Marine Le Pen, députée du Pas-de-Calais, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, était l'invitée du Grand entretien de la matinale. "Je suis la seule candidate à la présidentielle", assure ce jeudi sur France Inter Marine Le Pen.
La présidente du groupe Rassemblement national à l'Assemblée a été condamnée le 31 mars à une inéligibilité immédiate de cinq ans dans le dossier des assistants d'eurodéputés de son parti. Son procès en appel aura lieu l'année prochaine pour une décision rendue à l'été 2026.
Marine Le Pen maintient sa candidature à la présidentielle
Dans ce contexte, la question du rôle et de la place du président du RN, Jordan Bardella, s'est posée ces dernières semaines. "Il n'y a pas deux lignes" au Rassemblement national, rétorque Marine Le Pen.
"Je suis la seule candidate à la présidentielle car j'espère que la cour d'appel rectifiera cette erreur majeure qui a été commise par le tribunal, qui a constaté ma culpabilité, que je conteste formellement, et a décidé précisément de m'empêcher d'être élue à l'élection présidentielle", déclare la députée du Pas-de-Calais, y voyant "un problème démocratique majeur".
Mais "les choses sont très claires : nous allons mener campagne présidentielle jusqu'à la décision de la cour d'appel et si jamais elle décide de m'empêcher d'être candidate - ce qui serait un scandale mondial - nous continuerons à faire campagne, avec lui", précise-t-elle.
| Élément | Position exposée |
|---|---|
| Candidature présidentielle | "Je suis la seule candidate à la présidentielle" |
| Condamnation | Inéligibilité immédiate de cinq ans |
| Procès en appel | Décision rendue à l'été 2026 |
| Scénario alternatif | Campagne poursuivie avec Jordan Bardella |
La relation entre Marine Le Pen et Jordan Bardella
Dans le cas contraire, Jordan Bardella a "bien sûr" les qualités pour être Président, "parce qu'il pense bien, il a les bonnes idées, la bonne vision, celle que nous partageons".
"Il n'y a pas deux lignes" au Rassemblement national, insiste Marine Le Pen. "J'entends qu'on ait envie de voir des différences mais il n'y a pas de différences" entre Jordan Bardella et elle, assure la députée.
À peine sa candidature officialisée, la cheffe de file historique de l’extrême droite a repris la main sur son dauphin Bardella.
De quoi faire oublier à une partie des patrons que Jordan Bardella défendait toujours exactement le même programme économique que Marine Le Pen. Aujourd'hui, Marine Le Pen doit donc reprendre la main, tout en conservant les bénéfices de l'opération séduction menée par Jordan Bardella depuis des mois. C'est un numéro d'équilibriste.
La polémique sur la Nouvelle-Calédonie
Fin mai, questionnée sur le fait de savoir si Jordan Bardella aurait sa place à ses côtés pour potentiellement participer à une réunion à l'Élysée sur l'avenir institutionnel de La Nouvelle-Calédonie, Marine Le Pen avait balayé : "Je ne suis pas sûre que Jordan, pour le coup, connaisse très bien les problèmes de la Nouvelle-Calédonie (. ) on partage nos talents."
Ce tacle avait fait couler beaucoup d'encre sur une éventuelle dissension entre les deux membres du RN et une éventuelle émancipation de Jordan Bardella. "C'était rien, vous faites de rien un buzz parce qu'il vous manque des choses à dire", rétorque Marine Le Pen.
"La situation de la Nouvelle-Calédonie évolue tous les jours, je venais de faire quatre jours de consultation de l'ensemble de la classe politique donc au moment où on se parlait, je crois que j'étais celle qui connaissait le mieux la situation de la Nouvelle-Calédonie", appuie-t-elle.
Les propositions sur les agressions au couteau
Deux jours après le meurtre d'une surveillante devant un collège de Nogent (Haute-Marne), poignardée par un élève, Marine Le Pen a été interrogée sur la politique à adopter pour faire face aux agressions au couteau. "Il faut qu'il y ait une réponse qui soit extrêmement ferme et extrêmement rapide", plaide-t-elle.
