Qui a instauré le lundi de Pentecôte en France ?

Le lundi de Pentecôte a été instauré comme jour férié par la loi du 8 mars 1886, après avoir été rattaché pendant des siècles au calendrier chrétien. Toutefois, son origine est plus ancienne : avant la Révolution, toute la semaine qui suivait la fête de la Pentecôte était fériée.

En 1802, le Concordat a réduit le caractère férié et chômé au seul lundi de Pentecôte. En 2004, après la canicule de 2003, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a instauré la journée de solidarité, faisant du lundi de Pentecôte une journée pouvant être travaillée sans rémunération supplémentaire directe.

Une origine religieuse ancienne

La Pentecôte représente dans la religion catholique la date où l’Esprit saint s’est répandu sur les Apôtres, cinquante jours après Pâques. Le mot « Pentecôte » vient du grec pentêkostê, qui signifie « cinquantième ».

La fête de la Pentecôte est célébrée cinquante jours après Pâques. Pour les chrétiens, elle commémore la venue de l’Esprit Saint sur les apôtres réunis à Jérusalem, cinquante jours après la Résurrection du Christ.

La Pentecôte est un événement fondateur de la foi catholique. Elle marque la venue de l’Esprit Saint sur les apôtres et la naissance de l’Église.

Dans la tradition catholique, la Pentecôte est ainsi l’accomplissement du temps pascal. Après la Résurrection et l’Ascension du Christ, Dieu demeure présent dans le monde par l’action de l’Esprit Saint.

Pourquoi le lundi prolonge-t-il la Pentecôte ?

Comme pour Pâques, la Pentecôte se célèbre un dimanche et se prolonge le lendemain et, ce, depuis le IVème siècle.

Historiquement, les grandes fêtes chrétiennes étaient souvent prolongées sur plusieurs jours. Avant 1804, toute la semaine après la Pentecôte était fériée.

Il s’agissait de permettre aux fidèles de vivre spirituellement l’événement. La semaine après la Pentecôte puis le lundi de Pentecôte offrait donc aux chrétiens un temps supplémentaire de repos, de prière et de rassemblement familial.

L’Église s’adressait aux nouveaux baptisés et aux nouveaux confirmés pour leur annoncer la grandeur de leur nouvel état. Depuis 1965, il n’y a plus de liturgie propre au lundi de Pentecôte. Ce jour demeure un témoin de cet octave.

Le rôle du Concordat de 1802

Avant la Révolution, toute la semaine qui suivait la fête de la Pentecôte était fériée. Le Concordat en 1802 a réduit le caractère férié et chômé au seul lundi de Pentecôte.

Rendue fériée il y a plus de 200 ans par la signature d’un Concordat entre l’Église catholique et Napoléon, la Pentecôte a changé de statut il y a quelques années.

Le Concordat n’a donc pas créé la fête religieuse elle-même, mais il a contribué à fixer son statut civil en conservant comme jour férié le lundi qui suivait la Pentecôte.

La loi du 8 mars 1886

Le lundi de Pentecôte est officiellement déclaré férié selon la loi du 8 mars 1886. Cette reconnaissance s’inscrit dans une histoire où le calendrier français était profondément structuré par les fêtes chrétiennes.

Pendant des siècles, les grandes fêtes religieuses rythmaient la vie sociale, familiale et économique.

PériodeStatut du lundi de Pentecôte
Avant la RévolutionToute la semaine suivant la Pentecôte était fériée
1802Le Concordat réduit le caractère férié et chômé au seul lundi de Pentecôte
8 mars 1886Le lundi de Pentecôte est officiellement déclaré férié
2004Création de la journée de solidarité, initialement associée au lundi de Pentecôte
2008Le lundi de Pentecôte redevient officiellement férié et peut être distinct de la journée de solidarité

Qui a instauré la journée de solidarité ?

En 2003, Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, décide de faire de ce jour une « journée de solidarité » suite à la canicule meurtrière.

En 2004 et suite à la canicule de l'été 2003, le Premier ministre Jean-Pierre RAFFARIN avait institué la journée de Solidarité. Lors de cette journée, les salariés étaient obligés de travailler sans pour autant être rémunérés.

Instituée après la canicule de 2003, cette journée du lundi de Pentecôte est donc pour certains travaillée mais non payée.

