Dialogue entre la Fédération luthérienne mondiale et les pentecôtistes

Le dialogue entre la Fédération luthérienne mondiale et les pentecôtistes s’inscrit dans le mouvement œcuménique et cherche à approfondir la compréhension mutuelle, malgré des différences importantes concernant l’Église, les ministères, les sacrements, l’interprétation de l’Écriture et l’expérience de l’Esprit Saint. Un nouveau dialogue s'est instauré entre les pentecôtistes et des membres de la Fédération luthérienne mondiale en 2005.

Cette démarche s’appuie sur l’engagement plus large des pentecôtistes dans le dialogue avec d’autres communions chrétiennes, ainsi que sur les efforts de la Fédération luthérienne mondiale pour promouvoir des contacts constructifs et un dialogue significatif entre voisins de différentes confessions dans le monde entier.

Deux traditions protestantes aux histoires différentes

Le mouvement pentecôtiste représente aujourd’hui la confession à laquelle se rattache le plus grand nombre de protestants dans le monde. On l’évalue à 150 millions de fidèles environ. En France son apparition date des années 1930 ; les « Assemblées de Dieu » et « la Mission évangélique tzigane » en sont les expressions les plus importantes.

C’est en 1906, aux États-Unis avec l’évangéliste noir William James Seymour (1872-1922), que le pentecôtisme prend naissance d’une rencontre entre la spiritualité afro-américaine et certains éléments de la piété méthodiste et catholique. Le mouvement se répand très rapidement dans tout le pays.

Le pentecôtisme est né en Amérique du Nord au début du XXe siècle, quand des membres du mouvement wesleyen de l’Illumination commencèrent à parler en langues et virent en cela la « preuve biblique » qu’ils avaient été baptisés dans l’Esprit Saint (Actes 1,8; 2,1-4). Ils étaient convaincus que ce baptême dans l’Esprit donne le pouvoir de vivre une vie « apostolique » et de s’engager dans un ministère « apostolique » incluant les dons mentionnés en 1 Corinthiens 12,8-10.

Le mouvement s'est désigné par différents noms tels que mouvement de la « foi apostolique », du « plein Evangile », de la « dernière pluie » ou « pentecôtiste ». L'un des premiers et des plus importants centres d'activité à se présenter comme « pentecôtiste » s'est formé sous la direction du pasteur afro-américain William Joseph Seymour, dans le cadre de la Mission de la foi apostolique qui s'installa au 312, Azusa Street à Los Angeles en avril 1906.

Dix-huit mois après les débuts de la « Mission d'Azusa Street », de nombreux évangélistes sillonnaient l'Amérique du Nord et des missionnaires étaient à l'oeuvre en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie et au Mexique.

Le pentecôtisme : une famille chrétienne plurielle

Le mouvement pentecôtiste comprend de nombreuses dénominations, Eglises indépendantes et organisations para-ecclésiales qui s'efforcent de mettre en évidence l'action de l'Esprit Saint dans la vie des croyants chrétiens.

Les premiers pentecôtistes s'inspiraient de la vision méthodiste et wesleyenne de l'Illumination, décrivant leur entrée dans la plénitude de la vie chrétienne en trois étapes: la conversion, la sanctification, et le baptême dans l'Esprit. Chacune de ces étapes était généralement comprise comme une expérience de « crise » qu'on pouvait distinguer d'autres expériences et situer avec précision dans le temps.

D'autres pentecôtistes se rattachant à la tradition réformée ou touchés par l'enseignement de Keswick sur la vie spirituelle supérieure, permettant d'accéder à une classe supérieure de chrétien, en vinrent à considérer la sanctification non pas comme une expérience distincte, mais comme une quête permanente.

Ce débat suscita le premier grand schisme parmi les pentecôtistes. D'un côté, des groupes comme l'Eglise de Dieu en Christ, l'Eglise de Dieu (Cleveland, Tennessee) et l'Eglise pentecôtiste internationale de l'Illumination continuèrent à enseigner la progression vers « l'illumination » par étapes. De l'autre côté, des groupes comme les Assemblées de Dieu et l'Eglise internationale de l'Evangile aux quatre angles prirent position pour la seconde vision, la théorie du « travail fini ».

