Un insight est une problématique consommateur ou shopper identifiée à partir d’une compréhension profonde, et souvent non évidente, des motivations, des besoins, des désirs et des comportements des consommateurs. Il révèle des vérités fondamentales sur ce qui pousse des consommateurs à agir d’une certaine manière.
L’insight consommateur n’est pas une simple donnée, une observation ou une « pépite inspirationnelle ». Il est le résultat d’un travail de problématisation et de mise en perspective marketing qui transforme des signaux dispersés en une pensée structurée, exploitable pour guider un produit, un service, une expérience ou une communication.
Qu’est-ce qu’un insight consommateur ?
Le consumer insight, ou insight consommateur, désigne une compréhension profonde et souvent cachée des motivations, désirs et besoins des consommateurs. Cet insight va au-delà des simples données de consommation ou des statistiques : il cherche à interpréter ces informations pour révéler des éléments sous-jacents qui influencent les décisions d’achat.
En d’autres termes, il s’agit de découvrir ce qui pousse un consommateur à choisir un produit plutôt qu’un autre, ou encore ce qui nourrit son engagement envers une marque. Ce processus implique non seulement une analyse comportementale mais aussi psychologique, sociologique et émotionnelle.
Pour rendre cela plus concret, un insight consommateur peut se résumer à une révélation sur la façon dont une marque peut toucher profondément son public cible, en s’appuyant sur des éléments invisibles au premier abord, tels que les aspirations, les frustrations ou les valeurs personnelles.
Un insight est une problématique consommateur / shopper identifiée à partir d’une compréhension profonde (et souvent non évidente) des motivations, des besoins, des désirs, et des comportements de consommateurs. Il révèle des vérités fondamentales sur ce qui pousse des consommateurs à agir d’une certaine manière.
La différence entre une donnée, une observation et un insight
Il est essentiel de distinguer les « données brutes » des « insights consommateurs ». Les données brutes sont des informations collectées directement, souvent via des sondages, des panels ou des observations. Elles incluent des chiffres, des comportements observés, et des tendances générales.
Par exemple, savoir que 60% des consommateurs préfèrent acheter en ligne plutôt qu’en magasin est une donnée brute. Toutefois, cette donnée, isolée de son contexte, ne suffit pas à expliquer pourquoi ces consommateurs font ce choix.
En revanche, un insight consiste à comprendre pourquoi ces consommateurs préfèrent acheter en ligne : peut-être parce qu’ils recherchent la commodité, une expérience d’achat plus fluide, ou encore une plus grande transparence des prix.
L’insight donne du sens aux chiffres, il connecte la marque à son audience de façon plus intime. L’insight répond à des questions profondes et permet aux marques de créer des messages, des produits ou des expériences qui résonnent véritablement avec leurs consommateurs.
Le mot « insight » consommateur dans le langage courant a fini par devenir un terme générique qui est le synonyme de « pépite inspirationnelle », un constat, une observation qui fait faire un bon créatif à la réflexion marketing.
Le terme d’insight a fini par désigner des notions extrêmement différentes allant des signaux faibles, des verbatim de consommateurs, des tendances pressenties, à certains résultats issus d’une étude, et globalement à toute observation digne d’intérêt pour stimuler l’innovation.
« Voilà, nous tenons là un insight ». Cette expression est désormais finalement utilisée pour illustrer des notions très différentes en termes d’enjeu, de maturité, d’exploitabilité, de problématisation ou de potentiel, et on la dit comme l’on pourrait s’exclamer « Voilà, nous tenons une pépite ».
Or, il est bien difficile de manager ce que l'on n'a pas très clairement défini. L’insight est le fruit d’un travail ou d’une interaction à partir d’une observation, mais il ne se limite pas à cette seule observation.
L’insight lui-même est le fruit d’un vrai travail de problématisation et de mise en perspective marketing à partir d'observations, comme matériel de base. Il n’est pas, comme la pépite d'or, une matière première que l’on peut trouver à l’état brut.
