Fleuristes et boulangers veulent en grande majorité ouvrir leurs commerces le 1er-Mai. Pour certains, cette journée représente un chiffre d'affaires non négligeable. En ce vendredi 1er-Mai, nombre de boulangers et fleuristes ont ouvert leurs commerces, avec la tolérance du ministre du Travail qui appelle à "l'intelligence collective" pour leur permettre de faire travailler leurs salariés volontaires sans être sanctionnés. Une avancée saluée par les professionnels, qui attendent un changement de loi l'an prochain.
Un consensus partiel autour de l’ouverture et des raisons économiques
Farell Legendre, président de la Fédération française des artisans fleuristes, interrogé ce jeudi sur franceinfo, indiquait que les fleuristes ouvriraient ce vendredi, "comme on le fait depuis des années". D'après lui, "dans 99% des cas", les fleuristes sont ouverts ce vendredi. À ses yeux, travailler ce jour-là est important pour toute profession "de proximité où on assure de la continuité sociale". "70% des boulangeries vont être ouvertes" ce 1er-Mai, assure également Dominique Anract, président de la Confédération nationale de la boulangerie et de la boulangerie-pâtisserie française. Invité ce vendredi sur franceinfo, il appelle les inspecteurs du travail à la "clémence".
Boulangers et fleuristes comptent sur la clémence du gouvernement. Si légalement il sera en infraction ce vendredi, Farell Legendre assume : "C'est comme le permis de conduire : quand vous décidez de rouler à 140 km/h sur l'autoroute qui est limitée à 130, vous en connaissez les risques." Mais il reconnaît avoir été rassuré par l'entrevue avec le Premier ministre à Matignon la semaine dernière : Sébastien Lecornu a assuré que les services de l'État auraient des instructions pour éviter les sanctions.
Des cas de verbalisation et des réactions locales
Pourtant, plusieurs artisans isérois ont été verbalisés, notamment une fleuriste de Grenoble. "Je ne paierai pas l'amende, hors de question" assure une fleuriste interrogée par ICI Isère. "Je ne comprends pas, le gouvernement nous dit qu'on pouvait ouvrir avec une attestation de volontariat et à côté de cela, l'inspection du travail nous dit qu'on n'a pas le droit. On doit croire qui ? C'est incohérent, je ne comprends pas", s'insurge la professionnelle.
Le 1er mai est le seul jour férié légalement "chômé" par tous les salariés en France. Un artisan boulanger ou fleuriste peut ouvrir sa boutique ce jour-là sans faire travailler ses salariés. Mais le gouvernement veut changer les règles pour les artisans boulangers et fleuristes dès 2026. Le débat sur le travail le 1er-Mai avait été relancé l'an dernier après que plusieurs boulangers se sont émus de contrôles inopinés, suivis d'amendes, pour avoir mobilisé des salariés pendant la fête du Travail, en infraction avec la législation. Pour Farell Legendre, la liberté de travailler devrait compter : "Si quelqu'un souhaite travailler, il doit pouvoir travailler".
Des choix divers selon les territoires et les motivations
Certaines bakeries et fleuristes ont toutefois préféré rester fermés ce vendredi. C'est le cas dans cette boulangerie du Vaucluse, où Loreline aurait pourtant aimé travailler pour être payée double, mais son patron a fait le choix de ne pas ouvrir. "Histoire de laisser notre emploi tranquille, plutôt que de tout bousculer au dernier moment", a-t-il confié à ICI Vaucluse. Dans la Sarthe, Hubert Thollet, installé Sargé-lès-Le Mans, a lui aussi fait le choix de ne pas ouvrir son commerce. Une décision dictée par la prudence juridique et financière. "Aujourd'hui, si on ouvre, c'est simple, l'amende salariée, c'est 750 euros, l'amende pour les apprentis, c'est 1.500 euros, sachant que ce sont des journées qu'on paye double", souligne-t-il au micro d'ICI Maine.
