Second album de cet Opeth 2.0, Pale Communion fait la part belle à la mélodie et à la simplicité. S'éloignant toujours un peu plus de ses anciens standards, Akerfeldt nous livre un album authentique, reflet de son indépendance artistique assumée.
Pale Communion poursuit la voie ouverte par Heritage : celle d’un rock progressif influencé par les années 70, débarrassé des éléments death présents jusque-là dans la discographie du groupe. Pour l’apprécier pleinement, il convient de se résoudre à oublier l’ancien groupe afin d’éviter de comparer les deux périodes.
Un Opeth désormais tourné vers le rock progressif
Le virage opéré par Opeth en 2011 a suscité de nombreuses réactions parmi les fans du groupe. Certains ont adhéré à la nouvelle orientation musicale alors que d'autres regrettent l'abandon de cette magique alternance entre le death et le prog qui a fait le succès de leurs suédois préférés.
Oui mais voilà, Mikael Akerfeldt ne revient pas en arrière. Opeth assume ses choix et se tourne vers une musique résolument inspirée d'un rock prog seventies, une musique, selon leurs propres mots, « telle qu'on aime en écouter ».
Pale Communion est donc le second opus de cet Opeth 2.0. Si les fans sont déroutés, le groupe lui semble donc pleinement se retrouver dans cette nouvelle orientation musicale.
N'en déplaise aux déçus par le magnifique Heritage, OPETH continue avec Pale Communion dans la même voie que leur précédent album : celle d'un rock progressif influencé par les 70's, débarrassé de tous les éléments death présents jusqu'alors dans la discographie du groupe.
Plus qu'une transformation radicale, il serait plus juste de parler d'évolution tant tous les éléments qui font les forces d'OPETH en 2014 sont les mêmes qu'aux débuts du groupe, vingt ans plus tôt. Les pédales de distorsion et les growls ont beau avoir abandonné le navire, la magie, elle, est toujours là lors de quelques moments de grâce, bien que Pale Communion soit moins bouleversant que d'habitude.
Une production chaleureuse et une esthétique seventies
Le line-up reste inchangé depuis Heritage, petit événement en soi. La même recette a également été employée pour l'enregistrement avec des instruments tous typés seventies et une prise de son sur un 24 pistes à l'ancienne.
En découle un son rond et chaleureux bien plus authentique que les enregistrements standards digitaux actuels. Le son global du disque est quant à lui un véritable voyage dans le temps, jusqu'à la caricature avec « Goblin », au charme tellement appréciable à notre époque dominée par le synthétique.
L'influence de Steven Wilson, de Porcupine Tree, se fait sentir bien au-delà de son travail de mixage, les deux amis partageant des affinités communes pour les musiques progressives et la période seventies. D’Heritage, Opeth conserve la forte empreinte 70’s avec Steven Wilson en ombre planant de plus en plus dans la composition d’Akerfeldt.
Son admiration pour l’anglais et son travail récent se retrouve comme jamais auparavant dans ce Pale Communion. Il m’a été quasiment impossible d’écouter cet album sans penser à The Raven That Refused To Sing.
Les conclusions de « Faith In Others », « River » et « Moon Above, Sun Below » font directement référence au chef-d’œuvre de Wilson et les riffs arpégés de « Elysian Woes », qui ont toujours été d’une grande complexité chez Opeth, tendent à se rapprocher de la relative simplicité de ceux de Wilson.
Une écriture plus mélodique et plus fluide
Si Heritage marquait un changement de cap radical, Pale Communion suit la même voie avec un virage vers une musique plus personnelle. Les influences psychédéliques sont moins présentes, mais les clins d'œil aux légendes de l'époque restent présents.
Akerfeldt s'est, une nouvelle fois, attaché à livrer une production très mélodique et d'une grande fluidité malgré les ruptures rythmiques. De l'aveu même de Mikael, « Pale Communion est certainement l'album le plus mélodique jamais écrit par Opeth et il pourrait attirer de nouveaux fans en plus de pleinement satisfaire ceux qui avaient apprécié Heritage ».
