À l’époque carolingienne, la Pentecôte est représentée comme la descente de l’Esprit Saint sur le collège apostolique réuni au cénacle. Les deux éléments essentiels de l’image sont donc la réunion des apôtres et la manifestation céleste de l’Esprit Saint sous la forme de langues de feu, de rayons lumineux ou d’une main divine.
Le Sacramentaire de Drogon, manuscrit du IXe siècle, en offre une représentation particulièrement caractéristique : sous un dôme supporté par des colonnes et orné de drapés, les douze apôtres sont placés en demi-cercle, dos au lecteur. Tous portent un nimbe qu’une flamme vient compléter. Dans le coin supérieur gauche, le Père et le Fils réunis leur envoient l’Esprit Saint, tandis que dans le coin supérieur droit une main divine déploie un phylactère inscrit.
Le sens de la Pentecôte dans le christianisme
Pentecôte, du grec pentecosti, désigne une période de cinquante jours. Dans la religion chrétienne, la Pentecôte célèbre la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, cinquante jours après la résurrection de Jésus Christ. Les flammèches matérialisent le don des langues pour aller évangéliser le monde.
Le jour de son Ascension vers le Père, le Christ dit à ses disciples de "ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis" (Actes 1, 4-5). Il leur demanda de demeurer ensemble pour recevoir le don de l’Esprit : ". Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre" (Actes 1, 8).
C’est ainsi que les disciples se trouvaient réunis au Cénacle, quand eut lieu l’événement : "Quand les jours de la Pentecôte furent accomplis, les disciples étaient tous ensemble en un même lieu, et soudain un bruit s’entendit venant du ciel : et il emplit toute la maison ; et ils virent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues comme l’esprit leur donnait de s’exprimer » (Act. II, 1, 2).
Alors que les apôtres sont réunis dans le cénacle (lieu où s’est déroulée la Cène), 10 jours après l’Ascension, l’Esprit Saint, sous forme de langue de feu les touche et leurs permet de parler toutes les langues du monde pour diffuser la parole évangélique.
Cette période de cinquante jours, qui débute avec la Résurrection (1er jour) et se poursuit avec l’Ascension (le 40e jour) et le don de l’Esprit, était célébrée comme une période festive de sept semaines dans l’Eglise primitive. La fête de la Pentecôte est le jour de clôture de cette cinquantaine pascale, célébrée dès les I-IIe siècles pour être officiellement instituée au IVe siècle.
C’est une fête importante dans le monde chrétien car elle célèbre l’Esprit Saint en tant que partie intégrante de la Sainte Trinité et elle marque la naissance de l’Eglise universelle.
De Shavouot à la Pentecôte chrétienne
Mais avant d'être une fête chrétienne, la Pentecôte est une fête juive, Shavouot en hébreu, célébrée fidèlement chaque année. La fête de Pâque commémore chez les Juifs la délivrance de la servitude en Égypte et la traversée de la mer Rouge.
Cinquante jours plus tard, sur le mont Sinaï : Moise reçoit de Dieu les tables de la Loi. C’est en ce jour anniversaire que les apôtres reçoivent l’Esprit Saint. Aux tables de la Loi, succède l’enseignement du Christ éclairé par l’Esprit.
Bien que Chrétienne, cette fête est à l’origine inspirée par une fête juive, Chavouot qui annonce le début de l’Été et le don de la Thora sur le mont Sinaï. Les flammèches de l’Esprit Saint sont alors à voir comme une continuation du buisson ardent. Le feu représente la divinité.
La Pentecôte comme naissance de l’Église
La Pentecôte est souvent considérée comme la naissance de l’Église chrétienne. Avec la descente du Saint-Esprit, les apôtres ont reçu le pouvoir et la guidance pour commencer leur mission de prêcher l’Évangile à toutes les nations, marquant ainsi le début de l’expansion mondiale du christianisme.
La Pentecôte célèbre le don du Saint-Esprit aux disciples, un événement qui a permis aux premiers chrétiens de parler en langues, de guérir les malades et de prêcher avec audace et conviction. Pour les chrétiens, le Saint-Esprit est le consolateur promis par Jésus-Christ, présent pour guider, fortifier et sanctifier les croyants.
Le récit poursuit en décrivant comment Pierre s'est adressé à la foule rassemblée, expliquant l'événement comme l'accomplissement des prophéties et prêchant la résurrection de Jésus. Ce jour-là, environ trois mille personnes furent baptisées et ajoutées à la communauté des croyants.
