Le drag s’est imposé comme une force culturelle majeure à l’échelle mondiale, en traversant les frontières, les langues et les traditions tout en conservant une dimension contestataire. À travers le prisme de 25 drag queens venues de 25 pays - des États-Unis à la Chine, du Brésil à l’Ukraine -, Queens, l’art du drag dans le monde révèle comment cet art transforme les représentations LGBTQ+ et reflète les sociétés dans lesquelles il se développe.
Le succès international d’émissions telles que RuPaul’s Drag Race a contribué à démocratiser le drag et à le rendre visible auprès d’un public beaucoup plus large. Pourtant, derrière les paillettes, l’humour et les performances, les drag queens continuent de faire face à la clandestinité, aux discriminations, aux menaces et parfois à la répression politique.
Un art qui dépasse les frontières
Le drag s’est imposé comme une force culturelle majeure à l’échelle mondiale. Ce phénomène s’explique en partie par la démocratisation du drag, accélérée par des émissions télévisées telles que « Drag Race », qui ont propulsé cet art sous les feux des projecteurs internationaux.
« C’est un programme familial, explique Lolita Banana. C’est grâce à RuPaul, il y a maintenant 18 ans, que le drag est devenu mainstream, on est partout. » En France comme ailleurs, les grandes figures du drag mettent à jour les représentations LGBTQ+, des soirées ballroom de Crystal LaBeija aux émissions populaires contemporaines à l’image de Drag Race.
Depuis quelques années, à la faveur notamment de l’émission de télé-réalité « RuPaul’s Drag Race », les drag-queens sont de retour dans les bars et boîtes de nuit. Tombé quelque peu en désuétude durant les années 2000, le drag inspire aujourd’hui toute une nouvelle génération de queens dans un univers très codé.

« Shade », « clubkid », « king », « lipsync » : les drag-queens Minima Gesté et Catherine Pine O’Noir vous expliquent les mots-clés de leur univers. Le drag se pratique ainsi à travers des spectacles, des soirées, des concours de beauté, des performances musicales, des lectures, des émissions de télévision et des événements culturels.
Le drag comme miroir des sociétés
Si dans certains pays le drag est une tradition ancestrale, dans d’autres, il est clandestin, voire interdit, comme en Côte d’Ivoire, où la drag queen Mamie Watta a dû composer avec une famille peu encline à accepter son homosexualité et son art. Cette situation souligne le courage des artistes qui, malgré les persécutions et la nécessité de protéger leur sécurité, continuent de s’exprimer, que ce soit en Chine ou en Russie, où certains cherchent l’asile politique pour pratiquer leur art.
Dans soixante-quatre pays du monde, l’homosexualité est encore illégale et dans douze, elle peut même être passible de la peine de mort. Les parcours des artistes diffèrent donc fortement selon les contextes politiques, religieux, familiaux et sociaux dans lesquels elles évoluent.
Paloma et Élodie Petit, rédactrice en chef adjointe du magazine Elle, ont pris le parti de montrer le drag sous toutes ses formes, dans l’ostentation comme dans l’oppression. Dans leur ouvrage Queens, l’art du drag dans le monde, paru le 23 octobre 2025, elles ont fait un tour d’horizon de la planète drag.
Il y a eu « quelques choix immédiats », mais aussi des choix qui se sont imposés pour avoir un panel le plus exhaustif possible. Les interviews se sont faites dans un café, parfois au téléphone, mais aussi par mail, par souci de sécurité.
En ressortent vingt-cinq visages, vingt-cinq portraits et autant d’histoires. Si le fil rouge est assez clair - faire exister un art militant, politique, maintes fois controversé -, les parcours diffèrent.
La Côte d’Ivoire : devenir Mami Watta pour continuer à créer
Mami Watta, gagnante de l’émission « Drag Race France All Stars » en août 2025 et fière représentante de la Côte d’Ivoire, grandit « dans une famille aisée de la classe moyenne ivoirienne. Le pays est divisé entre musulmans et catholiques, mais tous s’accordent à dire que l’homosexualité est contre-nature. »
Dans son pays, il devient alors impossible d’exprimer son art. Le petit William devra quitter la Côte d’Ivoire pour devenir Mami Watta, divinité aquatique du culte africain vaudou. Un symbole féministe, puissant.