Le gouvernement cherche donc à reprendre la main et évoque pour la première fois une mesure symbolique à la fin de l'été : la suppression d'un jour férié pour financer la solidarité avec les personnes âgées, les plus touchées par la crise, mais aussi avec les personnes en situation de handicap.

Cette décision intervient après une canicule exceptionnelle qui provoque la mort de nombreuses personnes âgées en France. La canicule de 2003 avait tragiquement emporté 15.000 vies.

Le projet de Jean-Pierre Raffarin

Le principe est le suivant : les salariés travaillent une journée supplémentaire sans rémunération supplémentaire directe ; les employeurs versent une contribution destinée au financement de l’autonomie.

Le lundi de Pentecôte est alors choisi comme référence symbolique pour cette journée.

Sur le papier, le plan semble parfait. Après tout, il s'inspire d'une initiative qui fonctionne outre-Rhin, où les salariés allemands sont privés depuis 1995 du Jour de pénitence et de prière, le mercredi précédant la Toussaint, pour financer la coûteuse loi d'assurance-dépendance.

Et les Français ne semblent pas opposés à l'idée : à l'été 2003, 81 % d'entre eux se déclarent prêts à perdre un jour férié, d'après une enquête TNS-Sofres pour « Notre Temps ».

Jacques Chirac se félicite, lors de la présentation du projet de loi, de cette « affaire particulièrement bien menée ».

Une décision fortement contestée

Pourtant, dès l'engagement du projet, les voix ne sont pas unanimes. Lorsque l'idée de supprimer un jour férié est lancée à la fin du mois d'août 2003, les réactions syndicales sont déjà hostiles.

Marc Blondel, à l'époque secrétaire général de Force ouvrière, qualifie l'idée de « sacrifice », qui n'est pas sans rappeler « la journée de la moisson dans l'ex-Union soviétique ».

Très rapidement, la suppression du lundi de Pentecôte déchaîne l'hostilité des syndicats d'enseignants, des professionnels du tourisme et même des élus UMP, pourtant dans le camp présidentiel.

Le lundi de Pentecôte est somme toute apprécié : il ne tombe jamais le week-end et de nombreuses fêtes locales se sont bâties sur son existence, comme la Feria de Pentecôte de Nîmes, qui attire plus d'un million de visiteurs dans la ville gardoise.

Le gouvernement, lui, multiplie les déclarations contradictoires : Jean-Pierre Raffarin affirme que le lundi de Pentecôte n'est pas nécessairement la référence, laissant aux recteurs d'académie la liberté de choisir, tandis que François Fillon, alors ministre de l'Education nationale, maintient sa « préférence » pour cette date, au grand dam des députés de l'UMP.

Une véritable cacophonie.

La loi de 2004 et la première journée de solidarité

Début 2004, le Conseil des ministres approuve finalement le projet de loi et la date du lundi de Pentecôte.

Après des mois de débats et de mobilisations, la troisième loi sociale de 2004 est finalement votée le 30 juin.

Elle instaure deux principes : les salariés travailleront sept heures de plus dans l'année sans rémunération supplémentaire, et les employeurs paieront une contribution solidarité autonomie (CSA).

Et c'est ainsi qu'en 2005, pour la première fois depuis le concordat de 1801, le lundi de Pentecôte ne sera pas férié, ni plus aucun autre après lui. Du moins, c'est l'idée.

La réforme transforme donc provisoirement le lundi de Pentecôte en journée « fériée mais non chômée ». Concrètement, ce jour-là, les salariés travaillent, mais ne sont pas payés.

Pourquoi la réforme de 2005 a-t-elle été difficile à appliquer ?

L'instauration de cette journée travaillée mais non rémunérée est difficile. Le 16 mai 2005, première journée de solidarité, les appels à la grève fleurissent.

Selon un sondage IFOP-Dimanche Ouest France, 55 % des Français ne vont pas au travail, soit parce qu'ils font grève, soit parce qu'ils ont pris un congé ou une RTT, soit parce que leur entreprise est fermée.

L'année suivante, la journée de solidarité est laissée au libre choix des entreprises, même si le lundi de Pentecôte, supposé « férié mais non chômé », reste suggéré.

