Déguisement de la Révolution française : vêtements, accessoires et symboles

Un déguisement de la Révolution française réussit lorsqu’il évoque la simplicité vestimentaire, les contrastes entre les ordres sociaux et les symboles politiques de la période. Pour une tenue féminine populaire, les éléments les plus caractéristiques sont une robe ou une jupe ample, un chemisier ou une chemise en coton, un tablier, un fichu, une coiffe et quelques rubans aux couleurs de la Nation.

Pour une tenue masculine, l’habit à basques, la redingote, le gilet et la culotte peuvent évoquer les élites, tandis que le pantalon, la carmagnole, le bonnet phrygien et la pique rappellent davantage les sans-culottes. Le choix des matières, des couleurs et des accessoires permet ainsi de distinguer un personnage populaire, bourgeois, noble ou révolutionnaire.

Le costume, un symbole politique et social

Si, en général, le début de la période de la période de la Révolution est facilement identifiable, sa fin est, elle, sujette à débat. En effet, alors que certains historiens situent le terme de cette période en 1794 avec la fin de la Terreur et la mort de Robespierre (Histoire du costume), d’autres estiment que l’époque de la Révolution s’étend jusqu’en 1799, ce qui permet d’intégrer la période du Directoire.

Pendant la Révolution, le costume est un symbole fort, réprésentant de l’organisation sociétale et de ses inégalités. En effet, chaque ordre (le clergé, les nobles et le tiers-état) est facilement identifiable par son habit : le costume est le reflet de l’ordre social de l’Ancien Régime.

Au début de la Révolution, lors de l’assemblée des États Généraux , « Louis XVI [impose] aux députés le costume correspondant à leur ordre, c’est presque l’ultime manifestation de cet Ancien régime vestimentaire.Les ecclésiastiques arborent des couleurs différentes selon leur fonction : pourpre pour les cardinaux, rouge pour les évêques, noir pour le bas-clergé. Les nobles ont des vêtements fastueux, un habit élégant, une cape brodée d’or. Le tiers état quant à lui est tout de noir vêtu, manteau uni et chapeau sans ornement. On note l’opposition entre la simplicité du costume du tiers état et celui des nobles. En rien révélateur de la richesse puisque certains nobles avaient de graves problèmes financiers alors que des bourgeois du tiers état pouvaient les surpasser en terme de fortune. » (Histoire du costume)

Assemblée des États généraux à Versailles

« Jamais, à aucune autre époque, le costume ne fut plus dominé par les événements politiques et ne réagit davantage sur eux; c’est à tel point que leur double histoire se trouve comme confondue, et que la description de l’un est toujours le récit des autres… Le costume s’impose despotiquement, et à ceux dont il indique l’opinion, et à ceux qui n’ont ni le courage ni le pouvoir de la combattre. Le crime de lèse-costume, si l’on peut s’exprimer ainsi, devient un crime qu’on expie sur l’échafaud. » (L’habit en révolution)

Cette citation met bien en avant que la mode a un rôle important au moment de la Révolution. Au-delà d’une simple esthétique vestimentaire, la mode revêt des aspects politiques, idéologiques et représente également les disparités sociétales - qui sont à l’origine de la Révolution.

En parallèle à cette crise politique, le costume s’adapte et entre également en révolution, fort de symboles politiques. Les « sans-culottes » ou encore le bonnet phrygien évoquent, en effet, immédiatement cette période charnière de l’histoire française.

Le déguisement féminin

La silhouette et les vêtements

Sous la Révolution, il y eut, dans le costume féminin comme dans le costume masculin, un retour à la simplicité, bien que les robes gardent un certain temps les lignes générales des robes de l’époque Louis XVI, notamment celle de la robe dite « à l’anglaise ».

Ce sont en général les mêmes jupes très amples, les mêmes tournures; toutefois les caracos deviennent des corsages basques minuscules. Les manches sont longues, étroites, elles descendent jusqu’aux poignets. On les garnit souvent de fourrure.

On porte des ceintures de ruban à bouts flottants, et surtout des châles. L’usage des fichus de gaze est général; ils ont parfois une ampleur démesurée.

Le style vestimentaire des femmes commencent à s’inspirer de la mode masculine avec le port de la redingote qui se démocratise. Sous ce manteau, les femmes portent une robe : c’est la robe à l’anglaise qui est très en vogue à la fin du XVIIIe siècle.

Robe féminine à l’anglaise

Dans les années 1780, Marie-Antoinette propulse la mode d’une tenue simple et donc considérée comme « négligée » pour l’époque : « la chemise à la Reine », dite aussi « de gaulle ».

