Le déguisement de Carlos Ghosn à sa sortie de prison

Carlos Ghosn est sorti de prison le mercredi 6 mars 2019 vêtu d’un uniforme d’ouvrier de voirie, avec une casquette bleue, des lunettes et un masque médical, afin de tenter d’échapper aux journalistes qui attendaient devant l’établissement pénitentiaire.

Le stratagème avait été imaginé par son avocat japonais Takashi Takano pour permettre à l’ancien PDG de Renault-Nissan de quitter les lieux incognito et d’atteindre sa résidence sans être suivi par les médias. Mais le déguisement n’a trompé personne et a rapidement transformé cette libération sous caution en scène médiatique, largement commentée et moquée.

Sortie de Carlos Ghosn déguisé en ouvrier

Une sortie préparée pour échapper aux journalistes

L’inculpation de Carlos Ghosn a été un événement retentissant dans le monde entier, à tel point que lorsqu’il a été libéré sous caution, les journalistes ont employé les grands moyens pour couvrir sa sortie de prison. Il était attendu par la presse qui a mobilisé hélicoptères, s’est servie de grues et d’autres moyens pour prendre une photo de Carlos Ghosn, resté derrière les barreaux japonais depuis plus de 100 jours.

Cameramen et photographes étaient massés depuis le petit matin devant une prison de Tokyo, objectifs pointés pour saisir l’image du jour. Le stratagème n’a trompé personne, alors que l’attendaient une foule de journalistes qui avaient déployé des moyens impressionnants, hélicoptères, grue et même échafaudage pour prendre le premier cliché de Carlos Ghosn depuis son arrestation surprise le 19 novembre.

Les choses ont commencé à frémir en milieu d’après-midi à la vue d’un chariot chargé de couvertures et valises poussé hors de la prison. Les déclics des appareils photo se sont déchaînés, les objectifs ont zoomé quand des hommes ont commencé à empiler ces bagages dans un monospace noir garé juste devant les portes vitrées de l’établissement pénitentiaire.

S’agissait-il des effets personnels de M. Ghosn ? Et lui, où était-il ? Soudain une file d’hommes en uniforme et casquette sombre, portant tous des masques hygiéniques blancs comme tant de Japonais en hiver, sont sortis du bâtiment. Une telle équipée laissait présager que M. Ghosn émergerait juste après.

La tenue portée par Carlos Ghosn

L’homme surnommé le « cost killer » (tueur de coûts), est sorti de prison mercredi 6 mars, dans une tenue d’ouvrier de voiries marqué de bandes réfléchissantes, lunettes et casquette bleue clouées sur la tête, et masque d’infirmier sur la bouche. Carlos Ghosn est en effet apparu encadré par une dizaine de policiers avec un masque sanitaire sur le nez, une casquette bleue et un uniforme d’ouvrier de voirie.

Mais ce petit homme, coiffé d’une casquette bleu clair différente des autres et d’un ensemble de grosse toile plus foncé barré sur le haut de bandes réfléchissantes orange faisant penser à la tenue des ouvriers de voirie au Japon, qui était-ce ? Se pouvait-il que ce soit Carlos Ghosn ? Le crépitement des appareils a alors redoublé d’intensité tandis que l’homme sortait calmement.

Mais son visage était en grande partie dissimulé par un masque médical. Une journaliste d’une télévision privée japonaise, qui venait d’annoncer en direct à l’antenne « bientôt M. Ghosn va sortir » a soudain été prise de doute et, l’air déconcerté, a lancé : « Est-ce bien lui, il lui ressemble, n’est-ce pas ? »

Alors M. Ghosn a légèrement tourné la tête et ses yeux, reconnaissables entre tous, son regard perçant, sont apparus derrière de grosses lunettes à monture noire. Un coup d’œil, un cliché, et nul doute n’était plus permis : le roi de l’automobile était bien sorti de prison.

Pourquoi ce déguisement a-t-il été choisi ?

Un de ses défenseurs, Takashi Takano, reconnaissable à sa barbe blanche, explique sur son blog avoir imaginé ce scénario et cet accoutrement saugrenu pour tenter de déjouer l’attention des journalistes massés devant la prison, et ainsi éviter qu’ils ne suivent l’ex-détenu jusqu’à son nouveau lieu de résidence.