Le changement de 2008

Puis, en 2008, le gouvernement Fillon assouplit encore la loi, inégalement appliquée et toujours ciblée par d'omniprésentes critiques.

Le lundi de Pentecôte redevient chômé (non travaillé), et les partenaires sociaux au sein de l'entreprise ou dans la branche sont libres de fixer les modalités d'application de la journée.

Le lundi de Pentecôte devient ainsi indépendant de la journée de solidarité.

Toute référence au lundi de Pentecôte a été éliminée du Code du Travail en 2008. Le lundi de Pentecôte est donc redevenu officiellement un jour férié.

Toutefois, depuis une loi publiée au Journal Officiel en date du 17 avril 2008, l'employeur est libre d'en fixer les modalités d'application par accord d'entreprise.

Ainsi, dorénavant, même si historiquement la journée de solidarité est liée au lundi de Pentecôte, l’employeur peut décider qu’elle se déroule un autre jour.

Le lundi de Pentecôte est-il encore férié ?

La réponse est oui. Le lundi de Pentecôte demeure officiellement un jour férié en France.

Cependant, selon les entreprises et les conventions collectives, il peut être travaillé au titre de la journée de solidarité. Certaines entreprises choisissent une autre date et d’autres maintiennent le repos ce jour-là.

La plupart du temps, dans l’esprit des salariés, un jour férié est un jour férié et chômé. Si cela peut être vrai pour la plupart des jours fériés, le lundi de Pentecôte constitue une exception.

En 2008, le gouvernement laisse alors le choix aux employeurs de supprimer un jour de congé ou d'offrir cette journée à leurs salariés.

Un sondage du groupe Randstad réalisé en 2016 estimait que 70 % des salariés ne travaillaient pas le lundi de Pentecôte.

En France, environ un tiers des salariés travaillent le lundi de Pentecôte.

Comment la journée de solidarité peut-elle être organisée ?

L'entreprise a le choix : elle peut faire travailler ses salariés un jour férié précédemment chômé, comme le lundi de Pentecôte, échelonner sept heures supplémentaires non rémunérées au fil de l'année, ou encore supprimer un jour de RTT.

D'autres employeurs offrent le jour de solidarité à leurs salariés et versent donc la cotisation sans que les équipes travaillent davantage.

Il est aujourd’hui possible de fractionner les heures à travailler pendant la journée de solidarité. Elle prend alors la forme de 7h de travail supplémentaires réparties sur d’autres jours de l’année.

Durée du travail et contribution

Lors de la journée de solidarité, les salariés effectuent 7 heures de travail non rémunérées. L’employeur, lui, doit effectuer une contribution solidarité autonomie de 0.30% de la masse salariale brute.

Si les salariés ne veulent pas effectuer ces heures de travail, ils peuvent déduire un jour de repos ou de RTT, en accord avec l’employeur.

Pour les salariés à temps partiel, la journée sera calculée au prorata de la durée du travail prévue par leur contrat.

Salariés concernés et exceptions

Tous les actifs titulaires d’un contrat de travail sont concernés par la journée de solidarité. En revanche, les stagiaires ne peuvent faire l’objet de cette journée, pour eux la journée est chômée.

La journée de solidarité ne peut tomber un 1er mai ou un dimanche. En effet, le travail le dimanche est très réglementé, ainsi on ne peut utiliser la journée de solidarité pour faire travailler un salarié le dimanche.

On ne peut pas non plus forcer un salarié à revenir de vacances pour la journée de solidarité si cette dernière se situe dans sa période de vacances.

Il est possible de s’arranger avec l’employeur pour poser un jour de congé ou de prendre ses vacances lors de la journée de solidarité. Cependant, toute absence injustifiée peut faire l’objet d’une retenue sur salaire de la part de l’employeur, celle-ci ne sera pas interprétée comme une sanction pécuniaire et sera pleinement justifiée.

À quoi sert l’argent de la journée de solidarité ?

Le lundi de Pentecôte a ainsi été instauré comme Journée nationale de solidarité afin de financer le plan d’aide aux personnes âgées et handicapées.

Leur rémunération allait en effet servir à financer des actions en faveur de l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées.

Malgré tout, la journée de solidarité a rapporté 3,2 milliards d'euros en 2023.

