Pour le prince Albert II de Monaco, le week-end qui vient de s'écouler aura été placé à double titre sous le signe du baptême: riche en émotions dimanche avec l'un des premiers grands moments de la vie de ses jumeaux le prince héréditaire Jacques et la princesse Gabriella, baptisés en présence de leurs parrains et marraines, mais riche aussi en sensations la veille… Samedi 9 mai 2015, la principauté accueillait en effet la toute première édition de son E-Prix, 7e étape du Championnat de Formule E de la FIA disputé avec des véhicules électriques, inauguré en septembre dernier en Chine.
À quelques jours de la traditionnelle et prestigieuse manche monégasque du championnat de Formule 1, qui fera résonner la principauté des hurlements furieux des monoplaces gourmandes en pétrole, l'ambiance était inédite, avec la glisse silencieuse et pas moins agile de leurs cousines électriques. Un baptême du feu auquel ont assisté pas moins de 23 000 spectateurs, qui avaient mis la billetterie en rupture de stock depuis un moment déjà, notait Nice-Matin. Chevalier de l'écologie, le prince Albert était évidemment au rendez-vous. Fervent défenseur de l'environnement, personnellement et au travers des actions de sa fondation éponyme, le souverain monégasque, qui accompagnait il y a quelques semaines les prouesses de l'avion solaire Solar Impulse, pouvait compter sur la présence à ses côtés de son neveu Pierre Casiraghi.
À la fois passionné de grands défis et de sport automobile, le fils de la princesse Caroline de Hanovre, qui s'est à nouveau illustré et s'illustrera encore cette année sur les mers, était visiblement ravi du spectacle, de très belle humeur et très complice avec son oncle. Quant à sa fiancée Beatrice Borromeo, habituée à l'ambiance du Grand Prix de F1 de Monaco qu'elle suit tous les ans avec lui, elle n'était pas loin… Et ce n'était pas la seule présence glamour dont pouvait se targuer le premier E-Prix de Monaco: la chanteuse australienne Natalie Imbruglia, qui prépare son grand retour avec la sortie cet été d'un album de reprises de chansons d'interprètes masculins (Male), était immanquable (d'autant qu'elle a pris la pose avec le pilote Nelson Piquet Jr., fils de la légende du sport automobile, 2e du classement général après sa 3e place samedi), tout comme la socialite anglaise Tamara Beckwith, qui accompagnait son mari le promoteur Giorgio Veroni.
S'ils rêvaient très certainement d'une victoire de l'écurie Venturi Formula E Team, régionale de l'étape, le prince Albert de Monaco et Pierre Casiraghi ont applaudi le succès du Suisse Sebastien Buemi (e.dams-Renault). Venturi, propriété de l'homme d'affaires monégasque Gildo Pastor, peut toutefois se satisfaire de son samedi, puisque son pilote français Stéphane Sarrazin, spécialiste de l'endurance, est rentré dans les points en terminant 7e (son coéquipier Nick Heidfeld s'est classé, lui, 11e), ce qui permet à la firme d'abandonner la place de lanterne rouge au classement des constructeurs. Neveu du regretté Michel Pastor, Gildo, qui se confiait peu avant la course sur le meurtre sordide de sa mère Hélène Pastor, était sur place avec son épouse Clémentine pour apprécier.
Albert de Monaco a également eu le plaisir, à l'occasion de la course, de retrouver son bon ami Alain Prost, actif lui aussi dans le registre des énergies alternatives et cofondateur de l'écurie française de Formule E, e.dams-Renault, victorieuse grâce à Buemi. Sneakerina, pantalon capri, sac hobo… "Comme ils ont grandi! Qu'ils ont changé!" Autour de la cathédrale, les réactions fusent, unanimes. Il est dix heures. Les quatre cents invités prennent place peu à peu à l'intérieur de la nef. Tout Monaco s'est réuni pour célébrer le baptême solennel du prince héréditaire Jacques et de la princesse Gabriella.