Elle symbolise également l'universalité de l'Église, car le don des langues permettait aux disciples de communiquer avec des personnes de différentes nations et cultures.
La Pentecôte à l’époque carolingienne
À l’époque carolingienne, il n’y a pas de rupture radicale entre le domaine laïc et le domaine religieux ; l’ensemble de la vie est largement dominé par une conception chrétienne, et le principe divin est vu comme ayant part à toutes choses.
Dans l’enseignement, par exemple, les principales disciplines enseignées, les sept « arts libéraux », sont considérés comme une préparation à la compréhension des mystères de la Foi. De même la littérature antique, donc pré-chrétienne, a partie liée avec la religion : la maîtrise de la langue latine, parfaitement pure, que transmet cette littérature, ainsi que celle de la rhétorique, doit permettre aux clercs de développer à leur tour des discours sur le sacré.
Dans ce contexte, la représentation de la Pentecôte ne constitue pas une simple illustration narrative. Elle rend visible un événement fondateur de la foi chrétienne, tout en rappelant la mission confiée à l’Église : transmettre la parole évangélique à toutes les nations.
Le livre carolingien, principal support de l’image
Les manuscrits profanes carolingiens dont nous disposons témoignent pourtant d’une attitude assez différente de celle qui préside aux textes sacrés. En effet, les ouvrages religieux sont l’occasion d’aborder des questions théologiques, et d’entretenir des débats (par exemple, sur la question de la double nature du Christ, humaine et divine) ; c’est pourquoi chaque manuscrit reflète l’évolution de cette réflexion, la décoration des ouvrages changeant en fonction de la conception qu’ils cherchent à transmettre.
Le manuscrit carolingien est un codex : il est composé de cahiers cousus ensemble et protégés par une couvrure. Il a donc la même forme que le livre moderne, même si le nombre des feuillets à l'intérieur des cahiers et leur présentation sont moins réguliers.
Ils sont tous en parchemin : utilisé d'abord pour des petits documents, lettres ou quittances, ce support a remplacé le papyrus à partir du 4e siècle. Cette présentation des textes a constitué une véritable révolution au début de l'ère chrétienne, car à l'inverse du rouleau (volumen), qui impose une lecture continue, le codex permet d'accéder aux chapitres de manière directe.
La lecture individuelle ou commune est en effet omniprésente dans la règle de saint Benoît que Pépin le Bref impose au clergé régulier dès le milieu du 8e siècle, et la copie fait partie des tâches quotidiennes des moines.
En reproduisant la Bible, les textes des Pères de l'Eglise et de l'Antiquité classique, les copistes carolingiens fournissent à leurs contemporains les lectures nécessaires à l'enracinement du christianisme, mais aussi les bases nécessaires à l'enseignement et le matériel indispensable aux intellectuels pour leur propre réflexion.
Le Sacramentaire de Drogon
À l’époque carolingienne, le Sacramentaire de Drogon (IXe siècle) la représente ainsi : sous un dôme supporté par des colonnes et orné de drapés, les douze apôtres sont placés en demi-cercle, dos au lecteur.
Tous portent un nimbe qu’une flamme vient compléter. Dans le coin supérieur gauche, le Père et le Fils réunis leur envoient l’Esprit Saint, tandis que dans le coin supérieur droit une main divine déploie un phylactère inscrit.
La composition associe ainsi plusieurs signes théologiques : le collège apostolique, l’architecture du cénacle, le nimbe, la flamme, l’intervention du Père et du Fils, la main divine et le phylactère.
Cette image de la Pentecôte d’une certaine manière fait écho aux nombreux conciles réunis par l’Église à l’époque carolingienne.

Le collège apostolique et le cénacle
Qui ne se souvient de ces quelques mots des Actes des apôtres évoquant leur toute première prédication, le jour même de la Pentecôte : « et chacun les comprenait dans sa langue ». Et le texte de continuer en listant les différents peuples assistant au miracle : Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, etc.
Le jour de la Pentecôte, les douze apôtres reçurent le don si particulier de la glossolalie, également appelé don des langues, dont le propre est de se faire comprendre de tous et ce en dépit de la frontière de la langue.
La représentation de la Pentecôte connut quelques variations au fil des siècles et ne fut pas toujours clairement distincte de l’Ascension. Il faut dire que les deux épisodes mettent en scène les douze apôtres après la Résurrection.
Le jour de l’Ascension, le Christ montant aux Cieux leur donne pour mission de prêcher l’Evangile et leur promet l’envoi du Saint-Esprit pour les assister dans cette tâche. Puis, le jour de la Pentecôte, leur mission débute par la réalisation de cette promesse : l’Esprit Saint descend sur eux.