L’Inde : Maya the Drag Queen ouvre la voie
En Inde, Maya the Drag Queen est peut-être la drag queen la plus connue. Et pour cause, seulement quarante drag queens ou drag kings ont été recensé·es sur l’ensemble du territoire indien.
On apprend que, malgré l’abrogation, en septembre 2018, de l’article 377 du code pénal du pays, qui stipulait que le sexe homosexuel était illégal, l’Inde a toujours plusieurs trains de retard. Le mariage pour toutes et tous n’est pas autorisé, pas plus que l’accès à l’adoption pour les couples homosexuels.
Maya s’affranchit des règles rigides de son pays pour vivre du drag. Un art qui lui permet maintenant d’organiser des soirées queers. Une manière d’ouvrir la voie.
La Chine : créer sous la menace de la répression
« Nous avons failli abandonner l’idée de faire le portrait d’une queen chinoise, révèle Paloma, tant il était difficile de rentrer en contact avec elles sans menacer leur sécurité. »
Comment parler de ce livre sans évoquer le destin des drag queens chinoises ? En coulisses, Élodie Petit a mené une véritable enquête. Dans leur podcast Absolument fabuleuses, Élodie Petit et Paloma racontent la difficulté d’être mises en contact avec une drag queen présente en Chine.
Une première approche est tentée, d’abord avec une reine dont le nom restera tu. La très longue interview par mail achève d’effrayer l’artiste. « C’est là qu’on voit la terreur de la répression. »
Finalement, c’est Luer Mizrahi qui se racontera dans le livre. Elle vit à Chengdu, dans la province du Sichuan, une ville queer-friendly située dans le sud-ouest de la Chine. Mais Luer Mizrahi n’omet pas de rappeler que l’homosexualité reste traquée par le gouvernement, dans la rue comme à la télévision.
La France : du monde underground au phénomène populaire
Il fut un temps où les rédacteurs et rédactrices en chef des médias français étaient inondé·es de propositions de sujets sur les drag queens. À tel point qu’il a fallu finir par refuser d’en publier pour ne pas faire doublon ici ou là.
C’était à l’été 2022 et la France connaissait la première saison de l’émission « Drag Race France », adaptée de la franchise américaine créée par RuPaul. À l’issue de cette saison, Hugo Bardin, alias Paloma, devenait la première reine de France.
C’est précisément à ce moment que le drag est devenu mainstream en France. Avant, cet art était sinon confidentiel, au moins underground.
Mais ici, c’est le pays des Lumières. Et même si la montée des extrêmes est visible, que le harcèlement des enfants LGBT+ est toujours un problème en milieu scolaire et que l’avènement des réseaux sociaux blesse autant qu’il met en exergue les personnes queers, le drag explose dans le monde.
Des performances qui investissent tous les espaces
Fini le temps du folklore alternatif : ces divas exubérantes qui caricaturent le genre féminin sont des animatrices de soirées de plus en plus prisées, également porteuses d’une dimension subversive et anti-patriarcale. Que leur succès sur les réseaux sociaux et à la télévision risque toutefois de lisser, voire de pervertir.
Tout le chic d’un hôtel parisien quatre étoiles, fauteuils velours sur murs noirs. Et pour tromper la morosité, en cette fin d’après-midi de décembre, une soirée bingo.
Maison Mère, dans le 9e arrondissement de la capitale, fait bar-restaurant comble. Grille en carton sous la main, une cinquantaine de jeunes gens s’y entassent, suspendus aux annonces de l’animatrice qui, très diva perchée, arpente la salle sur des escarpins vernis, débitant des blagues entre deux tirages de boules.
« On vise une ligne horizontale, cinq numéros, c’est parti ! Et c’est… Le 69 ! Je ne valide absolument pas cette pratique… » Au micro, Catherine Pine O’Noir, grande gigue vêtue extra-court, joue gracieusement de ses longs bras gantés et de sa fausse chevelure blonde.
Lorsqu’il n’incarne pas Catherine, son personnage de drag-queen, Théo, 30 ans, rejeton d’une famille juive pratiquante plutôt aisée, est chargé de production dans le documentaire, après un master-2 de management de projet.