« C’est moi qui ai planifié et mis au point ce déguisement », écrit-il. « À cause de ce plan d’amateur, la réputation que M. Ghosn a bâtie tout au long de sa vie se retrouve ternie », regrette-t-il. « J’ai causé du tort à de nombreuses personnes. Je m’en excuse », ajoute l’avocat.

Alors qu’il voulait sortir inaperçu et pouvoir atteindre son domicile sans être suivi par les paparazzis, c’est tout à fait le contraire qui s’est produit avec cette tenue non représentative du personnage. Une tenue improbable qui a beaucoup fait parler.

Si la maison où il séjourne désormais sous haute surveillance est localisée par les médias, « non seulement il ne pourra pas retrouver une vie normale, mais en plus, sa santé en pâtira », souligne Me Takano. « Cela ferait aussi courir un danger à sa famille et à ses voisins. Nous voulions absolument éviter une telle situation », argue-t-il.

Une tentative d’évasion médiatique immédiatement repérée

Rien à voir avec l’homme qui sillonnait le monde en jet privé et qui, un jour, avait donné une somptueuse réception au château de Versailles. Sans costume, ses sourcils en accent circonflexe à nuls autres pareils cachés par la casquette et par les lunettes en plus du masque : la métamorphose était presque parfaite.

Les mains vides, M. Ghosn n’a rien dit que l’on puisse entendre en sortant du bâtiment. Il n’a pas semblé prêter attention à la foule de journalistes massés plus loin alors qu’il se dirigeait vers une mini-fourgonnette gris clair métallisé, sur le toit de laquelle, comme pour compléter le tout, une échelle d’ouvrier était attachée.

L’homme, qui jusqu’à récemment dirigeait Nissan, Mitsubishi Motors et Renault, est alors monté à bord d’un mini-véhicule de marque Suzuki. Une caméra a alors zoomé sur l’intérieur de la voiture. L’ex-grand patron avait la tête légèrement penchée contre sa main comme s’il voulait davantage encore dissimuler son visage.

Point de signe de son épouse ni de sa fille aperçues plus tôt arrivant dans la prison. Plusieurs policiers suivront sur des motocyclettes la fourgonnette qui file vers une destination inconnue.

Les réactions des médias et des réseaux sociaux

Cette libération est sur tous les médias et la vue de cet ancien héros national autrefois adulé au Japon pour avoir sauvé Nissan sortant dans un accoutrement inattendu déclenche sur Twitter hilarité et perplexité. « M. Ghosn habillé d’un bleu de travail s’offre un petit tour en mini-van », raille un utilisateur japonais de Twitter. « Le déguisement de Ghosn : ils n’auraient pas pu trouver mieux ? », demande un autre.

Une avalanche de commentaires moqueurs s’est abattue sur l’ex-grand patron de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Les télévisions privées japonaises se moquaient jeudi ouvertement de la tenue insolite dont était vêtu M. Ghosn à sa sortie de prison, la qualifiant de « déguisement ».

La photo de l’ex-patron de la plus vaste alliance automobile du monde portant la casquette d’une PME, une tenue de toile d’ouvrier assortie de larges bandes réfléchissantes de couleur orange, lunettes et masque hygiénique lui cachant une grande partie du visage, s’étalait à la Une des grands quotidiens et tabloïds japonais.

Une chaîne de télévision privée est allée jusqu’à déguiser quelqu’un sur le plateau d’une émission très regardée exactement de la même façon, se procurant l’ensemble de la tenue chez les fournisseurs spécialisés, le tout accompagné de commentaires ironiques et rires.

Les excuses de l’avocat Takashi Takano

Après coup, l’un de ses avocat s’est exprimé pour reconnaître qu’il était derrière l’idée de cette tenue saugrenue. « C’est moi qui ai planifié et mis au point ce déguisement », a écrit Takashi Takano sur son blog, s’excusant par la même occasion d’avoir terni l’image de Carlos Ghosn, une image qu’il a cultivée et « bâtie tout au long de sa vie ».

« C’était un échec (…) J’ai causé du tort à de nombreuses personnes. Je m’en excuse », a lâché l’avocat du franco-libano-brésilien. Comme le rapporte Le Point, son avocat reconnaît ce vendredi 8 mars « un échec » désastreux pour l’image de l’ancien magnat de l’automobile.

