Cérémonie en hommage à Guillaume Apollinaire au Père-Lachaise

Chaque 9 novembre, les admirateurs de Guillaume Apollinaire se réunissent devant sa tombe, dans la division 86 du cimetière du Père-Lachaise à Paris, pour commémorer la mort du poète, emporté par la grippe espagnole le 9 novembre 1918, à l’âge de trente-huit ans. Cette tradition, née dans les années qui ont suivi sa disparition, ne s’est jamais interrompue.

La sépulture, située dans la partie orientale du cimetière, non loin de celle de Marcel Proust, est reconnaissable à sa pierre dressée en forme de menhir, conçue par Serge Férat. Elle porte un calligramme en forme de cœur et plusieurs strophes du poème « Collines », dont les derniers vers annoncent : « Habituez-vous comme moi / À ces prodiges que j’annonce / À la bonté qui va régner / À la souffrance que j’endure / Et vous connaîtrez l’avenir ».

Tombe de Guillaume Apollinaire au Père-Lachaise

La cérémonie annuelle du 9 novembre

Cette année encore, une trentaine de personnes venues d’horizons divers se retrouveront ce samedi 9 novembre au cimetière du Père Lachaise à Paris, division 86, à quelques dizaines de mètres du columbarium et à proximité de la bien nommée « Avenue des Combattants étrangers morts pour la France ».

Ils se recueilleront devant la tombe de Guillaume Apollinaire à l’occasion du 101e anniversaire de sa mort. Assez sobre, la sépulture est surmontée d’une sorte de menhir sculpté par Serge Férat et sur la tombe elle-même, un poème est gravé dans la pierre.

Cette réunion de ceux qu’on appelle les « Apollinariens » est devenue un rituel depuis ce fatidique 9 novembre 1918, lorsque la grippe espagnole emporta le poète à l’âge de 38 ans. Depuis cent ans, la tradition du 9 novembre ne s’est jamais interrompue.

Aujourd’hui, les artistes sont sans doute moins nombreux, mais les universitaires, les chercheurs, les journalistes, les étudiants, français ou étrangers, et d’une façon générale les admirateurs d’Apollinaire continuent de venir chaque année saluer le poète sous le ciel de novembre par un « automne malade et adoré ». Certains y déposent un bouquet de bruyère.

Où se trouve la tombe d’Apollinaire ?

La tombe est située dans la division 86, dans la partie orientale du cimetière, non loin de celle de Marcel Proust. La tombe est indiquée sur le plan, fourni à l’entrée du cimetière.

La sépulture est à quelques dizaines de mètres du columbarium et se trouve à proximité de l’« Avenue des Combattants étrangers morts pour la France ». Guillaume Apollinaire repose avec son épouse Jacqueline, morte en 1967.

ÉlémentIndication
CimetièrePère-Lachaise, Paris
Division86
Date du décès9 novembre 1918
Âge au décès38 ans
Épouse inhumée avec luiJacqueline Apollinaire, 1891-1967
Concepteur du monumentSerge Férat

Le monument funéraire de Guillaume Apollinaire

Une pierre dressée, brute, en forme de menhir, dessinée par le peintre Serge Férat, ami du poète : Picasso, à qui le monument avait d’abord été confié, proposa des sculptures en fil de fer que la veuve et les amis d’Apollinaire jugèrent trop modernes.

Le monument funéraire de Guillaume Apollinaire au Père-Lachaise, conçu sous la forme d’un menhir, est l’œuvre du peintre Serge Férat, ami intime de l’artiste, et ce malgré les divers projets proposés par Picasso les années précédentes, tous refusés.

La tombe, d’une grande sobriété, comporte quelques extraits de ses œuvres Calligrammes et Les Collines, ainsi que d’un cœur-calligramme, qui dit : « Mon cœur pareil à une flamme renversée. »

Disparu à trente-huit ans seulement, le poète repose désormais sous un impressionnant menhir en granit orné d’un crucifix, à côté de Jacqueline. On peut y lire trois strophes issues du poème « Collines », ainsi qu’un calligramme en forme de cœur, constitué de tessons de bouteilles verts et blancs : « mon cœur pareil à une flamme renversée ».

Les inscriptions de la sépulture

La dalle est gravée d’un calligramme, poème en forme de cœur, « Mon cœur pareil à une flamme renversée », et d’un autre poème.