Dans le public, Pierre, de la même génération, « développeur dans l’hôtellerie », apprécie « l’ambiance un peu carnaval, décalée » de ce bingo. « On a besoin de rigoler ! »
Il est venu ce samedi avec d’anciens camarades d’école de commerce dont Farrah, aujourd’hui dans le marketing digital, qui trouve « cool de dépoussiérer les anciens jeux avec des personnes qui n’ont plus à se cacher ». Cela lui « fait plaisir de voir ça dans un hôtel quatre étoiles, pas seulement dans un bar LGBT ! »
Catherine Pine O’Noir anime aussi des pétanques, des quiz musicaux, des karaokés. « Je suis une drag familiale, revendique l’artiste en robe à sequins. Le temps où le drag était associé à la nuit, à l’alcool, la drogue, c’est fini ! Notre image s’améliore. Une éducation est en train de se faire… »
Une dimension politique et militante
Le drag a-t-il toujours une dimension politique ? Le succès de certaines queens peut parfois transformer un art contestataire en produit médiatique, mais les artistes continuent d’interroger les normes de genre, les rapports de pouvoir et les représentations sociales.
Comme celui de Kam Hugh, en France, et du « tout va bien se passer » prononcé par sa mère le jour de son coming out. Ou l’incroyable ascension de Lolita Banana - « Mexicain, immigré, pédé et séropositif » - passée par la saison 1 de « Drag Race France » et dorénavant présentatrice de la franchise dans son pays natal.
Mais pas besoin d’aller aussi loin. En France, les « incidents » se multiplient. Bordeaux, Lyon, Rennes… Aux quatre coins du pays, les lectures de contes pour enfants par des drag queens sont interrompues par des groupes conservateurs ou d’extrême droite.
Aux États-Unis, des groupes protestataires, ouvertement homophobes, n’hésitent pas à être violents. En février 2023, dans l’Arizona, un État extrêmement conservateur depuis les années 1950, un café a dû interrompre une lecture après avoir reçu une menace d’attentat à la bombe.
Le 26 juillet 2024, le metteur en scène et directeur artistique Thomas Jolly place Paloma et d’autres reines de « Drag Race France » dans un tableau, lors de la légendaire cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. La haine extrémiste s’abat sur elles.
La preuve que, plus que jamais, le monde a besoin de ses drag queens. De leurs revendications et de leur militantisme, pour remplacer le bruit des bottes par le son de leurs talons.
Figures internationales du drag
Avec le succès fracassant du reality TV show RuPaul’s Drag Race, l’univers drag a réussi à se démocratiser pour toucher le cœur du public, et plus encore : certaines queens se sont frayées un chemin jusqu’à devenir de véritables icônes pour toute une génération.
De la baby doll Violet Chachki à la Barbie 60’s Trixie Mattel, en passant par la Française Nicky Doll, voici une liste non exhaustive de drag queens à suivre sur Instagram.
Violet Chachki
Avec ses acrobaties de haut vol et son allure de baby doll, on la considère comme la Dita Von Teese de la scène drag. Elle rejoint d’ailleurs le spectacle néo-burlesque de la reine de l’effeuillage américaine en 2017.
Grande vainqueur de la saison 7 de RuPaul’s Drag Race, Violet Chachki conquiert rapidement les créateurs avec son style à la fois glamour, vintage et infusé de références à la mode fétichiste.
Si, aujourd’hui, on l’aperçoit au premier rang des défilés, elle a également prouvé son statut d’icône en devenant égérie pour Jean Paul Gaultier, ou encore en foulant le catwalk du show Moschino en 2018 à Milan.
C’est d’ailleurs au directeur artistique de la maison, Jeremy Scott, que l’on doit la robe que Violet Chachki portait lors du MET Gala 2019, Camp: Notes on Fashion.
Nicky Doll
Elle est la première Française à avoir participé à l’émission RuPaul’s Drag Race. Originaire de Marseille, Nicky Doll, qui vit aux États-Unis depuis 2015, a su apporter sa fraîcheur frenchy et son audace à l’émission.
Sans jouer sur le cliché, elle a réussi à sortir son épingle du jeu avec son approche du drag inspirée de la scène underground parisienne et de la mode des années 90, âge d’or du glamour où les tops comme Linda Evangelista et Kate Moss ont marqué de leur empreinte les silhouettes et les podiums.