Un deuxième grand schisme se produisit entre 1907 et 1916, lors de discussions sur la formule baptismale « apostolique ». La plupart des pentecôtistes étaient favorables à la formule trinitaire classique, alors que d'autres soutenaient la formule « au nom de Jésus Christ » mentionnée dans les Actes (cf. Actes 2,38).

En 1916, un nouveau groupe d'Eglises connues comme les Eglises « de l'Unicité » ou « du Nom de Jésus » se constitua. Parmi elles figuraient les Assemblées pentecôtistes du monde et l'Eglise pentecôtiste unie. Beaucoup de ces groupes finirent par se rallier à une conception de la divinité en termes proches d'une conception modale.

Les trois segments du pentecôtisme, « Illumination », « Travail fini » et « Unicité », croient au retour imminent de Jésus Christ et sont de ce fait portés par un élan fortement évangélisateur et missionnaire.

Une implantation mondiale

En raison de l’importance de la communication orale privilégiant l’action du Saint Esprit, le pentecôtisme séduit rapidement les pays du Tiers Monde. En Afrique, en Corée, en Chine et en Amérique latine, la formation d’églises pentecôtistes, qui savent faire leurs des éléments de leur culture préchrétienne, est particulièrement importante.

Avec la fulgurante expansion des églises pentecôtistes dans les pays du Tiers Monde et en Europe de l’Est, le mouvement a fait son entrée sur la scène œcuménique. En Europe, le pentecôtisme est très présent en Europe de l’Est, en Suisse et en Scandinavie.

En conséquence, le pentecôtisme est répandu aujourd'hui dans toutes les régions du monde et il continue à gagner des fidèles. Il constitue la plus large présence chrétienne non catholique en Amérique latine.

Il s'est énormément développé en Afrique, suscitant souvent l'apparition d'Eglises indépendantes ou autochtones africaines. En Asie, le pentecôtisme est fortement présent dans des pays tels que les Philippines, la Corée et l'Inde, et il se manifeste dans la majorité des Eglises de maison en Chine.

Les plus grandes communautés pentecôtistes du monde se trouvent à Séoul et à Surabaya. Dans les débuts du pentecôtisme, plusieurs Eglises pentecôtistes autochtones sont apparues au Chili (1910) et dans d'autres pays d'Amérique latine qui n'étaient pas directement touchés par les efforts des missionnaires nord-américains.

Expansion mondiale du pentecôtisme carte

Ce sont ces Eglises qui se sont montrées le plus ouvertes au mouvement oecuménique. Certaines sont devenues membres du COE dans les années 1960, et bon nombre d'entre elles ont adhéré au Conseil des Eglises d'Amérique latine créé en 1982.

Avec l'expansion fulgurante des églises pentecôtistes dans les pays du Tiers Monde et en Europe de l'Est, le mouvement a fait son entrée sur la scène œcuménique. Plusieurs rencontres entre le Conseil œcuménique des Églises (COE) et des Églises pentecôtistes ont eu lieu et 12 des plus importantes en sont membres.

Les convictions théologiques pentecôtistes

Pour les pentecôtistes, il s’agit de revenir aux sources de l’Église primitive et de revivre l’expérience des temps apostoliques et plus particulièrement du jour de la Pentecôte. L’identité fondamentale du pentecôtisme est donc l’expérience du Saint-Esprit que les fidèles appellent le « baptême de l’esprit » et dont le « parler en langues » ou glossolalie est le signe.

