Au carnaval, le calligraphe chinois peut proposer une rencontre visuelle et culturelle autour de l’encre, du pinceau et des caractères chinois. La calligraphie devient alors un art vivant, capable d’attirer le regard, de raconter une tradition et d’inviter le public à découvrir une autre manière d’exprimer les émotions et les idées.
La calligraphie chinoise se distingue par l’originalité et la richesse de son écriture. Dans leur forme primitive, les premiers caractères chinois ont plus de trois mille ans d’âge.

La calligraphie chinoise, un art majeur
L'art chinois de la calligraphie[1] est estimé en Chine depuis deux mille ans comme l'acte esthétique idéal de l'accomplissement artistique. Considérée comme supérieure à la peinture, qui en est une émanation directe, la calligraphie occupe les esprits et le regard des chinois dès leur premier contact avec l'écriture qui constitue son support sémantique et son répertoire de formes.
Les artistes, les lettrés, les critiques et les hommes d'État l'ont élevée à des niveaux rarement atteints dans l'histoire des civilisations. Intimement liée à l'écriture, instrument de divination, de pouvoir, d’unification et de culture, la calligraphie émerge de la pointe du pinceau qui ne quitte pas la main du fonctionnaire, du chef militaire, de l'écrivain, du savant ou du peintre chinois, et les calligraphes, ce sont eux.
L’art visuel de l’écriture, la calligraphie est une forme d’art belle et élaborée. Chargée de vie dynamique, la calligraphie chinoise est une partie extrêmement importante de la culture chinoise historique.
La calligraphie est l’art de former les signes d’écriture d’une langue. Aujourd’hui, il en existe plus de cinq mille. Cette multiplicité permet au calligraphe un nombre infini de possibles dans son art.
Car la calligraphie est en Chine un art majeur, un « art d’être » dans lequel l’artiste exprime des émotions ou fait passer des messages. Les grands calligraphes consacrent leur vie entière à cet art. Il leur faut des dizaines d’années avant de devenir des calligraphes reconnus.
Le pinceau, l’encre et le geste
Les ingrédients des différentes pratiques sont partagés par tous : de l'eau, de l'encre, un encrier, et de la soie ou du papier.
La calligraphie chinoise met en œuvre, simultanément et par le biais d'une économie de moyens remarquables, plusieurs facettes du comportement humain auxquelles elle procure un plaisir esthétique que l'on ne rencontre dans aucune autre forme d'expression.
Elle opère en effet à la fois sur le plan de la poétique en manipulant la charge sémantique de l'écriture et sur le plan visuel car elle produit des formes ; il faudrait ajouter à cela la dimension physique car la calligraphie est aussi une chorégraphie du mouvement des doigts, du poignet, du bras, du corps tout entier.
Décrite par Stanley-Baker comme "la vie purement vécue à travers l'énergie en mouvement qui est enregistrée sous forme de traces sur la soie ou le papier, avec le temps et le rythme dans un espace changeant comme ingrédients principaux", le pouvoir de la calligraphie dépasse largement son espace dans le domaine artistique.
Exercice spirituel très personnel et d'une densité rare, elle procure au calligraphe et au spectateur éclairé une expérience esthétique intense partagée par des dizaines de millions d'amateurs extrême-orientaux (Chine, Japon, Corée) depuis de nombreuses générations.
Souvent maladroitement comparée à un art « abstrait », elle attire de plus en plus le regard des occidentaux qui y décèlent, à juste titre, une communauté de valeurs que leurs propres pratiques du vingtième siècle rendent désormais plus accessibles.
Écrire son trait authentique
Conçus pour les débutants fascinés par l’art de l’écriture, ces ateliers d’initiation introduisent les techniques de base de différents styles, tout en ouvrant à la découverte les esthétiques fondamentales de la calligraphie chinoise.
Chaque atelier nous invite à une immersion artistique, culturelle, philosophique, et une découverte du soi. Calligraphier, c’est écrire son trait authentique.