Si elle se considère comme avant-gardiste côté mode, Nicky Doll joue aussi sur l’humour - on se souvient notamment de l’épisode Gay’s Anatomy de RuPaul’s Drag Race dans lequel elle campe le rôle hilarant d’un bébé bien français.
Également make-up artist, Vogue Paris avait invité Nicky Doll à partager ses astuces et ses secrets make-up avec le débutant France Gaule pour se transformer en drag queen.
Trixie Mattel
Avec ses tenues rose bonbon au charme très 60’s, ses beehives peroxydées et ses yeux fardés noirs, Trixie Mattel est la Barbie des drag.
Éliminée lors de la septième saison de RuPaul’s Drag Race, elle revient dans la saison 3 de RuPaul’s Drag Race: All Stars, bien décidée à décrocher la couronne, sésame qu’elle parvient à obtenir.
Celle qui s’est autoproclamée Skinny Legend possède sa propre web-série complètement loufoque avec une autre candidate de la saison, Katya Zamolodchikova, intitulée UNHhhh.
Artiste à part entière, Trixie Mattel est aussi chanteuse country : elle sort un premier album, Two Birds, en mai 2017, puis, en mars 2018, un second, One Stone.
En 2019, Netflix lui consacre un documentaire dans lequel on la voit gravir les marches du succès et s’épanouir dans sa carrière musicale.
Jaida Essence Hall
Jaida Essence Hall débute sa carrière drag en 2010. Avec ses courbes de rêve résolument féminines et son visage de lionne, elle réussit à décrocher de nombreux titres dans plusieurs concours de beauté dont Miss Five, Miss Gay Madison, Miss Wisconsin Club et Miss City of the Lakes.
Avec son œil pointu pour la mode et ses talents de créatrice - elle crée elle-même ses majestueux costumes -, son style au charme hollywoodien ainsi que son énergie débordante, Jaida Essence Hall a été désignée grande vainqueur de la saison 12 de RuPaul’s Drag Race, battant ses deux autres rivales, Crystal Methyd et Gigi Goode.
Jodie Harsh
Elle est l’une des figures de proue de la scène drag. Jodie Harsh, DJ et party star britannique aujourd’hui au premier rang des défilés qui comptent, est devenue drag par simple hasard, comme elle l’indique dans une interview accordée à Vogue Paris en 2018 : « Je sortais souvent avec des amis et, un jour, ils ont commencé à me déguiser et cela m’a plu ».
Si Jodie Harsh est une DJette prolifique, entre production d’autres artistes et remix de titres de stars comme Justin Timberlake, Cher et Sophie Ellis-Bextor, elle possède et dirige aussi des nightclubs depuis 2010.
Fan de Moschino, la drag se retrouve au premier rang de chaque défilé de Jeremy Scott.
Detox
Il n’aura pas fallu attendre RuPaul’s Drag Race pour que Detox se fasse une place de choix dans le milieu drag. Dans les années 2000, cette originaire de Los Angeles se fait connaître en performant dans des nightclubs et en apparaissant dans des clips de Kesha et Rihanna.
Si elle fait partie du casting du spectacle Showgirls in Drag en 2011, adaptation live de Showgirls, la consécration arrive deux ans plus tard, en 2013, lorsqu’elle entame le concours de la saison 5 de RuPaul’s Drag Race, où elle finit quatrième.
Elle participe ensuite à RuPaul’s Drag Race: All Stars, où elle termine deuxième. Elle acquiert ainsi une notoriété sans précédent.
Aujourd’hui, Detox continue sur sa lancée avec Dreamgirls Revue de Chad Michaels, un spectacle de drag en Californie dont elle est membre, mais aussi avec son groupe Tranzkuntinental, fondé par Charlie Paulson et Xander Smith.
Latrice Royale
À son actif, pas moins de trois participations à RuPaul’s Drag Race : dans la quatrième saison tout d’abord, où malgré son élimination lors du onzième épisode, Latrice Royale a su marquer les esprits, ce qui lui aura par la suite permis de faire partie des participantes de RuPaul’s Drag Race: All Stars saisons 1 et 4.
Latrice Royale, c’est un style old-school non dénué de glamour, des courbes voluptueuses assumées et une allure de diva. Elle l’a d’ailleurs prouvé lors de son mémorable lipsync sur la chanson (You Make Me Feel Like) A Natural Woman d’Aretha Franklin contre sa rivale Kenya Michaels.
