Peinte vers 1635, La Kermesse ou Noce de village appartient aux dernières années de Pierre Paul Rubens, celles où le maître d'Anvers délaisse un temps les grands cycles religieux et mythologiques pour la vie rurale flamande. Le tableau représente une kermesse, fête de village où paysans et paysannes dansent, boivent, s’enlacent et festoient devant une ferme, à gauche de la composition.
Le peintre flamand Rubens nous invite à une fête paysanne en Flandres. Les villageois se sont regroupés en plusieurs cercles. Ils mangent goulûment, boivent, s’embrassent, échauffés par le vin. D’autres sautent, bondissent. Leur danse est endiablée.
Auteur : Pierre Paul Rubens (1577-1640)
Date : 1635-1638
Technique : Huile sur toile
Style : Baroque
Lieu de conservation : Musée du Louvre, Paris, France

Une noce de village au cœur de la campagne flamande
La scène se déroule au milieu de la campagne flamande, devant l’une de ces auberges proches du village, dont on aperçoit le clocher à travers les arbres. Haltes pour le rover qui roamed the roads in the old days, these inns also served as a stroll destination, Sunday, to the peasants who came there to gorge on food and beer; were also celebrated village weddings around tables laid out in the open air where the big joy of the gluttony could flourish.
It is indeed a village wedding that Rubens wanted to represent; it is the primitive title of his painting, which was later called The Kermesse. This kind of painting has always solicited the Flemish artists, by its picturesque, its joviality. Many of them, such as Teniers, Van Steen and Van Ostade, have specialized in this and have earned lasting glory.
Après l'acquisition de son domaine campagnard, il observe de près les fêtes de village et renoue avec la tradition paysanne héritée de Bruegel. Ce tableau de maturité condense sa science du mouvement et son goût de la chair heureuse dans un sujet populaire.
Un tournant vers la vie paysanne flamande
L'œuvre marque le moment où Rubens, riche de toute son expérience, s'empare de la scène de genre avec la même énergie qu'il mettait dans ses batailles et ses bacchanales. La kermesse devient chez lui un grand sujet à part entière, digne de l'ampleur baroque.
Rubens has only approached this subject by chance, but under his powerful hand the vulgar episode takes on the appearance of an epic, gaiety becomes delirium, the movement of frenzy; one is seduced, seized, dragged into the crazy circle of maritornes and drinkers.
Avec La Kermesse, le maître flamand change de registre et fait tourbillonner les chairs à l’horizontale. Au Louvre, les toiles de Rubens ne présentent pas seulement des scènes mythologiques au-dessus de l’Olympe ou des portraits de têtes couronnées trônant à la verticale.
Une fête de village portée à l’incandescence
Musiciens et musiciennes rythment la ronde tandis que la foule s’étire vers une plaine ouverte. Étreintes, corps renversés, enfants et chiens mêlés au sol : Rubens célèbre sans retenue la vitalité charnelle et l’abandon collectif d’une communauté rurale.
In the center, a peasant with a bright face embraces a woman thrown back on the grass; next door, a couple seems to be fighting over a pot of beer. On straw bales, mothers breast-feed their infants, and an old woman gives a young child a drink.
On the left, in front of the inn, drunken guests sit around the tables; one of them, overwhelmed by drunkenness and sleep, is slumped in front of his glass, while the others gesticulate and shout. Two peasants are trying to snatch a jug of beer; another, exhilarated by the drink, reads two buxom gossips.
Par ici, tout le monde s’abreuve goulument, même les petits du village. Ces chérubins raz-la-gueule sont tous agrippés à une mamelle nourricière. Entre deux gorgées, on se pelote vigoureusement.
L’artiste place des petites scènes partout : un villageois se tord les boyaux, d’autres roupillent sur la table. Juste au premier plan, un villageois - bourreau des cœurs - ne sait plus que faire.
Une multitude de détails et de petits récits
On the right is a pond on which two ducks swim, an empty barrel also floats; on the edge, a tub that a dog is actively exploring, hoping to find reliefs. Sur cette campagne à la dérive, le décor se fait bien secouer : sur la gauche, une baraque aux volets déglingués ferme la composition, alors qu’au premier plan, un tas de cruches renversées s’amoncellent.
Juste à côté de la vaisselle sale, Rubens plante la cabane d’un cochon. Son groin dépasse à peine. Peut-être lorgne-t-il le chien qui lèche la vaisselle ?
