Nordahl Lelandais et le mariage d’Eddy et Anne-Laure : la nuit où Maëlys a disparu

Le 26 août 2017, Eddy et Anne-Laure célébraient leur mariage à Pont-de-Beauvoisin, en Isère, lorsque la petite Maëlys, âgée de 8 ans, a disparu. Nordahl Lelandais, un ancien ami du marié invité à la fête, a rapidement attiré l’attention des enquêteurs et a finalement été condamné pour l’enlèvement et le meurtre de l’enfant.

Le mardi 8 février 2022, au septième jour du procès de Nordahl Lelandais devant la cour d’assises de l’Isère à Grenoble, les deux époux sont venus témoigner. Ils ont raconté une soirée qui devait être heureuse et qui est devenue, selon Eddy, « un cauchemar », ainsi que leur colère, leur désarroi et leur culpabilité.

Un mariage préparé pour être une fête familiale

Longtemps Eddy et Anne-Laure se souviendront de ce 26 août 2017. Pas comme on se souvient de son mariage. Mais comme d’« un cauchemar », laisse tomber Eddy. Les deux époux avaient préparé les choses en grand. Les faire-part envoyés six mois auparavant. Près de deux cents invités.

La salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin (Isère) mise à disposition. Un DJ pour animer la soirée. Et une nounou pour s’occuper des enfants jusqu’à 1 heure du matin. Ce devait être un beau mariage. Et d’ailleurs, ce fut un beau mariage.

Eddy et sa femme avaient voulu que ce mariage soit « sécurisant ». La salle des fêtes était fermée et une nounou était présente jusqu’à la fin du gâteau.

La nuit est belle, et tout le monde danse, chante et rit. Jusqu’à 3 heures du matin. D’un coup, une annonce du DJ coupe court à la liesse.

Pourquoi Nordahl Lelandais était présent au mariage

Eddy et Nordahl étaient de vieux copains. « On se connaissait depuis une vingtaine d’années, mais on s’était perdus de vue depuis cinq ans », raconte le premier. Avant de le perdre de vue, ils faisaient partie de la même bande d’amis de Pont-de-Beauvoisin.

Quand, deux jours avant la noce, Nordahl lui téléphone pour prendre des nouvelles et le féliciter, Eddy l’invite au vin d’honneur. « Il m’a dit qu’il avait appris qu’on se mariait. Je lui ai naturellement proposé de passer », explique le marié.

Nordahl Lelandais était invité pour le vin d’honneur. Même s’ils se sont éloignés l’un de l’autre, le futur époux n’a aucune raison d’en vouloir à celui qu’il appelait Nono, qui aimait faire la fête et qui ne rechignait jamais à rendre service.

« Pour moi, il n’avait pas changé. Il déménageait mon propre témoin juste avant le mariage, il était toujours prêt à aider les autres », explique Eddy. Le soir de la fête, il se souvient qu’ils ont rigolé face à des photos de lui plus jeune. « Après, je l’ai perdu dans l’euphorie », souffle-t-il.

Après le vin d’honneur, Nordahl est revenu pour la soirée, une fois le repas terminé et le gâteau servi. Tee-shirt bleu pétant et bermuda blanc, une tenue pour le moins inappropriée en pareille circonstance, dont Eddy ne se formalise pas. C’est le mois d’août, il fait chaud, d’autres invités sont chaussés de claquettes.

Tout de même, ça l’étonne un peu. Connaissant Nordahl et son côté dragueur, il se dit que ce n’est pas un costume de séducteur. Mais, au fond, Eddy se fiche bien de tout cela.

Anne-Laure également, qui connaît aussi Nordahl - ils ont eu 20 ans dans les mêmes années et sont souvent sortis ensemble. Car ce soir, c’est le mariage d’Eddy et d’Anne-Laure.

mariage à Pont-de-Beauvoisin en 2017

La disparition de Maëlys pendant la soirée

Un enfant a disparu. Jennifer Cleyet-Marrel, la maman de Maëlys est surprise de ne pas voir sa fille sur la piste au moment où sa chanson préférée, Sapés comme jamais, est reprise par tout le monde.

« Vers 3h du matin, on n’y croit pas quand on nous dit que Maëlys a disparu. On se dit qu’elle est sous une table ou en train de jouer. Puis Jennifer - la mère de la fillette - m’a dit qu’un de mes copains lui avait montré ses chiens sur son portable. J’ai tout de suite compris de qui elle parlait », raconte Eddy.

La fillette s’est volatilisée un soir de mariage dans la nuit du 26 au 27 août 2017. Nordahl Lelandais a été rapidement suspect. Il a persuadé la petite fille de monter dans sa voiture.

