Au XVIIIe siècle, fêter Pâques signifie d’abord achever le Carême, suivre les offices de la Semaine sainte et célébrer la résurrection du Christ par une messe et un repas familial. Les œufs, l’agneau, les cloches silencieuses puis revenues à toute volée et les réunions de famille structurent cette fête, tandis que les œufs au chocolat apparaissent encore comme une nouveauté réservée à certains membres de l’aristocratie.
La fête pascale du XVIIIe siècle conserve donc un caractère profondément religieux, mais elle est aussi une fête domestique, sociale et alimentaire. Les pratiques varient selon les milieux : les familles modestes rompent le jeûne avec un repas simple, alors que la noblesse et les bourgeois aisés peuvent organiser de somptueux banquets et échanger des œufs décorés ou précieux.
Le sens de Pâques : un passage de la mort à la vie
D’où vient son nom ?. Demandons-le aux savants. Ils nous répondront que le mot hébreu paschah signifie « passage », et que la Pâque fut créée par Moïse pour rappeler la sortie d’Egypte et le passage de la mer Rouge. Pâques fut donc une fête juive avant de devenir une fête chrétienne.
Les Juifs commémorent le jour de Pâques la sortie d’Égypte des Israélites (vers 1500 AV Jésus Christ). C’est le passage de l’esclavage à la liberté puisque le peuple hébreu subissait l’esclavage en Égypte. C’est aussi le passage de la Mer Rouge par le peuple hébreu, conduit par Moïse.
Pour les chrétiens, Pâques est le rappel de la mort et de la résurrection de Jésus précédé de la Cène, le dernier repas de Jésus avec ses apôtres avant son arrestation et sa crucifixion. Il ressuscite trois jours après, apparaît vivant devant ses disciples et se montre à eux pendant 40 jours avant de monter au ciel. Pour les chrétiens c’est aussi le symbole fort d’un « passage » de la mort à la vie.
Pour les Chrétiens, Pâques est la célébration de la résurrection de Jésus-Christ, trois jours après sa crucifixion, le Vendredi Saint. La date de la fête de Pâques est fixée, par le concile de Nicée, en 325, au dimanche qui suit la pleine Lune de l’équinoxe de printemps.
Pour distinguer la fête chrétienne de la fête juive, on parle de la Pâque juive et des fêtes de Pâques pour les Chrétiens. Cet événement varie entre le 22 mars et le 25 avril selon les années.
La place de Pâques dans le calendrier chrétien
Pour les Chrétiens, les fêtes de Pâques viennent clôturer le Carême. Cette période de quarante jours rappelle d’abord les 40 jours que Jésus passe dans le désert, avant Pâques, mais également les 40 ans d’errance des Juifs dans le désert lors de l’exode. C’est le moment, pour les fidèles, d’approfondir leur foi chrétienne.
Cette période de Carême se clôture par la semaine sainte qui correspond, dans le Nouveau Testament, aux derniers jours de la vie de Jésus. Le dimanche des Rameaux est le dimanche qui précède le dimanche de Pâques.
Le dimanche des Rameaux est le dimanche qui précède le dimanche de Pâques. Après 40 jours passés dans le désert, Jésus revient à Jérusalem pour célébrer la Pâque juive. À son arrivée, il est juché sur un âne et traverse la ville. La foule l’acclame et agite des branches d’arbre à son passage, en signe de joie et de respect.
En rappel de cet épisode, les Chrétiens font bénir une branche d’arbre lors de la célébration des rameaux. Le jeudi suivant le dimanche des Rameaux et précédent Pâques est appelé Jeudi Saint.
Le Jeudi Saint et la Cène
Ce jour-là, Jésus partage son dernier repas avec ses disciples. Après avoir béni le pain, symbole de son corps et le vin, symbole de son sang, il annonce sa trahison à venir. Toujours accompagné de ses apôtres, il se retire sur le mont des oliviers pour prier.
