« Tire » peut être un nom féminin ou une forme du verbe « tirer ». Son sens dépend donc du contexte : il peut désigner une voiture en argot, une confiserie canadienne à la mélasse ou au sirop d’érable, une action de traction, un courant d’air dans une cheminée, ou encore apparaître dans des locutions comme « vol à la tire » et « tout d’une tire ».
Comme forme verbale, « tire » correspond notamment à la première personne du singulier et à la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe « tirer » : « je tire », « il tire », « elle tire ». C’est également la deuxième personne du singulier de l’impératif : « tire ! ».
« Tire » comme nom féminin
Une voiture, en argot
En argot, « une tire » signifie une voiture, une automobile. Les synonymes familiers comprennent « bagnole », « caisse », « char » au Québec, « chiotte », « tank », « clou », « chignole », « guimbarde », « poubelle », « tacot », « veau », « bazou » au Québec, « citron » au Québec.
Une confiserie canadienne
Au Canada, particulièrement dans l’usage québécois, « la tire » désigne une petite friandise de consistance souple, faite d’une pâte de sucre, de cassonade, de beurre ou de mélasse, refroidie puis étirée après la cuisson.
On dit notamment « tire à la mélasse » pour une tire à base de mélasse et « tire blanche » pour une tire à base de sucre blanc. « Étirer la tire » consiste à travailler la pâte de sucre refroidie jusqu’à ce qu’elle prenne la consistance et la couleur désirées.
La « tire Sainte-Catherine » est traditionnellement faite ou consommée à l’occasion de la fête de la Sainte-Catherine, le 25 novembre. On rencontre aussi les expressions « bâton de tire », « tire canadienne », « fête à la tire », « fête de la tire » et « partie de tire ».
Anciennement, une « fête de la tire » était une soirée de réjouissances organisée à certaines périodes de l’année, notamment à la Sainte-Catherine, au Mardi gras et à la mi-carême, au cours de laquelle on confectionnait et consommait cette confiserie.
Le mot est bien attesté sur l’ensemble du territoire du Québec et de l’Ontario francophone. Dans certaines régions du Québec, la friandise porte aussi les noms « kiss » et « klondike » ; en Acadie, le terme traditionnel « tamarin » est aujourd’hui vieilli.
L’action de tirer et la traction
Dans un emploi ancien, régional ou technique, « tire » peut désigner l’action de tirer, la traction ou la force exercée pour déplacer une charge.
Une bête de tire, un bœuf de tire ou un cheval de tire est un animal destiné à tirer des charges lourdes. Ces termes correspondent à « animal de trait » et « animal de tirage ».
Par métonymie, « tire » pouvait aussi désigner la façon dont un bœuf ou un cheval tire : « tire égale d’un bœuf ». Le mot pouvait également désigner l’attelage ou le trait court reliant la cheville d’attelage au collier.
Dans l’usage régional québécois, « il y a de la tire pour monter la côte » signifie qu’il faut fournir un effort important pour gravir une pente. « La tire d’un chemin » pouvait signifier le tirage ou la résistance rencontrée lors d’un déplacement.
Une force de traction ou une compétition
« La tire » peut aussi désigner la force de traction exercée par un animal ou un véhicule. Dans cet emploi, on parle notamment de « concours de tire de chevaux » ou de « concours de tire de tracteurs ».
Par métonymie, une « tire de chevaux » est un concours au cours duquel des chevaux, des poneys ou des attelages doivent tirer de lourdes charges sur une certaine distance. Le mot s’emploie aussi pour des concours mettant en présence des tracteurs ou des camions.
| Expression | Signification |
|---|---|
| bête de tire | animal destiné à tirer des charges lourdes |
| tire de chevaux | concours de traction réalisé par des chevaux |
| tire de tracteurs | compétition de traction avec des tracteurs |
| il y a de la tire | il faut fournir un effort de traction |
Le courant d’air d’une cheminée
Dans certains usages régionaux, notamment au Québec, « la tire » désigne le mouvement de l’air aspiré par une cheminée. Cette circulation d’air résulte de l’attraction exercée par le foyer sur l’air frais nécessaire à la combustion.
On dit « la tire du poêle » ou « donner de la tire à la cheminée ». Dans le fonctionnement d’une locomotive à vapeur, le mot pouvait également désigner un phénomène comparable.
« La cheminée tire mal » signifie qu’elle n’assure pas correctement la circulation d’air nécessaire à la combustion. Dans l’usage technique contemporain, « tirage » est souvent employé à la place de « tire », mais le terme reste attesté dans plusieurs régions.
Par analogie, « la tire d’une rivière » peut désigner la force de son courant.
Une rangée en héraldique
En termes de blason, les « tires » sont les traits ou les rangées de vair employés pour distinguer le beffroi, le vair ou le menu vair. Chacun de ces motifs possède un nombre déterminé de tires.
