouvement de Contre-réforme de l’Église catholique, afin de se démarquer du protestantisme qui condamnait les images des figures divines ou saintes.
Posséder un tel tableau revenait donc à marquer son adhésion au catholicisme et son hostilité à la Réforme protestante. La collaboration de deux artistes était fréquente. Dans l’exemple ci-après, Brueghel a peint la guirlande et Rubens les figures.
Quelques œuvres associées
- Jan Brueghel de Velours, Le Grand Bouquet (1607), huile sur bois, 98 × 73 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne.
- Jan Brueghel de Velours et Rubens, Vierge à l’Enfant entourée de fleurs et de fruits (fin 16e siècle), huile sur bois, 79 × 65 cm, musée du Prado, Madrid.
- Daniel Seghers, Fleurs dans un vase (v. 1610), huile sur cuivre, 41,6 × 28,5 cm, Museum Mayer van den Bergh, Anvers.
- Daniel Seghers, Le bouquet de fleurs (début 17e siècle), huile sur toile, 50,4 × 43,7 cm, Musée de la collection Jean-Paul II, Varsovie.
- Clara Peeters, Nature morte aux fleurs (1611), huile sur bois, 52 × 73 cm, musée du Prado, Madrid.
- Ambrosius Bosschaert l’Ancien, Nature morte aux fleurs (1614), huile sur cuivre, 30,5 × 38,9 cm, The Paul Getty Museum, Los Angeles.
- Ambrosius Bosschaert l’Ancien, Nature morte aux fleurs dans un vase Wan-li (1619), huile sur cuivre, 31 × 22,5 cm, Rijksmuseum, Amsterdam.
La nature morte se développe principalement en Flandre et aux Pays-Bas aux 16e et 17e siècles. Elle est peu répandue dans le sud de l’Europe.
Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe
Jan Brueghel de Velours. Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe (v. 1618), huile sur bois, 47,5 × 52,5 cm, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles.
| Élément | Information |
|---|---|
| Artiste | Jan I BRUEGHEL |
| Lieu et dates | Bruxelles 1568 - Anvers 1625 |
| Technique | Huile sur bois |
| Dimensions | 47,5 x 52,5 |
| Signature | Signature et date dans le bas à gauche : BRVEGHEL FECIT 16(18 ?) |
| Origine | Acquis de la galerie Arthur De Heuvel, Bruxelles, 1934 |
Par son élégance presque maniériste Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe est un chef-d’œuvre de la peinture du 17e siècle. La guirlande n’est pas associée ici à une image pieuse, ce qui constitue une originalité.
Il s’agit probablement d’une couronne de mariée que l’artiste a placée en oblique contre une somptueuse coupe de vermeil. Sur la table sont éparpillés des bijoux évoquant l’évènement au cours duquel ils ont été portés.

Les bijoux et la coupe de vermeil
La peinture présente une profusion d’objets précieux disposés autour de la coupe. Leur présence contribue à transformer la nature morte florale en une scène chargée de références sociales et cérémonielles.
En suivant le détail ci-dessus de gauche à droite, les bijoux suivants apparaissent. A gauche de la coupe, l’objet de forme allongée est une épingle à cheveux en or. Viennent ensuite trois bagues en or serties de pierres précieuses puis un pendentif comportant des incrustations d’émail et des pierres précieuses.
Un collier de perles et un bracelet en or débordent de l’écrin à bijoux. Dans cet écrin, ont été placés un autre bracelet en or identique et des pièces de monnaie. Les femmes portaient à cette époque deux bracelets identiques, un à chaque poignet.
La coupe de vermeil occupe une place essentielle dans l’équilibre de la composition. Son éclat métallique répond à celui des bijoux et établit un contraste avec les fleurs, dont les matières délicates sont rendues par la précision du pinceau.
La guirlande comme création picturale
La guirlande de fleurs est une création picturale pure qui ne peut avoir d’existence réelle du fait de l’extrême variété des plantes représentées. Le travail de Brueghel est considérable et nécessitait beaucoup de temps.
Chaque fleur est représentée avec une précision extrême et les spécialistes les ont toutes identifiées. Cette méthode donne à l’œuvre un caractère à la fois scientifique, décoratif et illusionniste.
La diversité des espèces ne vise donc pas seulement à reproduire un arrangement floral observable. Elle construit un ensemble idéal, composé selon les exigences de l’artiste et organisé pour produire une harmonie visuelle.
Quelques fleurs identifiées
| Repère | Fleur |
|---|---|
| A | Tagète ou œillet d’Inde |
| B | Œillet |
| C | Rose |
| D | Anémone |
| E | Myosotis |
| F | Nigelle de Damas |
| G | Muguet |