Conscient que son stratagème pour faire échapper son client aux journalistes n’a trompé personne, il a déclaré qu’il avait « causé du tort à de nombreuses personnes » et s’est excusé. « C’était un échec », avoue l’avocat. « Mais un miracle s’est produit plus tard », poursuit-il, quand « M. Ghosn et sa famille ont pu se retrouver dans la résidence » où il est assigné.

Me Hironaka a dit ne pas savoir pourquoi M. Ghosn et les deux autres avocats chargés de l’accueillir à sa libération avaient choisi pour sa sortie une tenue ressemblant à celle d’un ouvrier de voiries. « J’ai été surpris en le voyant à la télévision », a-t-il dit, semblant prendre ses distances.

Le changement de tenue après la sortie de prison

Après avoir été extrait de la prison dans laquelle il a été détenu 107 jours, l’ancien homme d’affaires a été conduit au cabinet de son avocat, Me Takano, d’où il est ressorti quelques heures plus tard avec une tenue plus conforme à son ancien statut : en costume noir et chemise blanche.

Carlos Ghosn a enfin pu retrouver un semblant de liberté après que son énième demande de libération sous caution ait été acceptée par le juge. Carlos Ghosn a été libéré mercredi sous caution, après plus de 100 jours de détention à Tokyo sur des accusations de malversations financières.

L’ex-PDG de Nissan et Renault Carlos Ghosn, libéré sous caution après plus de 100 jours de détention, est « fatigué », a affirmé jeudi son avocat en promettant de construire une défense « plus élaborée » pour rétablir la réputation de son client.

« Bien sûr qu’il est fatigué », a déclaré Junichiro Hironaka à la presse devant le bâtiment abritant son cabinet d’avocats. « Il a été placé en garde à vue par surprise à son arrivée à l’aéroport, enfermé dans cet endroit pendant plus de cent jours. Qui ne serait pas fatigué après tout cela ? », a-t-il lancé.

La libération sous caution et les conditions imposées

M. Ghosn et sa famille ont ensuite pu se retrouver dans la résidence où il est assigné, en échange du paiement d’une caution d’un milliard de yens (environ 8 millions d’euros) et du respect de conditions très strictes.

ÉlémentDétail
Durée de détention avant la sortie107 jours
CautionUn milliard de yens (environ 8 millions d’euros)
DéplacementInterdiction de quitter, même brièvement, le Japon
InternetInterdiction d’utiliser internet
SurveillanceAllées et venues filmées par des caméras
Violation des règlesRetour à la prison

Carlos Ghosn a notamment l’interdiction de quitter, même brièvement, le Japon, d’utiliser internet et de rencontrer des protagonistes de l’affaire. Chacune de ses allées et venues est également filmée par des caméras de surveillance.

Pour obtenir la libération de Carlos Ghosn sous caution (8 millions d’euros), ses avocats ont entre autre promis qu’il séjournerait dans une résidence dont les accès seraient équipés de caméras de surveillance, qu’il resterait au Japon et n’utiliserait que des ordinateurs du bureau des avocats, sans accès à l’internet.

En cas de violation de ces règles, « il devra revenir à la dure vie de la prison », a prévenu Takashi Takano. En cas de violation de ces règles strictes, « il devra revenir à la dure vie de la prison » selon son avocat Takashi Takano.

Une image publique en contraste avec le déguisement

Carlos Ghosn ([kaʁlɔs ʁosn] fréquemment prononcé [kaʁlɔs gon] à tort dans les médias francophones), né le 9 mars 1954 à Porto Velho (Brésil), est un chef d’entreprise brésilo-franco-libanais.

À la fin des années 1990, sous la présidence de Louis Schweitzer, il met en place chez Renault une politique radicale de réduction des coûts et de restructuration, qui permet au groupe de conserver sa rentabilité et qui initie sa réputation de « tueur de coûts ».

Au début des années 2000 dans le groupe automobile japonais Nissan, il met en œuvre une politique drastique de réduction des effectifs et de restructuration qui permet le redressement total du groupe, alors au bord de la faillite. Il est à cette époque cité parmi les hommes d’affaires les plus puissants au monde.

Président-directeur général (PDG) de Renault de 2005 à 2019, il est également président du conseil d’administration de Nissan - dont il a été PDG - de 2017 à 2018, ainsi que président du conseil d’administration du groupe Mitsubishi Motors de 2016 à 2018 et président du conseil d’administration du producteur automobile russe AvtoVAZ.

