Jeanne d’Arc est-elle vraiment morte sur le bûcher ? Faits historiques et témoignages

Oui. Les sources contemporaines et les documents du procès établissent que Jeanne d’Arc a été condamnée puis brûlée vive à Rouen, sur la place du Vieux-Marché, le 30 mai 1431. L’exécution était publique, en présence de nombreux habitants de Rouen, de soldats anglais, de membres du clergé et des juges.

La thèse selon laquelle une autre femme aurait été brûlée à sa place repose sur des rumeurs apparues après l’exécution, sur des récits tardifs et sur l’histoire de prétendues survivantes, mais aucun témoin présent à Rouen ne signale un doute sur l’identité de la condamnée.

Le contexte politique et militaire de la condamnation

L'histoire de Jeanne d'Arc est liée au conflit qui oppose les royaumes de France et d'Angleterre du XIVe au XVe siècle : la Guerre de Cent Ans. Cette guerre, qui a débuté en 1338, est le résultat de tensions vives qui naissent en premier lieu du différend dynastique concernant la couronne française.

Au début du XVe siècle, deux camps s'opposent en France : les Bourguignons et les Armagnacs. Le chef des Bourguignons est le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui a choisi l’alliance avec l’Angleterre. Les Bourguignons contrôlent Paris et une partie du Nord et de l'Est de la France.

L'Angleterre, leur alliée, a envahi la Normandie et tout le nord de la France ; elle détient aussi le duché de Guyenne. Les Armagnacs ont pour chef le duc Charles d’Orléans, qui a été capturé par les Anglais et qui a été détenu par eux pendant vingt-cinq ans.

Ce parti soutient le dauphin Charles, dont le pouvoir sur le royaume est très affaibli. Charles VI, roi de France, est atteint de troubles nerveux. Le conseil de régence prend progressivement le pouvoir en la personne de son épouse, la reine Isabeau de Bavière qui s'allie aux Bourguignons.

C'est ainsi qu'en 1420, Charles VI signe le traité de Troyes, qui stipule que la France rentrera dans l’héritage anglais à sa mort. Par cette clause, Charles VI et Isabeau de Bavière déshéritent leur propre fils, Charles de Ponthieu, qui en principe ne deviendra donc pas le nouveau roi de France.

Charles VI, roi de France, et Henri V, roi d’Angleterre meurent tous les deux en 1422, laissant la succession française mal résolue. Les Anglais souhaitent alors étendre leur pouvoir en France. Leur armée s'avance donc vers le sud avec comme objectif principal la prise de la ville d’Orléans, qui doit leur permettre de s’approcher plus vite de Bourges, lieu où réside le dauphin.

En effet, le royaume a alors deux rois. D’un côté, le roi d’Angleterre Henry VI dont les armées, alliées aux Bourguignons, occupent la moitié nord de la France. De l’autre, Charles VII, qui tient avec difficulté les provinces au sud de la Loire.

Déshérité par ses parents, roi non sacré, il n’a pas la légitimité qui lui assurerait le soutien de l’ensemble des Français. C’est dans ce contexte qu’intervient Jeanne d’Arc.

Jeanne d’Arc, d’Orléans au sacre de Charles VII

La religion chrétienne sort d’une période de trouble, suite aux divisions liées au grand schisme au sein de l’Eglise. Jeanne d’Arc, une jeune lorraine, aînée d’une humble famille de cinq enfants, entend à partir de l’âge de treize ans des voix d’anges et de saints.

Ces voix l’incitent à aider le dauphin à reprendre son trône, et à prendre les armes pour sauver la France. Jeanne d’Arc part donc rencontrer le roi Charles VII, afin de le convaincre de lui allouer une petite armée pour libérer la ville d’Orléans assiégée.

A l’âge de 17 ans, cette fille de paysans quitte sa Lorraine natale pour parler à Charles VII installé à Chinon. Elle lui révèle sa mission divine : bouter les Anglais hors du royaume et faire sacrer Charles.

Alors au plus mal, le roi accepte de l’intégrer à l’armée de renfort qui doit partir secourir Orléans assiégée. Les mois qui suivent lui donnent raison. En galvanisant l’armée, Jeanne réussit à contraindre les Anglais à lever le siège d’Orléans puis elle conduit en plein territoire ennemi le roi jusqu’à Reims où il est sacré.

