Réglementation du travail le 1er mai en France: règles, dérogations et enjeux juridiques

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Le principe est clair et demeure inchangé : le 1er mai est « obligatoirement chômé et payé » pour les salariés, sans perte de salaire. Rappelons que certaines activités ne peuvent être « interrompues en raison de la nature de leur activité » et justifier du travail des salariés le 1er Mai. On pense naturellement aux hôpitaux, mais observons que la définition est vague et bien des activités pourraient être rangées sous cette bannière ou se revendiquer comme devant être maintenues ce jour-là.

Ces professions invoquent plusieurs arguments à leur ouverture. La vente de pains et gâteaux ou de muguet le 1er mai est perçue comme une activité qui répond à un besoin essentiel du public, ce qu’une réponse ministérielle récente du 17 juin 2025 a pu confirmer au prix d’une casuistique par référence à une analyse « au cas par cas » au regard de circonstances ou de besoins particuliers ou de l’intérêt général. Enfin, des contentieux récents ont révélé une insécurité juridique et une discordance entre les pratiques et le droit positif.

Il y a un an, face à une indignation qui avait saisi le pays, le gouvernement avait promis de réformer ces dispositions pour étendre les dérogations du travail volontaire à certains commerces de proximité. Hormis le Sénat qui a adopté une proposition de loi le 3 juillet 2025, le gouvernement n’a manifestement pas pris le temps d’intégrer cette question à son calendrier. Sur le plan financier, la règle est particulièrement stricte : le salarié qui travaille ce jour-là doit percevoir, en sus de son salaire habituel, une indemnité équivalente, soit une majoration de 100 %. En revanche, le volontariat apparaît plus ambigu.

Dans les projets récents et les annonces gouvernementales, même pour 2026, l’ouverture de certains commerces repose explicitement sur le volontariat des salariés par écrit. De même, si on en juge par de récents sondages, la faculté offerte aux salariés de pouvoir travailler ce jour-là pour des raisons qui leur sont propres et ainsi toucher un double salaire est toutefois parfaitement établie. Avoir le choix apparait comme favorable et contribue à valoriser le travail. Les annonces faites en avril 2026 illustrent une situation juridiquement délicate.

D’un point de vue strictement technique, on ne peut pas « suspendre » une règle d’ordre public issue du Code du travail. Quelle que soit l’opinion de chacun à propos du 1er mai, cette pratique est critiquable. Elle fragilise la sécurité juridique des employeurs qui restent en théorie exposés à un risque contentieux. La question épineuse de l’ouverture raisonnée et limitée du travail le 1er mai est aussi le reflet de la difficulté à s’entendre dans le champ de la démocratie politique. Pour gérer sereinement la fête du Travail, il est conseillé de :

  • Formulariser le volontariat du salarié: Un accord écrit est indispensable pour démontrer le consentement du salarié à travailler ce jour férié.
  • Appliquer strictement la rémunération légale: Le salaire doit être doublé pour toute heure travaillée le 1er mai.
  • Vérifier la convention collective: Certaines conventions collectives prévoient des dispositions spécifiques : majorations supplémentaires, repos compensateur ou modalités particulières.
  • Conserver vos décisions: Gardez une trace écrite des décisions prises, accords signés et éléments de paie en cas de contrôle.

À retenir: Même en présence d’une souplesse annoncée pour certains secteurs, la fête du Travail reste un jour férié très encadré. Le 1er mai est le seul jour férié et obligatoirement chômé en France parmi nos 11 jours fériés. Si, finalement, la proposition de loi visant à étendre la possibilité de travailler le 1er mai n’a pas pu, faute de temps, être discutée à l’Assemblée nationale, le débat qu’elle a suscité est symptomatique du mal français. Cette proposition vise juste à permettre aux commerces de bouche, fleuristes, cinémas, théâtres ou boulangeries d’ouvrir le 1er mai grâce à des salariés volontaires. Rien de révolutionnaire.