La symbolique florale
Il est possible d’associer certaines fleurs à des symboles, parfois d’origine mythologique. Par exemple, l’anémone représente l’éphémère, la fragilité.
Dans la mythologie grecque, elle provient d’Adonis. Au cours d’une chasse, Adonis est tué par un sanglier envoyé par Arès, le dieu de la guerre et son rival auprès d’Aphrodite, déesse de l’amour. Des anémones jaillissent des gouttes de sang d’Adonis.
Le myosotis est couramment associé à la mémoire, au souvenir éternel. Le muguet représente l’humilité et la virginité.
Toute cette symbolique pouvait être plus ou moins présente dans les esprits cultivés du 17e siècle. Dans une composition associant des fleurs, des bijoux et une couronne, ces significations peuvent accompagner l’interprétation cérémonielle et matrimoniale de l’œuvre.
Une peinture destinée à une élite
Cette peinture était destinée à une personne d’un statut social très élevé qui retrouvait sur le tableau des objets qu’elle pouvait posséder, mais agencés selon le bon vouloir de l’artiste et formant ainsi une composition à l’esthétique raffinée.
Il est possible d’interpréter cette nature morte comme une allégorie du mariage, bijoux et guirlande évoquant à la fois la cérémonie et la fidélité.
Les objets précieux ne sont donc pas de simples accessoires décoratifs. Ils manifestent un univers de richesse, de distinction et de culture visuelle, tandis que les fleurs introduisent une dimension symbolique et temporelle.
Une composition fondée sur la diagonale et la lumière
Brueghel a choisi une vue légèrement plongeante lui permettant de décrire avec minutie l’ensemble des objets présents sur la table. Ce caractère descriptif, presque énumératif, constitue une caractéristique forte de sa peinture, y compris des paysages.
L’autre dominante de la composition se situe dans l’utilisation de l’oblique. La guirlande et l’écrin sont placés approximativement dans l’axe de la diagonale du tableau.
Couplées à la verticale du pied de la coupe et à l’horizontale du bord de la table au second plan, ces diagonales produisent un effet de profondeur.
L’arrière-plan noir uniforme crée un effet de clair-obscur. Les reflets de la lumière sur les objets éparpillés sur la table et sur la coupe de vermeil contrastent fortement avec l’arrière-plan.

Autres œuvres florales du début du 17e siècle
Daniel Seghers (1590-1661) est un peintre anversois, élève de Jan Brueghel de Velours. Il a peint essentiellement des natures mortes florales et quelques paysages.
Clara Peeters (1594-1657) est une artiste flamande, née à Anvers, spécialisée dans les natures mortes.
Ambrosius Bosschaert l’Ancien (1573-1621) est un peintre néerlandais spécialisé dans les natures mortes florales.
Un autre tableau floral de Jan Brueghel
Bouquet de fleurs dans un vase de terre est également connu sous le titre Bouquet d’iris viennois. Il a été réalisé entre 1599 et 1607.
| Élément | Information |
|---|---|
| Titre | Bouquet de fleurs dans un vase de terre |
| Autre titre | Bouquet d’iris viennois |
| Date | Entre 1599 et 1607 |
| Dimensions | 51x40 |
| Collection | Gemäldegalerie, 548 |
| Identifiant historique | A7323 |
La date de 1599 se déduit de l'une des pièces de monnaies disposées au 1er plan à droite. En 1747 dans la chambre du Trésor ; en 1781 dans la Galerie de Vienne.
La guirlande de fleurs dans l’œuvre de Brueghel
Les œuvres de même auteur comprennent notamment Allégorie de la fécondité, avec Hendrick van Balen, paysage, fleurs et fruits attribués à Jan Brueghel I, Bouquet de fleurs dans un tonnelet, Enée aux enfers, L'automne, La Vierge à la Pervenche, Les noces de Bacchus et Ariane, Marie-Madeleine pénitente, Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe d'or, Paysage, Paysage fluvial, Paysage forestier traversé par un chemin, Sous-bois avec un passage d'un convoi et Villageois se rendant au marché.
Dans cet ensemble, les bouquets et les guirlandes occupent une place particulière : ils permettent à Jan Brueghel de Velours de mettre en évidence son exceptionnelle maîtrise des détails, des matières, des dégradés et des effets de lumière.