La structure fondamentale d’un insight
Pour que l’insight soit pertinent, il doit répondre à trois critères fondamentaux :
- Le constat, c’est ce que le consommateur souhaite, par exemple : “J’aimerais pouvoir…” ;
- La motivation, ou la raison sous-jacente à ce besoin, comme “parce que je…” ;
- La tension, c’est-à-dire le dilemme ou obstacle qui empêche la satisfaction du besoin, tel que “mais…” ;
Ces trois éléments se combinent pour mettre en lumière une tension consommateur, qui devient un levier stratégique pour les entreprises. Cet insight, une fois compris et validé, peut inspirer une réponse produit ou service visant à résoudre ce dilemme, et ainsi créer une proposition de valeur qui résonne profondément avec les attentes des consommateurs.
Un insight consommateur s’articule autour de 3 notions clés :
- Un désir (avoué ou non) qui agit comme un moteur dans nos vies.
- Un discours du désir qui projette le désir sur un besoin concret auquel pourra répondre le produit ou le service.
- Un frein à l’accomplissement de ce désir (une offre actuelle inadaptée ou inexistante, des contraintes personnelles ou extérieures).
En ce sens, l’insight porte en lui une tension générée par une frustration, parfois non dite, un désir sournois encore en gestation qui attend d’éclore dans un environnement propice.
Pourquoi les insights sont-ils stratégiques ?
Les consumer insights sont des leviers stratégiques incontournables car ils permettent aux marques de se différencier en répondant directement aux attentes non exprimées de leurs consommateurs.
Comprendre ce qui motive profondément l’achat ou l’engagement d’un consommateur offre une clé pour développer des produits, des services et des communications qui créent une véritable connexion émotionnelle. Une marque qui réussit à exploiter ce potentiel possède un avantage concurrentiel majeur.
Les insights donnent aussi aux marques la possibilité d’anticiper les tendances de consommation, en saisissant des signes avant-coureurs qui passent souvent inaperçus. Ces informations permettent de se positionner en précurseur sur des marchés en évolution.
L’utilisation des insights dans le développement de produits, la communication ou la personnalisation des services peut par exemple engendrer des niveaux d’engagement consommateurs plus élevés, et une fidélité accrue à la marque.
Leur recherche permet de comprendre en profondeur les comportements des groupes de consommateurs (typologies) concernant une catégorie de produits donnée ou un marché cible. Cela conduit à une amélioration des offres existantes, à des innovations pertinentes et à une communication plus efficace.
Ils stimulent et guident l’amélioration des offres (existantes ou nouvelles) pour de meilleures chances de succès en s’appuyant sur des faits vs uniquement impressions, instincts, croyances… (76 % des lancements de produits échouent lors de la première année de mise en marché vs les principales causes : innovation non fondée, client final insuffisamment écouté, équipes internes (mkg / dev / commerce / indus…) insuffisamment alignée)
Ils permettent de définir des messages de communication qui résonnent profondément avec le public cible, rendant les campagnes plus efficaces et mémorables.
Comment identifier un insight consommateur ?
La recherche d’insights n’est pas une science exacte. Il existe plusieurs méthodes pour identifier des consumer insights qui résonnent avec les attentes profondes des consommateurs.
Écouter les consommateurs
L’écoute active des consommateurs est l’un des moyens les plus puissants pour déceler des insights. Immergez-vous dans les échanges : vous pourrez ainsi saisir des informations pertinentes, non seulement via des retours directs mais aussi à travers des canaux moins évidents.
Les avis en ligne, les commentaires sur les réseaux sociaux, et même les interactions sur les forums ou les blogs spécialisés permettent de capter des signaux précieux sur la perception de votre marque et de vos produits.
Mais l’écoute ne se limite pas aux plaintes ou aux critiques. Il est également essentiel d’examiner les commentaires positifs et les suggestions des consommateurs, car ils peuvent vous guider vers des améliorations ou des opportunités d’innovation que vous n’aviez pas envisagées.