Dans la définition ancienne de Furetière, le beffroi est composé de trois tires, le vair de quatre et le menu vair de six. Lorsqu’un chef ou une fasce sont vairés, il faut préciser le nombre de tires ou de rangs.
Dans les expressions liées au vol
« Le vol à la tire » désigne le fait de voler quelque chose en le retirant de la poche, du sac ou des vêtements d’une personne. Un « voleur à la tire » est un pickpocket, c’est-à-dire un voleur spécialisé dans ce type de soustraction, généralement dans la foule.
Le Littré définit le « voleur à la tire » comme celui dont la spécialité consiste à tirer, dans la foule, ce que contiennent les poches des personnes voisines.
Les locutions anciennes avec « tire »
« Tout d’une tire »
« Tout d’une tire » est une locution adverbiale et familière qui signifie sans interruption, sans discontinuation, de suite ou en une seule fois.
On peut dire qu’une personne a lu un texte « tout d’une tire », qu’un ouvrage a été composé « tout d’une tire » ou qu’un trajet a été accompli « tout d’une tire ».
Voltaire écrivait : « Relisez la pièce tout d’une tire, et voyez si, étant jouée par des acteurs intelligents… »
Dans les textes anciens, « tout d’une tire » pouvait également s’appliquer à un voyage, à une récitation ou à un travail effectué sans s’arrêter. Furetière donne l’exemple d’un homme ayant fait plusieurs étapes « tout d’une tire, sans changer de chevaux ».
« Tire à tire » et « de tire »
Les anciennes expressions « tire à tire » et « de tire » signifiaient notamment de suite, à la file ou très vite, selon le contexte.
Dans certains usages régionaux, « deux jours de tire » pouvait désigner deux jours consécutifs. « Tire à tire » pouvait aussi signifier à l’instant ou tout de suite.
Les textes anciens emploient également « belle tire » au sens de rapidement ou vivement, ainsi que « de tire à Rome » pour exprimer l’idée de se rendre directement à Rome.
« À tire-d’aile »
« Tire-d’aile » appartient à la même famille d’expressions. La locution « à tire-d’aile » signifie avec des coups d’aile rapides et ininterrompus, ou très vite, comme un oiseau qui se déplace sans pause.
« À tire et aire »
En termes d’eaux et forêts, une coupe « à tire et aire » est une coupe faite de suite et sans interruption de la vieille vente à la nouvelle, en avançant toujours et en ne laissant que les arbres réservés.
Cette locution est empruntée à l’ordonnance de 1669 sur les eaux et forêts. Elle s’appliquait notamment à l’exploitation des bois taillis, en laissant les baliveaux destinés au repeuplement.
On rencontre aussi la forme « à tire aire ». Cette forme paraît plus exacte dans l’analyse ancienne de l’expression, avec le sens de « en tirant l’aire », c’est-à-dire en faisant comme une aire la surface boisée.
« Tire » comme forme du verbe « tirer »
La conjugaison
| Personne | Présent de l’indicatif |
|---|---|
| première personne du singulier | je tire |
| troisième personne du singulier | il tire, elle tire |
À l’impératif présent, on dit « tire », « tirons », « tirez ». Le participe passé du verbe est « tiré » au masculin et « tirée » au féminin.
« Tire » ne doit donc pas être confondu avec « tiré », qui peut être le participe passé ou un nom masculin. « Tiré » signifie notamment qui a été tiré, tendu ou imprimé.
Ramener vers soi ou déplacer par traction
Le verbe « tirer » signifie d’abord amener vers soi, traîner derrière soi ou exercer une force sur quelque chose afin de le déplacer.
« Tire la porte » signifie ramène la porte vers toi pour la déplacer ou la fermer. « Tire la chaise à toi » signifie rapproche la chaise de toi.
Le verbe peut aussi signifier faire avancer un objet ou un être en l’entraînant derrière soi : une voiture tire une caravane, un camion tire une remorque, un cheval tire une charrette.
On peut également tirer un enfant par la main, tirer une valise, tirer un rideau, tirer un verrou, tirer une courroie ou tirer les cheveux de quelqu’un.
Tendre, étirer ou mettre en tension
« Tirer » signifie aussi tendre quelque chose, le rendre raide, l’allonger ou en ôter les plis. On peut tirer une corde, tirer une courroie, tirer un élastique ou tirer un fil.
« Tirer ses cheveux en arrière » signifie les ramener et les tendre vers l’arrière. « Avoir les cheveux tirés en arrière » décrit une coiffure dans laquelle les cheveux sont maintenus de cette manière.
Au sens figuré, « avoir les traits tirés » signifie avoir le visage marqué par la fatigue, la maladie ou l’épuisement. Un « visage tiré » est un visage creusé et amaigri.