Le corps de Maëlys a été retrouvé six mois après sa disparition, le 14 février 2018, dans le massif de la Chartreuse (Isère). Il a avoué avoir tué Maëlys, mais « involontairement ».

Les premiers soupçons d’Eddy

Le marié a croisé Nordahl Lelandais après la disparition de Maëlys. Il lui a demandé s’il n’avait pas vu la petite et il a répondu que non. « C’était une première alerte », confie Eddy.

Il y en a eu d’autres. L’accusé a quitté le mariage sans prévenir, avant l’arrivée des gendarmes. Un ami du marié raconte qu’il avait vomi. « Vomir je n’y croyais pas, je l’avais vu avant et il allait très bien », explique le témoin.

Il a tout de suite parlé de l’accusé aux gendarmes. Le lendemain, alors que tous les invités sont entendus, Nordahl Lelandais ne passe aucun coup de fil.

« L’indifférence qu’il avait à ce moment-là », constate Eddy. « J’avais des doutes mais je n’arrivais pas à y croire. »

Il apprendra ensuite par un ami que Nordahl Lelandais a été vu en train de laver sa voiture et notamment son coffre. « J’ai donné le numéro de l’enquêteur pour qu’il l’appelle », explique Eddy.

enquête après disparition de Maëlys

Le témoignage des mariés au procès

C’est un homme en colère qui se présente face à la Cour. « Je vais rester poli », prévient Eddy, un militaire au pull bleu marine. Il semble devoir se contenir en présence de l’accusé, cet « individu », qu’il ne « reconnait pas ».

« J’ai fait entrer le loup dans la bergerie à mon propre mariage. J’avais confiance en lui. Ma famille et mes amis avaient confiance en lui », lance-t-il.

« On tombe de haut », affirme le marié. Il s’interroge sur l’accusé. « Il nous a dupés pendant combien d’années ? Comment peut-on tuer quelqu’un avec autant de discernement et de maîtrise ? »

Eddy se tourne vers le box : « Si Maëlys ne t’avait pas arrêté, tu aurais fait quoi encore derrière ? » Nordahl Lelandais reste silencieux.

« On imaginait pas la noirceur de l’accusé », renchérit Anne-Laure. Cette grande femme blonde était la mariée.

Elle s’adresse à la Cour : « Je voudrais vous dire qu’il ne sera pas jugé pour tous ses crimes. Il ne sera pas jugé pour tous les dommages collatéraux dont on fait partie. Toutes ces vies brisées. »

Le parcours judiciaire de Nordahl Lelandais

Nordahl Lelandais est incarcéré à Ensisheim depuis septembre 2022, où il purge une peine de réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une mesure de sûreté de 22 ans, pour l’enlèvement et le meurtre en août 2017 de la petite Maëlys, 8 ans.

En 2021, il a aussi été condamné à 20 ans d’emprisonnement pour le meurtre du jeune caporal Arthur Noyer, qu’il avait pris en stop en avril 2017. Il avait été également jugé pour des agressions sexuelles sur deux petites-cousines de quatre et six ans la même année.

Il a aussi été condamné à 20 ans de prison pour le meurtre du jeune caporal Arthur Noyer et à un an de prison pour « agression sexuelle » sur une petite-cousine.

Le criminel, déjà condamné pour deux meurtres et qui encourt jusqu’à dix ans de prison, risque d’être déchu de ses droits parentaux.

La relation avec sa compagne et la naissance de leur enfant

La révélation de la paternité du tueur Nordahl Lelandais, dont l’enfant conçu avec sa compagne au sein d’une unité de vie familiale à la centrale d’Ensisheim est né en décembre, remet au jour les singulières liaisons que nouent des « groupies » avec des prisonniers.

Le couple a bénéficié du dispositif légal permettant des rencontres d’un à trois jours au sein d’unités de vie familiale destinées à entretenir des liens avec un conjoint, des enfants.

La jeune femme, ancienne étudiante en droit, a rencontré Nordahl Lelandais lors d’un parloir après avoir entretenu une correspondance avec lui. Une relation qu’elle assume pleinement, malgré la pression médiatique.

Leur enfant, conçu en prison, est né au début de l’année 2024. Depuis sa première comparution dans cette affaire, le 11 juillet, Nordahl Lelandais a en effet interdiction d’entrer en contact avec sa partenaire et leur fils de 21 mois, né de leur relation alors qu’il était déjà en prison.

« Ce serait absolument délétère. Quoi qu’on en pense, (mon fils) s’est construit de façon équilibrée avec son père. Ce n’est pas moi qui le dis, mais les rapports des éducateurs et la juge des enfants. Ne brisons pas ce fragile édifice », plaide sa compagne.