Au premier coup d’œil, le regard bien élevé s’imagine un décor d’Arcadie. Délicate, harmonieuse, cette fête bucolique danserait au rythme des collines… Mais en s’approchant de La Kermesse, l’impression change.
Cette campagne-là n’est pas franchement rasée de près. Plus proche de la Danse des Canards que du Lac des Cygnes, la chorégraphie du village se découvre, sans ronds de jambe. Au programme : ni demi-pointe ni entrechat, mais une gigantesque levée de coudes.
La farandole et la diagonale des corps
Dans le background, driven by two musicians on a table, a disheveled, delirious round takes place, crowded with a prodigious movement in which the bewildered eye perceives nothing but tense torsos, bouncy croups, legs raised, skirts flying.
Enlacés, se tenant par la taille ou les épaules, ils forment une farandole qui s’étire dans le paysage. Quelle agitation ! Notre regard suit ces corps en mouvement qui dessinent une ligne serpentant à travers le tableau et s’arrête sur une campagne emplie de calme.
La composition organise la multitude en un vaste flux qui court de la ferme ombragée vers la campagne lumineuse. La farandole du village semble aspirée vers le clocher d’une église plantée à l’horizon.
La touche rapide et fondue, caractéristique du Rubens tardif, dissout les contours au profit du seul mouvement. Delacroix voyait en Rubens le maître absolu du mouvement et de la couleur, et cette toile en offre une démonstration éclatante.

La lumière et la palette du Rubens tardif
La palette chaude, dominée par les ocres, les bruns et les rouges rehaussés de blancs et de bleus, unifie la scène dans une lumière dorée. Et in this painting, what splendor of colors!
Rubens has spent all the ardor of his flamboyant palette: it is the most prodigious assemblage of vermillionated trogs, of colored flesh, of disparate costumes melting their violent hues in the frenzy of the round and also in the harmonious warmth of the landscape.
All the rustic Flanders, exuberant and enjoyable, is painted masterfully, with an art which in no way yields to that of the Descent from the Cross or the Life of Marie de Medici. Rubens alone was able to make a genius work with such vulgar elements.
Dans cette composition où une multitude de personnages s’agitent, chacun d’eux est une petite merveille d’observation et de naturel. Le tableau de maturité rassemble ainsi l’exubérance des corps, la chaleur des couleurs et la profondeur d’un paysage qui demeure paisible au-delà de la fête.
Entre Bruegel, les bacchanales et Watteau
Rubens est un flamand, imprégné par les mises en scène sans manière des Brueghel. Pause ronflante à la moisson, retour de chasse bien arrosé, farandole à la fête du village.
Tous les petits bonhommes des Brueghel illustrent la sagesse populaire, d’une façon légère. Tous lancés dans la grande aventure de la vie, ils se promènent sur la toile comme les virgules d’un proverbe.
Rubens passera aussi dix ans en Italie, pour capter l’art de la Renaissance et ses références mythologiques. Parmi les divinités croisées, Dionysos et sa suite décrochent la grappe : créatures en sabots, génies des forêts aux oreilles velues, coureurs de nymphes, bacchantes lubriques, etc.
Dans le cortège zigzaguant, une place importante est accordée à Silène, le précepteur fin saoul de Dionysos qui traine partout sa bedaine si peu divine. Certaines villageoises qui donnent le sein rappellent les Ménades des cortèges de Dionysos ; d’autres danseurs font penser aux Centaures peints la même année. Tous ces messieurs titubant ne sont-ils pas des Silène en puissance ?
En maître baroque, Rubens s’appuie sur cette culture pour peindre l’homme et sa représentation complexe, paradoxale, instable. Et la beuverie - creuset des “lâcher-prise” - offre un décor idéal.
Avec ses corps contorsionnés, le peintre va pouvoir fusionner la philosophie antique et l’humanisme des Brueghel pour illustrer la trajectoire cabossée des hommes. Sapiens, demens et Rubens.
Aujourd'hui conservée au Louvre, à Paris, l'œuvre est admirée comme un sommet de la peinture de fête. Elle prolonge Bruegel et annonce les fêtes galantes de Watteau, que le tableau a directement inspiré.
La fête comme énergie collective
Au-delà d’une leçon de morale, Rubens nous présente une bacchanale new-age. Avec le regard du poète ivre, on pourrait comparer le tourbillon des villageois à une corne d’abondance.
