« Faire chapelle » est l’un des moments forts du carnaval de Dunkerque. Avant d’aller au bal ou de faire la bande, il est d’usage de se retrouver dans les maisons pour manger un morceau et boire un verre. On se met dans l’ambiance en quelque sorte…
Une chapelle ? On pourrait croire à une prière avant de faire la fête, mais il n’en est rien. C’est un particulier qui ouvre sa maison afin d’offrir à manger et à boire à ses amis, aux amis de ses amis mais aussi à des carnavaleux inconnus.
Les chapelles sont des maisons ou rendez-vous privés dans lesquels les carnavaleux sont invités à se restaurer et passer un petit moment. De maisons en maisons, on discute, on rit et on chante à tue-tête les incontournables chansons grivoises du carnaval.

Que signifie « faire chapelle » ?
Pour qui veut organiser une chapelle chez lui, la préparation peut être longue, jusqu’à une semaine pour certains, le temps de bouger les meubles, de protéger les murs et le sol, par exemple. On invite, les amis, la famille, mais si les copains d’un copain débarquent, c’est souvent toute la bande qui est accueillie.
Faire chapelle à Dunkerque, c’est la version locale de l’open-bar chez l’habitant : pas d’affiche, pas de flyer, l’info circule entre connaissances. On y va sur invitation, on prévient si l’on ramène des amis, on chante avant de se faire offrir une bière ou une coupette.
On discute, on rigole et bien sûr, les chants du carnaval ne sont jamais bien loin. À Dunkerque, la convivialité n’est pas un supplément : c’est le moteur.
Une tradition fondée sur l’hospitalité
A l'occasion du carnaval de Dunkerque, notre journaliste Lila Haffaf s'est invitée parmi les meilleures chapelles des Trois Joyeuses. Immersion.
Premier rendez-vous de l'après-midi : la chapelle de Pierre et Audrey. "Bienvenue chez nous !", lance Pierre. A peine arrivés, l'hospitalité dunkerquoise opère. Une petite coupe de champagne et la bonne humeur se partage.
Depuis 4 ans, le jour de la bande de Dunkerque, Pierre et Audrey reçoivent leurs amis. Ils offrent à boire, à manger et beaucoup d'ambiance.
"C'est un moment de convivialité et pour moi c'est important de recevoir mes amis, de faire profiter et également de partager ce moment avec eux. Pour moi c'est vraiment important", explique Pierre.
Pour ces carnavaleux, cette chapelle n'est que le début d'une longue journée. "On a énormément de copains qui font chapelle aujourd'hui donc on va voguer de chapelle en chapelle", explique ce carnavaleux.
"On va en chapelle, ce soir on fait le bal des acharnés, demain bande de la Citadelle et mardi bande de Rosendaële."
De chapelle en chapelle pendant les Trois Joyeuses
Nous quittons cette chapelle pour poursuivre notre après-midi. Rendez-vous avec Serge et Catherine, direction la chapelle de José.
Autre chapelle, autre ambiance. Ici 200 carnavaleux pur souche, des musiciens à l'esprit familial et qui chantent avec leurs tripes.
"C'est ça l'esprit chapelle", explique l'un d'entre eux. "C'est le partage le plus important ! Et surtout avec des bons amis comme ça, c'est la convivialité et c'est la richesse du carnaval !"
"J'aime faire la fête, j'aime recevoir", ajoute José. "Mes amis sont là, je suis heureux."
Ces carnavaleux ont chanté toute l'après-midi et il chanteront encore jusqu'à la fin des Trois Joyeuses.
Qui peut entrer dans une chapelle ?
Attention, on ne rentre dans une chapelle que si on connait l’hôte, ou si on est invité. Et si on arrive dans une chapelle, il est bien vu d’apporter aussi des boissons et de la nourriture.
On invite les amis et la famille, mais les amis des amis peuvent également être accueillis. Si les copains d’un copain débarquent, c’est souvent toute la bande qui est accueillie.