Registre européen et comparaison

Et Sur les 27 pays de l’Union, une très large majorité fête le travail le 1er mai et ce jour-là est férié (sauf Irlande, Pays-Bas et Danemark). Férié mais pas chômé avec interdiction de travailler comme en France. Seule la France interdit aux boulangers ou fleuristes de faire travailler leurs salariés le 1er mai. Dans le reste de l'Europe, que ce soit en Allemagne, en Italie ou au Portugal… le jour de la fête du Travail, boulangers ou fleuristes restent ouverts avec du personnel salarié qui reçoit des primes pour cela. Les syndicats français, tout en étant pour l’interdiction de travailler pour les salariés des fleuristes, vendent eux-mêmes du muguet le jour de la fête du travail.

Quand nos boulangers ou fleuristes doivent déjà payer double un salarié qui travaille le 1er mai, ils doivent aussi potentiellement une amende de 750 € par salarié employé et rémunéré ce jour-là. En 2025, une vingtaine de boulangeries ont été mises à l’amende.

Contexte juridique et historique

Le 1er mai a été institué par l’article L. 3133-4 du Code du travail le 1er mai 1947. Cet article stipule simplement que « Le 1er mai est jour férié et chômé ». Le 1er mai est l’unique jour férié et chômé reconnu en France. Le terme chômé implique que les salariés ont interdiction de travailler ce jour et ont obligation de se reposer.

L’article L. 3133-6 prévoit des exceptions concernant « les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail ». Dans ce cas, les salariés perçoivent, en plus de leur salaire, une indemnité correspondant au montant de leur salaire sur la journée. Cette indemnité est « à la charge de l'employeur ». Les établissements concernés incluent hôpitaux, forces de l’ordre, fournisseurs d’énergie ou entreprises permettant leur fonctionnement.

En cas d’infraction, une amende de 750€ pour chaque salarié employé le 1er mai est prévue. La proposition de loi du Sénat s’inscrit dans le cadre d’un flou juridique concernant l’ouverture de certains commerces le 1er mai. En effet, le 23 mai 1986, une position ministérielle signée par Martine Aubry part du principe que les établissements bénéficiant d’une dérogation au repos dominical peuvent aussi en bénéficier pour le 1er mai. Cependant cette position n’a aucune valeur juridique et le 14 mars 2006, une décision de la Cour de cassation maintient l’interdiction de travailler le 1er mai considérant que les dispositions prévues pour le repos dominical ne peuvent s’appliquer au 1er mai. Ainsi, toutes activités non justifiées par la nécessité de maintenir la continuité d’un service essentiel sont condamnables et l’employeur doit apporter la justification.

La défense actuelle est marquée par des incertitudes: en 2026, certaines autorisations d’ouverture pour boulangeries-pâtisseries et fleuristes artisanaux ont été décrétées conditionnées à l’accord écrit des salariés, avec double rémunération pour ceux qui travaillent. Une proposition de loi du Sénat publiée en 2025 ambitionne d’encadrer ces ouvertures par secteur et par volontariat, mais elle a engagé un débat politique et syndical considérable.

Vente de muguet et dérogations locales

La vente de muguet le 1er mai reste une source de revenus importante pour les fleuristes; toutefois, la vente « à la sauvette » est faiblement réglementée et strictement encadrée pour éviter une concurrence déloyale. Des règles précisent distance minimale par rapport aux fleuristes et interdiction d’emballage ou de multiplication des arrangements, sous peine d’amende.

En résumé, le cadre juridique réunit: une interdiction générale de travailler le 1er mai, des dérogations encadrées pour certaines activités essentielles, et des dispositions spécifiques fixant les modalités de travail volontaire avec indemnité, tout en restant fortement contesté politiquement et juridiquement.

schéma des dérogations 1er mai

5 astuces pour tout comprendre sur les jours fériés

Le 1er mai demeure ainsi, selon le droit positif, un jour férié chômé et payé, avec des exceptions strictement définies et un champ d’application en constante discussion politique et jurisprudentielle.

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