Messe de minuit à la cathédrale Saint-Étienne de Bourges : héritage, foi et mission d’une Église locale

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Puisqu’on devient chrétien, il faut être initié à la foi et à sa pratique. L’Eucharistie achève l’initiation chrétienne. Par le baptême et la confirmation le chrétien est configuré au Christ mort et ressuscité. La vie du chrétien est donc une participation, avec toute l’Eglise, au sacrifice de Jésus sur la croix. Il peut ainsi donner toute sa vie, comme le Christ, puisque le Christ est ressuscité. Chaque dimanche le chrétien est appelé à laisser sanctifier sa vie par l’Esprit, avec la communauté, pour qu’elle devienne le pain de Dieu pour le monde : « Faites ceci en mémoire de moi. Chaque dimanche et jour de fête tous les baptisés sont appelés à rejoindre la communauté pour célébrer la messe.

Bourges, à travers sa cathédrale, hérite d’un passé médiéval prestigieux. Saint-Étienne de Bourges, comme toutes les cathédrales de la même époque, nous rappelle que le Moyen Âge des XIIe au XVe, n’a rien à voir avec l’idée négative qu’on se fait habituellement du Moyen Âge. Nous sommes bien placés pour bannir de notre vocabulaire cette formule encore entendue trop souvent : « Nous ne sommes plus au Moyen Âge ! » A bien des égards le Moyen Âge dont nous parlons ici, celui de la cathédrale gothique et de nos églises romanes pourrait nous donner la leçon en matière de civilisation.

Au moment où l’archevêque Henri de Sully, décide la construction d’une nouvelle cathédrale, qui sera ogivale et remplacera la cathédrale romane, en 1195, Bourges est déjà une ville prestigieuse, tant au plan religieux que politique. La position de Bourges est donc stratégique. Ce qui explique que la cathédrale nouvelle se devait d’être, jusque dans sa forme, la figure de proue hors normes du domaine royal. Bourges sera donc aussi un point d’appui indispensable pour le pape Innocent III qui veut mener la croisade contre les Albigeois. Mais le roi Philippe Auguste ne suit pas le pape, et l’archevêque Guillaume du Donjon (Saint Guillaume) meurt quelques semaines avant le déclenchement de la croisade en mars 1209. L’abside et le chœur de la cathédrale sont en cours d’achèvement.

Quand on voit le nombre d’églises, romanes et même gothiques - sans oublier celles du XIXe siècle et du XXe, on ne peut pas douter que le Berry fut une terre chrétienne. Et il le reste aujourd’hui, malgré la fragilité de l’Église. Nous sommes les héritiers d’un patrimoine religieux, dont tous nos villages prennent conscience de plus en plus, à travers les restaurations entreprises par les communes et les initiatives diverses de citoyens pas toujours fidèles de l’Église. Notre Église en Berry est une Église dont nous serions bien inspirés d’être fiers. Si elle a été une Église de bâtisseurs, c’est parce qu’elle a été une Église missionnaire. Missionnaire elle l’est toujours, même si elle ne bâtit plus d’églises aujourd’hui. La construction d’une église n’est pas d’abord une opération de prestige : elle a un but missionnaire. Elle sert à planter la foi en terre et à faire le lien entre le ciel et la terre. D’ailleurs comme tout temple religieux.

Ceux qui veulent visiter nos églises (et trouvent parfois portes closes) n’ont peut-être pas qu’une curiosité touristique ou culturelle. L’anniversaire de la dédicace de la cathédrale pourrait être l’occasion pour tous en Berry, d’une réflexion (déjà bien entamée) sur la place de nos églises paroissiales dans notre architecture pastorale. Il ne s’agit pas que de pastorale du tourisme. La cathédrale est l’église mère de notre diocèse, parce que notre évêque y a son siège, sa cathèdre. On sait combien l’évêque est essentiel à la vie de l’Église et à son unité. En tant que successeur des Apôtres il est évêque de l’Église universelle et le pape lui confie une portion du territoire et un ensemble de fidèles. L’Église est plantée là pour tous. C’est l’Église toute entière qui prie et célèbre, là-même ou une poignée de fidèles dans une petite église de campagne ou une grande assemblée dans la cathédrale se mettent à l’écoute de la Parole de Dieu.

Nous sommes sans doute à la croisée des chemins devant notre difficulté à faire vivre à la fois nos communautés et nos églises. Mais nos Églises ne peuvent pas vivre sans églises. Affirmer le contraire c’est s’exposer à oublier que nous sommes les héritiers d’une civilisation chrétienne toujours vivante. L’anniversaire de la dédicace de la cathédrale de Bourges est sans doute l’occasion encore, à travers le lien privilégié qu’elle entretient avec chacune des églises où est nommé notre évêque à chaque eucharistie, de la redécouverte d’une fraternité territoriale et pastorale qui fait l’Église diocésaine. Quand une communauté se construit quelque part dans le monde, pour exister elle bâtit une église. Si on veut interdire cette communauté, on détruit son église.

  1. La messe comme cœur de l’initiation et continuité de la foi dans la communauté.
  2. La cathédrale comme symbole de mission et d’unité ecclésiale dans le Berry médiéval et contemporain.
  3. Le lien entre architecture sacrée, église locale et mission pastorale.
carte des diocèses et cathédrales du Berry

En somme, la dédicace et l’usage des espaces sacrés dans le diocèse de Bourges rappellent que l’Eglise est vivante quand elle unit les fidèles autour de la Parole et du sacrifice du Christ, et lorsque les lieux de culte deviennent des lieux de mission pour planter la foi en terre.

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