Gardez à l’esprit que votre écoute ne doit pas être ponctuelle mais continue. Mettez en place des outils de surveillance de votre image en ligne et soyez réactif aux conversations sur votre secteur ou vos produits.
Observer les comportements
Les comportements des consommateurs, qu’ils soient volontaires ou involontaires, sont souvent plus révélateurs que leurs paroles. Parfois, un client peut dire qu’il apprécie un produit, mais son comportement d’achat ou d’usage peut dire le contraire.
Soyez particulièrement attentif au parcours client digital, aux interactions sur votre site web et aux habitudes d’utilisation de vos produits et services. Ils peuvent vous fournir des informations essentielles sur les préférences et les obstacles non exprimés par les consommateurs.
Si vous observez que de nombreux clients consultent un produit mais ne l’ajoutent pas à leur panier ou abandonnent l’achat au moment de la validation, vous avez peut-être là un indice qu’il y a un frein non abordé : des frais de livraison trop élevés, une présentation produit peu convaincante ou un processus de paiement trop complexe.
L’analyse des comportements d’achat permet de savoir si vous répondez ou non aux besoins de vos clients, et de comprendre leurs motivations et frustrations.
L’identification des insights s’appuie sur l’observation des comportements de shoppers / consommateurs en situation (en magasin, à domicile, durant les phases de transport des produits…)
Se mettre à la place du client
Comprendre un consommateur, c’est avant tout savoir se mettre dans sa peau. L’empathie est une compétence clé pour identifier les insights les plus pertinents.
Pour ce faire, il est essentiel d’avoir une connaissance approfondie de vos personas cibles : Qui sont-ils ? Quels sont leurs besoins spécifiques ? Quelles sont leurs attentes vis-à-vis de votre produit ou service ?
L’exercice consiste à imaginer les défis que rencontrent vos clients au quotidien et à anticiper comment votre produit ou service peut y répondre.
Cette approche vous permet de découvrir des points de friction que vos clients peuvent rencontrer tout au long de leur processus d’achat, depuis la prise de décision d’achat jusqu’à l’utilisation du produit au quotidien.
Un insight efficace naît souvent d’une véritable compréhension émotionnelle des besoins et des aspirations de vos consommateurs, au-delà des simples critères rationnels.
Interroger et faire tester
Les plus courantes incluent les études qualitatives, comme les focus groups ou les entretiens en profondeur, où des consommateurs sont invités à s’exprimer librement sur leurs expériences, sentiments et perceptions.
Ces discussions permettent de dégager des insights sur des motivations souvent inconscientes. Les outils d’analyse de données sont également incontournables.
L’un des moyens les plus sûrs pour obtenir des insights consommateurs de qualité est de générer des données directement à partir de vos clients. Cela passe par la mise en place d’enquêtes de satisfaction et de tests utilisateurs.
Ces derniers vous permettent d’obtenir des retours détaillés sur l’expérience client, les attentes et les préférences de votre clientèle. Les données quantitatives issues de sondages vous offrent une vue d’ensemble sur les perceptions des consommateurs, tandis que les données qualitatives obtenues par des groupes de discussion ou des interviews permettent de mieux comprendre les motivations profondes des clients.
L’important est de ne pas se limiter aux retours post-achat, mais d’adopter une approche globale : recueillir des avis avant l’achat, pendant l’expérience d’utilisation, et après l’achat pour avoir une vue d’ensemble sur le parcours client.
En complément des questionnaires et interviews, les tests produits en situation réelle ou les feedbacks en temps réel sont des outils puissants pour identifier les points d’amélioration.
Croiser les sources
En combinant l’analyse des comportements sur les réseaux sociaux, les retours des clients sur les plateformes d’e-commerce, ou les résultats des enquêtes de satisfaction, les entreprises peuvent dégager des tendances et comprendre les sentiments sous-jacents.
Enfin, l’observation directe et l’analyse de la concurrence peuvent aussi faire émerger des insights puissants en dévoilant des besoins non encore adressés sur le marché.