Il s’agit soit de parler une langue compréhensible mais inconnue de celui qui s’exprime, soit le plus souvent d’une louange ou d’une prière qui n’utilise pas les mots d’une langue existante. Le don de prophétie et le don de guérison - dont le pentecôtisme a fait un argument d’évangélisation - et tous les dons que l’on trouve dans le livre des Actes des Apôtres ou dans les Épîtres de Paul, sont considérés comme pouvant se manifester aujourd’hui…

« à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse, à un autre une parole de connaissance ; à un autre le don des guérisons, à un autre le don d’opérer des miracles, à un autre la prophétie, à un autre le discernement des esprits à un autre la diversité des langues… » (1 Corinthiens 12.7-11).

Les églises pentecôtistes se situent dans la tradition protestante évangélique et se référent aux grands principes de la Réforme : le salut par la grâce, l’autorité de la Bible, le sacerdoce universel et se font les témoins de « l’évangile aux quatre angles » : Jésus sauve, Jésus baptise, Jésus guérit, Jésus revient.

Mais nombreux sont les fidèles de ces églises qui n’ont pas conscience de cette filiation et certains historiens de l’Eglise, considèrent le pentecôtisme comme une autre forme de Christianisme.

Le pentecôtisme a su répondre aux besoins de beaucoup de personnes en marge de la société et de l'Eglise. Il s'est montré efficace pour engager les gens dans une relation personnelle avec Dieu par Jésus Christ, dans la puissance de l'Esprit Saint.

Il encourage ses membres à partager leurs témoignages personnels avec les autres, à vivre dans la perspective de « l'illumination », à considérer les oeuvres bonnes comme partie intégrante d'une vie « emplie de l'Esprit », à se montrer ouverts au mouvement souverain de l'Esprit Saint par les dons, les signes et les miracles, et à soutenir l'action de l'Eglise en s'acquittant régulièrement de la dîme.

Les évolutions internes du mouvement

Ces dernières années, certains groupes pentecôtistes classiques ont commencé à minimiser le rôle du parler en langues en tant que preuve du baptême dans l'Esprit, même s'ils le considèrent toujours comme un don légitime de l'Esprit.

Quelques Eglises pentecôtistes ont adhéré à ce qu'on appelle la « théologie de la prospérité », proclamant que Dieu veut le bien-être tant spirituel que physique (y compris matériel) du peuple de Dieu.

Des Eglises telles que l'Eglise universelle du Royaume de Dieu et l'Eglise pentecôtiste « Dieu est amour », apparues au Brésil dans les années 1980, sont controversées même parmi les autres Eglises pentecôtistes pour la mesure dans laquelle elles insistent sur cet enseignement.

Les communautés charismatiques dont la naissance se situe à la fin des années 1970 sont le plus souvent issues du mouvement pentecôtiste. Mais elles transcendent les églises traditionnelles dans une vraie recherche d’unité.

Le catholicisme s’est fortement impliqué dans le renouveau charismatique mais il y a à l’intérieur du mouvement des courants très divers dont les caractéristiques sont très liées à la personnalité de leur fondateur.

Les groupes participant au Renouveau charismatique qui ont maintenu leur appartenance à leurs dénominations historiques ont souvent établi des relations positives avec les Eglises pentecôtistes classiques plus anciennes. De même, les Eglises de la « troisième vague » (groupes largement charismatiques comme l'Eglise Vineyard) et plusieurs groupes « néo-apostoliques » ont des liens avec le pentecôtisme classique.

Tous ont en commun de nombreux points de théologie et d'expérience. Selon la Base de données chrétienne mondiale, les pentecôtistes classiques sont au nombre de 78 millions, les charismatiques de 192 millions et les néo-charismatiques de 318 millions.

La réception du pentecôtisme par les Églises historiques

L’expansion fulgurante du Pentecôtisme, en particulier dans les pays du Tiers Monde, interroge et même irrite les autres Églises avec lesquelles il se trouve en concurrence.

Certains sociologues ont remarqué que le développement des églises pentecôtistes coïncidait avec les mouvements de population des zones rurales vers les zones urbanisées. Y affluent des populations coupées de leurs racines culturelles et de leurs pratiques religieuses traditionnelles.