Retirer ou faire sortir
« Tirer » peut signifier retirer quelque chose d’un contenant ou d’un lieu : tirer un mouchoir de sa poche, tirer un livre de son sac, tirer une carte d’un jeu.
Le verbe s’emploie aussi pour faire sortir une personne d’un endroit : tirer un blessé d’une voiture accidentée, tirer un blessé des décombres, tirer quelqu’un du lit ou tirer quelqu’un d’un puits.
Dans un sens figuré, « tirer quelqu’un de son sommeil » signifie le réveiller, tandis que « tirer quelqu’un de sa rêverie » signifie l’en faire sortir. « Tirer quelqu’un du doute ou de l’erreur » signifie le détromper.
Obtenir, extraire ou recueillir
« Tirer » signifie obtenir quelque chose d’une personne ou d’une chose. On peut tirer des sons d’un instrument, tirer quelques bouffées d’une pipe, tirer un revenu d’un capital ou tirer un produit d’une matière première.
« Tirer du fer d’une mine », « tirer du sable d’une carrière » et « tirer du lait d’une vache » signifient extraire ou recueillir ces éléments à partir de leur source.
Dans un sens abstrait, on peut tirer un avantage, un profit, une satisfaction, une leçon ou une conclusion de quelque chose. « Tirer les leçons de l’histoire » signifie dégager de l’histoire des enseignements utiles.
« Tirer une réponse ou des aveux de quelqu’un » signifie obtenir cette réponse ou ces aveux au prix d’efforts. « On ne peut rien tirer de lui » signifie qu’il ne fournit aucune information ou qu’il refuse de répondre.
Déduire ou emprunter une origine
« Tirer » peut signifier déduire quelque chose d’un fait, d’une expérience ou d’un raisonnement. On peut tirer une conclusion, tirer une conséquence ou tirer la leçon d’un échec.
Le verbe signifie également emprunter une phrase, une idée, une citation ou une œuvre à une source. Une citation peut être tirée d’un ouvrage, et un roman peut être tiré d’un fait divers.
« Tirer son nom de quelque chose » signifie devoir son nom à cette chose. « Tirer son origine de quelque chose » signifie en provenir ou y trouver son origine.
Tracer, dessiner, imprimer ou reproduire
« Tirer » signifie tracer une ligne ou une figure : tirer un trait, tirer une ligne, tirer une parallèle ou tirer un plan.
En dessin, en peinture ou en photographie, « tirer le portrait de quelqu’un » signifie réaliser son portrait. « Se faire tirer le portrait » signifie se faire dessiner, peindre ou photographier.
Dans l’imprimerie, « tirer un ouvrage » signifie l’imprimer ou le reproduire. Une revue peut « tirer à trois mille exemplaires », et l’on peut tirer plusieurs copies d’un dossier.
En photographie, on peut tirer des photographies à partir de négatifs. En gravure, on tire des épreuves à partir d’une planche.
Lancer un projectile ou faire feu
« Tirer » signifie faire partir une arme ou lancer un projectile au moyen d’une arme. On peut tirer une flèche, tirer au fusil, tirer au canon, tirer un coup de feu ou tirer une fusée de détresse.
Le verbe signifie aussi prendre une personne ou un animal pour cible : tirer sur quelqu’un, tirer un oiseau au vol, tirer un lièvre ou tirer une perdrix.
Dans les sports, « tirer » signifie effectuer un tir. Au football, un joueur tire au but ; à la pétanque, il tire une boule pour éloigner celle d’un adversaire ; au tir à l’arc, il tire à l’arc.
Choisir au hasard
« Tirer » peut signifier prendre au hasard un billet, une carte, un numéro ou un nom dans un ensemble. On peut tirer une carte, tirer un numéro de loterie, tirer les numéros gagnants ou tirer au sort.
« Tirer à la courte paille » et « tirer à pile ou face » consistent à laisser le hasard décider. « Tirer les cartes » signifie pratiquer une forme de divination au moyen des cartes.
Le sens de « tirer » dans les bâtiments et les machines
Employé sans complément, « tirer » peut signifier avoir un bon tirage ou assurer une bonne circulation de l’air. On dit qu’une cheminée ou un poêle tire bien lorsque l’air circule suffisamment pour activer la combustion.
En Belgique, « ça tire » peut signifier qu’il y a un courant d’air. En Suisse, « laisser tirer le thé » signifie le laisser infuser.
Le sens de « tirer » dans le temps
Dans un emploi familier, « tirer une période » signifie la supporter ou la traverser, généralement avec difficulté. « Il a tiré six mois de prison » signifie qu’il a accompli six mois de peine.
« Plus que deux semaines à tirer avant les vacances » signifie qu’il reste encore deux semaines à supporter avant les vacances. « Tirer à sa fin » signifie approcher de sa fin.