Inscriptions : Guillaume, APOLLINAIRE, de KOSTROWITSKY, 25 août 1885-9 9bre 1918. Jacqueline APOLLINAIRE 1891-1967.

Je me suis enfin détaché
De toutes choses naturelles
Je peux enfin mourir mais non pécher
Et ce qu’on n’a jamais touché
Je l’ai touché je l’ai palpé.

Et j’ai scruté tout ce que nul
Ne peut en rien imaginer
Et j’ai soupesé maintes fois
Même la vie impondérable
Je peux mourir en souriant.

Habituez-vous comme moi
À ces prodiges que j’annonce
À la bonté qui va régner
À la souffrance que j’endure
Et vous connaîtrez l’avenir.

Une anomalie subsiste dans la pierre : la date de naissance y est gravée « 25 août 1885 », alors qu’il est né le 26 août 1880.

Un calligramme gravé dans la pierre

Un calligramme est un poème dont la disposition typographique dessine la forme de son sujet. Apollinaire en a fait un genre, et sa tombe en porte un gravé dans la pierre.

Ce que la pierre porte est sans équivalent au Père-Lachaise : un calligramme en forme de cœur, « Mon cœur pareil à une flamme renversée », et un poème entier de quinze vers qui s’achève sur « et vous connaîtrez l’avenir ».

Sur place, ne manquez pas de prendre le temps de lire le poème en entier, du haut jusqu’au dernier vers : c’est un des seuls tombeaux du cimetière qui demande plusieurs minutes de lecture. Puis vérifiez la date de naissance gravée, et comparez-la aux dates de la fiche.

La mort d’Apollinaire et ses obsèques

Guillaume Apollinaire meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice. Blessé à la tête sur le front de Champagne en 1916 puis trépané, il ne s’était jamais complètement remis.

Affaibli par sa blessure, il décède toutefois à son domicile, 202 boulevard Saint-Germain, le 9 novembre 1918, vraisemblablement de la grippe espagnole. Détail troublant : dans la rue, tandis qu’il agonise, les Parisiens crient « À mort Guillaume ! », en référence au Kaiser Guillaume II, qui a abdiqué le même jour.

Le 13 novembre 1918, le poète Guillaume Apollinaire, mort de la grippe espagnole, est enterré à Paris. Deux jours après l’armistice avec l’Allemagne, Paris est euphorique et crie sa haine d’un autre « Guillaume », le Kaiser germanique.

Pendant que son convoi traverse Paris, la foule crie à chaque carrefour contre « Guillaume » - l’empereur allemand vaincu, pas le poète qu’on emporte.

L'enterrement de Guillaume Apollinaire

Une cérémonie funèbre dans la liesse de l’armistice

Des années plus tard, l’écrivain Blaise Cendrars, la journaliste féministe Louise Weiss et quelques autres racontent l’étrange atmosphère qui régnait à ses obsèques.

« Pendant que la foule parisienne hurlante, délirante d’allégresse, défilait devant nous, nous pleurions sur la mort d’Apollinaire », se souvient l’un d’eux.

André Salmon : « Ceux qui n’ont pas connu Guillaume Apollinaire ont tendance toute naturelle, et je serais comme eux, à imaginer des funérailles éclatantes. Hélas, ça n’a pas été tout à fait ça. Il y avait des pères, des fils, des enfants, des amants perdus. On avait bien des excuses à ne pas être là. Guillaume était mort le 9, c’est-à-dire deux jours avant l’armistice. Paris avait vécu dans la fièvre de cette fin de guerre. On a entendu dans les rues crier “À bas Guillaume !” sous les fenêtres de Guillaume Apollinaire, le 10, j’étais présent auprès de Jacqueline, la veuve de Guillaume. »

Blaise Cendrars : « Le cortège défila boulevard Saint-Germain sous les huées de la foule qui huait non pas Guillaume Apollinaire, mais Guillaume tout court, Guillaume le Kaiser. C’était le lendemain de l’armistice, les derniers danseurs dans les rues étaient toujours là, et poussaient des hurlements affreux. C’était d’une ironie assez pénible, mais Guillaume aimait tellement tout ce qui sortait du banal et de l’extraordinaire, tout ce qui proclamait la beauté de vivre, qu’il en eût été certainement ravi. »

La famille était là. Cette pauvre Jacqueline Apollinaire qui tenait tout juste debout, qui avait une grippe épouvantable. Madame Apollinaire mère, très autoritaire, devant laquelle Guillaume tremblait.