Elle permet ensuite au roi d’aller à Reims pour y être sacré, ce qui est fait le 17 juillet 1429. Elle remporte d’autres victoires pour le roi de France.

En mai 1430, elle décide de gagner Compiègne pour repousser le duc de Bourgogne qui investit les lieux. Une bataille éclate le 23 mai : la force armée que Jeanne mène semble avoir le dessus mais les renforts du duc de Bourgogne ne tardent pas à arriver.

Les Français battent en retraite, Jeanne est attrapée et faite prisonnière. Jeanne est capturée le 23 mai 1430 sous les murs de Compiègne par un Bourguignon qui la vend ensuite aux Anglais.

De la capture au procès de Rouen

Après cinq mois d'emprisonnement et deux vaines tentatives d'évasion, Jeanne est livrée aux Anglais contre une rançon. Des contacts se sont en effet établis, mais Charles VII, pourtant sacré grâce à Jeanne d'Arc, n'a pas paru vouloir la sauver.

Ce sont eux qui la vendent à nos voisins d’Outre-Manche pour 10 000 livres. Livrée aux Anglais, Jeanne est enfermée un temps au Crotoy. Elle est enfin emmenée à Rouen où doit se dérouler son procès.

À Rouen, où elle est transférée à la fin de l’année 1430, le jugement à partir du 21 février 1431 a lieu devant un tribunal d’ecclésiastiques à la demande de la faculté de théologie de Paris.

Aux yeux des Anglais, Rouen est plus sûre que Paris. Elle est le point fort de la domination anglaise en France. Le gouvernement y est installé. Le roi d’Angleterre, alors enfant, réside souvent au château ainsi que le régent, le duc de Bedford, et le représentant royal en France, le comte de Warwick.

Jeanne est enfermée dans le château de la ville et vit dans des conditions difficiles. La Tour Jeanne d’Arc à Rouen. La Pucelle d’Orléans fut emprisonnée dans le château de Rouen. Il ne reste plus de la forteresse que cette tour, le donjon, mais, malgré son nom, la prisonnière fut enfermée dans une autre tour de la forteresse.

Le 30 mai 1431, Rouen ne le sait pas encore, mais la ville s’apprête à jamais à marquer l’Histoire de France et des générations d’écoliers. Ce matin-là, deux frères prêcheurs se rendent auprès d’une prisonnière pour lui annoncer qu’elle mourra aujourd’hui.

À 9 h, elle est extirpée de la prison où elle était enchaînée depuis 178 jours. Quatre-vingts hommes d’armes l’amènent à travers les rues étroites jusqu’à la place du Vieux-Marché, où sont montés trois échafauds : l’un servira à exposer et prêcher la condamnée, l’autre est destiné aux juges et prélats, le troisième, de plâtre et chargé de bois, correspond au bûcher.

Place du Vieux-Marché et bûcher de Jeanne d’Arc

Un procès d’Église sous influence anglaise

L’Église se charge du procès. Les Anglais accusent Jeanne d’être une sorcière et une enchanteresse. A leurs yeux, la Pucelle n’est pas inspirée par Dieu mais par le diable.

Or, les tribunaux ecclésiastiques sont les seuls compétents en matière de foi et de religion. Pour autant, ne croyez pas que les Anglais se désintéressent du procès.

Rappelons que ce sont eux qui rassemblent la rançon et qui gardent Jeanne au château de Rouen. Ils comptent bien que l’Église condamne la prisonnière pour sorcellerie afin de décrédibiliser Charles VII qui devrait alors son sacre à un agent du diable.

Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, souhaite lui intenter un procès en hérésie visant à prouver que la captive est une sorcière, ce qui permettrait de discréditer le roi de France Charles VII.

Pierre Cauchon est l’évêque de Beauvais. Il peut légitimement revendiquer le jugement de Jeanne car sa capture a eu lieu devant Compiègne, autrement dit dans les limites de son diocèse.

Au regard de son origine roturière, la bourgeoisie rémoise, son ascension est assez remarquable. Étudiant de l’université de Paris, il entre dans l’orbite du duc de Bourgogne.

En 1415, il fait partie de la délégation bourguignonne au concile de Constance et en 1420, il participe aux négociations aboutissant au traité de Troyes, texte qui déshérite Charles VII et offre la couronne au roi d’Angleterre.