Avec sa richesse mélodique et ses évolutions imprévisibles, Pale Communion est tout de même un bon album. À moins de parler de linéarité, tant il est difficile de prévoir l'évolution des morceaux, l'étrangeté et les cassures de rythme de Heritage laissent leur place à des mélodies plus cohérentes mais toujours aussi abouties.
Avec Pale Communion, Opeth réussit là où il avait échoué avec Heritage, dans la cohérence entre les différents titres et dans l'homogénéité de l'ensemble. Les arrangements ont été simplifiés et gagnent en efficacité.
Les huit pistes s'enchaînent avec une fluidité toute naturelle dont le flot mélodique est le fil conducteur. La petite heure que dure l'album s'écoule tranquillement sans qu'aucune longueur ne vienne ternir le tableau.
Analyse des huit morceaux
| Piste | Durée | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| 01. Eternal Rains Will Come | 06:46 | Ouverture rapide, mélodies de clavier et refrain enchanteur |
| 02. Cusp Of Eternity | 05:36 | Hard rock seventies, morceau pêchu, riffs et soli |
| 03. Moon Above, Sun Below | 10:52 | Composition progressive, longue et épique |
| 04. Elysian Woes | 04:47 | Mélancolie, guitare acoustique et progression dramatique |
| 05. Goblin | 04:32 | Hommage aux influences cinématographiques et seventies |
| 06. River | 07:30 | Accents folk, chaleur et passage rock progressif |
| 07. Voice Of Treason | 08:00 | Atmosphère languissante et travail des guitares |
| 08. Faith In Others | 07:39 | Mélancolie, instruments à cordes, guitares acoustiques et émotion |
« Eternal Rains Will Come »
L'album s'ouvre sur « Eternal Rains Will Come », un titre qui démarre très rapidement, ne s'encombrant d'aucune introduction et nous cueille par surprise.
Malgré un démarrage bancal, « Eternal Rains Will Come » séduit par son refrain enchanteur et les interventions très à propos de Joakim Svalberg. Ses mélodies vocales accrochent l’oreille d’emblée, tandis que les arabesques de Fredrik Åkesson évoquent Al Di Meola.
« Eternal Rains Will Come », avec son intro jazz-fusion, fait partie des compositions très progressives qui ne laisseront pas insensibles les amateurs d'un rock mixant l'ancienne école et le néo-prog.
« Cusp Of Eternity »
Fer de lance évident, « Cusp Of Eternity » est le morceau le plus pêchu de Pale Communion. Rectiligne et hypnotique, il redonne un rythme à la musique d’Opeth et rend l’ensemble plus accessible.
Dans la droite lignée de « Slither », il confirme les bonnes dispositions du groupe en matière de hard rock à l'ancienne, frôlant même l'excellence lorsque Fredrik Åkesson se lâche totalement : des soli aux riffs, tout rappelle l'excellent « Fire & Ice » du guitar hero Yngwie Malmsteen.
« Moon Above, Sun Below »
Avec « Moon Above, Sun Below », Pale Communion tient son premier moment épique, et petit à petit le charme opère. C’est une composition très progressive qui ne laissera pas insensibles les amateurs d'un rock mixant l'ancienne école et le néo-prog.
Fredrik Åkesson y gratifie l’auditeur d’un solo impressionnant, tandis que la section rythmique demeure omniprésente. Le morceau associe le meilleur et le pire dix minutes durant, au gré de l’inspiration fluctuante de Michael.
La longue composition laisse cependant apparaître quelques limites. Les jonctions peuvent sembler malhabiles et Mikael Akerfeldt est parfois à la limite de la fausseté lorsqu’il s’aventure un peu trop dans les aigus.
« Elysian Woes »
La douce mélancolie de « Elysian Woes » aurait parfaitement trouvé sa place sur l’inoubliable Damnation. C’est du pur Opeth comme on l’aime, tout en progression dramatique, où l’émotion prend enfin le pas sur la technique.