La notion de « le caractère ressemble à sa personne » (zi ru qi ren 字如其人) ou « l’homme vieillit avec son écriture » (ren shu ju lao 人書俱老) traverse tout le processus d’apprentissage du calligraphe et écrit, depuis des millénaires, l’histoire de la calligraphie chinoise.
Cet atelier explore la vertu de calligraphie : écrire en conscience, en confiance et avec force intérieure, à travers l’art du pinceau.
Les thématiques des ateliers
| Date | Thématique |
|---|---|
| dim.15/3/2026, 10:30 | Mon trait authentique |
| dim.31/5/2026, 10:30 | Écrire mes origines |
| dim.11/10/2026, 10:30 | Écrire mon émotion |
| dim. 6/12/2026, 10:30 | Écrire mon paysage intérieur |
Durée - 2h
Enseignant HU Jiaxing 胡嘉興, artiste calligraphe, enseignant-chercheur.
Co-fondateur de l’Institut Feibai, responsable pédagogique des programmes d’écriture, de calligraphie et d’épigraphie chinoises.
Docteur en Anthropologie culturelle du Muséum National d’Histoire Naturelle, spécialisé en anthropologie de l’art de l’écriture.
Les grandes familles stylistiques
On retiendra dans un premier temps que la calligraphie chinoise se compose de deux grandes familles stylistiques :
- les calligraphies régulières : I) les écritures sur os et carapaces, II) les calligraphies « grand-sigillaire », III) les calligraphies « petit-sigillaire », IV) les calligraphies « des scribes », V) les calligraphies « régulières ».
- les calligraphies cursives : VI) les calligraphies « courantes », VII) les calligraphies « cursives ».
Le bref aperçu ci-dessous reprend cette distinction et présente sommairement l'histoire des styles qui composent ces deux grands groupes.
La fig. 1 illustre la calligraphie en cinq styles différents de quatre caractères chinois et donne une première idée de la diversité des formes possibles lorsque l'on tient compte de l'impressionnante quantité de caractères chinois répertoriés (ils sont au nombre de 54 000 environ - dont 7 000 d'usage courant - dans le Grand Dictionnaire de la langue chinoise, Hanyu da zidian, publié en 1986).

Les écritures anciennes et les styles réguliers
L’écriture sur os et carapaces - 甲骨文
C'est à des personnages légendaires de l'époque de l'Empereur Jaune tels que Ju Song et Cang Jie que la mythologie chinoise attribue l'invention de l'écriture.
Doté de deux paires d'yeux, Cang Jie aurait observé les constellations dans le ciel et les empreintes laissées par les oiseaux sur le sol ; il eut alors l'idée d'un système d'écriture destiné à remplacer les archaïques formes de notation qui consistaient à faire des nœuds sur des cordelettes et des entailles sur des bâtonnets afin de « garder en mémoire » les dix mille faits et choses.
Les premières formes d'un système d'écriture chinoises connues sont les jiaguwen, les « écritures sur os et carapaces », principalement destinées à des pratiques divinatoires. Celles-ci démontrent des préoccupations esthétiques qui annoncent celles des futurs calligraphes.
Les scribes Shang (XVIe siècle av. J.-C.- 1066 av. J.-C.) et Zhou (1066 - 221 av. J.-C.) connaissent une forme de pinceau au moyen duquel ils marquent quelquefois les caractères qui seront ensuite gravés sur les supports que sont les os de cervidés ou bovidés ou les carapaces de tortue.
Ce pinceau est l'émanation de celui du potier qui s'en sert depuis le néolithique pour le marquage et la décoration de sa production en terre.
Au moyen de leurs instruments archaïques, les scribes des caractères jiaguwen s'attachent à respecter une relative standardisation de l'écriture et de ses spécificités graphiques : ordre et dimension relative des traits, composition des caractères.
Il existe des carapaces et des os ayant servi de « tablettes d'exercice » sur lesquels des caractères tracés régulièrement -par un maître- sont « recopiés » plus maladroitement par un apprenti.