Le duc de Bourgogne Philippe Le Bon le récompense par l’évêché de Beauvais. Naturellement, Cauchon se rapproche des Anglais, alliés aux Bourguignons. Dès 1423, il fait partie des conseillers du jeune roi d’Angleterre Henry VI.

Au cours du procès de Jeanne d’Arc, les Anglais sont donc confiants : c’est un de leurs partisans les plus convaincus qui préside le tribunal.

Il s'entoure de représentants de l'église normands et parisiens, français donc, mais liés au camp bourguignon et donc aux Anglais. Ce sont essentiellement des clercs normands et parisiens.

Ils sont plus de 200 à participer au procès mais ils ne siègent jamais tous ensemble. Parmi eux on trouve des abbés, des chanoines, des franciscains, des maîtres de l’université de Paris.

Pour la plupart, ce sont des personnages du clan bourguignon, et donc pro-anglais. La ville de Rouen semble elle aussi s'accommoder la présence anglaise et ne montrera que peu de soutien envers Jeanne d'Arc.

Les conditions de détention de Jeanne

Plutôt dures. La nuit, ses gardiens l’entravent avec des fers et l’attachent par une chaîne à une grosse pièce de bois. Trois ou quatre d’entre eux vivent à l’intérieur même de la cellule.

On imagine la crainte de Jeanne d’avoir tous ces hommes autour d’elle la nuit. Par contraste, regardons la situation de Pothon de Xaintrailles, capitaine de Charles VII, fait prisonnier quelques mois après Jeanne dans le même château.

Il conserve son valet et a le privilège d’être reçu à table par le maître des lieux, le comte de Warwick.

Le témoignage de Jean Massieu, huissier, décrit ainsi la détention nocturne de Jeanne : « Elle demeura en garde audit lieu entre les mains de cinq Anglais, dont en demeuroit de nuyt trois en la chambre, et deux dehors, à l'huys de la dicte chambre. »

« Et sait de certain celluy qui parle que de nuyt elle estoit couchée ferrée par les jambes de deux paires de fer à chaaîne, et attachée moult estroitement d'une chaaîne traversante par les pieds de son lict, tenante à une grosse pièce de boys de longueur de cinq ou six pieds et fermente à clef ; par quoy ne pouvoit mouvoir de place".

Les interrogatoires et les accusations

L'interrogatoire est ouvert le 9 Janvier et durera jusqu'au 27 mars 1431. Durant celui-ci, les juges lui posent des questions sur son éventuelle sorcellerie.

Cependant, Jeanne n'a pas droit à un avocat et doit répondre seule aux juges et aux assesseurs. Les réponses attendues par l’inquisiteur, qui pourraient prouver qu'elle est bien une sorcière, ne viennent pas et Jeanne évite toutes les questions en proclamant sa foi pour Dieu.

C’est un procès d’Inquisition qui se déroule à Rouen ! Son but n’est pas d’établir l’innocence ou la culpabilité de l’accusée. Il s’agit de lui faire avouer ses fautes.

Ne soyons donc pas étonnés si les juges mènent eux-mêmes l’instruction, si aucun témoin n’est cité à comparaître et surtout si aucun avocat ne défend Jeanne. C’est la procédure habituelle en matière d’hérésie.

À partir du 21 février 1431, Pierre Cauchon et ses assesseurs interrogent régulièrement Jeanne au château. Dans ses réponses, l’accusée fait souvent preuve de bon sens et d’esprit de répartie.

Mais elle ne déjoue pas toujours les pièges que lui tendent les juges et se laisse parfois emporter par sa haine des Anglais et des Bourguignons. Au fil de ces interrogatoires, les enquêteurs affinent leurs accusations contre la jeune femme.

Comprenez bien que Jeanne se trouve confrontée à des experts en droit et en théologie. Dans ses moindres comportements, actes et paroles, ils savent traquer l’erreur.

Elle refuse de reconnaître l’autorité de l’Église qui la juge ? Elle est donc hérétique. Elle aurait fait couler de la cire fondue sur la tête des enfants afin de leur assurer fortune ? C’est une magicienne.

Elle croit prédire l’avenir grâce à ses voix ? Elle est donc devineresse. A Domrémy, elle se rendait avec les autres villageoises autour de l’arbre aux fées ? Elle participe donc à des rites païens.

Les juges recensent les péchés mortels de Jeanne. N’a-t-elle pas combattu un jour de fête religieuse ? N’a-t-elle pas essayé de se suicider en sautant d’une tour, en vérité, elle cherchait à s’évader ? Surtout, ne s’obstine-t-elle pas à porter des habits d’hommes ?