Leur identification s’appuie sur l’analyse / réflexion à partir de différentes sources d’informations (avec des data fiables) :
- les tendances émergentes et les évolutions de comportements des consommateurs
- l’observation des comportements de shoppers / consommateurs en situation (en magasin, à domicile, durant les phases de transport des produits…)
- l’identification des besoins et/ou attentes non satisfaits vs un marché / une catégorie de produits
- des typologies / des profils de consommateurs / shoppers (segmentation)
- la hiérarchisation des caractéristiques et les fonctionnalités recherchée d’un produit en (vs ce qui est réellement important pour les typologies de consommateurs, et ce qui a de la valeur à leurs yeux comme par exemples l’ergonomie, l’esthétique, la facilité d’utilisation et d’autres aspects qui améliorent l’interaction globale avec le produit)
Les étapes pour transformer les données en insight
Les données sont essentielles, mais elles ne suffisent pas. Les données brutes sont des informations collectées directement, souvent via des sondages, des panels ou des observations.
Cette capacité à extraire des significations à partir de données brutes rend l’insight précieux. Une fois recueilli, le matériau doit être organisé, confronté et interprété.
Collecter les données pertinentes
Avant de pouvoir analyser des insights, il est essentiel de collecter les bonnes données. Cela inclut des informations quantitatives (sondages, questionnaires, données d’achat, taux de conversion, interactions sur le site web) et qualitatives (avis clients, commentaires sur les réseaux sociaux, témoignages dans les groupes de discussion, entretiens, focus groupes).
Vous devez vous assurer que les données collectées couvrent à la fois les comportements mesurables (quantitatifs) et les perceptions subjectives (qualitatives) de vos clients.
Catégoriser les insights
Une fois que vous avez recueilli suffisamment de données client, la prochaine étape consiste à les organiser en catégories pour faciliter leur analyse.
- Segmentation démographique et comportementale : divisez vos consommateurs en groupes (âge, sexe, situation géographique, comportement d’achat, etc.) pour identifier des patterns spécifiques à chaque segment.
- Thèmes récurrents : regroupez les insights autour de thèmes ou de problématiques récurrentes, telles que la satisfaction produit, l’expérience d’achat, le service client, la perception de la marque, etc.
- Priorisation des problèmes : identifiez les insights les plus impactants. Par exemple, une plainte fréquente sur un produit qui fait l’objet de nombreux retours négatifs doit être priorisée par rapport à des commentaires isolés.
Analyser les données en profondeur
L’analyse des insights nécessite une compréhension précise des motivations, des besoins et des attentes des consommateurs. Pour cela, vous pouvez opter pour une cartographie du parcours client.
Reconstituez le parcours complet d’un consommateur, depuis sa première interaction avec la marque jusqu’à son post-achat, pour repérer les points de friction et les moments clés qui influencent la décision d’achat.
Vous pouvez également avoir recours à la méthode SWOT, afin d’examiner les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces en fonction des insights recueillis.
Cette approche marketing vous permet de voir comment un insight consommateur peut renforcer un avantage concurrentiel ou mettre en évidence une faiblesse à corriger.
Comment reconnaître un insight trop faible ?
Il est facile de tomber dans le piège d’interpréter des données sans en saisir toute la profondeur. L’une des erreurs courantes est de se laisser influencer par des tendances superficielles ou des impressions anecdotiques.
Un vrai insight doit être soutenu par des preuves solides et avoir une véritable implication stratégique. Il est aussi important de ne pas sur-analyser ou chercher des insights à tout prix, ce qui peut mener à des interprétations erronées ou trop généralistes.
Enfin, une autre erreur fréquente est de négliger la diversité des consommateurs. Un insight basé sur un groupe restreint ou homogène peut ne pas être représentatif du marché global.
Il est donc crucial de veiller à ce que les insights soient construits à partir d’une variété de sources, et non d’un échantillon biaisé ou trop limité.
Derrière ce terme sibyllin se cache un élément essentiel à tout lancement de produit ou de service. Plus il sera précis, meilleur pourra être la réponse du marketing aux attentes du consommateur.