C’est là que des soldats l’arrêtent, avec la complicité de Judas. Le repas pascal s’inscrit ainsi dans le souvenir du dernier repas du Christ et dans la préparation des événements de la Passion.
Le Vendredi Saint
Après son arrestation, les chefs religieux de la région accusent Jésus de causer du désordre. Ils le présentent devant Ponce Pilate qui le condamne. Jésus entame son chemin vers le mont Golgotha en portant sa croix.
Il est finalement crucifié et meurt sur la croix à 15 h 00 le Vendredi Saint. Ce jour-là, les fidèles jeûnent et suivent le chemin de croix qui se compose de 14 stations rappelant les différents épisodes du dernier jour de Jésus.
Les cloches se taisaient, les croix étaient voilées, des processions accompagnées de chants de la Passion défilaient dans les rues. À leur place, des instruments bruyants prenaient le relais : des planches à claquer en bois des claquettes Cricquets (à partir de la fin du XVe siècle).
Le Samedi Saint et la Vigile pascale
Le Samedi Saint est le jour où Jésus descend aux enfers. Dans la soirée, les Chrétiens organisent la Vigile Pascale.
À cette occasion, le prêtre allume le nouveau cierge pascal, qui doit durer toute l’année. C’est un symbole de la résurrection du Christ et de sa présence parmi les fidèles durant à la messe.
Au cours de cette veillée, les prêtres baptisent les nouveaux catéchumènes (adultes). La nuit du samedi au dimanche constitue ainsi un passage liturgique entre le deuil, le silence et la joie de la résurrection.
Le dimanche de Pâques
Le dimanche de Pâques, les fidèles célèbrent le jour de la résurrection du Christ. Selon les Évangiles, le dimanche, troisième jour après la crucifixion de Jésus, plusieurs femmes, venues embaumer son corps, trouvent le tombeau vide.
Un ange leur révèle alors la résurrection du Christ. C’est la grande Bonne Nouvelle, du christianisme : la promesse de la résurrection.
Pour les croyants, les réjouissances les plus importantes ont lieu ce jour. Elles se composent d‘une messe et d’un repas de Pâques qui se partage en famille, souvent agrémenté d’un agneau pascal !
Le XVIIIe siècle : une fête religieuse et familiale
Pâques est une période que l’on passe en famille ou entre amis. C’est aussi, avec le temps, une fête qui s’oriente de plus en plus vers les enfants, avec des activités de peinture ou de chasse aux oeufs.
Au XVIIIe siècle, la fête reste cependant moins centrée sur les friandises et les divertissements enfantins que les célébrations contemporaines. Du temps de Jane Austen, les festivités étaient donc assez calmes : on observait religieusement le Carême, puis on faisait un grand repas de famille, avec un gros jambon ou un gigot d’agneau.
On pouvait faire cuire les oeufs durs et les teindre en attendant de les manger une fois le Carême terminé, mais une chose est sûre : les friandises n’étaient pas encore de mise. De tout façon, même sans les Puritains pour vous fustiger, le chocolat n’existait que sous forme de cacao en poudre et le sucre restait un produit de luxe…
Les différences sociales restaient également visibles à Pâques : chez les paysans, les repas étaient frugaux, tandis que la noblesse et les bourgeois aisés organisaient de somptueux banquets. Mais partout, la rupture avec la période austère du Carême était perceptible - et significative.
Les pratiques selon le milieu social
| Milieu social | Manière de fêter Pâques |
|---|---|
| Chevaliers et noblesse | Participation à des messes solennelles dans les églises patronales ; offrandes pour des messes et des prières ; banquets festifs après le Carême ; dévotion privée dans leurs propres chapelles de château |
| Paysans | Jeûne strict pendant toute la période de Pâques ; remise de redevances en nature ; participation aux processions et aux messes de pénitence ; célébrations simples mais pleines de sens |
| Citoyens | Églises richement décorées ; participation aux processions avec les confréries et les corporations ; activités commerciales et marchés autour de la fête |
Le repas de Pâques : agneau, œufs et abondance retrouvée
Dans les familles juives, on tuait le mouton gras et on le mangeait en famille. Les traditions de bonne chère sont celles qui se transmettent le plus sûrement d’âge en âge. Celle du mouton passa d’une religion à l’autre.