La complexité de cette écriture implique des formes plus anciennes que nous ne connaissons pas encore.
C'est à la fin de la dynastie Qing (1644 - 1911) que les spécialistes de l'écriture commencent à s'intéresser à ces matériels que des paysans mettaient occasionnellement au jour au cours de leurs travaux agricoles et que l'on vendait alors dans des échoppes chinoises sous le nom d'« os de dragon » ; ceux ci étaient destinés à être réduits en poudre et entraient dans des compositions pharmaceutiques pour soigner la malaria.
À partir de 1928, des fouilles systématiques sont entreprises sur le site Shang de Xiaotun ; plus tard, d'autres sites révèlent des os et des carapaces présentant des graphies nettement différentes et à l'heure actuelle plus de 60 000 spécimens ont pu être observés par les chercheurs qui ont réussi à recenser plus de 5 000 caractères différents dont plus des deux tiers ont pu être traduits[2].
Leur découverte fut également à l'origine de pratiques nouvelles chez les calligraphes chinois du XXe siècle dont bon nombre se sont essayés à la reproduction au pinceau de ces anciennes graphies qui ont désormais leur place sur des formats qui ne leur étaient pas destinés à l'origine tels que les rouleaux verticaux, horizontaux, stèles, ou encore en colophons accompagnant des peintures pour ne citer que quelques exemples.
La calligraphie grand-sigillaire : dazhuan - 大篆
L'usage le plus tardif des jiaguwen remonte aux Zhou Occidentaux (1121- 771) lorsque l'écriture s'installe sur un autre support de choix de !'Antiquité chinoise : le bronze.
Gravés à l'envers dans les moules des vases rituels, les caractères en usage à cette époque apparaissent la plupart du temps dans le fond des récipients ; ils constituent quelquefois des textes relativement longs destinés à être portés à la connaissance des dieux ou des ancêtres au culte desquels s'adressaient les objets en bronze.
Ces écritures, dont les formes générales sont assez proches de celles des jiaguwen qui les ont précédées, se développent de façon plus ou moins ordonnée dans le monde chinois jusqu'à la période d'unification impériale des Qin (221 - 206).
On les désigna par la suite par l'appellation générique dazhuan, « grand-sigillaire » (ou encore « écriture du grand sceau », le caractère zhuan signifie à la fois « se répandre », « se propager » et « sceau »), par opposition à l'écriture unifiée sur l'ordre de Qin Shihuang (r. 221 - 210) qui prendra le nom de xiao zhuan, écriture « petit-sigillaire » (ou « du petit sceau »).
Les écritures grand-sigillaire, dazhuan, présentent des formes arrondies et anguleuses tout à la fois, leur particularité essentielle étant l'installation des caractères dans des espaces irréguliers (carré, rectangle), elles sont aussi le témoin de la grande diversité des styles et des orthographes en usage jusqu'à la fin de la période des Royaumes combattants.
L'histoire traditionnelle de la calligraphie chinoise attribue l'« invention » de l'écriture grand-sigillaire au Grand Scribe Shi Zhou (au service du roi Xuan des Zhou, r. 827 - 781), c'est pourquoi on l'appelle également Zhoushu, l'« écriture de Zhou».
La calligraphie petit-sigillaire : xiaozhuan - 小篆
L'attribution de la paternité de l'écriture petit-sigillaire, xiaozhuan, à l'initiative de Li Si, Premier ministre de l'empereur Qin Shihuang, est aujourd'hui unanimement acceptée.
La promulgation d'une seule écriture unifiée et standardisée pour l'ensemble du monde chinois, en 227 avant J.-C., relevait d'une décision politique de première importance.
Il faudra attendre plus de deux mille ans pour qu'une opération de la même envergure soit entreprise après la fondation de la République populaire de Chine lors de la mise en place de la réforme de l'écriture à partir de 1952[5].
Le petit-sigillaire fut en premier lieu une écriture au service de l'autorité de Qin Shihuang.
Imposée par le pouvoir impérial, elle incarne l'ensemble des options politiques mises en application par le nouveau régime à qui elle sert d'instrument de propagande.