Louise Weiss : « Nous savions, en saluant sa dépouille mortelle, que nous avions eu affaire à un incomparable poète assassiné. »

Les honneurs militaires

André Salmon : « Quand on a amené le corps, il y avait là 12 territoriaux, la figure encore très 1900, moustachus. Et on a présenté les armes à Guillaume Apollinaire. Il y avait là quelque chose d’assez affreux, d’assez déconcertant, et il faut bien dire, étant donné tout ce qu’avait rêvé sur le plan de la guerre, Guillaume Apollinaire, qu’Apollinaire aurait été très content. »

André Billy : « Le cercueil était recouvert d’un drapeau tricolore, et sur ce drapeau avait été déposé un képi de lieutenant tout neuf. Un képi à deux galons, que Guillaume, qui n’était encore que sous-lieutenant, avait acheté d’avance, tant il était impatient de se voir promu à un grade supérieur. »

La grippe espagnole

Raymone : « C’était le plus gros de la grippe espagnole à ce moment-là, à Paris. J’avais à côté de moi Ambroise Vollard, et il disait : “Ce qui est affreux, ce qui est affreux quand on accompagne les amis, c’est toujours les vivants qui attrapent un rhume !” »

Blaise Cendrars : « Avec Raymone et Fernand Léger, nous avons bu un anti-grippe, c’est-à-dire un grog bien tassé, plutôt double et même triple, et nous avons pris un taxi. »

« Et la chose qui me stupéfie jusqu’au jour d’aujourd’hui, et qui me fait dire qu’Apollinaire n’est pas mort, c’est que, ayant traversé tout Paris en taxi, arrivés au Père Lachaise, le cortège d’Apollinaire avait déjà disparu. La cérémonie avait eu lieu. Si bien que cinq minutes après l’enterrement, personne ne savait où Apollinaire était loti. »

« Je me suis penché sur deux tombes, et dans l’une, il y avait une motte congelée qui avait exactement la forme d’Apollinaire. Et c’est ce qui m’a fait dire : “Apollinaire, mes enfants, Apollinaire n’est pas mort !”. »

Picasso et les premières commémorations

L’écrivain, on le sait, était entouré d’amis « sans lesquels il ne pouvait vivre ». L’un des plus proches est sans nul doute Picasso qu’Apollinaire rencontra en 1904.

Il avait 24 ans, un an de plus que Pablo Ruiz, rappelons que Picasso est le nom de sa mère. L’entente avait été immédiate et leur amitié ne s’est jamais démentie.

Dans les années qui ont suivi la disparition du poète, Picasso ne manquait pas, à chaque 9 novembre, de se recueillir devant sa tombe. C’est ce qu’on apprend en consultant les archives personnelles du premier biographe d’Apollinaire, Pierre Marcel Adéma.

Dans ces précieux cahiers, Adéma consignait avec une rare minutie toutes les informations glanées dans ses lectures ou recueillies directement auprès des compagnons du poète.

La première sépulture

On apprend par exemple que la tombe d’Apollinaire que nous connaissons aujourd’hui n’était pas celle dans laquelle avait d’abord été inhumé le poète.

Dans un premier temps, le cadavre, forcément exquis, avait été placé dans une tombe sommaire avec une simple croix de bois noir dans la 89e division, avant de trouver une sépulture plus digne deux ans plus tard, quelques dizaines de mètres plus loin.

La cérémonie de 1923

La présence de Picasso est attestée en 1923. Avant de se rendre au Père Lachaise, où il croisa André Billy et Paul Léautaud, le peintre assista à la messe célébrée pour le repos du poète à l’église Saint-Thomas d’Aquin.

Dix ans après la mort de l’écrivain, le 9 novembre 1928, Picasso annonce à Jacqueline Apollinaire qu’il a terminé la maquette du monument funéraire qu’on lui a commandé et qu’il pourra la livrer en avril.

Le peintre s’avançait beaucoup : le projet n’aboutira pas. C’est finalement l’artiste russe Serge Férat, auteur du décor et des costumes des Mamelles de Tirésias en 1917, qui sculpta le bloc de pierre que l’on connaît aujourd’hui.