"On ne peut pas considérer comme anodin le fait de porter une arme blanche dans l'espace public. Ça veut dire qu'il faut donner des consignes au procureur, à la police pour qu'à chaque fois que quelqu'un est pris avec une arme blanche, il aille devant le tribunal correctionnel", a défendu Marine Le Pen.
L'élève de 14 ans qui a poignardé une surveillante de son collège a utilisé un "couteau de cuisine". Autre suggestion de la leader du RN, le placement des "élèves violents ou gravement perturbateurs" dans des établissements adaptés aux problèmes de discipline".
Marine Le Pen a par ailleurs défendu une "resacralisation de l'intégrité physique aujourd'hui". "Aujourd'hui, la vie n'est plus sacrée, l'intégrité physique de l'autre n'est plus sacrée", a-t-elle déclaré, alors que le procureur de Chaumont Denis Devallois, a dressé mercredi le portait d'un adolescent "en perte de repère" quant "à la valeur de la vie humaine, à laquelle il ne semble pas attacher d'importance particulière".

La ligne du RN sur le déficit public
"Non", le Rassemblement national n'a pas changé de ligne sur le déficit public, assure Marine Le Pen. La question d'une conversion de son parti à "l'orthodoxie budgétaire" lui a été posée après les propos du député RN Jean-Philippe Tanguy sur une réflexion au sein du parti pour instaurer une "règle d'or" visant à "respecter les 3%" de déficit public.
Ces 3% de déficit correspondent à la limite fixée par l'Union européenne. "J'ai toujours considéré que tout ce qui était une limitation aux droits des parlements devait être regardé avec beaucoup de précautions", débute Marine Le Pen, avant d'expliquer que "le sujet, c'est qu'aujourd'hui, nous avons 3.300 milliards d'euros de dette".
"On est parti dans le grand n'importe quoi et ça a des conséquences sur la vie quotidienne des Français", ajoute-t-elle. "Il y a des économies à faire et elles sont nombreuses. Et sans passer par une augmentation des impôts, car nous le refusons, mais par une baisse des mauvaises dépenses."
La proposition d'une règle d'or
Comme proposition pour limiter le déficit, la députée du Pas-de-Calais reprend alors l'idée avancée mardi par son collègue de la Somme.
Jean-Philippe Tanguy avait indiqué lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale que le RN "ouvre sérieusement une réflexion en interne pour étudier la possibilité de mettre enfin dans notre droit le respect d'une règle d'or" budgétaire permettant de "respecter les 3%" de déficit public tout en préservant les dépenses d'investissement.
"Ce que nous disons, c'est que nous devons réfléchir peut-être à une règle d'or qui permettrait d'équilibrer les dépenses de fonctionnement pour préserver les dépenses d'investissement. C'est-à-dire préserver ce qui prépare l'avenir et essayer de résoudre ce qui obère l'avenir", précise ce jeudi Marine Le Pen.
Le déficit public attendu cette année par la Banque de France se situe autour des 5,4%.
Le débat organisé par le Medef
Jeudi, la candidate du Rassemblement national est attendue pour un débat organisé par le syndicat patronal entre sept prétendants à l'Élysée.
Ce n'est pas une première pour Marine Le Pen, mais cette invitation du Medef à un débat entre candidats à la présidentielle, jeudi 27 août, signe son grand retour comme candidate officielle du RN.
L'organisation patronal a invité pour ce débat, outre Marine Le Pen, Bruno Retailleau, président des Républicains, Raphaël Glucksmann, coprésident de Place publique, Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance et Édouard Philippe, président d’Horizons.
Pour Marine Le Pen, c'est une rentrée un peu délicate. Personne ne le dira publiquement mais, chez les grands patrons, sa décision de maintenir sa candidature, après sa condamnation en appel dans l'affaire des assistants parlementaires européens, a déçu.
Tous ne sont pas séduits par l'extrême droite, loin s'en faut. Mais beaucoup jugeaient Jordan Bardella plus "entreprises compatible" que son aînée, à la réputation plus étatiste.