Willam
Si l’on devait retenir un trait de caractère de Willam, ce serait son humour. Malgré sa disqualification de la saison 4 de RuPaul’s Drag Race, elle réussit à détecter la recette du succès et devient l’une des drag queens les plus influentes et appréciées.
Willam a fait ses premiers pas à la télévision dans des séries comme Cold Case, Washington Police ou encore Boston Public, avant d’obtenir le rôle de la transgenre Cherry Peck dans les saisons 2 et 3 de Nip/Tuck.
Quelques années plus tard, après sa participation à RuPaul’s Drag Race, elle connaît un succès retentissant sur Internet grâce à son trio DWV, formé avec les drag queens Detox et Vicky Vox, où elles s’amusent à réaliser des clips de parodies de chansons.
Alaska Thunderfuck
Considérée comme l’une des drag queens les plus appréciées de RuPaul’s Drag Race, Alaska a participé à la saison 5 puis a été sacrée vainqueur de la saison 2 de RuPaul’s Drag Race: All Stars.
Alaska est un véritable puits de créativité à elle seule. Pour former son personnage, elle prétend être un alien venant de la planète Glamtron et s’étant écrasé sur Terre.
Depuis sa participation au reality TV show, Alaska ne cesse d’être en tournée et se met en scène dans des spectacles comme RuPaul’s Drag Race Battle of the Seasons à travers l’Europe et les États-Unis, ou encore dans les croisières Drag Stars at Sea.
Miss Fame
Miss Fame est le supermodel de la scène drag. Après sa participation à la septième saison de RuPaul’s Drag Race, durant laquelle elle a démontré ses talents de make-up artist, Miss Fame s’aventure dans une carrière musicale avec un premier single, Rubber Doll, sorti en avril 2015, suivi par un premier album, Beauty Marked, en juin 2015.
Elle lance, sur sa chaîne YouTube, Painted by Fame, où elle poste des vidéos dans lesquelles elle démontre son savoir-faire en maquillant une pléthore de personnalités, allant de Marc Jacobs à Maddie Ziegler.
Désormais ancrée sur la planète mode, il n’est pas rare d’apercevoir Miss Fame au premier rang des défilés de la Fashion Week, habillée par les plus grands créateurs.
Kim Chi
Son nom de drag, elle le tire d’un plat traditionnel coréen, composé de chou fermenté aux épices. L’Américaine Kim Chi, fière de ses origines coréennes, nous transporte par son humour, sa sensibilité, mais pas seulement.
Participante de la huitième saison de RuPaul’s Drag Race, elle a surpris toute l’assemblée avec ses incroyables maquillages complètement déjantés, où le make-up devient synonyme d’art avec un grand A.
Se considérant comme une sorte de personnage animé, elle s’inspire de la culture japonaise, et notamment de l’esthétique des films d’animation, ou encore de la K-pop.
Une visibilité qui ne supprime pas les risques
Impossible de détailler ici toutes les histoires des vingt-cinq reines présentes dans cet ouvrage. Mais derrière les brimades, le harcèlement, la peur et les incertitudes, il y a des récits qui donnent espoir.
La médiatisation a permis à de nombreuses artistes d’accéder à une reconnaissance internationale, de développer de nouvelles formes d’expression et de toucher des publics qui n’avaient jamais fréquenté les scènes drag. Elle n’efface cependant ni les violences ni les inégalités auxquelles les artistes sont confrontées.
En France, les « incidents » se multiplient. Bordeaux, Lyon, Rennes… Aux quatre coins du pays, les lectures de contes pour enfants par des drag queens sont interrompues par des groupes conservateurs ou d’extrême droite.
Aux États-Unis, des groupes protestataires, ouvertement homophobes, n’hésitent pas à être violents. En février 2023, dans l’Arizona, un État extrêmement conservateur depuis les années 1950, un café a dû interrompre une lecture après avoir reçu une menace d’attentat à la bombe.
Le drag peut donc être à la fois un spectacle populaire, un espace de liberté, un moyen de gagner sa vie, une pratique artistique et une forme de résistance. Sa diffusion mondiale ne signifie pas qu’il possède partout les mêmes conditions d’existence.