Un long dimanche de fiançailles : amour, guerre et quête de vérité

Réalisé par Jean-Pierre Jeunet et sorti en 2004, Un long dimanche de fiançailles raconte la contre-enquête de Mathilde, une jeune femme de dix-neuf ans qui refuse de croire à la mort de son fiancé Manech, disparu sur le front de la Somme pendant la Première Guerre mondiale.

En 1919, Mathilde entreprend une véritable contre-enquête pour découvrir ce qui s’est réellement passé dans une tranchée de la Somme dénommée Bingo Crépuscule et retrouver la trace de son amoureux. De faux espoirs en incertitudes, elle va démêler peu à peu la vérité sur le sort de Manech et de ses quatre camarades.

Fiche du film

ÉlémentInformation
TitreUn long dimanche de fiançailles
RéalisationJean-Pierre Jeunet
Année de production2004
Date de sortie27 octobre 2004
Durée2h14
GenreHistorique, Film de guerre
NationalitéFrançais
Interprétation principaleAudrey Tautou, Gaspard Ulliel, Dominique Pinon
RéalisateurJean-Pierre Jeunet

Une histoire d’amour au cœur de la Première Guerre mondiale

En 1919, Mathilde a 19 ans. Deux ans plus tôt, son fiancé Manech est parti sur le front de la Somme. Comme des millions d’autres, il est « mort au champ d’honneur ». C’est écrit noir sur blanc sur l’avis officiel. Pourtant, Mathilde refuse d’admettre cette évidence.

Si Manech était mort, elle le saurait ! Elle se raccroche à son intuition comme au dernier fil ténu qui la relierait encore à son amant. Un ancien sergent a beau lui raconter que Manech est mort sur le no man's land d'une tranchée nommée Bingo Crépuscule, en compagnie de quatre autres condamnés à mort pour mutilation volontaire ; rien n'y fait.

Mathilde refuse de lâcher le fil. Elle s'y cramponne avec la foi du charbonnier et se lance dans une véritable contre-enquête. La jeune fille refuse d’admettre la mort de son fiancé en dépit de l’avis officiel annonçant le décès de Manech au champ d’honneur deux ans auparavant.

Seule Mathilde continue de se battre contre des fantômes. Un an après la signature de l’armistice, chacun tente de renouer avec le cours normal de la vie.

Mathilde dans les paysages de guerre

La tranchée de Bingo Crépuscule

La quête de Mathilde la conduit à reconstituer les derniers instants de plusieurs soldats condamnés à mort pour mutilation volontaire. Elle cherche à comprendre ce qui s’est réellement produit dans cette tranchée de la Somme, alors que les témoignages sont incomplets, contradictoires et marqués par la violence du conflit.

Le film fait de cette enquête intime une plongée dans les mécanismes de la guerre. Les soldats sont brisés par une horreur devenue quotidienne et sont prêts à tout pour fuir la guerre.

C’est une croix calcinée qui s’élève dans un no man’s land dévasté entre les tranchées ennemies. Le buste du Christ y est encore suspendu et vacille au gré du vent et des souffles épisodiques des obus.

En un seul plan, tout est dit. L’horreur de la guerre et ce mince fil d’espoir qui suffit à nourrir l’incroyable ténacité de Mathilde.

La Première Guerre mondiale en 5 minutes

Jean-Pierre Jeunet et l’esthétique du film

Un seul plan témoigne aussi du regard si subtil de Jeunet pour nous faire vivre quasi de manière physique la dramaturgie qu’il a imaginée.

Bénéficiant d’un budget record évalué à près de 46 millions d’euros, la magie d’Un long dimanche de fiançailles s’appuie certes sur la précision de la reconstitution historique servie par la technologie de procédés numériques et la multiplicité d’effets spéciaux, sans compter un casting de rêve.

Trois ans après l’incroyable succès du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain en France, Jean-Pierre Jeunet retrouve Audrey Tautou dans son nouveau long-métrage, Un long dimanche de fiançailles.

La campagne publicitaire orchestrée plusieurs semaines avant la sortie du film avait d’ailleurs tendance à corroborer nos craintes, tant la tentation passéiste de son précédent film était largement relayée par le choix d’une photographie empêtrée dans le cliché vieille France, couleur jaunie et destins rocambolesques à la clé.

Pourtant, cette esthétique ne se limite pas à une simple recherche décorative. Elle accompagne la mémoire, le deuil, la nostalgie et les illusions de Mathilde.

Une adaptation romanesque transformée par le cinéma

L’histoire est adaptée du roman de Sébastien Japrisot aux tonalités sépia. Mais tout ceci ne suffit évidemment pas à assurer la réussite de cette adaptation.

