Jeff Koons est évoqué dans le débat sur le « sapin de Noël » parce que ses œuvres, notamment ses sculptures représentant des chiens-ballons géants, permettent de comparer une image festive et populaire à la provocation sexuelle de Tree, l’œuvre de Paul McCarthy installée place Vendôme à Paris. Il aurait exposé un chien-ballon géant comme Jeff Koons - mais pas sa série de clichés pornos avec la Cicciolina. - que personne ne s'en serait formalisé.
L’arbre de Noël est le symbole d’une tradition païenne de l’Église catholique. Le contraste entre ce symbole, lié à des valeurs conservatrices, et un jouet sexuel inusité, dans l’œuvre de McCarthy, renvoie à la question intéressante de ce qu’il est convenable ou non de dire, d’illustrer et de montrer sur la place publique.
Pourquoi Jeff Koons est associé à l’image du sapin de Noël
Jeff Koons est surtout associé à une esthétique immédiatement reconnaissable, fondée sur des objets familiers, des formes séduisantes et des références à la culture populaire. Dans le débat consacré à Tree, son nom apparaît comme un exemple d’artiste capable de présenter une forme monumentale et ludique sans provoquer la même réaction que la sculpture de Paul McCarthy.
Il aurait exposé un chien-ballon géant comme Jeff Koons - mais pas sa série de clichés pornos avec la Cicciolina. - que personne ne s'en serait formalisé. Cette comparaison montre que la controverse ne dépend pas uniquement de la taille, de la couleur ou de la place occupée par une sculpture, mais aussi du sens que le public lui attribue.
Certains voient un arbre de Noël où d'autres voient un «butt plug» ou encore «un outil de cuisine qu'on utilise avec un chinois pour passer fruits et légumes», comme me l'a écrit Denise. Voilà toute la beauté de l'art.
Le « sapin » de Paul McCarthy place Vendôme
Un nouveau scandale vient d’éclater à Paris. Cette sculpture a été placée sur la place Vendôme, l’un des plus beaux endroits de la capitale, à l’approche des fêtes de Noël. Certains en sont verts. de rage.
Cet arbre gonflable, baptisé « Tree » par la star de l’art subversif californien, est installé à l’occasion de la FIAC. Elle marque également la première exposition française institutionnelle de Paul McCarthy qui ouvrira le 25 octobre à la Monnaie de Paris.
Une structure gonflable de 24 mètres évoquant un jouet sexuel en se faisant passer pour un sapin de Noël doit-elle être considérée comme une œuvre d’art? se demandent depuis mardi plusieurs lecteurs. Leur réponse, énoncée dans la foulée, est invariablement la même: pan-tou-te.
L’artiste américain avait confié avoir été agressé à trois reprises par un inconnu, mécontent que cet immense sapin gonflable vienne gâcher la place parisienne. Dans la rue comme sur les réseaux sociaux, les messages de mécontentement se sont multipliés à l’encontre de cette sculpture assimilée à un sex-toy par certains.
Une « plaisanterie abstraite » entre art et provocation
Peintre, sculpteur, performeur et vidéaste assez trash, l’artiste de 69 ans revendique le mélange « low » et « high culture », la référence à l’art moderne et aux codes de l’« American way of life ». Collectionné de Londres à Kiev, il est réputé pour ses œuvres agressives et sexuellement explicites.
« A l’origine, je trouvais que le plug anal avait une forme similaire aux sculptures de Brancusi. Après, je me suis rendu compte que cela ressemblait à un arbre de Noël » explique-t-il, qualifiant son œuvre de « plaisanterie abstraite ». Il laisse les Parisiens juges.
Quoi qu’on en pense, son détournement de sens est joyeusement subversif. Est-il réussi d’un point de vue esthétique? A-t-il une réelle valeur artistique? C’est une tout autre question.
Le jour de la mise en place de son œuvre, l’artiste américain avait confié avoir été agressé à trois reprises par un inconnu, mécontent que cet immense sapin gonflable vienne gâcher la place parisienne. Jean-Louis Harouel, professeur de droit à Paris II, a qualifié cette œuvre de « bouffonnerie » et son auteur de « Monsieur qui pollue la place Vendôme ».