Chez les Juifs comme chez les Chrétiens, l’agneau pascal reste le menu des fêtes de Pâques. Cette tradition est, pour les Juifs, le souvenir de l’agneau sacrifié pour éviter la 10e plaie d’Égypte.
Pour les Chrétiens, le Christ, tout comme l’agneau, s’est sacrifié pour racheter les péchés des hommes. Pour cette raison, Jésus peut être surnommé l’Agneau de Dieu.
L’agneau est ainsi un symbole de pureté et de justice, associé à de nombreux épisodes bibliques. Au XVIIIe siècle, le gigot d’agneau peut donc être à la fois un plat de fête et un rappel du sens religieux de Pâques.
La rupture du jeûne
Autrefois, il était interdit de manger des œufs pendant le carême (période où les chrétiens font le jeûne, c’est à dire 40 jours avant Pâques). Cela correspond aux 40 jours de Jésus passés dans le désert avant sa mort.
On se trouvait donc à Pâques avec des quantités d’œufs ! Pour fêter la fin de ces privations, ils s’offraient les œufs pondus durant cette période.
La fin du Carême n'était pas une transition en douceur, mais un tournant marquant. La viande, les produits laitiers et surtout les œufs étaient à nouveau autorisés, après des semaines d'abstinence.
L’œuf occupait une place centrale : symbole de nouvelle vie, de fertilité et de résurrection. Les œufs de Pâques rouges étaient considérés comme un signe de sang, de sacrifice et de victoire sur la mort.
Les œufs de Pâques avant le chocolat
Symboles du renouveau, de la vie et de la fertilité, les œufs sont, dès l’Antiquité, associés au printemps. La tradition de s’offrir des œufs décorés à cette période existe déjà chez les Grecs, les Perses ou les Égyptiens.
Les Perses s’offraient des œufs de poule au printemps pour marquer la fin de l’hiver et la renaissance de la nature. Au Moyen Âge, en Europe, il est de coutume, d’offrir des œufs cuits et peints en rouge, symbole du sang du Christ le jour de Pâques.
Cette pratique est d’autant plus symbolique que la fête marque la fin du Carême, période au cours de laquelle l’Église prohibe la consommation de produits issus des animaux, dont les œufs.
Mais à quoi bon offrir des oeufs décorés ? Les poules conitnuent de pondre pendant 40 jours, même lorsque les contemporains n’en mangent pas ! Il fallait alors donner aux oeufs une autre utilité !
Au cours du temps, les décors deviennent de plus en plus soignés. Plus tard, l’usage se répand, parmi la noblesse, d’échanger des œufs qui sont de véritables joyaux.
Le roi en distribue de pleines corbeilles à ses courtisans. Boucher adorna de compositions libertines des œufs de Pâques destinés à Mme Victoire, fille de Louis XV.
Pourquoi les œufs sont-ils rouges ?
Voici ce que conte, à ce propos, un ancien membre de l’Ecole d’Athènes, savant avisé et grand voyageur. Ce savant, au cours d’un voyage de recherches archéologiques en Epire, s’arrêta un jour au couvent grec des Saints-Pères.
Conduit par un moine, il vit, dans l’église du monastère, toute une série de-tableaux dont les sujets étaient empruntés à l’Ancien et au Nouveau Testament. « Afin de ne pas scandaliser le bon Père, racontait-il, je m’efforçais de lui montrer que tous les sujets que représentaient ces peintures m’étaient familiers ; et l’excellent religieux qui d’abord avait pris un air soupçonneux, commençait à me considérer avec sympathie, lorsqu’un dernier tableau me fit hésiter.