Il est également PDG de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, qui atteint en 2017, la première place mondiale parmi les constructeurs automobiles, devant Volkswagen AG, Toyota et General Motors.

À partir de mars 1999, Carlos Ghosn gère la prise de participation de Renault dans Nissan (36,8 %) pour former l’Alliance Renault-Nissan. Tout en gardant son poste au sein de Renault, il rejoint Nissan en tant que chef des opérations en juin 1999, puis est nommé au poste de président (2000) et à celui de PDG (2001).

En devenant PDG de Nissan et de Renault, Ghosn devient la première personne au monde à occuper simultanément cette fonction chez deux entreprises figurant au classement Fortune Global 500.

Du costume de dirigeant au bleu de travail

Le contraste entre le déguisement et l’image publique de Carlos Ghosn a renforcé l’impact de la scène. Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Thierry Henry et John Galliano, Marc Beaugé scrute celui du patron du groupe Renault-Nissan, actuellement en garde à vue prolongée au Japon.

En 1998, Carlos Ghosn est décrit comme un dirigeant lancé à grande vitesse dans son ascension professionnelle. Il est né à Porto Velho, au Brésil. Est parti vivre au Liban. Avant d’arriver en France à l’âge de 16 ans. Puis de fréquenter successivement le collège Stanislas, Polytechnique et enfin l’Ecole des mines.

Il a ensuite rejoint Michelin et franchi tous les échelons. Pour finalement rallier Renault et, devenu directeur général adjoint de l’entreprise, s’apprêter à grimper à nouveau dans la hiérarchie.

Dix ans plus tard, Carlos n’a pas ralenti. À la fois PDG de Nissan et PDG de Renault, il a intégré le gotha international des grands patrons et peut même s’enorgueillir d’être devenu le héros d’un manga biographique, « L’Histoire vraie de Ghosn-san ».

Ce jour-là, lors du Tokyo Motor Show, le grand patron arbore un impressionnant power suit, taillé dans une flanelle à rayures craie et accessoirisé d’un gilet, d’une cravate à pois, d’une pochette en soie et même d’un bijou de boutonnière.

En 2016, Carlos Ghosn est en déplacement à l’usine d’Iwaki, pour offrir 200 voitures électriques Nissan à la région sinistrée par la catastrophe de Fukushima. Ce qui nous invitera à une forme de tolérance vestimentaire, mais ne nous empêchera pas de rappeler qu’une fleur ne doit pas être coincée dans la poche poitrine de la veste, mais glissée dans la boutonnière, sur le revers de la veste.

En janvier 2018, Carlos brille lors de l’ouverture du forum de Davos, le regard fier, le verbe haut, la nuque tenue par une capuche ourlée d’une confortable fourrure. Dix mois plus tard, il est en détention à Tokyo, accusé de malversations financières.

Carlos Ghosn va sortir de prison ce jeudi matin, mais en liberté surveillée

Une scène devenue emblématique de l’affaire

L’ancien PDG de l’alliance automobile Renault-Nissan est devenu la risée des médias et des réseaux sociaux après avoir quitté sa prison affublé d’un costume d’ouvrier de la voirie, espérant ainsi passer inaperçu.

Filmé et photographié sous divers angles et en gros plan avec une casquette bleue, un uniforme d’ouvrier de voirie, des lunettes et un masque de protection blanc, Carlos Ghosn a malgré lui été la risée des médias.

« Le déguisement de Ghosn » est devenu une formule associée à cette sortie très particulière : l’ancien dirigeant, reconnaissable à ses yeux et à sa silhouette, a été identifié en quelques instants malgré la casquette, les lunettes, le masque et l’uniforme à bandes réfléchissantes.

La tentative destinée à détourner l’attention a donc produit l’effet inverse. La tenue d’ouvrier, le véhicule utilitaire et l’échelle fixée sur le toit ont constitué les éléments les plus commentés de cette sortie de prison, tandis que les images ont circulé dans les médias japonais et internationaux.

Quelques heures plus tard, Carlos Ghosn est toutefois réapparu en costume noir et chemise blanche dans les bureaux de ses avocats, avant de rejoindre sa résidence sous surveillance et dans le cadre des conditions fixées par la justice japonaise.

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