Les cérémonies de 1934, 1938 et 1945

En 1934, Picasso se trouve au cimetière, de nouveau en même temps que Paul Léautaud et André Billy. Ce dernier, fidèle parmi les fidèles, écrira dans la revue Les Marges du 10 janvier 1935 : « Tous les ans, Picasso était là. Il n’y a pas manqué une fois ».

Pierre Marcel Adéma, de son côté, y assiste pour la première fois. Quelques jours plus tard, tout ce beau monde se retrouve à la réunion organisée spécialement en l’honneur d’Apollinaire par l’éditeur Bernouard, pour son association « Les Amis de 1914 », dans leur nouveau local au 224 boulevard Raspail.

En 1938, Picasso croise au cimetière un autre artiste qui rejoignait l’assemblée des admirateurs d’Apollinaire : il s’agit de Marcoussis dont le nom d’artiste avait d’ailleurs été suggéré par Apollinaire, puisque le peintre polonais s’appelait en réalité Ludwik Kazimierz Wladyslaw Markus.

En 1945, alors que la France commence à reprendre des couleurs, Picasso vient à nouveau se recueillir devant la tombe de son ami. Léautaud rate le rendez-vous et se rendra le lendemain, seul, au cimetière.

Les archives d’Adéma nous apprennent que la cérémonie a été filmée par « un Américain journaliste en uniforme ». Aurons-nous un jour la chance miraculeuse de retrouver ce document ?

Si le peintre ne figure plus ensuite parmi les participants à la cérémonie annuelle, c’est que Picasso s’établit à ce moment-là sur la Côte d’Azur.

Les écrivains, les artistes et les universitaires autour de la tombe

En revanche, parmi les personnalités venues rendre hommage à l’écrivain en 1946, apparaît Francis Poulenc. Grand admirateur d’Apollinaire, le musicien avait mis en musique, dès 1919, plusieurs des poèmes du Bestiaire.

Par ailleurs, en 1947 sera créé à Paris son opéra Les Mamelles de Tirésias, inspiré par la pièce surréaliste d’Apollinaire.

Dans les années 1950, c’est principalement Michel Décaudin, incomparable spécialiste de l’œuvre et figure très regrettée des Apollinariens, mort en 2004, que l’on verra chaque année au cimetière, entouré d’amis souvent enseignants.

André Billy : « Mais depuis lors, chaque année régulièrement, les anciens et les nouveaux amis d’Apollinaire se réunissent sur sa tombe le jour anniversaire de sa mort. Ils n’y ont jamais manqué. »

La sépulture est toujours ornée de morceaux de papier griffonnés, de tickets de métro, de fleurs, ultimes hommages à un poète mort trop jeune, au terme d’une vie passionnée.

La vie de Guillaume Apollinaire

Une naissance et une enfance européennes

Wilhelm Albert Vladimir Apollinaire de Krostrowitzky, plus connu sous le nom de Guillaume Apollinaire, naît à Rome, en Italie, le 26 août 1880.

Guillaume Apollinaire naît à Rome le 26 août 1880 sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky. Sa mère, Angelika Kostrowicka, appartient à une famille de petite noblesse polonaise originaire de l’ancien Empire russe.

Le nom de son père n’est pas établi avec certitude dans les documents d’état civil ; cette naissance hors mariage, la mobilité de sa mère et les déplacements de l’enfance donnent au futur écrivain une origine européenne plutôt qu’un ancrage national simple.

Il adoptera peu à peu le prénom de Guillaume et fera d’Apollinaire, l’un de ses prénoms, son nom d’écrivain.

Polonais puis naturalisé français, c’est le principal poète du début du XXe siècle. Il voit le jour à Rome d’un père officier italien et d’une mère issue de la noblesse polonaise, Angélique Kostrowicka.

C’est une aventurière qui élève seule son enfant, l’emmène en Belgique à Stavelot, en Italie et à Monaco. Il en résulte une sorte de métissage culturel européen qui influence très jeune Guillaume.

Après une enfance entre l’Italie, Monaco et le Sud de la France, il poursuit ses études au collège Saint-Charles de Monaco puis à Nice. Élève inégal mais lecteur très curieux, il ne décroche pas le baccalauréat.