Diffusée et visible sur les monuments de pierre que sont les stèles, mais aussi sur les nombreux documents officiels en circulation, elle rappelle dans ses formes mêmes, régulières, standardisées disciplinées et unificatrices, l'hégémonie incontestable du vainqueur.
Elle fait table rase des diversités et des variantes (on a pu dénombrer, par exemple, jusqu'à cinquante formes du caractère yang, « mouton », ou soixante-seize graphies différentes du caractère ren, « homme » sur les jiaguwen), elle écarte, une fois pour toutes l'inégalité des dimensions et l'asymétrie des formes répandues dans les écritures précédentes.
Le caractère xiaozhuan est installé dans un espace rectangulaire régulier, en hauteur, dans lequel sa composition s'équilibre ; quel que soit le nombre de traits qui le composent, il s'allonge ou se comprime afin d'occuper l'espace uniforme qui lui est assigné, cette règle ne connaîtra plus aucune exception jusqu'à notre époque.
Progressivement tombé en désuétude au profit de l'écriture régulière dite « des scribes », lishu, le petit-sigillaire est réservé à des destinations ornementales et à la gravure des sceaux.
À partir des Tang, elle excite à nouveau la curiosité des calligraphes qui la réservent souvent aux inscriptions frontispices de titres d'ouvrages, de peintures ou de pièces de calligraphies.
La calligraphie des scribes : lishu - 隸書/隶书
La calligraphie des scribes, lishu, appartient à la succession des formes régulières qui ont contribué à rendre l’écriture chinoise plus lisible, plus stable et plus adaptée aux usages administratifs et culturels.
Les styles courants et cursifs
La calligraphie chinoise ne se limite pas aux formes régulières. Les styles courants et cursifs accordent une place plus importante à la rapidité du geste, à la continuité du mouvement et à l’expression personnelle.
Wang Xizhi fit, et fait encore l’objet d’une ferveur quasi religieuse unanimement partagée, particulièrement par les empereurs de la Chine impériale.
Il incarna l’image idéale du lettré sachant, par le truchement de son pinceau, exprimer la profondeur de ses sentiments intimes.
Il excella dans le style dit courant, xingshu, et dans le style cursif, caoshu.
Wang Xizhi, modèle du calligraphe lettré
L’homme vécut entre 303 et 361 et fit carrière au cours de la dynastie des Jin orientaux (317-420) ; issu d’une famille aristocratique de la province du Shandong, il émigra lorsque la cour dut fuir la Chine du Nord et établir sa nouvelle capitale dans le Sud, à Nanjing.
Wang Xizhi obtint le grade de youjun jiangjun (général de l’armée de droite), titre par lequel il est souvent nommé ; il représente le type même du lettré méridional, avide de nature et de liberté, se faisant une règle de ne suivre que son inclination, pratiquant les arts raffinés de la poésie, de la musique et de la calligraphie.
Attiré par le bouddhisme, il fut surtout un adepte de la secte taoïste du Maître céleste, Tianshi dao, comme le prouve aussi la syllabe « zhi » de son nom.
Il dut sa formation calligraphique première à une femme, Dame Wei, nommée aussi Épouse Li, cousine du célèbre calligraphe Wei Heng, de l’époque des Jin, qui avait lui-même suivi l’enseignement de Zhong You, autre maître réputé.
Une renommée exceptionnelle
Wang Xizhi n’est pas le seul maître dont on ait conservé le souvenir au cours de cette époque où la calligraphie était une activité culturelle de premier plan.
Sans doute resté le plus populaire, il demeure une figure patriarcale.
Son style se généralisa et s’imposa comme un standard après la réunification de l’Empire chinois à partir de la fin du 6e siècle.
Wang Xizhi connut la gloire de son vivant, ses œuvres entrant simultanément dans les collections impériales et dans la légende.
Il était déjà fidèlement copié par ses contemporains.
La demande pour ses œuvres s’intensifia dans les décennies qui suivirent sa mort et les copies ainsi que les faux commencèrent à circuler.