La réaction du public et la question du mauvais goût
« Arbre de Noël ou bedon «butt plug» ou pion, c'est insignifiant au boutte, ce gugusse pour lequel on a dû payer le gros prix, m'écrit Claude. Il y a des coups de pied au cul qui se perdent dont le résultat eût été le même qu'un «butt plug». »
« Si je trace une ligne horizontale sur un bout de papier, est-ce que je peux prétendre que c'est de l'art? Est-ce que l'on peut automatiquement prétendre que la même ligne tracée sur le même bout de papier devient de l'art du fait qu'elle est faite par un "artiste" connu? Cet espèce de bidule gonflé est-ce de l'art? » se demande Michel.
« Le fait que cela ressemble à un plug anal ne me dérange pas, mais dire que c'est de l'art me dérange, m'écrit Dominique. Sous prétexte d'art, une crotte de chien ou un morceau de viande suspendu est une oeuvre d'art. Il est peut-être temps de relire Les précieuses ridicules de Molière? »
Sentiment partagé par Claire: « Quand peut-on dire qu'une oeuvre n'est pas de l'art? Qu'une chanson n'en est pas une, qu'un poème n'en est pas un, qu'un tableau est une croûte. Personnellement, je crois qu'au nom de l'art et de la culture on laisse passer n'importe quoi. »
Plusieurs, comme Robert, trouvent que dans toute cette histoire, Paul McCarthy se moque du public. « Je n'ai absolument RIEN contre la porno! Important à souligner! Et vous pouvez me citer! Mais ce qui me fait rager le plus, ce sont les gens qui cherchent et surtout surfent sur la controverse, et nous prennent pour des cons! Ce «butt plug» porte bien son nom et n'a rien à foutre avec «l'art artistique» comme disait Jean Drapeau! »
Le contraste entre le symbole traditionnel du sapin et la forme associée à un objet sexuel explique l’intensité des réactions. Il semble évident que dans cette histoire, ce qui dérange surtout, c'est la connotation sexuelle de l'oeuvre de McCarthy.
Jeff Koons, Paul McCarthy et la réception des œuvres
Après Jeff Koons et Murakami à Versailles, il ne manquait plus que cela. Certains ont déjà dû juger ; "l’œuvre d’art", à peine posée, a déjà été vandalisée.
Cette comparaison ne signifie pas que les œuvres de Jeff Koons et de Paul McCarthy poursuivent le même objectif. Elle met plutôt en évidence la manière dont une sculpture est interprétée selon sa forme, son contexte, son emplacement et les associations culturelles qu’elle suscite.
Le chien-ballon géant de Jeff Koons est perçu comme un objet ludique et décoratif, alors que Tree a immédiatement été identifié par certains comme un jouet sexuel. La même logique de détournement d’un objet ordinaire peut donc produire des effets très différents dans l’espace public.
« L'art est de cacher l'art », veut l'adage. Certains voient un arbre de Noël où d'autres voient un « butt plug » ou encore « un outil de cuisine qu'on utilise avec un chinois pour passer fruits et légumes », comme me l'a écrit Denise.
La place de la provocation dans l’art contemporain
Ce type de débat ne date pas d’hier, tant s’en faut. En 1917, Marcel Duchamp, sous le pseudonyme de R. Mutt, présentait à la première exposition de la Société des artistes indépendants de New York (qu’il dirigeait) sa célèbre œuvre Fontaine.
Ni plus ni moins qu’un urinoir en porcelaine renversé, signé du pseudonyme de l’artiste et de sa date de création. Alors que la Société des artistes de New York se targuait à l’époque d’exposer toutes les œuvres, sans discrimination, celle de Duchamp fut refusée, sous prétexte qu’elle était vulgaire et provenait du plagiat d’un objet industriel (elle fut ensuite perdue ou détruite).