Les riffs arpégés, toujours complexes chez Opeth, tendent ici à se rapprocher de la relative simplicité de ceux de Steven Wilson. Cette piste figure parmi les morceaux qui se détachent particulièrement par leur finesse et leur capacité à installer une ambiance.
« Goblin »
Dans sa volonté de rendre hommage aux années 70, Mikael Åkerfeldt se permet, via « Goblin », un amusant clin d'œil au groupe Goblin, célèbre notamment pour avoir travaillé sur plusieurs films de Dario Argento.
On croirait parfois entendre le thème des Frissons de l'Angoisse. Le solo de claviers de « Goblin » semble également écrit en hommage au récemment disparu Ray Manzarek des Doors.
Si cela fera sourire les amateurs de Goblin et de Dario Argento, c’est aussi la première cassure de l’album. Pour certains, « Goblin » reste un titre tout à fait anecdotique ; pour d’autres, il constitue un exercice de style brillant dans l’esthétique seventies du disque.
« River »
« River » ne manquera pas d’évoquer les heures glorieuses de Crosby, Stills & Nash. Le morceau commence dans une atmosphère étrangement chaleureuse au regard de l’œuvre d’Opeth, avant d’être dynamité à mi-parcours par un passage rock prog plus nerveux.
« River » et « Moon Above, Sun Below » possèdent encore ces touches psychédéliques chères à Heritage. L’exercice de style est brillant, mais peut sembler un peu vain lorsqu’il est isolé du reste de l’album.
La fin de « River » peut également rappeler directement l’univers de Steven Wilson. Les changements d’atmosphère contribuent à la richesse de la composition, même si le morceau participe au trou d’air que certains auditeurs perçoivent entre « Goblin » et « River ».
« Voice Of Treason »
« Voice Of Treason » fait partie des compositions les plus ambitieuses de l’album. Fredrik Åkesson y propose des arabesques particulièrement soignées, tandis que la section rythmique accompagne une atmosphère plus languissante.
Le morceau peut cependant renvoyer au final anonyme de Watershed. Les arrangements, plus simples et moins saturés, privilégient l’ambiance au déploiement technique.
« Faith In Others »
« Faith In Others » est une pièce mélancolique où instruments à cordes, guitares acoustiques et complaintes se complètent astucieusement. Mikael Akerfeldt y fait mouche et parvient à transporter l'auditeur dans son univers vocal grâce à une interprétation en pleine adéquation avec les mélodies et l'orchestration de chaque titre, parfois tout en retenue ou en émotion.
Le morceau est dense et majestueux, et forme avec « Voice Of Treason » un duo final particulièrement réussi. Il possède également un arrière-goût de Damnation et constitue pour plusieurs auditeurs l’un des sommets de l’album.
Les conclusions de « Faith In Others » font directement référence au chef-d’œuvre de Steven Wilson. La finesse y est davantage dissimulée et s’exprime particulièrement dans les ambiances et les arrangements.
Le rôle des musiciens
Les musiciens sont aussi tout à leur aise dans des formats moins saturés. La section rythmique est une réjouissance, et les progrès de Martin Axenrot derrière le kit sont sensibles.
Cette batterie semble surgir de nulle part et constitue une très bonne pioche. La section rythmique est omniprésente, particulièrement sur un « Cusp Of Eternity » très riversidien.
Fredrik Åkesson nous gratifie de soli impressionnants sur « Moon Above, Sun Below », « Voice Of Treason » et « Cusp Of Eternity ». Ses interventions éclairent l’album dès que l’occasion se présente, des riffs aux soli en passant par les arabesques mélodiques.
Les progrès au niveau du chant d’Akerfeldt sont notables et les chœurs qu’il nous donne à entendre sont d’une grande maîtrise. Son interprétation est en pleine adéquation avec les mélodies et l’orchestration de chaque titre.