Les salariés et les gains potentiels
"Plus de 80% des collaborateurs souhaitent travailler le 1er-Mai, car en cette période un peu complexe en termes de pouvoir d'achat, une journée payée double ne se refuse pas", affirme Farell Legendre. Surtout que selon lui, le 1er-Mai est "plutôt une demi-journée : un fleuriste va rester ouvert du matin vers 8h30 jusqu'au début d'après-midi vers 14h30, d'où l'avantage pour nos collaborateurs qui travaillent six heures et qui sont payés 12." Valérie, employée dans une boulangerie du Vaucluse, était volontaire pour travailler ce vendredi. "Certaines personnes ont envie de gourmandises, de viennoiseries le matin : je ne vois pas pourquoi elles n'en auraient pas le 1er mai !", a-t-elle expliquée à ICI Vaucluse.
Kévin, vendeur dans une boulangerie de La Baule, travaillera toute la journée. "Je trouve ça important qu'on soit ouverts le 1er mai, les gens vont se promener et ils veulent manger du pain. Pendant la crise du Covid, ils étaient capables de nous dire qu'on était indispensables et puis maintenant on ne l'est plus...", s'étonne-t-il au micro d'ICI Loire Océan.
Chiffres d’affaires estimés et enjeux économiques
Pour les patrons, l'enjeu est important car le 1er mai représente un chiffre d'affaires important. "Le 1er mai un vendredi, ça peut représenter jusqu'à 30% de chiffre d'affaires en plus, voire 40%. Ce n'est pas négligeable", explique ainsi à ICI Loire Océan Anne-Laure Clérault, gérante d'une boulangerie à La Baule. Le 1er mai est aussi un jour "relativement important chez les fleuristes", reconnaît Farell Legendre. "En matière de chiffre d'affaires chez les fleuristes, c'est 10 millions d'euros réalisés", souligne-t-il. "Le 1er-Mai pour un fleuriste, c'est aléatoire, mais on peut faire entre 6.000 et 10.000 euros, donc beaucoup plus que d'habitude." Farell Legendre espère en tout cas vendre tout son muguet ce vendredi : "La météo a été clémente cette année, le muguet est très beau, il est parfumé, avec de belles clochettes !"
À quoi s’attendre légalement et socialement
Le 17 avril, le Premier ministre a annoncé que les boulangers et fleuristes, artisans indépendants, pourront ouvrir ce 1er-Mai. L’Assemblée nationale a examiné une proposition de loi centriste pour autoriser les boulangers et fleuristes à faire travailler leurs salariés le 1er-Mai, subito assortie de dérogations et d’un cadre complexe. Des artisans et plusieurs forces politiques demandaient à revoir la réglementation actuelle, qu'ils jugeaient floue. Le 10 avril 2026, Matignon a promis qu’il n’y aurait pas de passage en force sur ce sujet et que des clarifications seraient apportées.
En pratique, des commerces comme la boulangerie Coupel à Rennes ont ouvert ce 1er mai, malgré le flou. Des clients et vendeurs ont exprimé leur soutien au maintien d’un équilibre entre ouverture et droit du travail, soulignant l’importance du choix individuel et du soutien à la filière locale. Dans d’autres villes, certains préfèrent rester fermés pour respecter une journée de repos collectif ou par prudence juridique et financière.
Dans certains témoignages, le dialogue entre artisans, agents de contrôle et consommateurs révèle une attente d’un cadre clair et stable, afin d’éviter les malentendus et les sanctions tout en permettant aux professionnels d’assurer leur activité et de répondre à la demande des clients le jour férié.
Récit au présent des commerces et des personnes
À Rennes, les vitrines des boulangeries et fleuristes ouvertes affichent une activité soutenue en dépit d’un flou persistant. "Je n’ai même pas eu le temps de sortir mes plantes devant la boutique. Ça n’arrête pas." témoigne Céline Houdou, fleuriste, qui ouvre ce 1er mai pour soutenir la filière horticole et répondre à la demande autour du muguet. Dans d’autres zones, des clients expliquent apprécier les ouvertures pour acheter pain et fleurs et soutenir les petits commerces indépendants lors de cette journée particulière.
Chacun affirme que la décision d’ouvrir ou non devrait rester du ressort des professionnels et des salariés volontaires, tout en respectant les règles pour protéger les travailleurs et éviter les sanctions non prévues. La tension entre nécessité économique, droit du travail et équilibre social demeure au cœur des débats et des pratiques observées ce 1er mai.
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