Le programme économique et les attentes des milieux patronaux
C'était là une petite révolution, l'un d'entre eux confiait encore, avant l'été : "Si au RN, il y en a un qui peut nous écouter, c'est lui."
Il faut dire que le président du RN n'avait pas lésiné sur les efforts pour séduire les chefs d'entreprise : discours sur les charges, forcément trop lourdes, les normes, forcément étouffantes, un dîner chez l'un des fils de Bernard Arnault, des références appuyées à Nicolas Sarkozy, le tout sous le patronage bienveillant et lucratif de son éditeur, le milliardaire Vincent Bolloré.
D'un côté, Marine Le Pen refuse de céder sur son programme. Elle a tranché, cet été, pour conserver son projet de 2022, qui prévoit la retraite entre 60 et 62 ans, en fonction de l'âge d'entrée sur le marché du travail.
Cette décision a déçu, à commencer par son allié, Éric Ciotti, qui demande publiquement une inflexion. De l'autre côté, la candidate RN doit convaincre que son projet est crédible.
Mais on est loin du compte, avec des mesures extrêmement coûteuses dans le programme, comme la baisse de la TVA sur l'énergie. Ces dépenses doivent être financées essentiellement par la lutte contre la fraude, la préférence nationale et la baisse du budget à l'Union européenne.
Autant de mesures qui, d'un point de vue strictement comptable, ne peuvent suffire à rassurer les marchés financiers : elles devraient être complétées par des ajustements programmatiques à la rentrée.
Les tensions autour de Marion Maréchal
En cas d'échec de Marine Le Pen, ses concurrents à l'extrême droite l'attendent, Sarah Knafo la première. L'eurodéputée Reconquête publie en cette rentrée un livre, présenté comme une enquête économique sur les causes du déclin français : une façon de se distinguer du RN en allant sur le terrain où il est historiquement le moins solide.
Marine Le Pen a été très claire, il faudra compter avec sa nièce pour 2027. Au grand dam de Jordan Bardella, de ses proches, et même de quelques marinistes.
Cinq ans après être tombée en disgrâce pour avoir rejoint Éric Zemmour, Marion Maréchal renoue avec son histoire familiale, et le parti qui va avec. Après la sortie de son livre au titre sans ambiguïté (Si tu te sens Le Pen, aux éditions Fayard), la petite-fille de Jean-Marie Le Pen entend bien faire partie de la quatrième aventure présidentielle de sa tante Marine.
Et tant pis si cela crispe en interne, jusqu’au président du parti. Dernier épisode en date : la présence de l’eurodéputée à une exposition anti-avortement dans les couloirs du Parlement européen le 16 septembre, organisé par le parti Fratelli d’Italia, avec lequel Marion Maréchal siège.
N’est-ce pas contraire à la ligne du parti qui après mille tergiversations, a renoncé (par intérêt politique) à s’en prendre au legs de Simone Veil ? Interrogé par la presse, Jordan Bardella lâche un « Ça vous étonne ? » mi-crispé mi-railleur, selon les récits de Libération et de L’Express.
Le rôle que Marion Maréchal souhaite jouer
Le 9 septembre sur CNews, l’eurodéputée assure qu’ « évidemment » elle participera à la campagne de Marine Le Pen. En tant que porte-parole ? Conseillère spéciale ? Responsable du programme ou d’une thématique ? Marion Maréchal balaie.
Elle n’a « pas besoin d’un statut ou d’une fonction ou d’un titre » et « fera tout » pour que « Marine Le Pen gagne et pour que Jordan Bardella ait une majorité à l’Assemblée nationale. »
Ce qui ne l’empêche pas de se fixer deux « missions ». La première, directement liée à son mandat d’eurodéputée, porte sur la construction d’un « couple franco-italien » en cas d’accession de Marine Le Pen à l’Élysée.
Sur ce point, sa position n’est pas si éloigné de celle de Jordan Bardella. À rebours de Marine Le Pen plus proche du parti de Matteo Salvini, le président du RN voit dans Giorgia Meloni un exemple pour l’extrême droite française.