« Cela tire en longueur » signifie que cela dure trop longtemps. « Ça se tire » signifie familièrement qu’une période ou une tâche pénible est presque terminée.
Le verbe pronominal « se tirer »
Partir ou s’en aller
Dans un registre populaire ou familier, « se tirer » signifie partir, s’en aller ou s’enfuir. « On se tire » signifie « on part ».
On peut aussi dire « se tirer en douce » pour partir discrètement, sans se faire remarquer.
Sortir d’une difficulté
« Se tirer de » signifie échapper à une situation difficile, sortir d’un lieu où l’on est retenu ou venir à bout d’un problème.
« Se tirer d’affaire » signifie sortir d’un danger ou d’un embarras. « S’en tirer » signifie en réchapper, réussir une chose délicate ou sortir indemne d’une situation difficile.
« Elle s’en est bien tirée » signifie qu’elle a réussi à surmonter la difficulté. « Il s’en est tiré avec une simple amende » signifie qu’il en a été quitte pour une amende.
Expressions courantes de la famille de « tirer »
« Tirer à tire-larigot »
« À tire-larigot » signifie abondamment ou en très grande quantité. L’expression était autrefois associée au verbe « boire » : « boire à tire-larigot » signifiait boire beaucoup.
Le mot « larigot » désignait une petite flûte. L’origine exacte de la locution reste discutée, mais elle est attestée depuis plusieurs siècles.
« Être tiré à quatre épingles »
« Être tiré à quatre épingles » signifie être habillé avec beaucoup de soin, parfois de manière particulièrement élégante ou recherchée.
« Tiré par les cheveux »
Un raisonnement, un argument ou une comparaison « tiré par les cheveux » est forcé, peu naturel, compliqué ou peu logique.
« En tire-bouchon »
« En tire-bouchon » signifie en forme de spirale serrée, d’hélice ou de vis. La locution fait référence au tire-bouchon, dont la mèche a précisément cette forme.
« Tirer des plans sur la comète »
« Tirer des plans sur la comète » signifie concevoir des projets irréalistes ou échafauder des prévisions sans base solide.
« Tirer son épingle du jeu »
« Tirer son épingle du jeu » signifie se dégager habilement d’une affaire difficile ou réussir à préserver ses intérêts dans une situation compliquée.
« Tirer les marrons du feu »
« Tirer les marrons du feu » signifie s’exposer à des risques au profit d’une autre personne ou, par extension, parvenir habilement à sauvegarder ses propres intérêts.
« Tirer la langue »
« Tirer la langue » peut signifier allonger la langue hors de la bouche, se moquer de quelqu’un, avoir très soif, être épuisé ou se trouver dans une situation difficile.
« Tirer le diable par la queue »
« Tirer le diable par la queue » signifie avoir de grandes difficultés à subvenir à ses besoins.
« Tirer la sonnette d’alarme »
« Tirer la sonnette d’alarme » signifie avertir une personne ou un groupe du caractère dangereux d’une situation.
« Tirer les ficelles »
« Tirer les ficelles » signifie manœuvrer une affaire ou faire agir d’autres personnes sans laisser apparaître directement son influence.
« Tirer un trait sur quelque chose »
« Tirer un trait sur quelque chose » signifie y renoncer ou décider de ne plus en tenir compte.
« Tirer profit, avantage ou satisfaction »
Dans les locutions « tirer profit », « tirer avantage » et « tirer satisfaction », le nom complément s’emploie sans article et reste au singulier.
Origine et histoire du mot
Le nom « tire » est rattaché au verbe « tirer ». Les attestations anciennes montrent que le mot a d’abord été employé dans des expressions exprimant l’idée de continuité, de déplacement ou de traction.
Au XIIe siècle, « tire et tire » pouvait signifier à la suite ou sans choisir. Au XIIIe siècle, on rencontre « tire à tire », « tout à tire » et des emplois associés à la rapidité ou à la continuité.
Au XVIe siècle, « tout d’une tire » pouvait décrire un voyage réalisé en une seule fois ou une activité menée sans interruption. Les sens techniques, forestiers, héraldiques et régionaux se sont ensuite maintenus dans des emplois spécialisés.
Ne pas confondre « tire », « tir », « tiré » et « tiret »
« Tire » est un nom féminin ou une forme du verbe « tirer ». « Tir » est un nom masculin qui désigne notamment l’action de tirer avec une arme ou le résultat de cette action.
« Tiré » est le participe passé de « tirer », mais aussi un adjectif et un nom masculin. On dit « des cheveux tirés en arrière », « un visage tiré » et « un tiré à part » pour désigner un extrait imprimé séparément.
« Tiret » est un autre nom, qui désigne un signe typographique. Les formes « tire », « tirent », « tires » et « tiret » ne doivent donc pas être confondues.