Il est la clé de voûte entre l’analyse de l’environnement, la recherche de nouvelles opportunités, la formulation d’une promesse consommateur et la stratégie de lancement.
Un exemple d’insight trop vague
En parcourant un site de vulgarisation sur les insights consommateurs, je suis tombé sur cet exemple : « J’aimerais avoir un nouvel ordinateur parce que le mien est trop vieux, mais je n’ai pas suffisamment d’argent.»
Sauf que cet insight est mauvais ! En quoi ? Car il fait émerger très peu d’informations sur les processus de perception de la réalité et de désir propres à une personne.
« J’aimerais avoir un nouvel ordinateur »
Qu’est-ce qu’un nouvel ordinateur aujourd’hui ? Un laptop ? Un PC fixe ? Une tablette ? Un micro PC ?
En somme, il ne faut pas se focaliser sur un produit mais sur une aspiration plus grande, qu’elle soit consciente ou non.
« Parce que le mien est trop vieux »
Cette formule ne veut rien dire dans l’absolu, ni n’est centrée sur aucun besoin spécifique d’aucune cible spécifique. Que veut dire « trop vieux » ? 2 ans ? 5 ans ? 10 ans ?
Un PC de 10 ans est trop vieux pour faire du montage vidéo 4K mais l’est-il pour faire du traitement de texte basique ?
Parfois, le besoin n’est même pas formulé par les consommateurs et l’insight est là pour combler une frustration non dite.
« Mais je n’ai pas suffisamment d’argent »
Encore une fois, quel est le cadre de référence ? Que signifie « pas assez d’argent » ? Le budget mensuel d’un cadre du tertiaire peut être le budget annuel d’un étudiant boursier.
L’un pourra être à court d’argent pour financer une enceinte haut de gamme Bang & Olufsen, et l’autre à court d’argent pour une marque distributeur. Sans parler des modalités de paiement ?
Selon les publics, les solutions de financement ne sont pas les mêmes et offrent plus ou moins de souplesse.
Pourquoi cet insight échoue
Pour résumer, l’insight décortiqué précédemment est trop vague, il s’arrête au premier degré du discours, sans chercher à creuser les causes profondes sur un terrain sociologique, psychologique et technologique.
Comme tous les mauvais insights, il ne remet pas en cause les croyances et prend les raisons invoquées pour argent comptant, sans chercher la multiplicité des causes, lui préférant les schémas binaires et les causes linéaires exclusives.
C’est la différence entre le désir véritable, et le discours du désir que nous construisons pour marchander avec nous-même. Cet insight ne cherche pas à comprendre quelle motivation se cache derrière un besoin matériel de façade.
Les gens eux-même décryptent rarement leurs désirs profonds car cela les renvoie à leurs propres peurs : peur de l’isolement, peur de l’abandon, peur de ne pas être aimé, etc.
Travailler sur un insight consommateur, c’est comme retirer les couches successives d’un oignon, en allant toujours plus loin dans l’exploration des facteurs de motivation.
Qui plus est, l’insight précédent présente une erreur logique fondamentale en considérant une conséquence de l’évolution des usages et des technologies comme une cause.
Corrélation n’est pas causalité, c’est un des sophismes les plus communs en zététique, connu sous le nom de point cigogne ou d’argumentation Cum hoc ergo propter hoc (du latin « avec ceci, donc à cause de ceci »).
En effet ce n’est pas parce que l’ordinateur est « trop vieux » que l’on veut en changer. Nous voulons changer d’ordinateur car nous aspirons à de nouveaux besoins induits eux-mêmes par de nouvelles aspirations collectives et individuelles, induites elles-même par de nouvelles possibilités technologiques, et ainsi de suite.
L’insight que nous venons de décortiquer est typiquement le genre d’insights qu’un chef de publicité peu scrupuleux pourrait proposer à posteriori pour justifier une copy-strategy bancale.
Un exemple d’insight mieux formulé
Bien sûr, face à une proposition initiale si floue, difficile d’améliorer la donne sans élaguer drastiquement l’arbre des possibles et se focaliser sur une frustration précise.