Encore faut-il l’inventivité cinématographique d’un homme comme Jeunet et son sens de l’esthétique au service de l’émotion pour parvenir à magnifier de telle façon cette histoire d’amour que d’autres auraient pu noyer sous un torrent de mièvreries.

Certes, l’espoir et les bons sentiments sont le fil conducteur de ce film mais sa densité est nourrie par un croisement intelligent d’histoires humaines jouées par des acteurs aussi justes les uns que les autres.

Audrey Tautou et Gaspard Ulliel

Audrey Tautou offre toute la profondeur de ses pupilles noires à la Mathilde de Sébastien Japrisot même si son jeu ne nous surprend pas outre mesure, son rôle de jeune femme de chambre turque dans Dirty Pretty Things de Stephen Frears ayant déjà révélé la palette d’émotions dont elle était capable.

Elle trouve en Gaspard Ulliel un alter ego surprenant en matière de sensibilité. Quelques mimiques rappellent toutefois avec agacement Amélie Poulain.

Le film réunit également Jodie Foster, Albert Dupontel, Jean-Pierre Darroussin, André Dussollier, Chantal Neuwirth, Denis Lavant, Dominique Pinon, Marion Cotillard, Clovis Cornillac, Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Jean-Claude Dreyfus, Tchéky Karyo, Rufus et Bouli Lanners.

Un long dimanche de fiançailles est aussi l’occasion pour Jean-Pierre Jeunet de retrouver sa bande d’acteurs fétiches. De Dominique Pinon à Jean-Claude Dreyfus en passant par Rufus, les comédiens ont accepté de rejoindre l’impressionnant casting de cette fresque historique.

Des personnages multiples et une guerre omniprésente

Le réalisateur parvient à faire exister une multitude de personnages au-delà de l’instantané, de la prostituée vengeresse admirablement interprétée par Marion Cotillard aux divers appelés que le destin n’a pas su épargner.

Le film ne se réduit donc pas à la relation entre Mathilde et Manech. Il fait circuler le récit entre plusieurs destins individuels, tous marqués par la violence du conflit et par les conséquences de la disparition.

Mais surtout, le dernier produit de Jean-Pierre Jeunet délaisse partiellement ce positivisme agaçant qui faisait la marque de fabrique de son précédent film, et peut enfin assumer les possibles d’une histoire tragique où l’obstination du personnage principal le confine à la solitude la plus totale et ce, jusqu’au dernier plan.

Une quête entre espoir et ambiguïté

Si le film tient essentiellement à l’obstination de Mathilde, déterminée depuis le début à retrouver la trace vivante de son jeune fiancé pourtant reconnu mort au front par l’armée française, il refuse sa célébration, laissant cette marge d’ambiguïté qui, toujours dans son précédent film, faisait cruellement défaut.

Cette ambiguïté empêche le récit de se transformer en simple histoire de retrouvailles. La dernière scène du film fonctionne en trompe-l’œil car son étrange retenue contredit nos attentes de spectateur puéril, refusant à Mathilde l’inscription de ses fantasmes et de son attente dans la réalité de ses retrouvailles.

La déception qui en résulte n’en est que plus salutaire, désamorçant ainsi non moins sans habileté l’enjeu initial du scénario, replongeant la jeune héroïne dans la banalité du quotidien, ce que sa quête désespérée lui avait permis de contourner jusqu’ici.

Ce faux happy-end révèle d’ailleurs les contradictions et l’invraisemblance d’une quête restée vaine en un sens.

Un film différent du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain

En cela, Un long dimanche de fiançailles n’est pas une nouvelle variante d’Amélie Poulain car le propos, implacablement inscrit dans une époque définie à tout jamais par les événements historiques, révèle l’impossibilité de Mathilde à accéder à la plénitude.

Aussi égoïste soit sa détermination, elle ne pourra plus jamais occulter les réminiscences d’une guerre atroce dont la justification, jamais rappelée dans le film, dépasse les intérêts de chacun.

En cela, donc, Un long dimanche de fiançailles, toute proportion gardée, crée la surprise.

Les critiques spectateurs soulignent notamment la qualité du jeu d’acteur, la conviction d’Audrey Tautou, la beauté de l’histoire, ainsi que la manière dont le début du film montre les tranchées comme on a trop rarement pu les voir au cinéma.

Réception et données techniques

ÉlémentInformation
Budget47 000 000 USD
Entrées en France4 362 332
Récompenses6 prix et 12 nominations
LanguesFrançais, Allemand
Type de filmLong métrage
Date de sortie DVD27/04/2005
Date de sortie VOD13/10/2008
Numéro de visa109062

In fine, on frissonne, on sourit et on pleure beaucoup tout au long de ce grand film populaire qui désarmerait le plus endurci des spectateurs.

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