Auprès du Monde en 2025, il vantait ainsi la « solidité » de sa coalition et la capacité de l’Italienne à « fédérer autour d’elle les milieux économiques, indispensables si vous voulez obtenir des résultats ».
Un point commun avec Marion Maréchal qui défend toujours « l’union des droites » selon le terme consacré à l’extrême droite. En revanche, la deuxième « mission » revendiquée par l’ex-députée du Vaucluse a de quoi le contrarier.
L’ancienne élue Reconquête assume de vouloir « convaincre les Français qui ne le sont pas encore et incarner une sensibilité au sein du camp national ».
Une sensibilité très conservatrice, notamment sur les questions sociétales, et pas du tout alignée sur celle défendue par le président du parti. De quoi provoquer de la friture sur la ligne avec les soutiens de Jordan Bardella qui travaillent à faire oublier les positions les plus sulfureuses du parti.
La reprise en main de la campagne
Sur TF1 le 14 septembre, le député Jean-Philippe Tanguy tente de balayer les rumeurs de cacophonie autour du retour de Marion Maréchal. Circulez, il n’y a rien à voir, déclare-t-il en substance, rappelant que l’élue européenne est revenue dans le parti dès les législatives de 2024 avec la bénédiction de Jordan Bardella qui « l’a inclus dans la coalition » selon lui.
Pour autant, l’élu de la Somme ne va pas jusqu’à chanter ses louanges, ni ne s’éternise sur ce qu’elle pourrait apporter dans la campagne. Et pour cause : la « sensibilité » Marion Maréchal, qui a milité contre le mariage pour tous et l’adoption pour les couples homosexuels, s’oppose aux convictions personnelles du député, qui parle publiquement de son homosexualité et s’est confié sur son rapport « douloureux » avec la parentalité.
Proche de Marine Le Pen, l’élu de la Somme se garde cependant de toute critique. « C’est Marine Le Pen qui décidera » de son rôle lâche-t-il prudemment. Comme de tout dans la campagne.
Sur le programme, avec le retour de propositions emblématique sur le voile et la retraite à 62 ans. Même chose dans l’organigramme de campagne, au risque de réveiller les procès en népotisme, qui accompagnent l’aventure lepéniste depuis le Front national.
Exit les conseillers trop dévoués à Bardella. Philippe Olivier, beau-frère de la candidate, sera son conseiller spécial. La fille de ce dernier, Nolwen Olivier, est propulsée directrice de la communication. Marion Maréchal, quelle que soit sa position, complète le puzzle.
Dans la séquence compliquée avec Jordan Bardella, difficile de ne pas y voir un avertissement à l’ambitieux président du parti : le RN, c’est les Le Pen.
Les invitations publiques de Marine Le Pen et Jordan Bardella
Éric Ciotti, le maire de Nice, a invité officiellement la candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle, Marine Le Pen, ainsi que le président du parti ,Jordan Bardella, à la cérémonie organisée en hommage aux victimes de l'attentat du 14 juillet 2016.
Marine Le Pen et Jordan Bardella ont accepté l'invitation, selon nos collègues de France 3 Provence Alpes-Côte d'Azur.
L'équipe du maire de Nice précise que tous les présidents de partis et de groupes parlementaires à l’Assemblée nationale, au Sénat et au parlement et au parlement européen ont été invités.
Une invitation critiquée par l'opposition municipale. Pour Julien Picot est conseiller municipal communiste à la Ville de Nice et secrétaire départemental du parti, "le 14 -Juillet est la fête de la République, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.
Il est le moment où la Nation rend hommage à celles et ceux qui servent la France et où nous célébrons les valeurs qui fondent notre pacte républicain. En choisissant d'inviter Marine Le Pen et Jordan Bardella à cette cérémonie officielle, Éric Ciotti commet une faute politique majeure.
Il détourne un moment d'unité nationale au profit d'une opération de légitimation de l'extrême droite. Après la condamnation de Marine Le Pen par la justice dans l'affaire des assistants parlementaires européens, ce choix envoie un signal désastreux" indique-t-il ce lundi dans un communiqué.