« Il s’ « agit d’une simple robe de coton blanche, la taille vaguement marquée par une écharpe de couleur », cette tenue est souvent terminée par un chapeau de paille. (Rochefort en histoire)

Les tissus et les couleurs

De manière générale, on note que les couleurs des vêtements s’assombrissent entre la période pré-révolutionnaire et la Révolution, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes. La sobriété est, en effet, de mise en ces temps révolutionnaires et les nobles portent en général des vêtements d’une seule couleur, souvent blanc pour ceux qui voulaient « défendre le privilège aristocratique » (Le Mode et la Révolution Française)

Le coton et le lien sont souvent les tissus privilégiés pour les robes des femmes et les chemises des hommes.

Les vêtements ne sont pas des costumes d'apparat mais des vêtements faits pour pouvoir bouger, marcher, travailler dedans. Pas de soies, mais des cotonnades (et un peu de lin) au niveau des tissus.

La majorité des tissus sont des cotons imprimés, ou teintés fil-à-fil en bleu et blanc. J'aurais sans doute utilisé un peu plus de carreaux si j'en avais trouvé qui me convainquent - j'ai surtout rencontré des rayures.

Imprimés, rayures et carreaux sont (contrairement à ce que j'ai pu entendre récemment, ahem), très courant dans l'habillement populaire. L'embargo sur les indiennes est levé depuis trente ans, des manufactures se sont montées en France.

Le fichu, le tablier et les poches

Il y eut le fichu Marie-Antoinette et surtout le fichu à la Charlotte Corday. Fichu en lin rayé aussi - mais avec des rayures plus fines), c'est juste un grand carré ourlé.

J'avais déjà aussi montré le tablier, en lin rayé fil-à-fil. Il ne sert pas juste à protéger la tenue, il tient aussi le manteau de lit fermé ! Le tablier permet aussi de tenir le fichu en place (grâce à quelques épingles bien placées).

Ah oui tiens, on en aperçoit une sur la photo : je porte entre les deux jupons une paire de poches toutes bêtes en coton écru. Pour ranger le nécessaire de survie moderne (hop, caché le smartphone !) comme historique (mouchoirs et autres petits accessoires).

Un costume populaire peut donc associer une chemise en coton, deux jupons, un manteau de lit, un tablier et un fichu. Je porte donc mon manteau de lit sur une paire de bas (patahistos, qui ont sauté à plusieurs moments de la journée sous la pression du Mouvement de Libération es Doigts de Pieds par Temps de Canicule), une chemise en coton, et deux jupons.

Le jupon de dessous est en coton imprimé pas-histo-du-tout, parce que j'avais envie d'un jupon que je puisse porter comme jupe au quotidien et que j'avais un tissu rigolo sous la main. Voilà, j'ai confessé mon crime.

Par-dessus, un jupon uni (bien plus long, comme ça on cache le violet rose), dans un genre de lin ou coton. J'ai pris un tissu assez neutre et peu salissant, plausible pour un costume de tous les jours mais qui ne fasse pas trop carnaval de couleurs avec les autres éléments du costume.

Les coiffures et les coiffes

Les coiffures méritent l’attention. Il y eut d’abord le bonnet, d’une hauteur excessive, qui apparut en 1789, avec sa passe très large sur laquelle on étalait un ruban.

Ce bonnet se plaçait sur une chevelure aplatie. Ensuite vinrent les bonnets révolutionnaires, aux formes ajustées et à cocarde, bonnet à la Charlotte Corday, à la patriote, à la citoyenne.

On continua la mode des toquets. Aux bonnets succédèrent les chapeaux à petite passe par-devant, couverts de nœuds de rubans et avec ou sans brides.

Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises, 1789 d'après un dessin de Defraine, Bonnet aux trois ordres réunis. Ce bonnet fait allusion à l'abolition des privilèges du 4 août 1789. L'épée, la crosse et la pelle figurées sur sa passe symbolisent la noblesse, le clergé et le tiers état.

Les petits nœuds rouges sont ce qui se rapproche le plus d'une cocarde, des rubans aux couleurs de la Nation. On les retrouve sur les représentations des femmes lors des journées d'octobre 1789, cf. les recherches iconographiques de Heileen de Costumière Hystérique.

Soyez sympas, oubliez tout de suite ma coiffe. Je n'ai pas eu le temps d'en refaire une. elle est en synthétique et beaucoup trop grande, donc trop chic, en plus de mal tomber sur une coiffure où les cheveux ne sont pas crêpés.

Les accessoires populaires

Enfin "accessoires". ce sont bien plus des standards que la petite pochette en strass de nos jours.

Ils sont juste épinglés sur le tablier - ils pourraient être cousus à points rapides, Heileen en a perdu un en fin de journée.

Sur le côté droit, j'ai ajouté une petite pelote d'épingles - ma première tentative, brodée par mes soins. Un jour j'en referais une plus grande et bourrée de sciure, ce sera mieux.

Piqués dedans il y a. plein d'épingles ! L'épingle étant un élément de base de l'habillage au XVIIIème, en avoir une bonne quantité sur soi est indispensable.