Le pentecôtisme séduit alors par son culte chaleureux, par sa musique exubérante et rythmée, par la pratique du témoignage de vie qui permet de se relier à l’histoire de chacun et par les miracles qui ponctuent cultes et rassemblements et semblent montrer que Dieu est encore à l’œuvre aujourd’hui dans ces communautés.

La place importante laissée aux femmes dans certaines assemblées, prépare une façon très nouvelle de concevoir Dieu et une subversion en douceur de la théologie patriarcale multiséculaire des chrétiens.

La communication orale des ces Églises est également plus en phase avec ces populations que le côté intellectuel des Églises protestantes. Les communautés pentecôtistes fournissent ainsi un encadrement spirituel, moral et même parfois matériel, à des groupes humains ayant perdu leurs repères traditionnels.

Mais la formation théologique des pasteurs jugée insuffisamment poussée explique la méfiance des églises historiques envers le pentecôtisme, dont les communautés ont parfois été traitées de sectes ; mais la situation évolue et il est de plus en plus fréquent de voir des pentecôtistes souhaiter recevoir cette formation théologique qui leur fait défaut.

La méfiance existe aussi du côté des pentecôtistes, car très zélés dans l’évangélisation et même le prosélytisme, ils insistent sur une forme de piété très marquée ; et ils vont même jusqu’à penser que les chrétiens non pentecôtistes n’ont pas eux trouvé l’essentiel.

Le dialogue avec les autres Églises chrétiennes

Plusieurs rencontres entre le Conseil œcuménique des Églises (COE) et des Églises pentecôtistes ont eu lieu et 12 des plus importantes en sont membres. Des dialogues ont également été engagés avec le Vatican, l’Alliance réformée mondiale et les Églises orthodoxes.

La constitution de l'Association nationale des évangéliques des Etats-Unis et de la Communauté (aujourd'hui Alliance) évangélique mondiale dans les années 1940, le témoignage des Eglises pentecôtistes latino-américaines devenues membres du COE, et en particulier l'oeuvre de pionnier du pentecôtiste David du Plessis ont favorisé l'ouverture des pentecôtistes à un contact oecuménique limité.

Depuis 1972, les pentecôtistes sont en dialogue avec le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, de l'Eglise catholique romaine. Depuis 1993, ils sont représentés aux réunions annuelles de la Conférence des secrétaires des communions chrétiennes mondiales.

Un dialogue international s'est engagé entre les pentecôtistes et l'Alliance réformée mondiale en 1995, et un autre entre les pentecôtistes et le COE dans le cadre du Groupe mixte consultatif autorisé par l'Assemblée de Harare en 1998.

La majorité des Eglises pentecôtistes ont choisi de ne pas participer à une organisation oecuménique quelle qu'elle soit. Cette attitude est due en partie à leur perspective restaurationniste de l'histoire de l'Eglise selon laquelle les Eglises existantes se sont soustraites aux intentions de Dieu en cédant au compromis et au péché.

Une autre raison est la manière dont tant d'Eglises ont marginalisé et rejeté les pentecôtistes quand ils ont tenté de partager leurs témoignages de ce que Dieu avait fait dans leur vie. A la suite de cela, une réflexion sectaire a dominé une bonne partie du mouvement, qui a débouché dans bien des cas sur une position eschatologique craignant le contact oecuménique.

En 1947, des pentecôtistes représentant tous les courants sauf celui de l'Unicité se réunirent à Zurich, Suisse, pour une Conférence pentecôtiste mondiale. Beaucoup de leaders espéraient mettre en place une organisation pentecôtiste semblable à celle du COE, alors en formation.

Ils ne parvinrent pas à rallier à cette idée les pentecôtistes de Scandinavie et du Brésil, partisans d'une structure fortement centrée sur la paroisse. Depuis lors, les responsables pentecôtistes se réunissent dans le cadre de Conférences pentecôtistes mondiales lors desquelles un petit groupe (présidium) discute de préoccupations et de questions d'intérêt commun.