De manière générale, deux éléments constituent la Pentecôte : la descente de l’Esprit Saint et la réunion du collège apostolique au cénacle.
À l’époque carolingienne, les apôtres sont généralement disposés en demi-cercle ou en cercle, dans une composition qui rend manifeste leur unité. La forme du groupe permet également d’organiser la circulation du regard autour de la manifestation céleste.
La place de la Vierge Marie
Parfois la Vierge Marie les accompagne, parfois non. Ainsi, dans les Evangiles de Rabula (Syrie, VIe siècle) l’Ascension prend l’apparence d’une pré-pentecôte : de part et d’autre de la Vierge, les apôtres, les yeux levés au ciel, assistent à la montée du Christ aux Cieux sur un char de feu.
Des langues de feu descendent alors sur chacun d’eux. En dépit de ce détail troublant, il s’agit bien d’une Ascension ! La Pentecôte est elle-même représentée quelques folios plus loin dans le même manuscrit et cette fois-ci plus de doute : les apôtres et la Vierge réunis au cénacle reçoivent à nouveau l’Esprit Saint.
Ainsi il arrive que la Vierge, souvent image de l’Église, soit placée en avant du collège apostolique.
Les Actes signalent sa présence dans les réunions de prière des apôtres (Actes 1 : 14). Mais surtout elle a enfanté le Verbe et occupe alors son rôle d’incarnation de l’Eglise.
Les signes de l’Esprit Saint
L’Esprit Saint peut revêtir plusieurs aspects, la traditionnelle colombe qui fait directement référence à celle du Baptême ou une main divine d’où partent des rayons lumineux sortant du ciel.
Les éléments les plus communs incluent :
- Les flammes ou les langues de feu reposant sur la tête de chaque apôtre et de Marie, la mère de Jésus, représentent la présence du Saint-Esprit et le don des langues.
- La colombe représente la paix et la pureté, ainsi que la présence physique du Saint-Esprit.
- Les apôtres et parfois Marie sont généralement représentés ensemble, souvent assis en cercle, pour illustrer l’événement de la Pentecôte.
- Le vent représente le souffle de vie et l’énergie du Saint-Esprit.
- Le livre ou le rouleau peut symboliser les Écritures ou la nouvelle loi apportée par l’Esprit Saint.
- La lumière symbolise la présence divine et la révélation.
Dans le Sacramentaire de Drogon, ces signes sont distribués dans l’espace de l’image : les flammes complètent les nimbes, le Père et le Fils apparaissent dans la partie supérieure, la main divine déploie un phylactère et l’architecture ordonne la réunion des apôtres.
Une image de l’institution de l’Église
En effet, parfois, au-delà du récit lui-même, l’image renvoie à l’institution de l’Église qui, en la personne des apôtres, se voit confier la mission d’annoncer l’Evangile à toutes les nations.
La disposition des figures souligne l’unité des premiers chrétiens et l’importance de la communauté. La Pentecôte n’est donc pas seulement le moment d’une expérience surnaturelle individuelle : elle est aussi l’acte de fondation d’une communauté appelée à enseigner et à évangéliser.
L'art de la Pentecôte, comme d'autres formes d'art religieux, sert à la fois de reflet et d'influence sur la théologie et la pratique religieuse.
Les représentations artistiques de la Pentecôte rendent visibles et compréhensibles des doctrines complexes. Par exemple, la descente du Saint-Esprit sous forme de langues de feu aide les croyants à conceptualiser des idées abstraites telles que la présence de Dieu et l’inspiration divine.
L’art rend la théologie tangible et accessible. Historiquement, l’art religieux a souvent été utilisé pour enseigner les principes de la foi aux fidèles, beaucoup ne sachant pas lire.
La glossolalie et l’universalité du message
C’est ce don si spectaculaire qui explique certaines représentations étonnantes de la Pentecôte dans l’art médiéval.
Les peuples de l’Univers, auxquels est adressée la Bonne Nouvelle, occupent les voussures de ce tympan. La présence de tous ces peuples rappelle la mission évangélisatrice des apôtres qui ne doit pas se limiter au seul pourtour méditerranéen, au seul Empire Romain.
Elle évoque aussi directement la glossolalie. Ce don mystérieux est la raison pour laquelle la Pentecôte est définie comme l’anti-Babel.
La glossolalie est le remède à la diversité des langues, initialement créées pour contrer l’orgueil humain et obtenir de l’homme qu’il peuple les extrémités de la terre, conformément à l’ordre divin donné à Adam puis à Noé à la sortie de l’arche, ordre auquel les hommes se sont soustraits en construisant la Tour de Babel.