Jeanne se défend en expliquant que ce sont les voix qui lui imposent. Mais pour Pierre Cauchon, il est inconcevable que les voix, soi-disant d’origine sainte, commandent une pratique vestimentaire clairement condamnée par Dieu dans l’Ancien Testament.

Conclusion implacable, les voix sont démoniaques ; Jeanne est instrumentalisée par le Diable.

Les réponses de Jeanne et la question des voix

A plusieurs reprises, elle renouvelle sa croyance en Dieu, mais rappelle qu’elle ne croit pas aux représentants religieux qui lui font face.

« Je scay bien que l’Eglise militante ne peut errer ou faiblir ; mais quant à mes dis et à mes faits, je les meicts et rapporte du tout à Dieu qui me l’a fait faire de ce que ay fait »

Interrogée sur la mandragore, plante fétiche des sorcières, elle répond : « Interrogée sur ce qu'elle fit de la mandragore, répondit qu'elle n'a point de mandragore, et onques n'en eut ; mais ouï dire que proche de son village il y en a une : mais ne l'a jamais vue. »

« Dit aussi qu'elle ouït dire que c'est chose périlleuse et mauvaise à garder ; ne sait cependant à quoi cela sert. »

Elle continue de porter des vêtements masculins. Pour les juges, cette pratique est condamnée dans la Bible et donc par Dieu.

Pour Jeanne d'Arc, ce sont les voix et donc Dieu qui lui demandent de les porter. Une nouvelle manière de ne pas reconnaître et donc de refuser l'autorité de l'Eglise qui la juge.

Le verdict du 14 mai et l’abjuration

Le 14 mai 1431, l’université de Paris, qui rassemble les meilleurs théologiens et juristes du royaume et que Pierre Cauchon a pris soin de consulter, rend son verdict.

Jeanne est déclarée hérétique, schismatique, apostate, devineresse et menteuse. Elle n’est pas accusée de sorcellerie ?

Non, contrairement à une idée largement répandue aujourd’hui, ni les juges, ni l’université de Paris ne retiennent ce chef d’accusation. C’est assez difficile à prouver.

De plus, la jeunesse et la virginité de l’accusée ne concordent pas avec le portrait-robot que les juges ont d’une sorcière.

Les juges expliquent les nombreux éléments reprochés à Jeanne d’Arc : « déclarée sorcière ou lectrice de sorts, devineresse, fausse-prophétesse, invocatrice et conjuratrice de malins esprits, superstitieuse, impliquée et appliquée aux arts magiques, mal pensante en et, au sujet de notre foi catholique, schismatique [. ], sacrilège, idolâtre, apostate à la foi, maldisante et malfaisante, blasphématrice envers Dieu et ses saints, scandaleuse, séditieuse, troublant et empêchant la paix, excitant aux guerres, cruellement altérée de sang humain et incitant à le répandre, ayant abandonné complètement et sans honte la décence et la réserve de son sexe, prenant sans pudeur l’habit infâme et l’état des hommes d’armes.»

Le 24 mai 1431, Jeanne sort de la prison ; une cérémonie publique est organisée au cimetière Saint-Ouen de Rouen. Un réquisitoire est lu par l'abbé Cauchon.

Jeanne en semble très affectée et reconnaît les fautes que ses juges souhaitaient lui faire avouer. Elle signe un acte d'abjuration d'une croix, s'engageant à porter de nouveau des vêtements féminins.

La peine de mort doit donc être commuée en peine de prison perpétuelle.

« Je confesse que j'ai très gravement péché en feignant mensongèrement d'avoir eu révélations et apparitions de par Dieu, de par les anges et sainte Catherine et sainte Marguerite, en séduisant les autres, en croyant follement et légèrement, en faisant divinations superstitieuses, en blasphémant Dieu, ses saints et ses saintes, en outrepassant la loi divine, la sainte Ecriture, les droits canons ; en portant un habit dissolu, difforme et déshonnête, contraire à la décence de nature, et des cheveux rognés en rond à la mode des hommes, contre toute honnêteté du sexe de la femme ; en portant aussi des armures par grande présomption ; en désirant cruellement l'effusion du sang humain ; en disant que toutes ces choses je les ai faites par le commandement de Dieu, des anges et des saintes dessusdites, et qu'en ces choses j'ai bien fait et n'ai point failli : en méprisant Dieu et ses sacrements ; en faisant sédition et idolâtrie, en adorant de mauvais esprits et en les invoquant. Confesse aussi que j'ai été schismatique, et par plusieurs manières que j'ai erré en la foi. »

Pourquoi Jeanne a-t-elle finalement été brûlée ?