En 2004, l'organisation a pris officiellement le nom de Communauté pentecôtiste mondiale. Durant la plus grande partie du XXe siècle, les pentecôtistes ont eu tendance à s'identifier au mouvement évangélique et à se joindre aux structures évangéliques.

Plus récemment, des communautés, fédérations ou conseils pentecôtistes sont apparus dans plusieurs pays ainsi qu'au niveau des régions. Les chercheurs pentecôtistes ont entrepris de constituer une somme de théologie pentecôtiste.

Le dialogue entre pentecôtistes et Fédération luthérienne mondiale

Le nouveau dialogue instauré en 2005 entre les pentecôtistes et des membres de la Fédération luthérienne mondiale s’inscrit dans cette ouverture progressive du pentecôtisme aux relations œcuméniques.

Veli-Matti Kärkkäinen, Mission pentecôtiste finlandaise, a présenté une vue d'ensemble des dialogues bilatéraux des pentecôtistes avec l'Eglise catholique romaine et l'Alliance réformée mondiale, ainsi que des discussions avec la Fédération luthérienne mondiale.

Il a souligné que ces activités «ont posé les bases de l'engagement permanent des pentecôtistes dans la lutte pour l'unité de l'Eglise du Christ».

Le dialogue entre les luthériens et les pentecôtistes doit ainsi être compris comme une démarche distincte, mais reliée aux autres conversations bilatérales et multilatérales engagées par les deux traditions.

Les questions théologiques abordées

La recherche de compréhension mutuelle concerne notamment la nature de l’Église, les marques de l’Église, la mission, les ministères, les charismes et les sacrements.

Harold D. Hunter, Eglise pentecôtiste internationale de la sainteté, a animé un entretien sur «le don des charismes dans l'Eglise». Marina Kolovopoulou, Eglise de Grèce, et Cephas Omenyo, Eglise presbytérienne du Ghana, ont fait de même sur «le don des sacrements dans l'Eglise».

Le premier Groupe avait recommandé qu'on poursuive l'étude de ces deux sujets. Le Groupe a mis dans son programme la poursuite du dialogue théologique sur la nature de l'Eglise, qui débutera en 2008 par une étude sur les marques de l'Eglise - unicité, sainteté, catholicité et apostolicité -, pour continuer en 2009 par une discussions sur la nature de la mission.

Ces thèmes mettent en présence deux accentuations ecclésiales différentes : d’une part, l’importance luthérienne de la doctrine, de la Parole et de la vie sacramentelle de l’Église ; d’autre part, l’importance pentecôtiste de l’action actuelle de l’Esprit, des charismes, du témoignage et de la mission.

Le Groupe consultatif mixte du COE et des pentecôtistes

Une deuxième série de dialogues entre le Conseil oecuménique des Eglises (COE) et les pentecôtistes a débuté la semaine dernière à Baar (Suisse). Un groupe de 17 personnes - protestants, orthodoxes et pentecôtistes - s'est réuni pour donner un nouvel élan aux efforts entrepris entre 2000 et 2005 par le premier Groupe consultatif mixte du COE et des pentecôtistes.

Considérant l'importance de cette réunion, Cecil M. Robeck Jr, professeur d'histoire de l'Eglise et d'oecuménisme au Fuller Theological Seminary, qui va continuer à coprésider le Groupe, a déclaré: «Cette réunion a donné un excellent départ à notre travail des cinq prochaines années.»

Jennifer S. Leath, Eglise méthodiste épiscopale africaine (Etats-Unis), qui assume la coprésidence au nom du COE, espère que le Groupe «continuera à progresser dans la compréhension mutuelle et n'éludera pas les questions délicates ni les défis de l'unité».

A la suite de plusieurs années de dialogue avec des pentecôtistes du monde entier, la création du premier Groupe consultatif mixte avait été décidée par l'Assemblée de Harare en 1998. En 2006, le Groupe a soumis un rapport à l'Assemblée de Porto Alegre, qui a recommandé qu'il poursuive son travail, car il offre un cadre favorable à l'approfondissement du dialogue.