Un style imposé comme standard
Loin de sombrer dans l’oubli après sa mort, l’œuvre de ce dernier continua d’être appréciée au sud de la Chine pendant deux siècles.
Sous les Tang, son renom atteignit le Nord et s’imposa comme référence à tous les lettrés de l’Empire.
Sa célébrité fut renforcée par son plus ardent admirateur, l’empereur Tang Taizong (r. 627-649), lui-même excellent calligraphe, pour qui Wang Xizhi représentait la quintessence de cet art.
À partir de son règne, le style du maître fut imposé comme standard esthétique inégalé.
L’empereur amassa une collection d’originaux de Wang d’une ampleur exceptionnelle : il commanda aussi aux meilleurs pinceaux de la cour un nombre important de doubles qui furent distribués comme modèles.
L’un des ministres impériaux était le calligraphe Chu Suiliang (596-658), occupant la fonction d’expert des œuvres de Wang, réputé pour son discernement infaillible, il compila le premier grand catalogue comprenant deux-cent soixante-six calligraphies pouvant lui être attribuées.
La Préface au Pavillon des Orchidées
Le succès de l’œuvre de Wang Xizhi est très paradoxal.
Le style de ce fin lettré épanchant ses sentiments les plus fugaces à la pointe de son pinceau devint un étalon catalogué, étatisé, copié et recopié de la manière la plus servile.
Cet homme épris de liberté qui était d’obédience taoïste fut vénéré et imité des lettrés confucéens et des fonctionnaires d’État.
Il ne se trouve guère de critiques à cet artiste universellement admiré.
Le second paradoxe concernant Wang Xizhi est qu’aucune œuvre du maître n’est parvenue jusqu’à nous.
Nous ne disposons que de copies, voire de copies de copies, ou de gravures d’après copies, ou encore de montages d’œuvres qu’il ne composa jamais, pièces cependant très précieusement transmises entre générations.
Une grande partie du mythe de Wang Xizhi repose sur la filiation et la transmission.
L’empereur Taizong, de la dynastie des Tang, exigea que toutes les calligraphies autographes connues de Wang Xizhi soient réunies dans ses collections privées.
Il instaura une sorte de monopole d’État sur ces œuvres et ceux qui en possédaient étaient contraints de les offrir ou de les dissimuler avec soin.
Malgré sa quête à travers l’Empire, le plus célèbre des écrits échappait encore à l’empereur, le Lantingxu, la Préface au Pavillon des orchidées.
Un mythe entoure sa récupération ainsi que sa disparition définitive.
Ce document tant convoité, qui faisait cruellement défaut à la collection impériale, fut obtenu par un subterfuge : au 6e siècle, le texte était conservé par le moine Zhi Yong, descendant à la septième génération du maître qui, en mourant, le légua à son disciple.
Ce dernier le dissimula derrière une poutre de sa maison et malgré les ordres impériaux feignit l’ignorance.
L’empereur envoya un habile émissaire qui gagna jour après jour la confiance du moine, alors âgé de quatre-vingts ans, jusqu’à ce que, trompé dans sa vigilance, le possesseur exhibe son précieux rouleau.
Profitant de son absence, l’émissaire impérial le déroba et le rapporta à l’empereur qui le récompensa largement ; le moine abusé ne survécut pas à cette perte irréparable.
Des copies de copies
La Préface disparut à nouveau.
On raconte que cet original aurait été enterré dans le tombeau impérial.
Entre-temps, Tang Taizong l’avait fait copier par les plus grands calligraphes de l’Empire.
Il n’est pas certain, mais d’aucun l’affirment, que l’empereur le fit aussi graver sur pierre.
La meilleure copie est la version dite Dingwu, issue d’une gravure sur pierre retrouvée au 11e siècle.
Les nombreuses répliques qui circulèrent depuis le règne de Taizong furent à leur tour imitées : ainsi, un collectionneur du 13e siècle pouvait-il se vanter d’en posséder cent dix-sept copies.