J’apercevais bien un personnage présentant le type traditionnel de saint Pierre. En face de lui, une femme tenait à deux mains un tablier relevé et l’ouvrait pour montrer au prince des apôtres un objet que je ne distinguais pas dans la demi-obscurité de l’église.
- Et celui-ci, demandai-je, que représente-t-il ? - Comment ! tu ne le connais-pas ? - Non ! - Tu ne vois pas que c’est sainte Madeleine montrant à saint Pierre ses œufs rouges ? - Quels oeufs rouges ? - Tu ne sais donc pas que saint Pierre, allant en hâte au tombeau, se croisa avec sainte Madeleine qui en revenait ?
- Certes si, je sais cela. Mais les œufs ? - Alors, tu sais que sainte Madeleine dit à saint Pierre que le Christ était ressuscité ?. Mais que répondit-il ?. Il répondit - car tu sais qu’il était incrédule - il répondit qu’il croirait cela quand les œufs de poule seraient rouges.
Or, la sainte femme portait des œufs dans son tablier. (Le bon moine n’expliquait pas pourquoi elle s’était chargée de ces objets fragiles pour courir au tombeau. Mais n’importe !. il n’y aurait plus de légende possible s’il fallait tout expliquer).
Madeleine ouvrit donc son tablier : les oeufs étaient devenus rouges, et saint Pierre fut forcé de croire à la résurrection. Voilà, conclut le révérend Père, pourquoi, à Pâques, on fait des oeufs rouges. »
L’apparition des œufs au chocolat au XVIIIe siècle
Aujourd’hui, nous nous délectons d’œufs en chocolat, mais cette tradition est bien plus récente. En effet, le cacao n’arrive en Europe qu’à partir du XVIe siècle, ramené d’Amérique par les colons espagnols.
Consommé épicé dans sa région de production, il est adjoint à du sucre ou du miel pour plaire aux palais européens et devenir le chocolat que nous connaissons. Le cacao se diffusa ensuite petit à petit, très prisé dans les plus belles cours royales européennes.
C’est au XVIIIe siècle, que pour la première fois, des œufs au chocolat sont consommés à Pâques par certains membres de l’aristocratie. Des œufs sont alors vidés pour être remplis par du chocolat liquide.
Au 18ème siècle, en France, on décide de vider les œufs frais et de les remplir en chocolat. C’est au 18ème siècle que des marchands allemands et alsaciens ont eu l’idée de recouvrir les oeufs, alors interdit pendant le carême, de chocolat !
Les œufs entièrement chocolatés n’apparaissent eux qu’à la fin du XIXe siècle. Ils sont obtenus grâce au développement des techniques de travail de la pâte à cacao.
Cet art fut maîtrisé au 19ème siècle grâce à l’apparition de différents moules, ainsi que grâce à l’évolution des méthodes de travail sur la pâte cacao. En effet, les chocolatiers mélangent du sucre, du beurre et du chocolat en poudre et obtiennent une pâte qu’on peut verser dans des moules.
Les œufs en chocolat remplacent peu à peu les œufs naturels décorés. Ils conservent la charge symbolique héritée des traditions anciennes, tout en s’inscrivant dans une culture du plaisir et du partage.
Les œufs précieux de la noblesse
Avec le temps, l’œuf dépasse sa seule portée symbolique pour devenir un objet offert. À la fin du Carême, les œufs accumulés sont partagés, puis progressivement décorés afin de marquer l’événement.
La coloration, les motifs et les inscriptions transforment l’œuf en un véritable présent, porteur de souhaits et de messages. Ce geste d’offrande inscrit l’œuf au cœur des pratiques familiales et sociales de Pâques.