On a même vu des chapelles improvisées sur un coffre de voiture, ouvert sur le trottoir, pour servir un verre aux passants.
Que mange-t-on et que boit-on dans une chapelle ?
Faire chapelle consiste à boire un verre et à manger un morceau avant de rejoindre le bal ou la bande. Les hôtes offrent à boire, à manger et beaucoup d'ambiance.
Vous avez le choix ! Food truck, bar et restaurants vous ravitaillent sur tout l’itinéraire de la bande. Friteries en extérieur, soupe à l’oignon dans les cafés, pot’je vleesch et carbonade flamande dans les brasseries…
Beultekaze : fromage de tête. Pot’je Vleesch : plat typique dunkerquois composé de 4 viandes blanches (poulet, porc, lapin et veau) cuisinés avec carottes et aromates, se déguste froid en gelée avec des frites.
Smout : saindoux. On le consomme sur du pain, assaisonné de poivre et de sel. Podingue : gâteau de pain, au lait, aux œufs, avec des raisins et aromatisé au rhum.
| Spécialité | Description |
|---|---|
| Beultekaze | Fromage de tête |
| Pot’je Vleesch | Plat typique dunkerquois composé de quatre viandes blanches, servi froid en gelée avec des frites |
| Smout | Saindoux consommé sur du pain, assaisonné de poivre et de sel |
| Podingue | Gâteau de pain au lait, aux œufs, avec des raisins et aromatisé au rhum |
| Cululutte | Brioche de semoule cuite au torchon, servie avec une sauce tiède au rhum |
Les chants et l’ambiance de la chapelle
L’esprit chapelle repose sur le partage, la convivialité et la musique. Dans les maisons, on discute, on rit et on chante à tue-tête les incontournables chansons grivoises du carnaval.
Quand on vient au carnaval de Dunkerque, il faut réviser les chants. TOUT le monde connait les chants par cœur, et TOUT le monde chante.
Heureusement les chants ne sont pas très longs, en revanche il y en a beaucoup. Les paroles sont généralement très poétiques, par exemple « ♪ l’avion l’avion, ça fait lever les yeux, la femme la femme, ça fait lever la queue ♫ » ou « ♫ Chantaaaal, t’as mis ton doigt dans mon trou d’bal, c’est pas normaaaal, tu m’dois cent baaaaalles ♪ ».
La musique. Une série de chants, au répertoire plus proche des carabins que des cantiques, accompagne le défilé, entonnée par la foule qui connaît les paroles, notamment L’Hommage au Cô et la Cantate à Jean Bart, et se livre à un « chahut ».
La chapelle dans le déroulement de la journée
Le dimanche des Trois Joyeuses, la journée se joue en crescendo : bandes, chapelles, bal des pompiers, et, à 17 h, le moment que tout le monde attend : le lancer de harengs depuis le balcon de l’hôtel de ville.
Puis vient le rigodon au pied de Jean Bart : ronde endiablée, tempo vertigineux, vapeur au-dessus des danseurs.
La journée n’est pas finie ! Vous pouvez ensuite continuer le carnaval dans un des nombreux bals qui ont lieu dans la ville. C’est là où il faut aller pour continuer de boire, manger, danser, chanter et faire la fête jusqu’au bout de la nuit !
Les carnavaleux font rigodon et dansent avec les pompons, avec les pompiers. Chaleur, fraternité, et fort chalutage contre les puissants.
Les Trois Joyeuses et le carnaval de Dunkerque
Les festivités du traditionnel carnaval de Dunkerque 2026 débutent en janvier pour trois mois. Un des temps forts, ce sera les « Trois Joyeuses », rendez-vous incontournable du carnaval, les 15, 16 et 17 février.