En prison, « les visites médiatisées (en présence d’une assistante sociale, NDLR) ont très bien fonctionné durant un an, pourquoi s’en priver? », argumente-t-elle.

« Mon fils est de toute façon héritier de ce passé, qu’on lui expliquera le moment venu. J’ai le sentiment que l’on oublie l’intérêt de l’enfant, et son équilibre psychique, pour punir Nordahl. Mais la question aujourd’hui n’est pas de savoir s’il a le droit d’être père, mais si mon fils a le droit d’avoir un papa ».

Les accusations de violences conjugales

Nordahl Lelandais doit comparaître ce vendredi pour « violences conjugales sur conjoint en présence d’un mineur », en l’occurrence leur fils. Les faits supposés se sont déroulés le 9 juin dernier, lors d’une visite au parloir de la maison centrale d’Ensisheim où ce dernier purge une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

Selon une source proche de l’enquête à BFMTV, l’ancien maître chien a saisi le cou de sa compagne puis lui a brutalement tiré les cheveux en la faisant basculer en arrière. La scène, qui dure plusieurs minutes, a été filmée par les caméras de vidéo-surveillance.

Mais selon la version du couple, Nordahl Lelandais ne faisait que montrer le danger que sa compagne encourait à faire du jogging seule, en simulant une agression.

« Le parloir s’est poursuivi jusqu’au bout. Une surveillante est intervenue, oui, mais pour reprocher à Nordahl que notre fils courait partout et dérangeait. Je suis tombée des nues quand on m’a appelée, quelques jours plus tard, pour me demander si j’étais victime de violences conjugales », affirme la jeune mère.

« Ces gestes n’auraient pas dû avoir lieu, ils ne sont pas appropriés, encore moins en présence d’un enfant. Mais ils ne sont en rien représentatifs de nos relations ni de nos parloirs. Ma priorité, c’est mon fils. Si je sentais le moindre danger, croyez-moi, je n’aurais plus mis les pieds au parloir », assure-t-elle.

Nordahl Lelandais fait à nouveau parler de lui à la rubrique judiciaire. Il devait ce jeudi 28 août 2025 être jugé à Colmar pour des violences conjugales, commises lors d’un parloir devant son fils. Il a refusé.

Il lui est cette fois reproché d’avoir agressé le 9 juin dernier, à la prison d’Ensisheim où il purge une peine de réclusion criminelle à perpétuité, sa compagne avec qui il a eu un enfant conçu en détention. Cette agression s’est déroulée sous les yeux du garçonnet d’un an et demi.

Sa conjointe nie avoir été victime de violences, affirmant que son compagnon ne faisait que mimer les gestes, et a décidé de ne pas porter plainte. Il risque dix ans de prison, une peine particulièrement lourde en raison de sa récidive présumée.

Le refus de comparaître à Colmar

Jeudi, absent à l’audience, Nordhal Lelandais qui a adopté le nom de jeune fille de sa mère, Périnet, a fait lire une lettre dans laquelle il justifie son refus de comparaître par la « pression médiatique » pesant sur lui et sa famille.

Le président du tribunal, Vincent Tridon, a jugé que « la comparution de M. Périnet (était) nécessaire », tout comme la présence de la mère de l’enfant, laquelle n’est pas partie civile au procès.

S’il refuse à nouveau de comparaître, un mandat d’amener pourra être prononcé pour le contraindre à venir l’après-midi du 19 septembre, a ajouté le président.

« On a l’impression que Nordahl Périnet découvre qu’il est Nordahl Lelandais et que les faits qu’il a commis en détention, nécessairement, appellent l’attention de la presse. »

Le procureur, Jean Richert.

« Il ne veut pas se soustraire à cette audience, il veut s’exprimer devant les juges, mais uniquement devant les juges », a défendu son avocat, Paul Feutz.

Les avocats de la partie civile, représentant l’enfant, ont demandé le huis clos lors du procès, afin de préserver son anonymat et celui de sa mère.

NRJ12 - Crimes et faits divers - quatrième jour du procès de Nordahl Lelandais - assises de Grenoble

La mémoire de Maëlys et des familles touchées

Ce nouvel épisode judiciaire s’écrit au lendemain de l’anniversaire de la mort de la petite jurassienne Maëlys De Araujo. La mère de la fillette a publié un message sur les réseaux sociaux.