Plusieurs insights cohabitent fréquemment autour d’un même service ou produit. Il convient alors de voir si ces deux insights peuvent vivre ensemble harmonieusement sans créer de conflits d’images et sans discréditer les promesses respectives.
Le cas échéant, il faut trancher et privilégier l’insight le plus prégnant avec une promesse forte et des codes bien définis.
Nous pourrions formuler un nouvel insight basé sur les performances bureautiques et le bénéfice que tireraient les étudiants d’un nouvel ordinateur dans leur scolarité.
J’ai décidé de l’axer davantage sur les besoins de divertissement et de jeu. Proposons donc l’insight suivant : « J’aimerais pouvoir jouer en réseau car tous mes amis y sont connectés mais les PC gamers sont trop chers pour les étudiants. »
Le désir : une activité plutôt qu’un objet
Le désir de la cible se porte sur une activité, non sur un objet. Une activité à la fois ludique («jouer») et connectée («en réseau»).
Ces deux univers sont à prendre en compte dans les références culturelles, esthétiques et le vocabulaire utilisés en aval dans la promesse consommateur (ex : références geek).
La motivation : appartenir à une communauté
C’est une démarche à caractère social. Dans ce cas, le divertissement évoqué est presque un bénéfice secondaire.
L’enjeu véritable du jeu en ligne est de faire partie de la communauté. Si jouer est un caractère naturel de l’être humain, dans ce contexte là, ce n’est pas une fin en soi.
Il y a une quête encore plus éminente sur la pyramide de Maslow qui est le besoin d’appartenance.
A l’époque des flippers et des baby foots, les adolescents ne se retrouvaient pas au café uniquement par amour des beaux objets.
Quand les rituels de cooptation et d’appartenance se sont déportés ailleurs en raison des avancées technologiques (salles d’arcade, jeux en ligne…), les publics ont déserté le « café des amis » pour suivre ces nouveaux lieux communautaires.
La promesse consommateur devra donc s’enrichir de cet enjeu de socialisation et d’appartenance.
La tension : les contraintes de la cible
Cela nous informe sur l’identité de la cible, son mode de vie et ses contraintes : nomadisme, besoin d’un ordinateur facile à transporter, besoin d’un faible encombrement par rapport aux chambres étudiantes, crédits difficiles à obtenir, capacité à s’en servir comme d’une TV et à écouter de la musique pour ne pas multiplier les achats, la responsabilité éthique de l’entreprise (ex : le Fair Phone), les codes esthétiques, etc.
Cela conditionnera un choix de tonalité, de messages et des références culturelles propres, par exemple «la galère étudiante» : les soucis communs constituent un formidable facteur d’appartenance.
Les évoquer permet de communier avec la cible. Cela fait aussi émerger des possibilités de financement propres aux étudiants que l’on pourra retrouver dans la promesse consommateur ou qui pourront faire naître des partenariats avec des acteurs du secteur bancaire : prêt à 1 euro par jour, prêt à taux 0%, paiement en plusieurs fois.
La précision des mots dans la formulation
L’analyse ci-dessus nous a montré l’importance d’une extrême précision dans le choix des mots et des formules. L’insight ne laisse pas de place à l’implicite.
Il doit être descriptif, causal, direct. Sa neutralité est froide comme un scalpel. L’insight ne recherche pas la figure de style, il décrit en une phrase un long processus de maïeutique.
Chaque mot ramenant à lui seul, tout un monde, un style de vie, un système économique ou un processus psychologique.
L’insight est un hymne au pouvoir créateur du langage et au principe d’émergence. Comme la philosophie, la science, la théorie des systèmes et l’art, le langage possède ce pouvoir extraordinaire qui confère à un tout davantage de sens que la somme de ses parties.
C’est l’obscure clarté qui tombe, non pas des étoiles, mais de l’esprit du marketeur qui, après avoir avoir humé le délicat fumet de la frustration et nettoyé les écuries d’Augias de la causalité, formule le désir, le discours du désir et sa solution d’assouvissement.