Il ne s’agit plus uniquement d’un symbole religieux ou mythologique, mais d’un rituel de transmission et de convivialité. Selon les régions et les époques, ces œufs décorés prennent des formes variées, annonçant déjà l’évolution vers des créations plus élaborées.
Vers la fin du XIXème, le tsar de Russie voulut aller bien plus loin que de simples oeufs de Pâques peints. Il fit appel au joaillier Fabergé pour lui confectionner un oeuf magnifique, joyau d’orfèvrerie, à offrir à son épouse la tsarine.
Ce qui était au départ un cadeau spontané devint une habitude au fil des ans. 54 oeufs ont ainsi été fabriqués entre 1885 et 1917.
Les cloches de Pâques
Mais Pâques n’est pas seulement le jour des œufs, c’est aussi le jour des cloches, le jour où, après un long silence, elles recommencent à frapper l’air de leurs chants harmonieux.
Les habitants des grandes villes ne s’aperçoivent guère que les cloches se sont tues. A Paris, même au voisinage des églises, c’est à peine si l’on entend les plus gros bourdons.
Mais, dans les campagnes, la voix des cloches est une voix familière, et leur silence, non plus que leur réveil, ne passent inaperçus. La cloche est d’invention très ancienne : il est probable qu’elle est de provenance orientale et qu’elle ne fit son apparition en Occident que vers l’an 400 de notre ère.
L’Italie, ou plutôt la Campanie, province de l’Italie méridionale, lui donna d’abord asile, et de là vint que les cloches prirent le nom de cette province, et que le clocheton où on les suspendait s’appelait « campanile ».
L’usage des cloches se généralisa en Europe vers le VIIIe siècle, dans les églises et les monastères ; mais c’est seulement à partir des XIIe et XIIIe siècles qu’on leur donna de grandes dimensions et un poids considérable pour obtenir des sons graves et puissants.
Pâques est donc, depuis au moins huit ou neuf siècles, la fête des cloches et le jour solennel où les sonneurs, de toute la force de leurs bras, mettent en branle campanes et bourdons.
Le sonneur, ce jour-là, est le maître des régions éthérées ; il les emplit de la voix sonore de son carillon. En dépit d’un vieux dicton qui le représente comme un fervent ami de la dive bouteille, c’est surtout de musique aérienne que le sonneur se grise ce jour-là.
Le silence des cloches pendant la Semaine sainte
La tradition du silence des cloches prit naissance vers le 7ème siècle. À l’époque, l’Église interdisait de sonner les cloches du Vendredi Saint au Dimanche de Pâques pour commémorer le temps entre la mort et la résurrection du Christ.
Selon la tradition, les cloches de toutes les églises s’envolent, le Jeudi Saint, vers Rome pour être bénies par le pape. Elles ne sonnent plus jusqu’au dimanche de Pâques.
Sur leur chemin de retour, elles sonnent à toute volée pour annoncer la résurrection du Christ. Elles dispersent par la même occasion, œufs en chocolat et friandises dans nos jardins !
Dans les pays catholiques, la tradition veut que les cloches de Pâques ramènent les œufs de Rome. La légende voulait que les cloches partent à Rome où le Pape les bénissait.
Le matin de Pâques, les cloches revenaient en carillonnant pour annoncer la résurrection du Christ. A Rome, elles se chargeaient d’œufs de Pâques qu’elles répandaient à leur retour dans les jardins, permettant aux enfants de les chercher.
Les légendes associées aux cloches
Au temps jadis, quand on fondait les cloches au pied même du clocher où elles devaient être logées, c’est l’époque qui précédait la fête de Pâques qu’on choisissait pour ce travail, et c’est le jour de Pâques qu’on baptisait la cloche et qu’on l’inaugurait.
Le fondeur besognait dans le mystère ; la nuit, on voyait rougeoyer les lueurs de son fourneau gigantesque ; et maintes histoires miraculeuses couraient sur son compte.