Sur le côté de la cathédrale, la porte Saint-Nicolas fait office d'entrée pour les membres de la famille princière et les parrains et marraines accueillis par monseigneur Barsi. "Nous vivons un grand événement avec toute notre famille réunie, nous confie Gareth Wittstock, le frère de la princesse Charlène. Devenir le parrain de Gabriella représente à mes yeux une grande responsabilité. Nous avons répété hier pour la cérémonie, il y a eu un gros travail de préparation et tout devrait bien se passer. Le couple princier entoure des parrains et marraines des enfants." "Nous vivons un moment historique, un événement important pour la famille princière, nous confiait quelques heures plus tôt monseigneur Barsi, le baptême du futur prince qui montera un jour sur le trône. C'est aussi une grande joie, car nous voyons aujourd'hui deux enfants entrer dans la communauté catholique et chrétienne. Nous avons préparé ce moment avec le prince Albert et la princesse Charlène en réfléchissant au sens du baptême, comme le font toutes les familles. Quant aux textes, nous nous en sommes tenus à ceux de la parole de Dieu de ce jour, le sixième dimanche de Pâques.
La famille Wittstock fait à son tour son entrée au son du Premier livre d'orgue de Clérambault interprété par Olivier Vernet, le titulaire des grandes orgues de la cathédrale de Monaco. Le grand moment arrive enfin. Deux voitures quittent le palais et déposent Jacques et Gabriella dans les bras de leurs nounous à la porte Saint-Nicolas. "Quel prénom avez-vous choisi pour vos enfants?" demande alors l'archevêque. "Jacques et Gabriella", répondent à l'unisson Albert et Charlène. Quelques secondes plus tard, monseigneur Barsi s'adresse également aux parrains et marraines. "Et vous qui avez accepté d'être les parrains et les marraines de ces enfants, vous devrez aider les parents à exercer leurs responsabilités. Êtes-vous disposés à le faire?" "Oui, nous le sommes", répondent-ils de concert. À l'issue du rituel de l'accueil, la cérémonie se poursuit à l'intérieur de la cathédrale au son du Gloria de Sir Richard Terry.
À gauche du baptistère se tiennent les membres de la famille Grimaldi, et de l'autre côté du choeur, les bébés et leurs parents, accompagnés des parrains et marraines. Le marquis des Baux et la comtesse de Carladès arborent deux magnifiques robes de baptême Baby Dior en voile de coton blanc ornées de broderies d'inspiration végétale, de plis fins et de dentelles de Calais, marquées de leurs monogrammes respectifs. Elle tient dans ses bras le prince Jacques, si sage et dont les yeux grands ouverts semblent ne rien manquer de l'instant. C'est à Andrea Casiraghi, le fils aîné de la princesse Caroline, que revient l'honneur de la première lecture: un extrait de la Première lettre de saint Jean.
Sur un même rang, Pierre, Andrea, les princesses Stéphanie et Caroline et la princesse Alexandra échangent des regards complices. Dans son homélie, monseigneur Barsi rappelle l'étymologie du mot "baptiser", "qui vient du grec et signifie 'plonger, entrer profondément profondément.' Ce mot est courant dans le langage de la marine, elle l'utilise lors de la mise à l'eau d'un nouveau bateau. L'Église se sert de ce terme pour révéler le sens du rite sacré qui donne la grâce divine. Diane de Polignac Nigra lit ensuite la prière commune de l'assemblée, avant la litanie des saints et la prière d'exorcisme et de délivrance. Les bébés dans les bras de leurs parents sont immobiles, attentifs, tête contre tête, liés par une affinité mystérieuse. Charlène couve du regard son fils au moment où l'archevêque procède aux sacrements du baptême.