Cette absence de diplôme ne l’empêche pas de se former avec une ampleur peu commune : langues, poésie médiévale, presse, arts, récits populaires et littérature symboliste nourrissent déjà une imagination qui mêle le savant, le quotidien et l’exotique.

Il reste très lié à son demi-frère Alberto, compagnon de jeunesse et de plusieurs de ses premières années parisiennes.

Les débuts à Paris et l’expérience allemande

À vingt ans, il est à Paris où il partage la vie de bohème des artistes de l’époque. Il vit d’expédients : littérature alimentaire, romans populaires, héroïques ou érotiques touchant à la pornographie.

Arrivé à Paris en 1900, il fréquente les cercles littéraires et la bibliothèque Mazarine, mais, réduit à la précarité, se résout à passer un diplôme de sténographie, avant d’effectuer divers travaux alimentaires de secrétariat.

En 1901, engagé comme précepteur dans une famille française installée en Rhénanie, il séjourne près de Bad Honnef. Il y rencontre la jeune gouvernante anglaise Annie Playden, dont il s’éprend.

Elle ne partage pas ses sentiments et part bientôt pour l’Amérique. Cette expérience allemande, à la fois heureuse et douloureuse, laisse des traces profondes dans ses poèmes et dans la figure du mal-aimé.

En 1904, Annie Playden, la jeune Anglaise rencontrée en Rhénanie où il était précepteur, part définitivement pour l’Amérique. Il lui consacrera plusieurs poèmes, dont Annie.

Les amours perdues seront la matière première de son œuvre. « La chanson du mal-aimé », ainsi que les neuf textes de « Rhénanes », témoignent de cette douloureuse expérience outre-Rhin.

Les milieux artistiques et Marie Laurencin

De retour à Paris en 1902, il entre dans une vie plus précaire : employé de banque, journaliste débutant, collaborateur de petites revues, il écrit beaucoup sans encore disposer d’une position stable.

Paris devient pourtant son véritable laboratoire. Apollinaire y rencontre des poètes, des peintres, des collectionneurs et des éditeurs qui composent l’avant-garde de la Belle Époque.

Il fonde en 1903 la revue Le Festin d’Ésope, écrit des chroniques et publie ses premiers textes sous différents pseudonymes. Son goût ne se limite pas à la poésie : il s’intéresse aux légendes, aux récits fantastiques, à l’art ancien et aux formes nouvelles de la culture populaire.

À Montmartre puis à Paris, il se lie avec Pablo Picasso, Max Jacob, André Salmon, Henri Rousseau et de nombreux artistes.

Sa relation avec la peintre Marie Laurencin, commencée en 1907 et achevée quelques années plus tard, est l’une des expériences affectives importantes de sa vie. Elle inspire plusieurs poèmes ; le couple est aussi représenté dans La Muse inspirant le poète d’Henri Rousseau.

Apollinaire n’est pas seulement l’ami des peintres : il devient l’un des critiques les plus attentifs aux bouleversements de la peinture moderne, défendant des artistes souvent incompris par le public et la presse.

L’affaire de la Joconde

En 1911, il est soupçonné d’avoir volé la Joconde et passe une semaine à la prison de la Santé. L’épisode le marque durablement.

Son parcours connaît un épisode brutal en septembre 1911. La police le soupçonne de recel dans l’affaire des statuettes volées au Louvre par Honoré Joseph Géry Pieret, ancien secrétaire qu’il avait connu.

Le vol de la Joconde, survenu la même année, donne à l’affaire un retentissement exceptionnel. Apollinaire est arrêté et incarcéré quelques jours ; Picasso est également interrogé.

Tous deux sont finalement mis hors de cause dans le vol du tableau, commis par Vincenzo Peruggia. L’épisode frappe le poète, mais ne rompt pas son élan créateur.

Alcools et la modernité poétique

En 1910, il commence l’écriture de poèmes recueillis dans Alcools.

En 1913 paraît Alcools, le recueil qui fixe sa place dans la poésie française. Les textes y font dialoguer la chanson ancienne, la mémoire, les villes modernes, les amours perdues et le paysage industriel.

Alcools, qui ne comporte volontairement pas de ponctuation, s’ouvre par « Zone », célébration de la ville moderne, qui rappelle notamment « Les Pâques à New-York » de son nouvel ami Blaise Cendrars.