La provocation de Duchamp marqua profondément l’histoire de l’art, provoquant un changement de paradigme de l’œuvre d’art. Le Centre Georges-Pompidou expose une reproduction de Fontaine, réalisée en 1964 et l’une de ses répliques fut achetée 1,7 million US en 1999 par un industriel grec.
Plus personne ne conteste le fait que l’urinoir détourné de Duchamp est une œuvre d’art. Fontaine est considérée par plusieurs comme l’une des œuvres les plus influentes du dernier siècle.
Le silence de John Cage et la définition de l’œuvre d’art
L’œuvre la plus célèbre du compositeur John Cage, 4'33'', pourrait se résumer ainsi: un pianiste ne fait absolument rien pendant quatre minutes et demie. En version orchestrale, c'est l'orchestre au complet qui ne fait rien, les musiciens se contentant à l'instar du chef de tourner les pages de la partition (avec la seule mention «tacet»; «il se tait» en latin), entre chacun des trois mouvements.
L'œuvre de John Cage, créée en 1952, est une étude sur le silence, toujours imparfait. Notre corps, l'environnement qui nous entoure, la nature, nos voisins, sont des vecteurs incessants de bruits, d'ondes, perceptibles même dans l'isolement le plus total.
Le silence est une note, disait John Cage. Mais ses 4 minutes 33 secondes de «Sound of Silence» - comme diraient Simon and Garfunkel - sont-elles de la musique? Son expérimentation silencieuse est-elle véritablement artistique?
De la même manière, 4'33'' de John Cage, définition même du minimalisme, est une création artistique incontestable, permettant à chacun d'entendre ce qu'il veut bien entendre, et de percevoir ce qu'il veut bien percevoir.
Comment une œuvre devient-elle de l’art?
Comment définit-on une œuvre d'art? Je pose cette vaste question - à laquelle je n'ai pas de réponse - parce qu'elle a été évoquée à plusieurs reprises cette semaine par des lecteurs, à propos de ma chronique sur Tree, l'œuvre de Paul McCarthy en forme de «butt plug», vandalisée place Vendôme à Paris avant d'être démontée le week-end dernier.
Qu'est-ce que l'art artistique? Voilà une autre question insoluble. La discussion porte autant sur l’objet lui-même que sur l’intention de l’artiste, le contexte d’exposition et la réaction du public.
La question n’est donc pas seulement de savoir si une forme ressemble à un sapin de Noël, à un chien-ballon, à un urinoir ou à un jouet sexuel. Elle consiste aussi à comprendre ce que cette forme met en jeu dans l’espace public.
Je ne suis pas particulièrement friand de l'art de Paul McCarthy. Ses étrons géants (je parle d'une oeuvre; pas d'une appréciation générale de l'oeuvre) me laissent indifférent. Mais non seulement je suis absolument convaincu que son travail ne mérite ni n'être vandalisé ni censuré, je crois qu'il est certainement valable d'un point de vue artistique.
Le vandalisme et la liberté artistique
Mais Anne Hidalgo, maire de Paris, a indiqué samedi matin que la ville ne cèdera pas « aux menaces de ceux qui, en s’en prenant a un artiste ou a une œuvre, s’en prennent à la liberté artistique ». Bruno Julliard, adjoint à la mairie de Paris chargé à la culture, a fermement condamné cette dégradation.
Heureusement qu'il y a des gens cultivés et au goût artistique sûr à la mairie de Paris. Certains ont déjà dû juger ; "l’œuvre d’art", à peine posée, a déjà été vandalisée.
La structure gonflable de 24 mètres de haut aura duré ce que durent les roses ! Des "inconnus" l'ont dégonflée durant le week-end. L’artiste a pris acte.
Arbre ou sextoy? Une oeuvre surprenante sur la place Vendôme
Le débat autour de Jeff Koons et du « sapin de Noël » montre ainsi que l’art contemporain ne se limite pas à la beauté immédiate d’une forme. Une sculpture peut être décorative, ludique, provocatrice, dérangeante ou subversive, et sa signification dépend largement du regard porté sur elle.