Œuvre la plus célèbre, cette Préface rapporte qu’au soir d’une journée de loisir où une fine bande d’amis lettrés s’était livrée, au milieu d’un jardin idyllique, aux joies de la composition poétique, Wang voulut en immortaliser le souvenir en réunissant l’ensemble des poèmes.
Sous l’effet de l’inspiration qui jaillit en cet instant privilégié, il composa la préface à l’anthologie.
Jamais auparavant, semble-t-il, une telle adéquation entre les émotions personnelles et le style d’écriture ne s’était si parfaitement exprimée.
Quant aux autres calligraphies du maître, il s’agit souvent de sa correspondance privée, genres épistolaire et calligraphique qui permettent de partager son intimité.
La copie et l’apprentissage
Un modèle inépuisable
L’empereur Taizong (939-997, r. 976), de la dynastie des Song du Nord, fut à l’origine d’un grand recueil de calligraphies gravées sur pierre et tirées en estampages, le Chunhua bige fatie, achevé en 992, constitué pour moitié de calligraphies de Wang Xizhi - dont cent soixante lettres - et de son fils Xianzhi.
Par ce biais, la domination des Wang, encouragée par l’autorité impériale, continua à s’exercer sur le monde calligraphique.
Le peintre et calligraphe Zhao Mengfu (1254-1322) rapporta que sous les Song du Nord tous les lettrés possédaient une copie de la Préface et que si elle venait à leur manquer, les collectionneurs n’hésitaient pas à la faire regraver.
Ainsi se multiplièrent les versions d’inégale qualité.
On raconte que l’empereur Gaozong (1107-1187, r. 1127-1162), de la dynastie des Song du Sud, qui supervisait étroitement l’apprentissage calligraphique de son fils, le futur empereur Xiaozong, lui aurait donné une copie de sa main de la Préface avec l’instruction de la recopier cinq cents fois.
Lui-même pratiqua quotidiennement la calligraphie pendant un demi-siècle et considérait le Lantingxu comme un modèle inépuisable.
Les exemples de copies calligraphiques à usage religieux retrouvées à Dunhuang abondaient.
Avec Wang Xizhi s’impose la copie à usage esthétique, sa Préface au Pavillon des orchidées a sans doute été l’un des textes le plus souvent copiés au monde.
Comment débuter ? | Tutoriel de calligraphie chinoise
Le calligraphe chinois dans un carnaval
Dans un carnaval, la présence d’un calligraphe chinois permet de relier la pratique artistique à une manifestation populaire, festive et interculturelle.
Le geste du pinceau peut être observé comme une véritable chorégraphie : le calligraphe prépare l’encre, stabilise son corps, dirige le poignet et accompagne chaque trait avec une attention particulière.
La calligraphie peut ainsi devenir un élément visuel d’un événement, tout en conservant sa dimension culturelle et spirituelle.
Un artiste peut également faire découvrir la diversité des formes, depuis les écritures anciennes jusqu’aux styles réguliers, courants et cursifs.
La présentation d’un caractère chinois permet d’aborder simultanément son aspect graphique, son sens et la relation entre l’écriture et la personnalité de celui qui la trace.
Le carnaval de Nice et la culture chinoise
Depuis sa création en janvier 2003, l’Association Chine Horizon s’est engagée auprès du public azuréen dans la découverte de l’art et la culture chinoise.
Nos stages de langue, de peinture et de calligraphie chinoise font partie de nos activités régulières.
2006 : Monsieur LI Ji, artiste peintre chinois, membre adhérent de l’association a créé un char sur le thème du dragon, lors de l’édition 2006 du Carnaval de Nice
Cette participation montre comment l’imaginaire chinois, les arts visuels et l’univers carnavalesque peuvent être associés dans une création destinée à être vue dans l’espace public.
La calligraphie chinoise au Nouvel An
Avec l'arrivée de Chun Jie, le Nouvel An chinois, il est d'usage en Chine de calligraphier sur du papier rouge les mots de bonne fortune pour l'année à venir.