À la toute fin de la messe de baptême, monseigneur Umberto Toffani lit le message que le pape François a tenu à adresser au couple princier: "À l'occasion du baptême du prince héréditaire Jacques et de la princesse Gabriella, je souhaite m'associer par la prière à la célébration de confier à Dieu l'avenir chrétien de votre fils et de votre fille. Partageant votre joie et celle de toute la famille princière ainsi que celle des Monégasques, je confie vos enfants à la protection maternelle de la Vierge Marie afin qu'elle les accompagne tout au long de leur vie. De grand coeur, j'adresse une particulière bénédiction apostolique au prince héréditaire Jacques et à la princesse Gabriella, à Votre Altesse Sérénissime, à la princesse Charlène et à la famille princière ainsi qu'à tous les habitants de la principauté." Un message touchant qui marque la fin du service religieux.
Tandis que les invités quittent la cathédrale, le couple princier procède à la signature des registres placés sur l'autel par le chanoine César Penzo, chapelain du palais. Monseigneur Barsi bénit ensuite les cadeaux des parrains et marraines, traditionnelles médailles et timbales. Enfin, Jacques et Gabriella font leur apparition en haut des marches dans les bras du couple souverain. Les danseuses du groupe folklorique La Palladienne entament devant eux une danse intitulée Gracieuse en hommage à la princesse de Monaco. Le temps de réaliser une photo officielle historique, les deux époux, qui ont confié les bébés à leurs nurses pour qu'ils rentrent au palais en voiture, s'offrent un bain de foule jusqu'à la porte d'honneur du palais. Une atmosphère chaleureuse et bon enfant règne sur la place, où plusieurs milliers de personnes les attendent. Les souverains ont une attention pour chacun. Un mot pour tous.
Le parrain et la marraine du prince Jacques sont également élevés au rang d'officiers dans l'ordre de Saint-Charles et ceux de la princesse Gabriella, officiers dans l'ordre de Grimaldi. Cette journée mémorable se poursuit à l'abri des regards. "C'est avant tout un événement familial, mais que nous sommes heureux de partager avec la population de la Principauté, nous confiait le prince il y a quelques jours. Cette occasion de rencontre avec les Monégasques et les résidents représente une opportunité pour moi et ma famille de vivre de très beaux moments de partage. Il s'agit bien sûr de la continuité de la dynastie, mais aussi de nos enfants.
Pour Jacques, marquis des Baux et prince héréditaire, le couple a choisi Christopher Le Vine Jr, le fils du cousin américain d’Albert II, «Chris» senior. Ce dernier, témoin de son mariage, a toujours été un proche du couple. Pour la marraine du petit prince, le couple a choisi Diane de Polignac Nigra. Galeriste d'art à Paris, mère d'une petite Ariane, Diane est une cousine d’Albert du côté de Rainier, petite-fille de Thérèse de Polignac. Le prince avait été très peiné, à l’automne dernier, de la disparition de Thérèse de Polignac, élégante « socialite », nièce de Pierre, et cousine de Rainier dont il était proche. Ce serait d’ailleurs la raison pour laquelle Gabriella porterait en second prénom Thérèse.
Gabriella aura pour marraine Nerine, l’épouse de François Pienaar, le mythique capitaine de l’équipe qui remporta la coupe du Monde de rugby en 1995 pour une Afrique du Sud enfin réunie. Pienaar, incarné par Matt Damon dans le «Invictus» de Clint Eastwood, était lié par une réelle amitié avec Nelson Mandela, le héros de Charlène. Le premier président noir d’Afrique du Sud était d’ailleurs le parrain de l’un des deux fils du couple formé par François et Nerine.

Cette cérémonie s’inscrit ainsi dans la continuité des traditions monégasques tout en affichant une touche contemporaine à travers l’E-Prix et l’engagement écologique du prince Albert. Le baptême réaffirme le cadre spirituel de la famille princière et sa proximité avec les Monégasques, dans une journée où l’ampleur médiatique se mêle à l’intimité religieuse.