Mais ce nouveau verdict ne semble pas convenir aux représentants anglais, qui ne souhaitent qu'une seule issue au procès. Quelques jours après, Jeanne utilise à nouveau des vêtements d'homme.

La sentence initiale, le 24 mai, lui épargne le bûcher. Comme elle a abjuré ! « J’aime mieux signer que d’être brûlée », dira-t-elle en reprenant ses habits de femme.

L’Église « ne » la condamne donc qu’à la prison à perpétuité pour « hérétisme » : outre s’habiller en homme, elle feint entendre des voix, se dit envoyée par Dieu…

Avec cette décision, les Anglais fulminent. Et si Jeanne est finalement condamnée au bûcher ensuite, c’est que de retour en prison, quelques jours après, elle reprend ses habits d’homme.

La relapse, c’est-à-dire quelqu’un qui retombe dans l’hérésie, lui vaudra cette fois-ci la mort.

Elle déclare en tout cas que seule la peur de la mort l'a amenée à mentir. Revenant donc sur son abjuration, Jeanne d'Arc est déclarée relapse, le 28 mai 1431.

« Interrogée pourquoi elle avait pris cet habit, et qui le lui avait fait prendre, répondit qu'elle l'avait pris de sa volonté, sans nulle contrainte et qu'elle aimait mieux l'habit d'homme que celui de femme. »

« Interrogée pour quelle cause elle l'avait repris, répondit parce qu'il lui était plus licite de le reprendre et d'avoir habit d'homme, étant entre les hommes, que habit de femme. Item dit qu'elle l'avait repris parce qu'on ne lui avait pas tenu ce qu'on lui avait promis, c'est assavoir qu'elle irait à la messe et recevrait son Sauveur, et qu'on la mettrait hors des fers. »

« Item dit qu'elle aime mieux faire sa pénitence en une fois, c'est assavoir mourir, que d'endurer plus longuement peine en prison. »

On ne demande pas d’explications plus précises sur cette parole : a-t-elle été battue, violée, comme l’expliquent certains témoignages recueillis plus tard, comme celui de Jean Massieu, huissier ?

En tout cas, elle revient sur ce qu’elle a dit précédemment : « Item dit qu'elle n'a point dit ou entendu révoquer ses apparitions, c'est assavoir que ce fussent saintes Catherine et Marguerite ; et tout ce qu'elle a fait, c'est par peur du feu, et n'a rien révoqué que ce ne soit contre la vérité. »

« Tu es retombée, ô douleur ! dans ces erreurs et crimes, tel le chien qui retourne à son vomissement, ainsi qu’il résulte suffisamment et manifestement de tes aveux spontanés et de tes assertions, nous avons reconnu, par des jugements très fameux que, d’un coeur feint plutôt que d’un esprit sincère et fidèle, tu as renié de bouche seulement tes précédentes inventions et erreurs ».

Le déroulement de l’exécution du 30 mai 1431

Sur la place, gardée par 160 hommes, une foule de curieux se presse. Vêtue d’une robe longue, la tête couverte d’un chaperon, la condamnée écoute le sermon et la sentence.

Elle se met à pleurer en demandant pardon. Amenée sur le bûcher, elle demande une croix qu’un Anglais lui fabrique avec deux bouts de bois.

Elle la pose sur son sein entre sa chair et ses vêtements. « Quand elle vit mettre le feu au bûcher, elle cria d’une voix forte : “Jesus”. Elle répéta ce nom plus de six fois. On l’entendit aussi qui demandait de l’eau bénite. […] Jeanne prononce encore une fois le nom de Jésus, inclina la tête et rendit l’esprit. »

Le chariot emmène la condamnée jusqu’à la place du Vieux-Marché. Devant la foule nombreuse, elle est liée à un poteau. Le bourreau embrase les fagots.

Dévorée par les flammes, asphyxiée par la fumée, Jeanne meurt sur le bûcher.