Les légendes sont nombreuses sur la fabrication des cloches autrefois. Citons-en une entre cent. C’est l’histoire étrange et tragique de la cloche de Breslau.
En 1386, le plus vieux fondeur de cette ville avait cru trouver la formule d’un alliage merveilleux. Le métal avait été versé dans le moule et le vieillard, voulant se reposer quelques instants, avait laissé son jeune apprenti auprès du moule, en lui recommandant de ne pas toucher au métal.
Mais le jeune garçon, désirant faire jaillir de belles gerbes d’étincelles, plongea dans l’alliage liquide une grosse barre de fer. Aussitôt, le métal, au contact de cet objet froid, se mit à bouillonner, et l’enfant poussa des cris de terreur.
Le fondeur, éveillé en sursaut, accourut ; et, croyant son chef-d’œuvre perdu, il entra dans une si violente colère qu’il empoigna son apprenti et le jeta dans le métal fondu.
Or, les habitants de Breslau assuraient que le son de cette cloche avait quelque chose de pénétrant, de douloureux. Quand elle sonnait, on eut dit que l’espace s’emplissait de sanglots.
L’amour que les gens d’autrefois avaient pour leurs cloches s’exprimait ainsi par toutes sortes de légendes. C’étaient là de belles histoires qui, jadis, faisaient frissonner les paysans à la veillée, et que seuls se rappellent aujourd’hui les fervents des traditions populaires et aussi les poètes qui aiment la voix des cloches et le pittoresque des clochers.
Les cloches revenues au clocher
Contons-en une haute, celle des cloches d’une vieille abbaye de Flandre, que les sans-culottes enlevèrent, en 1792, pour en faire des canons.
On les avait descendues à grand peine du clocher où, depuis des siècles, elles chantaient de matines jusqu’à vêpres, et on les avait déposées sur un lourd chariot garni d’un épais lit de paille. Il s’agissait de les conduire à la fonderie de Douai.
En route, le charretier jurait, sacrait sans relâche, et les cloches frémissaient d’entendre de tels blasphèmes. Et voilà qu’un beau soir - c’était justement le samedi saint, veille de Pâques - comme le mécréant sacrait plus fort que de coutume, les cloches, tout à coup, s’ébranlèrent, s’entrechoquèrent dans un déchaînement de sonorités furibondes, s’enlevèrent d’elles-mêmes et disparurent dans la nuit.
L’homme fut retrouvé, inanimé, auprès de son attelage. Quant aux cloches, elles s’en étaient revenues au clocher abbatial ; et, le lendemain, dimanche de Pâques, dès l’aube, les gens du pays ne furent pas peu surpris de les entendre sonner à toute volée.
Pâques, paix, pardon et délivrance
La fête de Pâques était donc choisie comme terme de restitution, de réparation et d’oubli des injures. Dans beaucoup d’actes de ce genre on voit ce jour figurer comme date de paix et de pardon.
Une vieille chronique nous raconte un fait curieux qui se passa le jour de Pâques. Burchard, dit le Barbu, tige de la maison de Montmorency, possédait un fort dans l’île de Seine (devenue l’île Saint-Denis).
Il partait de ce fort pour faire des incursions sur l’abbaye de Saint-Denis, qu’il pillait et dévastait fréquemment. Si Vivien, abbé de ce monastère, s’en plaignit au roi qui ordonna au noble baron de mettre fin à ses brigandages, Burchard n’obéit pas et se vengea sur les propriétés de l’abbaye et sur les pauvres habitants qui les cultivaient.
Le roi, impuissant à contenir ce redouble brigand, imagina de lui faire consentir un accord avec l’abbé de Saint-Denis, accord qui eut lieu en 1008.