Une foule colorée, déguisée, joyeusement loufoque, prendra le départ d’un long défilé carnavalesque dans les rues de la ville.
| Date | Rendez-vous |
|---|---|
| 15 février 2026 | Bande de Dunkerque, bal des Acharnés |
| 16 février 2026 | Bande de la Citadelle |
| 17 février 2026 | Bande de Rosendaël, bandes de Grand-Fort-Philippe, Petit-Fort-Philippe et des Huttes |
| 22 février 2026 | Bande de Malo-les-Bains |
La saison 2026 est annoncée du 3 janvier au 17 avril 2026, avec des rendez-vous « bonus » autour et après, selon les communes.
Les origines du carnaval de Dunkerque
Tout a pourtant commencé par une histoire pas si gaie. Au XIIIème siècle, les marins dunkerquois partaient de longs mois pêcher le hareng en Islande. Incertains d’en revenir vivants, ils dépensaient leur avance sur salaire pour profiter avant de partir, comme si c’était la dernière fois.
Voilà pourquoi à Dunkerque, on garde précieusement en mémoire que face aux défis de la vie, il y a toujours une raison de célébrer, de rire et de chanter !
Le carnaval de Dunkerque trouve son origine au début du XVIIe siècle, quand les armateurs offraient aux marins un repas et une « grosse teuf » avant de partir pour une campagne de pêche à la morue… dont ils n’étaient pas sûrs de revenir. Les patrons avançaient la moitié de leur solde.
Le 16 janvier 1676, une ordonnance de magistrat réglemente les festivités, qui ont bien évolué depuis, mais avec des codes et des rites précis.
Les codes du carnavaleux
Dans la ville, une ribambelle de « masquelours » et des « forêts de parapluies » colorent les rues au son des fifres. « Qu’est-ce ça dit ma tante ? »
Avec ses airs de cousinade gigantesque, le carnaval est bien plus qu’une fête ! Il est l’expression vivante de la culture locale, révélant un puissant esprit de communauté.
Ici, exit les classes sociales, gommées par les clet’ches, tenues de carnavaleux, et les maquillages exubérants. Pas de « Monsieur », « Madame » mais une foule bondée de « Mon oncle », « Ma tante » et de personnages aux costumes farfelus créés de toutes pièces pour l’occasion.
On ne dit pas « bonjour, madame, je suis ravi de vous rencontrer aujourd’hui dans ces circonstances joyeuses…. » mais « Qu’est-ce ça dit ? »
On ne dit pas Madame mais Matante, de même Monsieur devient Mononcle, mais aussi Matante parfois, après tout on ne sait pas toujours qui se cache derrière un déguisement.
Le vocabulaire indispensable
- Bande : il ne s’agit pas d’un groupe de carnavaleux mais du défilé lui-même. Faire la bande, c’est faire le carnaval.
- Chapelle : lieu mythique du carnaval qui n’a rien de religieux, ce sont les maisons ou rendez-vous privés dans lesquels les carnavaleux sont invités à se restaurer et passer un petit moment.
- Clet’che : costume du carnavaleux.
- Masquelour : carnavaleux qui fait la bande.
- Chahut : moment où les carnavaleux se compressent et avancent au rythme de la musique.
- Rigodon : final de la bande où s’enchaînent les chahuts une heure durant.
- Zôt’che : baiser que se font les carnavaleux, un bisou sur la bouche, amical et pratique, qui a l’avantage de ne pas abîmer le maquillage.
Faire chapelle et rejoindre la bande en sécurité
Le Carnaval de Dunkerque est une fête populaire qui mêle valeurs et traditions. Pour les préserver, notre Carnaval a des règles sacrées.
Au Carnaval, on est là pour s’amuser, on vient pas pour se fracasser, ni risquer sa peau pour faire le beau sur les réseaux.
Apprends les chansons et chante à l’unisson, jusqu’au rigodon. Marche quand les fifres jouent, au lieu de pousser comme un fou.