Comment intégrer les insights dans une stratégie marketing ?
Une fois identifiés, les consumer insights doivent être intégrés de manière stratégique dans l’ensemble des actions de l’entreprise.
Cela commence par une prise de décision fondée sur ces insights, que ce soit dans le développement de produits, la définition du positionnement marketing ou la création de contenu.
Par exemple, si un insight suggère que les consommateurs recherchent de plus en plus des options écologiques, il serait pertinent pour une marque de repenser ses processus de production ou de mettre en avant ses initiatives écologiques.
Ensuite, l’intégration des insights dans la stratégie nécessite une communication interne efficace. Les équipes marketing, produit, et même le service client doivent être alignées autour des mêmes insights pour garantir que chaque point de contact avec le consommateur reflète ces compréhensions profondes.
De plus, l’évolution des insights doit être suivie régulièrement pour ajuster les stratégies en temps réel.
Les informations recueillies peuvent ensuite être utilisées pour ajuster les fonctionnalités du produit, les messages marketing ou les stratégies de fidélisation client.
Les insights dans l’innovation et la communication
L’expérience des différents types d’utilisateurs est une composante essentielle de vos innovations. C’est une clé pour comprendre ce qu’ils attendent vraiment d’un produit ou d’un service sur le marché.
Comprendre ce qui motive profondément l’achat ou l’engagement d’un consommateur offre une clé pour développer des produits, des services et des communications qui créent une véritable connexion émotionnelle.
Les insights permettent ainsi de relier l’analyse des comportements à une réponse concrète : une fonctionnalité, une proposition de valeur, une tonalité, une promesse ou une expérience.
Découvrir et utiliser des insights peut faire la différence sur un marché compétitif.
L’avenir des consumer insights
L’avenir des consumer insights est indissociable des avancées technologiques. L’intelligence artificielle et le machine learning permettent désormais d’analyser des volumes massifs de données consommateurs avec une précision inédite.
Ces technologies devraient permettre de dénicher des insights encore plus profonds et contextuels, en temps réel, et dans des domaines de plus en plus spécifiques.
Par ailleurs, la montée en puissance des interactions personnalisées, notamment via les chatbots et les assistants virtuels, offrira de nouvelles façons d’explorer les besoins et désirs des consommateurs.
Dans ce futur proche, les consumer insights pourraient devenir encore plus interactifs et instantanés, ce qui permettrait aux marques de répondre immédiatement aux attentes des consommateurs et de créer des expériences de plus en plus personnalisées.
L’évolution des outils analytiques permettra aussi de mieux comprendre les comportements en ligne, en suivant de près les parcours clients et en anticipant leurs besoins avant même qu’ils ne soient exprimés.

De l’observation à l’insight exploitable
Ce que l’on peut trouver à l’état brut, ce sont justement ces signaux inspirants dont les entreprises regorgent : résultats d’études, verbatim, éléments de veille, etc.
Or, en soi, ces signaux peuvent être ambigus, conduire à plusieurs interprétations complémentaires ou contradictoires. On ne peut donc en rester au stade de l’observation inspirante pour disposer d’un insight exploitable.
Techniquement, l’insight réellement exploitable est donc une pensée structurée et articulée, qui n'est plu un signal brut, comme nous l’avons déjà souligné (cf. la méthode rédactionnelle SMT) : une observation, une motivation, un point de tension.
C’est ce ternaire qui rend l’insight exploitable avec précision en vue d’une réponse marketing (produit, service, discours, etc.).
Si les ingrédients d’un insight peuvent être trouvés facilement, telles des matières premières, l’insight lui est le fruit d’un travail articulé et réfléchi et il ne peut se limiter à une simple observation (fût-elle inspirante).
Ce travail est généralement réalisé par le marketeur mais peut aussi l'être en partie par le consommateur s’il est guidé pour articuler sa pensée (voir notre note sur insight crafter) dans le cadre d’un dialogue co-créatif bien mené.
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