« 8 ans que tu nous as été arrachée, tu nous manques chaque jour, chaque heure, chaque seconde mon poussin. Ton sourire reste gravé dans mon cœur. Tu aurais été une tata formidable, j’en suis sûr, elle te connaîtra à travers nos photos, nos vidéos de toi. Je t’aime de tout mon cœur Maëlys »

La naissance de son fils en décembre dernier a provoqué « l’écœurement » des familles de Maëlys et d’Arthur Noyer, et embrasé la Toile, certains se déchaînant contre « la justice laxiste ».

La révélation de la paternité du tueur Nordahl Lelandais a également ravivé les interrogations sur les relations sentimentales que certains détenus condamnés pour des crimes graves peuvent nouer depuis leur prison.

Pourquoi certaines femmes s’attachent à des criminels condamnés

Marcel Proust considérait que « l’amour est un exemple frappant du peu qu’est la réalité pour nous ». L’amour surprend indistinctement jusqu’à occulter la réalité ; ainsi pourrait-on réduire l’attirance de femmes pour les criminels en série, un phénomène extrêmement répandu.

De sa compagne, on sait simplement qu’elle a initié une relation épistolaire et obtenu un permis de visite à la centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin), où il a été transféré après un acte sexuel illégal avec l’une de ses prétendantes.

Car Lelandais est très courtisé. Selon Jacques Dallest, ex-procureur général près la cour d’appel de Grenoble (Isère), exerçant dans la région où furent commis les homicides, « le détenu recevait un abondant courrier ».

Il n’est pas le seul : Guy George, Patrice Alègre, Francis Heaulme, trois criminels en série notoires, sont destinataires de lettres énamourées ou de demandes en mariage.

La plupart de ces fans sont atteintes du syndrome dit « de l’infirmière ou de la religieuse ». Guidées par l’empathie, une indulgence dénuée d’arrière-pensées, elles considèrent que chacun a droit à la rédemption, au pardon.

Elles espèrent sauver l’âme égarée. D’autres ne croient pas en la culpabilité du « criminel vu à la télé ».

Les différentes motivations évoquées

Des échanges épistolaires suivis de visites, naissent des histoires d’amour bien réelles même s’il est assez incompréhensible de s’éprendre d’un tueur en série, voire d’un violeur multirécidiviste (cela arrive).

Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la majorité de ces femmes ne sont pas des « paumées ». Mon enquête m’a confrontée à des médecins, avocates, à une professeur agrégée exilée à Chicago pour se rapprocher de son aimé, à des psychologues, assistantes sociales, surveillantes en milieu carcéral.

Mais il existe d’autres catégories de groupies. Celles attirées par la violence notamment.

Ces femmes, souvent jeunes, sont en quête de grand frisson, de poussées d’adrénaline, quand l’individu lambda se contente de regarder un film d’horreur.

Enfin, certaines recherchent la publicité : courir de plateaux télé en studios de radio parce qu’on est « la fiancée de » permet d’acquérir une espèce de « statut » ; c’est aux USA qu’elles ont le plus de succès.

La prison et l’illusion d’une relation protégée

Sheila Isenberg, auteure du premier livre sur ce phénomène, dit détenir une clé du mystère : « En prison, on peut vivre un amour courtois, comme au temps des chevaliers. Le détenu a le temps de courtiser de manière dont peu d’hommes sont capables. Il la place sur un piédestal. Les condamnés à vie sont les plus engagés. N’ayant rien à faire, ils vous sont dévoués. »

À l’unisson, les psychiatres relèvent que l’homme enfermé est disponible, à la merci de celle qui l’aime. La somme des bénéfices qu’il en retire est telle qu’il a intérêt à l’entretenir.

D’aucuns y voient « une forme de romantisme désuet ».

Philip Jaffé, psychologue et criminologue à l’Institut Kurt Bösch, en Suisse, fut chef de clinique au Bridgewater State Hospital, situé près de Boston, dans le Massachusetts. Il a observé ces « singularités » à la loupe et admet « que le serial killer est en demande d’affection.

Si on lui témoigne de l’intérêt, il sort le grand jeu de la séduction. Il se montre sous son meilleur jour pour faire oublier ses crimes. Il est le champion du monde de la manipulation, n’a pas de capacité empathique : égocentrique, il se sert des gens sans égard ».

Une constante est cependant apparue au cours de cette enquête : plusieurs de ces femmes ont connu un passé traumatisant (des violences conjugales, un divorce douloureux, des blessures dans l’enfance) et voient désormais le prisonnier comme un être « sécurisant » - stupéfiant paradoxe !

Toutes parlent de « sécurité » parce qu’il est enfermé. La plupart ne sont apparues ni heureuses ni comblées, mais pas forcément moins que l’épouse mariée à un homme libre qui les délaisse.

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