Il fut convenu que Burchard serait autorisé à construire un château dans un lieu appelé Montmorency, près de la fontaine de Saint-Valery, à trois milles de Saint-Denis ; qu’il ferait hommage à l’abbé pour le fief qu’il possédait dans l’île Saint-Denis ; que ses chevaliers habitant son château de Montmorency seraient tenus de se rendre, deux fois par an, le jour de Pâques et le jour de saint Denis, dans l’abbaye de ce nom.
Ils devaient y rester en otages jusqu’à ce que les objets volés par ledit Burchard, les dommages faits par lui aux biens de l’abbaye, fussent restitués ou réparés ; après quoi, on se donnait le baiser de paix et les chevaliers retournaient à Montmorency.
Le miracle du palais de la Cité
Voici ce qui advint dans le palais de la Cité, le jour de Pâques de l’an 995, cependant que régnait Robert le pieux, ce roi célèbre dans les légendes.
Tout le monde sait qu’un jour, voyant un voleur qui coupait le gland d’or de sa robe, pendant qu’il était en prières, il se retourna et pria le larron de n’en voler que la moitié, afin d’en laisser un morceau pour un autre malheureux.
Par son ordre, disent les vieilles chroniques, un palais fut construit : c’est le palais de la Cité. Robert voulant l’inaugurer le jour de Pâques, des tables furent dressées pour un festin, où les pauvres de Paris étaient invités ; et avant de commencer le repas, Robert se lava les mains.
Alors, de la foule des mendiants qui le suivaient s’avança un aveugle qui lui demanda l’aumône ; le roi en badinant, lui jeta de l’eau au visage ; aussitôt, à la grande admiration des assistants, l’aveugle recouvra la vue.
Ce miracle, accompli le jour de Pâques de 995, attira un grand concours de peuple dans le palais de la Cité.
La délivrance des prisonniers
Si c’était l’usage à la Pentecôte de donner la liberté aux colombes dans les églises en mémoire de l’Esprit-Saint qui descendit sur les apôtres sous forme de colombe, il y avait à Pâques une tradition plus généreuse.
On délivrait des prisonniers, on les ressuscitait à la vie ; ils sortaient de la prison comme du tombeau. La joie était tellement grande qu’elle devait pénétrer partout, même dans les cachots.
Cette délivrance se rattache à plusieurs légendes, dont la plus célèbre est celle de saint Romain, au VIIe siècle. Un dragon qu’on nommait Gargouille tempêtait en rivière de Seine et faisait naufrager les bateaux ; sur les rives, il mangeait les chevaux et les bœufs des pauvres laboureurs.
Déjà plusieurs chevaliers sans paour avaient essayé de le tuer, mais ils avaient trouvé la mort. Saint Romain, alors archevêque de Rouen, se crut assez bien avec Dieu pour tenter l’entreprise.
Il se rendit d’abord dans les prisons de l’officialité et emmena avec lui deux prisonniers, condamnés à mort. Suivi d’une grande foule de peuple, il se rend au repaire du monstre qui, à sa voix, devient docile.
Il lui met son étole et une corde au cou, et les deux prisonniers le conduisirent ainsi, comme un chien tenu en laisse, sur la place publique, où il fut brûlé incontinent.
La Gargouille, sentant le feu, essaya de l’éteindre en vomissant beaucoup d’eau sur le bûcher, mais elle ne put y parvenir, saint Romain était là. Le monstre fut réduit en cendres.
Disons en passant que c’est depuis cet événement qu’on donna le nom de gargouilles aux animaux chimériques, sculptés autour des basiliques, qui rejettent loin d’elles les eaux sales, comme pour empêcher les souillures de pénétrer dans la maison de Dieu.
En mémoire de cette délivrance miraculeuse, on octroya aux archevêques de Rouen le droit de descendre tous les ans à l’officialité et, sur le rapport du geôlier, de donner la liberté à deux prisonniers.
Cette délivrance se faisait à Pâques. A Paris, c’était à Notre-Dame que s’accomplissait cette cérémonie : l’archidiacre brisait un anneau de la chaîne, et le prisonnier, après promesse de meilleure vie, était mis en liberté.