Dans cet atelier d'initiation à la calligraphie chinoise shufa, apprenez à manier le pinceau et dompter l'encre afin d'attirer à vous la chance et le bonheur.
La calligraphie s’inscrit ainsi dans une tradition de vœux, de signes favorables et de transmission familiale.
Elle peut être présentée à des enfants, à des familles et à des débutants, à condition d’adapter les caractères, les supports et la durée de l’activité.
Découvrir la calligraphie avec les enfants
Je vous présente aujourd’hui des productions réalisées par des élèves de grande section qui mêlent initiation à la calligraphie, arts du visuel et graphisme.
Le but de cette activité est d’écrire un des quatre éléments en caractère chinois : l’eau, la terre, le feu ou l’air (« ciel » en mandarin).
Vous pouvez bien entendu choisir d’autres mots simples pour réaliser vos productions.
Partir sur un projet d’écriture des prénoms en chinois est un petit peu trop ambitieux en grande section à mon avis, mais si vous souhaitez tenter l’expérience, vous trouverez un traducteur de prénoms sur le site chine.nouvelle.com (prénoms que vous pouvez d’ailleurs traduire en japonais, coréen ou thaï).
Le fond a été réalisé à la gouache.
Les couleurs ont été définies préalablement avec les enfants en fonction de l’élément représenté : l’air en bleu clair, bleu foncé, rose et marron ; le feu en orange, beige et jaune ; la terre en jaune, beige, marron et vert ; l’eau en bleu clair, bleu foncé, violet et vert.
Une fois le fond bien sec et après s’être entraîner à tracer le caractère sur l’ardoise, les enfants ont calligraphié leur élément à l’encre de Chine.
Les modèles étaient à disposition des élèves.

La transmission de l’art chinois
L’Institut Feibai est dédié à l’étude de l’art chinois, en particulier la calligraphie et la peinture.
Situé au cœur de Paris, dans le 1er arrondissement, près du Palais-Royal, il offre une fusion unique entre calligraphie, arts plastiques et sinologie.
Fondé par Hu Jiaxing et Zhao Fei, l’Institut Feibai vise à éveiller la créativité innée des individus à travers l’exploration des arts traditionnels chinois.
Le nom "Feibai" (飛白) fait référence à un terme calligraphique symbolisant la fluidité et la légèreté de l’écriture.
L’institut met également en avant une pédagogie innovante qui combine apprentissage théorique et pratique afin d’assurer une progression rapide des participants.
Les activités proposées par le Feibai Institute se distinguent par une offre diversifiée de cours et d’ateliers adaptés aux besoins de chacun.
- Cours de langues pour tous niveaux
- Ateliers thématiques sur le développement personnel et professionnel.
- Séminaires culturels pour approfondir ses connaissances sur différentes régions du monde.
Des ateliers d’initiation permettent de découvrir les techniques de base de différents styles et les esthétiques fondamentales de la calligraphie chinoise.
La pratique associe l’apprentissage du geste, l’observation des caractères, la compréhension de leur structure et l’attention portée à l’expression personnelle.

Une pratique entre art, culture et connaissance de soi
Chaque atelier nous invite à une immersion artistique, culturelle, philosophique, et une découverte du soi.
Calligraphier, c’est écrire son trait authentique.
Cet atelier explore la vertu de calligraphie : écrire en conscience, en confiance et avec force intérieure, à travers l’art du pinceau.
La calligraphie chinoise (en tant qu’art) n’est ni une écriture appliquée, ni une écriture enjolivée. Elle bannit la stylisation arbitraire des formes et plus encore le rajout décoratif.
L’unique préoccupation du calligraphe chinois est de donner vie aux caractères, de les animer sans les forcer en rien.
Il met sa sensibilité au service de l’écriture puis en vient, par un renversement subtil, à se servir de l’écriture pour exprimer sa sensibilité personnelle.
C’est à la faveur de ce renversement que l’écriture chinoise devient un moyen d’expression d’une richesse et d’une finesse extrême.
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