Logiquement j'aurais pu y piquer aussi quelques aiguilles. A ce petit coussin est cousu un ruban, et à l'autre bout du ruban est accroché une petite (un peu trop petite pour être bien visible) paire de ciseaux.

C'est un peu la version populaire et minimaliste de la châtelaine ! Le ruban est accroché aux cordons du tablier - qui sert décidément à tout.

Une tenue légère et pratique

J'ai choisi, rapport aux 37°C à l'ombre, de me passer du corps à baleines (un peu trop prout-prout pour le personnage incarné de toute façon) ou de blanc corset (que je n'ai pas encore même si c'est sur ma liste de projets).

Liberté de mouvement, légèreté et une épaisseur de moins ! Dimanche, il faisait très chaud.

Nous avions deux enfants plus ou moins en forme à gérer, un panier de pique-nique à transporter, avec une gourde pleine d'eau, le repas et un gros réflex. Nous avons quand même fait le grand tour du parc - avec des pauses certes.

Le costume me laisse une grande liberté de mouvement pour soulever, porter, reposer des charges plus ou moins gigotantes. Avec les jupons plus courts et assez léger, l'ensemble reste vivable malgré la très forte chaleur, et j'étais bien protégée du soleil.

La majorité de la population ne s'enveloppait pas de soie.

Le déguisement masculin

L’habit, la redingote et le gilet

L’homme à la révolution porte un habit étroit à basques longues. L’habit sera ensuite remplacé par le frac.

Par dessus, il a une « redingote, étroite et longue. Ce qui varie, c’est le luxe de ses pièces au niveau des broderies et de la qualité des tissus. Sinon des détails différencient les époques mais dans les grandes lignes, ce costume bouge peu. » (L’habit en révolution).

En bas, l’homme porte une culotte collante, sans bretelles. « Au-dessus de la culotte, il y a le gilet, la partie avant est souvent la plus décorée car la plus visible. » (L’habit en révolution)

Homme en redingote révolutionnaire

Les sans-culottes

Contrairement aux hommes issus de la noblesse ou de la haute bourgeoisie, les hommes du Tiers État - cela est à nuancer bien sûr avec les hommes de la bourgeoisie - portent généralement des pantalons et non pas de culottes, d’où la fameuse appellation « sans-culotte ».

Les sans-culottes veulent de la sorte se différencier des aristocrates et des bourgeois qui portent des culottes de soie tandis qu’eux-mêmes se contentent de pantalons de toile.

Un sans-culotte avec sa pique, gouache des frères Lesueur, 1793-1794.

Les « sans-culottes » ou encore le bonnet phrygien évoquent, en effet, immédiatement cette période charnière de l’histoire française.

Les principaux éléments du costume

ÉlémentÉvocation
Habit à basques longuesSilhouette masculine de la période révolutionnaire
RedingoteVêtement étroit et long, associé aux hommes élégants
GiletPartie souvent décorée et visible au-dessus de la culotte
Culotte collanteTenue masculine des nobles et des bourgeois
Pantalon de toileÉlément caractéristique des sans-culottes
Bonnet phrygienSymbole immédiatement associé à la Révolution française
PiqueAccessoire emblématique du sans-culotte

Les symboles à intégrer dans un déguisement

Au-delà d’une simple esthétique vestimentaire, la mode revêt des aspects politiques, idéologiques et représente également les disparités sociétales - qui sont à l’origine de la Révolution.

Les petits nœuds rouges sont ce qui se rapproche le plus d'une cocarde, des rubans aux couleurs de la Nation.

Le bonnet révolutionnaire peut prendre plusieurs formes : bonnet à la Charlotte Corday, bonnet à la patriote ou bonnet à la citoyenne.

Le bonnet aux trois ordres réunis fait allusion à l’abolition des privilèges du 4 août 1789. L’épée, la crosse et la pelle figurées sur sa passe symbolisent la noblesse, le clergé et le tiers état.

Le contraste entre les matières et les ornements est également significatif : les tissus précieux, les broderies et les couleurs raffinées peuvent évoquer les élites, tandis que le coton, le lin, les rayures, les imprimés et les vêtements pratiques rappellent l’habillement populaire.

Vocabulaire du costume révolutionnaire

Basques : « Partie découpée du vêtement qui descend au-dessous de la taille. » (cnrtl)

Frac : « Vêtement masculin, habit de ville ou d’uniforme, consistant en une veste courte à collet, s’arrêtant à la taille et pourvue à l’arrière de longues basques étroites. » (cnrtl)

Redingote : « Vêtement d’homme à longues basques, plus ou moins ajusté à la taille. » (cnrtl)

Sans-culotte : « Nom sous lequel se désignent à partir de 1792, au plus fort de la Révolution française, les agitateurs parisiens issus du petit peuple d’artisans, de commerçants et d’ouvriers. Ils veulent de la sorte se différencier des aristocrates et des bourgeois qui portent des culottes de soie tandis qu’eux-mêmes se contentent de pantalons de toile. » (Herodote)

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