Le lapin de Pâques au XVIIIe siècle
Le lapin ou lièvre de Pâques est davantage présent dans le monde germanique : en Allemagne, dans l’est de la France et chez les protestants américains, descendants des immigrés allemands.
Le lapin de Pâques - une invention médiévale ? Non. Il n'apparaît pas dans les sources médiévales. Le lapin comme porteur d'œufs n'apparaît qu'au XVIIe siècle dans des textes du Palatinat - et ne s'est vraiment imposé comme coutume qu'aux XVIIIe et XIXe siècles.
Au Moyen Âge, c'était l'œuf lui-même qui était au centre de l'attention. La question de savoir qui l'apportait ne se posait donc pas.
Les lapins seraient, dans la mythologie germanique, les animaux fétiches de la déesse germanique Éostre, déesse de la fertilité et du printemps. Tout comme les cloches, le lapin de Pâques passe durant la nuit du samedi au dimanche pour cacher les œufs de Pâques dans les jardins.
Plusieurs associent directement Éostre avec le lièvre/lapin, mais c’est une affirmation contestée par certains historiens, par manque de preuves.
Cela dit, ce lièvre/lapin viendrait quand même d’Allemagne, non pas en raison des vikings et de leur culte à Éostre, mais, plus récemment, à cause des multiples échanges avec les Allemands et les Hollandais, et notamment les mariages royaux.
La chasse aux œufs et les enfants
À Pâques, on décore des oeufs. On les teinte en rouge en souvenir du sang versé sur la croix par le Christ, ou alors on les orne de rubans, de dentelles, de motifs peints.
L’oeuf est un symbole de germination, de (re)naissance, de fertilité. Il est parfait pour représenter le Christ ressuscité, ou alors le renouveau du printemps en général, selon qu’on aborde les choses sous un angle chrétien ou païen.
Comme les oeufs sont considérés comme un aliment riche, on n’en mange pas pendant le Carême, par contre on va pouvoir s’en goinfrer après le Lundi de Pâques.
C’est la raison pour laquelle cette fête est représentée comme une avalanche d’oeufs : puisque les poules continuaient de pondre, les oeufs s’accumulaient pendant les 40 jours précédent Pâques !
Au XVIIIe siècle, la chasse aux œufs n’a pas encore partout la forme commerciale et abondante qu’elle prendra plus tard, mais les œufs décorés, les présents et les jeux familiaux renforcent progressivement la place des enfants dans la fête.
Le sens des traditions anciennes
La tradition des œufs de Pâques s’est construite au fil des siècles, à la croisée de récits anciens, de pratiques religieuses et d’usages populaires.
Des légendes fondatrices aux rituels chrétiens, puis à l’essor du chocolat, cette histoire illustre la capacité des symboles à traverser le temps et à se transformer.
Comprendre l’origine des œufs de Pâques, c’est ainsi éclairer la manière dont une tradition ancestrale s’est progressivement muée en un moment de partage et de gourmandise.
Lorsque le christianisme s’impose en Europe, il ne fait pas table rase des traditions existantes. Les symboles anciens liés au printemps et au renouveau, déjà largement ancrés dans les usages populaires, sont progressivement réinterprétés.
L’œuf, porteur de vie dans de nombreuses mythologies, trouve alors un nouvel écho dans la symbolique chrétienne de la résurrection.
À cette lecture symbolique s’ajoute une pratique religieuse structurante : le Carême. Pendant cette période de jeûne précédant Pâques, la consommation d’œufs est traditionnellement proscrite.
Les œufs pondus sont donc conservés, puis consommés ou offerts à l’issue du jeûne. Cette pratique contribue à inscrire durablement l’œuf dans les usages chrétiens, non comme une invention religieuse, mais comme un héritage culturel réinvesti.