Une fois qu’elle fut morte, le bailli ordonna au bureau d’écarter les flammes afin qu’on pu voit que la prophétesse des Armagnacs ne s’était point échappée avec l’aide du diable ou autrement.

Dans les cendres éteintes, le cœur et les entrailles se retrouvèrent intactes. De peur qu’on ne vint à recueillir les restes de Jeanne pour en faire des sorcelleries ou quelques maléfices, le bailli les fit jeter dans la Seine.

Témoignages de l’exécution de Jeanne d’Arc

Les témoignages sur la mort de Jeanne

Or l’ensemble du procès de Jeanne d’Arc a été rédigé et conservé ; ces documents, ainsi que de nombreuses analyses postérieures, nous permettent aujourd’hui de mieux comprendre le déroulement du procès et les raisons qui ont conduit à brûler vive cette jeune fille.

Malgré sa brièveté, ce séjour normand constitue l’épisode le mieux connu de la vie de l’héroïne grâce aux nombreuses pièces de son procès.

L’exécution de la Pucelle est publique. Rouennais, soldats anglais, membres du clergé assistent à l’exécution.

Aucun témoin de l’événement, nous avons une douzaine de témoignages, ne fait part d’un doute quant à l’identité de la condamnée.

« Jeanne d’Arc n’est venue en Normandie que pour y être jugée et pour y mourir » résume le médiéviste François Neveux.

Achetée par les Anglais, elle reste enfermée cinq mois dans le château de Rouen avant d’être brûlée sur la place du Vieux-Marché le mercredi 30 mai 1431.

La rumeur d’une substitution

La légende qui s’est rapidement répandue : Jeanne aurait survécu au bûcher ! C’est évidemment faux, mais ces racontars ont été colportés dès le 31 mai 1431, écrit l’auteur anonyme du Journal d’un Bourgeois de Paris, contemporain des faits :

« Maintes personnes croyaient fermement que par sa sainteté, elle se fût échappée du feu et qu’on en eût arse une autre. »

Ces rumeurs ont alimenté plus récemment la thèse selon laquelle une fausse Jeanne aurait été brûlée à Rouen tandis que la vraie serait retournée vivre en Lorraine.

Un volume récemment jeté en pâture au public français soutient ainsi que Jeanne d’Arc n’a pas été brûlée ; c’est une quelconque sorcière qui a été livrée aux flammes à sa place.

Selon cette interprétation, une substitution aurait été opérée malgré les précautions prises pour empêcher Jeanne de sortir de sa prison. Le bourreau se serait arrangé pour que, après la mort, mais avant la combustion, les juges et les assistants qui connaissaient la condamnée pussent la voir nue des pieds à la tête et attester ainsi la réalité de son martyre.

La principale objection avancée est l’absence d’un procès-verbal officiel du brûlement. L’historien ne dispose sur Jeanne au bûcher que de témoignages oraux et écrits, de récits contemporains et du consentement quasi universel.

D’autres arguments prétendent que ni Anglais ni Français n’auraient osé la faire périr de mort violente, attendu qu’elle aurait été fille adultérine de Louis, duc d’Orléans, et d’Isabeau de Bavière, reine de France, et qu’elle aurait appartenu ainsi au sang royal.

Enfin, la réapparition d’une femme qui se présente comme Jeanne d’Arc quelques années après l’exécution est parfois utilisée comme preuve d’une survie.

Les prétendues survivantes de Jeanne d’Arc

Cette rumeur a d’ailleurs suscité des vocations. En mai 1436, une jeune femme se déclara être la Pucelle à Metz !

Les autorités, puis deux frères de la suppliciée, l’identifieront même à Jeanne ! Les Orléanais qui avaient déjà lancé des processions depuis sa mort, tous les mois de mai, interrompront même leur fête pendant deux ans.

La revenante arrive à rencontrer le roi Charles VII, avant d’avouer son imposture. D’autres aventurières en feront de même.

Plus tard, au XIXe siècle, un sous-préfet peu scrupuleux de Bergerac fera, lui, circuler la légende que Jeanne a été sauvée du bûcher parce qu’elle était de sang royal : Charles VII et elle auraient eu la même mère, Isabeau de Bavière !

Des supputations largement déconstruites par les historiens, mais qui montrent donc bien le pouvoir de fascination de la Pucelle, après sa mort sur le bûcher.