Certains des membres du premier Groupe ont été de nouveau délégués par leurs Eglises, ce qui permet d'assurer une certaine continuité dans les discussions.

Chaque jour, à Baar, les réunions commençaient et se terminaient par des prières et des lectures bibliques animées par des représentants de diverses traditions. Des études bibliques approfondies ont eu lieu chaque matin.

Les participants ont présenté des témoignages personnels de leur foi ainsi que l'histoire de leurs Eglises. Le Groupe a également pris le temps de reconstituer l'histoire du dialogue entre 2000 et 2005 et a défini le contenu de ses travaux pour les années à venir.

Dialogue oecuménique - Nous sommes l'Eglise

A Baar, le Groupe était l'hôte du Centre Focolare et a eu l'occasion de passer une soirée conviviale et culturelle avec la communauté qui y réside. Des membres du Groupe ont assisté à des services des Eglises réformée, évangélique libre et orthodoxe syrienne de la région.

La prochaine réunion est prévue pour octobre 2008.

Les relations œcuméniques dans le cadre protestant français

Au sein de la Fédération Protestante de France, il existe des dialogues bi-latéraux de telle ou telle Eglise de la Fédération, avec l'Eglise orthodoxe ou avec l'Eglise catholique (ex: comité mixte catholique/luthéro-réformé). Il existe des commissions de dialogue pour le multilatéral (ex: commission de dialogue orthodoxe/F.P.F.).

Dialogue avec les Assemblées de Dieu. Il a pour perspective l'adhésion au sein de la FPF, par delà le partenariat de fait qui existe actuellement. Les relations oecuméniques, l'accuei à la Sainte-Cène, l'interprétation plurielle de l'Ecriture provoquent quelques réticences.

Dialogue avec les Eglises pentecôtistes Quatre d'entre elles sont en dialogue avec la FPF :"Vie chrétienne en France", "Communion des Eglise de l'Espace francophone", Fédération évangélique missionnaire" et les "Communautés Foursquare."

Dialogue avec l'Eglise Evangélique de Pentecôte. Cette Eglise classée comme secte par l'enquête parlementaire a noué des relations avec la FPF pour une clarification de ses statuts et une aide juridique.

Il n'en est pas de même entre les Eglises baptistes, diverses Eglises de tendance pentecôtiste et les diverses Eglises luthériennes et réformées, pourtant toutes membres de la FPF.

Les points de rapprochement et les difficultés persistantes

Les églises pentecôtistes se situent dans la tradition protestante évangélique et se référent aux grands principes de la Réforme : le salut par la grâce, l’autorité de la Bible, le sacerdoce universel.

Cette proximité n’efface pas les divergences. L'autorité accordée aux ministères surtout au ministère pastoral distingue les églises pentecôtistes des églises baptistes ou de la plupart des églises évangéliques, en raison des dérapages possibles dus à l'origine populaire de ces communautés, et à la libre expression des dons de chacun.

Ces églises sont également très indépendantes les unes des autres, chacune fortement rassemblée autour de son pasteur. Les églises pentecôtistes ne font pas partie de la Fédération protestante de France à l'exception de neuf unions d'églises dont la Mission évangélique tzigane (MLETF) est la plus importante avec environ 100 000 membres, plus de cent lieux de culte animés par une cinquantaine de pasteurs et 1200 prédicateurs.

Avec le temps, beaucoup de pentecôtistes sentent le besoin de renouer avec leurs racines et de manifester leur appartenance à la famille protestante. Le débat est aujourd’hui ouvert dans les Assemblées de Dieu.

Les difficultés concernent aussi la formation théologique, l’autorité ecclésiale, l’accueil à la Sainte-Cène, l’interprétation plurielle de l’Écriture et la reconnaissance réciproque du baptême.