De l'argent qui a servi, comme chaque année, au financement des établissements spécialisés, mais aussi de soutenir l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) et la prestation de compensation du handicap (PCH), de financer des actions de prévention de la perte d'autonomie ou d'accompagner des proches aidants.

Une journée à ne pas confondre avec la Journée internationale de la solidarité humaine

La journée de solidarité française est à ne pas confondre avec la Journée internationale de la solidarité humaine.

Créée par les Nations Unies en 2005, la Journée est commémorée chaque 20 décembre, date qui renvoie à la création du Fonds de solidarité mondial en 2002.

Ayant pour but de promouvoir le développement humain et social dans les pays en voie de développement, elle entend attirer l’attention sur le respect de la diversité et sur l’importance de la solidarité entre les personnes.

La signification religieuse de la Pentecôte

Le récit biblique insiste sur plusieurs signes impressionnants : un bruit venant du ciel ; un souffle puissant ; des langues de feu ; la capacité de parler plusieurs langues.

Ces signes ont une portée spirituelle profonde : les apôtres deviennent capables d’annoncer l’Évangile à tous les peuples.

La Pentecôte inverse symboliquement l’épisode de la tour de Babel. À Babel, les hommes ne se comprennent plus. À la Pentecôte, les peuples entendent chacun la Bonne Nouvelle dans leur propre langue.

Dans la foi chrétienne, Dieu est Père, Fils et Esprit Saint. La Pentecôte manifeste pleinement cette troisième personne de la Trinité.

L’Esprit Saint n’est pas une énergie vague ou une simple inspiration spirituelle. Il est Dieu lui-même, agissant dans le cœur des croyants.

  • la force d’aimer ;
  • le courage de témoigner ;
  • la capacité de pardonner ;
  • la lumière pour discerner ;
  • la paix intérieure ;
  • l’espérance dans les épreuves.

Le lundi de Pentecôte dans la vie de l’Église

Le dimanche de Pentecôte est une solennité majeure. Le lundi de Pentecôte, quant à lui, n’est pas une fête d’obligation dans l’Église universelle, mais il demeure profondément lié au temps liturgique de la Pentecôte.

À partir de cette année, tous les diocèses et les paroisses célébreront tous les ans la fête de « la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise », le lundi de la Pentecôte.

Cette célébration officielle souligne une caractéristique de la Vierge Marie, qui est à la fois mère du Christ et de l’Eglise.

Le week-end de Pentecôte, et notamment le lundi, est un moment privilégié durant lequel ont lieu bien des pèlerinages nationaux et locaux, des fêtes diocésaines, de grands rassemblements de jeunes dans tous les diocèses de France.

La messe et la confirmation

La célébration de la Pentecôte occupe une place majeure dans la liturgie catholique. Les églises sont souvent ornées de rouge, couleur du feu et de l’Esprit Saint.

Les lectures bibliques mettent en avant :

  • la venue de l’Esprit Saint ;
  • les dons spirituels ;
  • l’unité de l’Église ;
  • la mission des croyants.

Le chant « Veni Sancte Spiritus » occupe une place particulière. Cette antique prière demande à l’Esprit Saint de venir éclairer, consoler et renouveler les cœurs.

Dans de nombreuses paroisses, les confirmations sont célébrées autour de la Pentecôte car ce sacrement est étroitement lié à l’Esprit Saint.

En effet, par le sacrement de la confirmation, le chrétien reçoit une force particulière pour témoigner de sa foi. La confirmation prolonge symboliquement l’événement de la Pentecôte dans la vie personnelle du croyant.

Une fête religieuse devenue une particularité du calendrier civil

Pour certains, il s’agit avant tout d’un jour férié qui permet de faire le pont ou du shopping. Partout dans l’Hexagone, de nombreuses grandes surfaces sont ouvertes.

La Pentecôte n’est pas seulement une ancienne fête religieuse inscrite dans le calendrier. Elle est une invitation toujours actuelle.

Le lundi de Pentecôte, même lorsqu’il est associé à la journée de solidarité, peut devenir une occasion précieuse de réfléchir à ces réalités.

L’Esprit Saint pousse les croyants à aimer concrètement leur prochain. Il inspire la générosité, le service, l’attention aux plus fragiles.

Dans une société souvent agitée et fragmentée, la Pentecôte rappelle que Dieu continue d’agir discrètement dans les cœurs.

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