Pourquoi la thèse de la substitution est peu crédible

L’historienne Colette Beaune a vigoureusement réagi à l’Affaire Jeanne d’Arc. Elle a pointé du doigt les nombreuses erreurs d’interprétation des deux auteurs.

Pour s’en tenir à l’épisode de la mort, la thèse de la substitution apparaît peu crédible. L’exécution de la Pucelle est publique.

Rouennais, soldats anglais, membres du clergé assistent à l’exécution. Aucun témoin de l’événement, nous avons une douzaine de témoignages, ne fait part d’un doute quant à l’identité de la condamnée.

On a bien des documents qui suggèrent un subterfuge mais ils viennent de personnes absentes de Rouen le 30 mai.

Ces textes révèlent surtout une chose : il est toujours difficile d’accepter que même les héros peuvent mourir.

Le fait que le cœur et les entrailles soient présentés comme retrouvés intacts dans les cendres ne constitue pas davantage une preuve de survie. Ce récit appartient à la description de l’exécution et s’inscrit dans les représentations religieuses et légendaires associées au martyre.

La responsabilité des Anglais, de l’Église et de Charles VII

On dit un peu vite qu’elle fut condamnée par les Anglais. Ce n’est pas tout à fait vrai.

Quand Jeanne d’Arc avait été capturée un an plutôt à Compiègne, c’étaient les Bourguignons, alliés des Anglais, qui combattaient contre le roi de France.

À Rouen, parmi la centaine de juges et d’assesseurs, seulement sept venaient d’Angleterre. Pierre Cauchon, le président, est Beauvaisien, mais aussi conseiller du roi Henri VI, roi d’Angleterre qui avait des prétentions sur le trône de France.

Tous sont bien sous influence des Anglais qui payaient les frais du procès, mais ce ne sont pas les Anglais qui ont condamné Jeanne d’Arc.

La procédure fut conduite par un tribunal ecclésiastique, sous la présidence de Pierre Cauchon, avec l’appui de clercs français liés au camp bourguignon et à la domination anglaise.

Charles VII, qu’elle avait pourtant permis de faire sacrer roi à Reims, après avoir libéré Orléans, ne l’a pas plus aidée et n’a pas tenté de la faire libérer.

En tout cas, il « ne se donna pas grand mal, écrit la spécialiste de la Pucelle, Colette Beaune dans le passionnant Jeanne d’Arc, vérités et légendes. Peut-être son charisme lui faisait-il de l’ombre, à lui, l’autre élu de Dieu ? Il voulait de toute façon changer de politique, négocier avec la Bourgogne, ce à quoi Jeanne s’opposait ».

Le roi sera néanmoins à l’origine du procès en nullité de 1456, qui annulera la condamnation de 1431. Mais c’était déjà bien trop tard.

Le procès en nullité de 1456 et la mémoire de Jeanne

La plaque de commémoration à Jeanne d’Arc nous rappelle la mort de cette héroïne française qui libéra Orléans en 1429.

Charles VII a été couronné Roi de France grâce à elle en la cathédrale de Reims, après lui avoir confié une petite armée. Plus généralement, Jeanne d’Arc a sauvé la France de l’occupation des Anglais lors de la Guerre de Cent Ans.

Jeanne d’Arc fut faite prisonnière par les Bourguignons à Compiègne et fut alors livrée aux Anglais. Suite à un procès durant lequel elle fut accusée de sorcellerie et d’hérésie, Jeanne d’Arc fut condamnée par l’évêque Cauchon.

Elle fut brûlée vive par les Anglais, le 30 mai 1431, sur un bûcher à Rouen, place du Vieux-Marché. De par le passage de cette héroïne dans la ville, Rouen est dite « ville johannique ».

En 1979 a été installée par la Ville de Rouen une plaque mémorielle sur la Place du Vieux Marché. Le but est de ne pas oublier la mort de Jeanne d’Arc à Rouen en 1431.

Jeanne d’Arc est commémorée à Rouen pendant une semaine à la fin du mois de mai, lors des Fêtes Jeanne d’Arc. Cette date a été choisie en raison de la date de sa mort sur le bûcher.

Église Jeanne d’Arc à Rouen

Les indices disponibles convergent donc vers une conclusion historique simple : Jeanne d’Arc a bien été exécutée à Rouen le 30 mai 1431. Les témoignages de l’exécution, la conservation des actes du procès, la publicité de la cérémonie et l’absence de doute chez les témoins présents contredisent la thèse d’une substitution.

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