Les catholiques, les luthériens et les réformées, en France, reconnaissent mutuellement leurs baptêmes depuis 1973. Il n'en est pas de même entre les Eglises baptistes, diverses Eglises de tendance pentecôtiste et les diverses Eglises luthériennes et réformées, pourtant toutes membres de la FPF.

Le dialogue ne cherche donc pas à supprimer les différences, mais à créer les conditions d’une écoute théologique et ecclésiale suffisamment sérieuse pour que ces différences puissent être examinées sans hostilité.

Un dialogue inscrit dans une dynamique œcuménique plus large

Nous présentons ici un panorama général des accords et des déclarations communes issues des instances de dialogue actuellement mises en place par les différentes Églises. Ce qui caractérise toutes ces instances officielles de dialogue, c'est une grande cordialité, malgré les difficultés théologiques.

Le Conseil Pontifical est engagé dans un dialogue théologique international avec les Églises et les Communions mondiales suivantes: l'Eglise orthodoxe, l'Eglise copte orthodoxe, les Eglises malankares, les Anciennes Eglises Orientales, l'Eglise assyrienne d'Orient, la Communion anglicane, la Fédération luthérienne mondiale, l'Alliance réformée mondiale, le Conseil méthodiste mondial, l'Alliance baptiste mondiale, l'Eglise chrétienne (Disciples du Christ) les Eglises Pentecôtistes, les Eglises Evangéliques.

Le dialogue qui s'est poursuivi avec l'Eglise catholique romaine depuis 1965 a donné lieu à de nombreuses communications. Le 31 octobre a été signée à Augsbourg et à Rome, la « déclaration conjointe sur la doctrine de la Justification ».

A travers cette déclaration, les Eglises luthériennes et l'Eglise catholique romaine énoncent une compréhension commune de notre justification par la grâce de Dieu au moyen de la foi en Christ.

Les dialogues multilatéraux portent également sur « La nature et le but de l'Eglise : vers une déclaration commune » et sur « La charte oecuménique européenne ».

Les présidents du Conseil des Conférences Episcopales d'Europe (CCEE) ainsi que de la Conférence des Eglises Européennes (KEK) ont signé les « Lignes directrices en vue d'une collaboration croissante entre les Eglises en Europe », document de base recommandé à toutes les Eglises chrétiennes.

La Fédération luthérienne mondiale et le renouveau du dialogue

La Fédération luthérienne mondiale (FLM) s'est engagée à promouvoir des contacts constructifs et un dialogue significatif entre juifs et chrétiens, ainsi qu'entre voisins de différentes confessions dans le monde entier.

Le débat sur les relations entre juifs et chrétiens exige des luthériens qu'ils fassent un examen critique de leur passé, qu'ils invitent d'autres personnes à se joindre à la conversation et qu'ils tracent des voies pour aller de l'avant et trouver de nouvelles façons d'aborder le sujet en tant que communion mondiale d'Églises.

Cette manière de concevoir la responsabilité ecclésiale et le dialogue peut également éclairer les relations entre luthériens et pentecôtistes : l’écoute des partenaires, l’examen critique des héritages confessionnels et la recherche de voies communes deviennent des conditions essentielles d’un engagement durable.

Il est important d'examiner comment la FLM s'est engagée dans des processus visant à améliorer les relations entre juifs et chrétiens, en particulier en ce qui concerne les écrits «antisémites» de Luther. Mais il est encore plus important de s'engager à relever les nouveaux défis qui sont apparus dans notre contexte contemporain.

La position selon laquelle les Eglises luthériennes rejettent l'antisémitisme et affirment l'intégrité et la dignité de la foi juive a été clairement exprimée lors de l'Assemblée de la FLM à Budapest (Hongrie) en 1984, où les Églises membres de la FLM ont également pris leurs distances par rapport aux écrits et aux expressions de Martin Luther à l'encontre des juifs.

Ce fut une étape importante pour la communion mondiale que de réexaminer les écrits de la figure pionnière de la Réforme. Depuis lors, la FLM a reconnu les changements et la complexité des relations entre juifs et chrétiens en dialoguant avec ses partenaires juifs et œcuméniques.