Bon chanteur et excellent growleur, Åkerfeldt montre ici ses limites lorsqu’il déborde de ses habituels champs de compétence. Il masque parfois un manque évident d’inspiration par des artifices un peu grossiers, et certains auditeurs lui reprochent d’en faire un peu trop sur le chant.
| Membre | Instrument |
|---|---|
| Mikael Akerfeldt | Chant / Guitares |
| Fredrik Åkesson | Guitares |
| Joakim Svalberg | Claviers |
| Martin Axenrot | Batterie |
| Martin Mendez | Basse |
Une réception partagée
Pale Communion peut laisser perplexe et il faut quelques écoutes pour réellement comprendre et faire table rase du passé. Sa magie se révèle au fur et à mesure des écoutes, avec ses pics d'intensité, ses passages plus mélancoliques et d'autres étrangement chaleureux.
Un album très intelligent et authentique à la fois, presque viscéral. Après Heritage, Opeth redonne un rythme à sa musique, une dynamique qui rend l'ensemble plus accessible.
Les énormes « Moon Above, Sun Below » et « River » possèdent encore ces touches psychédéliques chères à Heritage, tandis que l’opener aux sublimes mélodies de clavier, « Cusp Of Eternity » rectiligne et hypnotique et le duo final « Voice Of Treason » / « Faith In Others » font de cet album un indispensable dans la carrière du groupe.
L’ensemble est riche, touchant, mélancolique et entraînant, jouant avec l’auditeur entre douceur et puissance avec une épaisseur sonore réelle. La finesse est ici bien plus dissimulée et s’exprime particulièrement dans les ambiances et les arrangements.
Une autre lecture se montre cependant beaucoup plus réservée. Après deux écoutes, l’album peut sembler décevant : il n’est pas mauvais, loin de là, mais fait pâle figure face à ce dont Akerfeldt avait habitué son public.
La qualité des mélodies vocales peut paraître loin d’atteindre celle de Damnation, tandis que certaines expérimentations échouent là où celles d’Heritage faisaient mouche par les ambiances qu’elles dégageaient.
L’ambiance est alors perçue comme le gros problème de l’album. Certains auditeurs trouvent qu’Heritage avait une réelle cohérence, alors que tout serait trop fouillis dans Pale Communion.
Pour cette lecture plus critique, trois titres se détachent franchement : « Elysian Woes », « River » et « Faith In Others ». « Goblin » est au contraire considéré comme un titre anecdotique, tandis que « Moon Above, Sun Below » et « River » peuvent susciter des réserves sur le chant et les jonctions entre les différentes parties.
Un album à écouter sans attendre le retour de l’ancien Opeth
Il faut juger ce disque en faisant autant que possible abstraction de l’Opeth de Deliverance, explosif et débordant de créativité. Le choc Heritage passé, Pale Communion paraît tout de suite plus classique.
Avec quatre titres frayant au-delà des sept minutes et quelques réminiscences de l’Opeth vieille époque en poche, Mikael Åkerfeldt multiplie les perches tendues en direction des brebis égarées. Les mélodies vocales accrochent l’oreille d’emblée sur « Cusp Of Eternity », « Faith In Others » et « Eternal Rains Will Come ».
Le groupe s'éloigne radicalement de l'univers métal extrême pour se concentrer sur un rock entre progressif et alternatif à la Steven Wilson. Malgré une volonté affichée de jouer une partition très seventies, Opeth nous livre un album très personnel et tout à fait moderne.
Nul besoin d'artifices électroniques pour cela, il suffit à Akerfeldt et sa bande de laisser libre cours à leur inspiration, et le talent et la technique font le reste.
« Pale Communion », en plus d'être artistiquement très cohérent, est l'expression d'une musique à la forte personnalité, et très moderne malgré des influences vintage assumées. Il est probable que les aficionados de Watershed ou Blackwater Park n'y trouveront pas leur compte, mais pour tous les amateurs de rock progressif, ce nouvel album d'Opeth pourrait bien apparaître comme la réconciliation avec l'un des plus grands groupes scandinaves de tous les temps.