La Kermesse est une mise en commun des passions, une vibration collective, un partage sans calcul… Comme on voudra. Mais finalement, la fête et les terrasses de café ont quelque chose de sacré chez Rubens.
C’est ici que l’homme exprime sa belle folie en attendant le prochain rappel à l’ordre qui le ramènera à l’équilibre. Ce sera demain, à la messe, lorsque le tintement des cloches remplacera le souffle des flûtes.
La fête et le lâcher-prise seraient-il une source inépuisable de bienfaits ?
La bacchanale selon Théophile Gautier
Cette œuvre a inspiré à Théophile Gautier une description célèbre : « La Kermesse est le très génie de Rubens, dégagé de toute contrainte allégorique ou mythologique, et folâtrant en pleine liberté dans la joie et l’ivresse flamandes. »
« Mais ne craignez pas qu’appuyé sur la marmite où écume la bière, il devienne un Téniers paisible et flegmatique. Quand Rubens s’amuse, il a la gaieté énorme des Titans, et sa puissance est la même pour une ruée d’anges ou de damnés que pour une ronde de buveurs. »
« Devant la porte du cabaret, il a pris la foule titubante et l’a nouée en une énorme guirlande qui tourne, comme un zodiaque ivre, dans un cercle fou, les bras passés autour des corps, les mains se tenant, avec une variété incroyable d’attitudes et de torsions, les pieds lourds battant la mesure et soulevant une chaude vapeur de poussière. »
« Quelle vie, quelle turbulence, quelle explosion de joyeuse bestialité ! Comme la santé meurt sur les joues rouges de ces commères rebondies ! Avec quelle ardeur ces robustes garçons fourragent les charmes opulents de ces grosses femelles ! »
« Tout doit entrer dans la danse, même les vieux, et la ronde tourne jusqu’à l’essoufflement à travers les cris, les huées, les chants. C’est ignoble et c’est superbe, car c’est la bacchanale du génie. »
La réception de l’œuvre au Louvre
The Kermesse belonged, in the middle of the 17th century, to the Marquis d’Hauterive. Louis XIV had seen it and admired it very much.
In spite of his preferences for noble painting, which made him treat the characters of Teniers disdainfully as “magots”, the great King discerned very well the incomparable value of this painting.
So when, in 1665, the sale of the Marquis d’Hauterive took place, he hastened to buy it for 3,850 livres. Since that time, The Kermesse has not left the national heritage: it is today in the great gallery of the Louvre, the span of Flemish painters.
La Kermesse ou Noce de village est aujourd’hui conservée au Louvre, à Paris. Son format panoramique permet au regard de parcourir la foule, de l’auberge et des tables jusqu’à la campagne lumineuse et au clocher qui ferme l’horizon.
| Élément | Information |
|---|---|
| Titre | La Kermesse ou Noce de village |
| Artiste | Pierre Paul Rubens |
| Date | 1635-1638 |
| Technique | Huile sur toile |
| Style | Baroque |
| Conservation | Louvre, Paris, France |
| Hauteur | 1.49 |
| Largeur | 2.61 |
| Figures | 0.44 |
Une œuvre évoquée par Émile Zola
« M. Madinier se taisait pour ménager un effet. Il alla droit à La Kermesse de Rubens. Là, il ne dit toujours rien, il se contenta d'indiquer la toile, d'un coup d'oeil égrillard. Les dames, quand elles eurent le nez sur la peinture, poussèrent de petits cris ; puis, elles se détournèrent, très rouges. »
« Les hommes les retinrent, rigolant, cherchant les détails orduriers. - Voyez donc ! répétait Boche, ça vaut de l'argent. En voilà un qui dégobille. Et celui-là, il arrose les pissenlits. Et celui-là, oh ! celui-là. Ah bien ! ils sont propres, ici ! - Allons-nous-en, dit M. Madinier, ravi de son succès. Il n'y a plus rien à voir de ce côté. »
Dans Mes haines, Zola dira à propos de Taine : « C'est le compagnon de Rubens et de Michel-Ange, un des lurons de La Kermesse, une de ces créatures puissantes et emportées tordant leurs membres de marbre sur le tombeau des Médicis ».
Zola évoquera souvent le nom de Rubens dans sa critique d'art et plus généralement les Primitifs flamands : « Ainsi, dans La Kermesse de Rubens, le caractère essentiel, l'idéal, est la furie de l'orgie, la rage de la chair soûle et brutale ».