En 2021, le groupe de travail du document d'étude sur les relations entre juifs et chrétiens, composé de représentants des sept régions de la FLM, a été créé.

Outre des réunions régulières en ligne, ils se sont réunis en personne à Amman, en Jordanie, et à Cracovie, en 2022, et ont achevé leur travail en 2023, y compris par des échanges significatif avec des partenaires juifs, dont on a tenu compte dans la publication finale que vous êtes en train de lire.

Tout au long de ce processus, la FLM a également renouvelé ses relations avec des partenaires juifs tels que le Comité juif international pour les consultations interreligieuses (IJCIC) en vue de continuer à renforcer les relations entre juifs et chrétiens au-delà de l'Assemblée de Cracovie.

Une méthode de dialogue fondée sur l’écoute et la responsabilité

Pour que les rencontres soient fructueuses, il faut souvent que les partenaires du dialogue se débattent avec les complexités des réalités sociales et politiques qui ont également un impact sur les conversations théologiques.

Les réunions du Groupe consultatif mixte montrent concrètement l’importance d’une méthode associant prière, lecture biblique, étude théologique, témoignages personnels et connaissance de l’histoire des Églises.

Chaque jour, à Baar, les réunions commençaient et se terminaient par des prières et des lectures bibliques animées par des représentants de diverses traditions. Des études bibliques approfondies ont eu lieu chaque matin.

Les participants ont présenté des témoignages personnels de leur foi ainsi que l'histoire de leurs Eglises.

Cette méthode permet de ne pas réduire le dialogue à une confrontation abstraite entre doctrines. Elle crée un espace où les participants peuvent articuler leurs convictions, entendre l’expérience de l’autre et identifier les conséquences concrètes de leurs conceptions de l’Église et de la mission.

Les perspectives ouvertes par le dialogue

Comment le pentecôtisme va-t-il évoluer ? Va-t-il se rapprocher des Églises protestantes ? Va-t-il se démarquer d’un certain fondamentalisme biblique et opter pour une solide formation théologique de ses pasteurs ? Va-t-il se diluer à travers le mouvement charismatique ? L’avenir du mouvement pentecôtiste est encore très ouvert.

La question de l’avenir concerne aussi les relations avec la Fédération luthérienne mondiale. La croissance mondiale du pentecôtisme, la diversification de ses communautés et l’apparition de fédérations ou de conseils pentecôtistes donnent au dialogue une portée qui dépasse les seules relations entre quelques Églises.

Plus récemment, des communautés, fédérations ou conseils pentecôtistes sont apparus dans plusieurs pays ainsi qu'au niveau des régions. Les chercheurs pentecôtistes ont entrepris de constituer une somme de théologie pentecôtiste.

La poursuite d’un dialogue théologique sur la nature de l’Église, les marques de l’Église, les charismes, les sacrements et la mission peut contribuer à clarifier les divergences et à faire apparaître les convergences.

Les rencontres œcuméniques peuvent également aider les deux traditions à examiner les enjeux liés à l’évangélisation, à la formation des responsables, à la responsabilité pastorale, à la place des laïcs et à la manière de témoigner dans des sociétés marquées par la polarisation et la pluralité religieuse.

Un espoir pour l'avenir est un titre tourné vers le futur qui résonne avec le thème de la Treizième Assemblée de la Fédération luthérienne mondiale (FLM) «Un corps, un esprit, une espérance», tenu à Cracovie, en Pologne, en 2023.

J'invite les Églises membres de la FLM à utiliser ce document d'étude comme ressource pédagogique et guide de réflexion pour renouveler les relations entre juifs et chrétiens dans leurs contextes respectifs.

Dans notre monde de plus en plus caractérisé par la polarisation, l'hostilité, voire la haine à l'égard des personnes qui sont différentes de nous, puisse ce document inspirer les Églises membres à être des messagères d'espoir, tant au niveau local que mondial, en apportant la justice, la paix et la réconciliation à tous.

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