Carnavaleux, va dans la bande bien accroché, mais jamais entre la première ligne et les cirés. Le Carnaval ça s’apprend, sois pas trop pressé d’être devant.
La première ligne de la bande est très importante. La ligne doit faire la largeur de la rue, et tout le monde se tient par le coude.
Pendant le chahut, la première ligne ne bouge plus et retient tous les autres carnavaleux qui poussent derrière. Au bout de quelques minutes, le chahut cesse, la musique reprend, et la bande reprend sa joyeuse avancée dans les rues de la ville.
Lors d’un chahut il ne faut même pas essayer de sortir, c’est impossible. Si on ne se sent pas en état, on s’écarte simplement de la bande pour ne pas risquer d’être coincé.
En cas d’urgence, on peut toujours crier « sortie ! » et les carnavaleux s’écartent pour laisser les personnes en détresse s’échapper.
Le costume et l’organisation du carnaval
Le déguisement d’abord. À l’époque, les placards ne débordaient pas comme aujourd’hui. Les hommes ayant préparé leur paquetage et voulant garder propre leur vêtement de départ, ont commencé à emprunter les fringues de leurs épouses ou de leurs sœurs.
Voilà comment est né le travestissement, qui maintenant lorgne souvent du côté des péripatéticiennes. Autres tendances fortes : les Écossais en kilt, les Vikings à casque à cornes, les Zoulous.
À noter, la folle créativité investie dans l’ornement des chapeaux, à coup de fleurs en tissu, peluches, capsules, plumes de paons ou de faisans.
Traditionnellement, les hommes se déguisent en femmes, et il vaut mieux prévoir des accessoires qui ne craignent rien, car la journée va être mouvementée. Pensez à prévoir des bonnes chaussures aussi.
De la chapelle au rigodon
Derrière le tambour-major, habillé comme un grognard napoléonien, et la « clique » de musiciens, vêtus de cirés jaunes, se succèdent les lignes de carnavaleux avec leur repère, parapluie coloré en haut d’une canne.
Les bandes occupent toute la largeur de la chaussée. Chacun se tient par les coudes bien fort, car le déplacement, comparable à une vague qui avance et recule, demande attention et cohésion.
Entre les chants, les fifres jouent : respiration bienvenue avant que la marée ne reparte.
En fin de journée, tous les carnavaleux se retrouvent sur la place Jean-Bart. La clique s’installe dans un kiosque installé au pied de la statue du corsaire.
Ensuite, c’est le rigodon final : une heure de chants, de chahuts, en tournant autour du kiosque. C’est très intense !
Le moment le plus poignant reste la Cantate à Jean Bart, et surtout l’Hymne à Co-pinard, alias Jean Minne, le tambour-major le plus célèbre qui a dirigé le carnaval pendant 30 ans.
La fête ensemble au coeur du Carnaval de Dunkerque : le rigodon, final du Carnaval
Conseils pratiques pour un premier carnaval
Carnavaleux débutant, en devenir… Voici quelques conseils pour vivre le carnaval, comme un hareng dans l’air.
Pour profiter pleinement de votre carnaval, renseignez-vous avant de vous lancer, discutez avec les dunkerquois à la faveur de vos rencontres carnavalesques et surtout, lisez ces quelques lignes : il vous faut un kit de survie pour carnavaleux pas totalement expérimenté.
À Dunkerque, vos 5 sens sont en éveil… et vous pourrez même en gagner un 6e : le sens de la fête !
Circulez ! Les jours de Carnaval, les voitures restent au garage. La circulation et le stationnement sont interdits sur l’itinéraire de la bande.
Ici les bus sont gratuits… et pas qu’en période de carnaval ! Vous trouverez les plans de lignes et les horaires sur les supports prévus à cet effet.
Un espace de repos et de sensibilisation peut également accueillir les carnavaleux, avec des sanitaires, de l’eau, des stands de prévention et un pôle de premiers soins.