Apollinaire, qui ne comporte volontairement pas de ponctuation lors de l’édition, laisse au lecteur le soin d’organiser le rythme et les liaisons du vers.

En mars 1911 paraissent son célèbre Bestiaire, orné des œuvres de Raoul Dufy, ainsi que Le Cortège d’Orphée. En décembre 1909 paraît L’Enchanteur pourrissant, son premier livre « officiel ».

Apollinaire, la guerre et la blessure de 1916

En 1914, il s’engage dans l’armée, il chante la guerre en tant que « Beau spectacle ». C’est l’occasion pour lui de se déclarer « vrai français », de servir la patrie envahie.

Lorsque la guerre éclate, il demande à servir dans l’armée française. Sa nationalité française n’est obtenue qu’en mars 1916, après une procédure liée à son engagement volontaire.

Entre-temps, il a connu l’instruction, l’artillerie puis l’infanterie. La guerre est pour lui à la fois une expérience physique, un bouleversement affectif et une matière poétique.

Parti avec le 38e régiment d’artillerie de campagne pour le front de Champagne le 4 avril 1915, Apollinaire, emporté par la fièvre patriotique, continue à écrire, malgré les difficultés de la vie militaire.

Il entretient notamment une intense correspondance avec Louise de Coligny-Châtillon, dite Lou, puis avec Madeleine Pagès. Ces lettres, publiées après sa mort, éclairent la place de l’amour, de l’attente et de l’écriture dans ces années de séparation.

Le 17 mars 1916, au Bois des Buttes dans l’Aisne, un éclat d’obus lui ouvre le crâne. Il est trépané.

Le 17 mars 1916, alors qu’il se trouve au front, un éclat d’obus le blesse à la tempe. Il est évacué et trépané au Val-de-Grâce.

La blessure met fin à sa présence combattante, sans arrêter son activité intellectuelle. Durant sa convalescence, ses amis organisent autour de lui un banquet qui réunit une part importante de la bohème artistique parisienne.

Naturalisé français la même année, il ne se remettra jamais complètement de cette blessure. La guerre touche alors à sa fin, mais la santé d’Apollinaire demeure fragile.

Le mot « surréalisme » et les dernières œuvres

C’est lui qui avait inventé le mot « surréaliste ». Breton, Aragon et Soupault en feront leur maître.

Les jeunes poètes qui formeront plus tard le noyau du groupe surréaliste, Breton, Aragon, Soupault, l’admirent. Il est bon de rappeler qu’Apollinaire est le créateur et l’inventeur du terme surréaliste.

Il ne fonde pas le mouvement surréaliste, qui se constituera après sa mort autour d’André Breton, mais il lui donne un mot et une impulsion.

En 1917, le mot « surréalisme » apparaît sous sa plume, notamment pour le programme du ballet Parade et pour sa pièce Les Mamelles de Tirésias, sous-titrée « drame surréaliste ».

C’est d’ailleurs Apollinaire lui-même qui invente le terme de « surréalisme » à travers Les Mamelles de Tirésias, pièce étonnante, féministe et antimilitariste, censée se passer à Zanzibar.

La même période voit paraître ses chroniques, ses textes sur l’« esprit nouveau » et le recueil Calligrammes, où la disposition typographique de certains poèmes participe pleinement au sens.

En mai 1918, il épouse Jacqueline Kolb, dite la « jolie rousse », rencontrée l’année précédente. Promu lieutenant le 28 juillet, il poursuit un intense travail littéraire et scénaristique.

Une tombe qui prolonge l’œuvre du poète

La tombe d’Apollinaire rappelle autant le poète que le passeur : celui qui fit entrer dans la littérature les voix de la ville contemporaine, qui défendit les peintres de son temps et qui chercha, sans rompre avec la tradition, des formes capables d’accueillir le monde nouveau.

La pierre dressée, le calligramme en forme de cœur et le poème gravé dans le granit associent la mémoire funéraire à l’expérimentation poétique. La sépulture devient ainsi un lieu de lecture autant qu’un lieu de recueillement.

La présence de morceaux de papier griffonnés, de tickets de métro et de fleurs montre que les hommages déposés au Père-Lachaise restent liés à la vie quotidienne et à la poésie d’Apollinaire.

André Salmon : « Et lui-même a dit : “Il faut que tout meure”. Et peut-être tout a-t-il commencé magnifiquement pour lui par sa mort. »

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