Dans la Cité de Dieu, saint Augustin insiste sur ce point : la Pentecôte rétablit l’unité que l’orgueil humain avait brisé.
Le langage visuel de l’enluminure carolingienne
L'art carolingien est issu de la culture des siècles précédents, née de la rencontre de l'héritage de la Rome chrétienne et des civilisations dites barbares.
Les premières enluminures carolingiennes de la seconde moitié du 8e siècle sont ainsi traversées par deux courants d'influence très divergents, l'un issu de l'art irlandais, le second de l'art paléochrétien tel qu'il s'est développé en Italie et dans le bassin méditerranéen.
C'est notamment le cas des Évangiles de Gundohinus, datés de 754, dont les illustrations sont exécutées dans un style fruste teinté d'apports méditerranéens. À l'inverse, ceux de Saint-Pierre de Flavigny renvoient à des modèles insulaires.
Daté des années 781-783, l'Évangéliaire de Charlemagne conjugue, quant à lui, les deux traditions : ses illustrations aux couleurs vives sur fond pourpré sont empreintes d'une esthétique toute classicisante d'inspiration byzantine, tandis que le décor ornemental reprend un certain nombre de motifs insulaires tels que les entrelacs.
Premier livre illustré à la Cour de Charlemagne, ce manuscrit se démarque très nettement de ses prédécesseurs : le retour à une tradition figurative et le recours à de prestigieux modèles du passé annoncent en effet l'une des phases les plus brillantes de l'histoire de l'enluminure à l'époque médiévale.
La composition, l’espace et la lumière
La représentation de la Pentecôte est souvent très symbolique. Les rayons ou les langues de feu descendent du ciel vers les apôtres, établissant un lien visuel entre le monde céleste et l’assemblée terrestre.
Dans les premières représentations, la scène est centrée sur les protagonistes, puis peu à peu, l’architecte se détaille, surtout à partir du XVe siècle, certainement en rapport avec l’évolution artistique et la recherche concernant la perspective.
À l’époque carolingienne, l’espace architectural peut cependant jouer un rôle décisif. Le dôme, les colonnes et les draperies du Sacramentaire de Drogon ne servent pas seulement de décor : ils construisent un espace sacré qui accueille la communauté apostolique et encadre l’apparition de l’Esprit Saint.
La lumière est souvent utilisée pour symboliser la présence divine et la révélation. La manière dont la lumière est représentée dans les œuvres d'art de la Pentecôte peut varier, mais elle sert généralement à mettre en évidence les figures saintes et à représenter l'illumination spirituelle apportée par le Saint-Esprit.

La fabrication des manuscrits
La réalisation d'un manuscrit est le plus souvent localisée au sein d'un scriptorium monastique ou épiscopal où travaillent en équipe scribes et enlumineurs, clercs comme laïcs, sous la houlette d'un chef d'atelier qui distribue, contrôle et parfois corrige le travail effectué.
Outre les chefs d'œuvre émanant des ateliers dépendant de la cour, ou les grands scriptoria monastiques spécialisés dans la production de luxe, l'histoire du livre carolingien se manifeste par l'augmentation spectaculaire du nombre de manuscrits « ordinaires » destinés à la transmission des textes et à l'étude, et qui sont ensuite intégrés dans les bibliothèques épiscopales et monastiques.
La réalisation d'un manuscrit représente une œuvre de longue haleine, qui se déroule en plusieurs étapes et fait appel aux compétences diverses de plusieurs artisans et artistes.
La première étape consiste en la copie du texte proprement dit. Souvent, pour aller plus vite, celle-ci est confiée à plusieurs scribes différents, qui se partagent les cahiers de l'exemplaire à transcrire.
Une fois le texte copié, vient le temps de l'enluminure. Défini par un maître d'ouvrage qui peut être soit le commanditaire, soit le chef d'atelier, le programme iconographique est indiqué au peintre qui travaille d'après un modèle, ou exemplum.
Les artistes et la circulation des modèles
La mobilité des artistes enlumineurs contribue à expliquer la variété des images carolingiennes. Professionnels et itinérants, ceux-ci travaillent seuls ou avec des assistants, se déplaçant au rythme des commandes passées par les souverains ou par de hauts dignitaires issus de l'aristocratie.
Ces artistes maîtrisent souvent plusieurs techniques, telles que la peinture des manuscrits, la sculpture sur ivoire ou l'orfèvrerie, comme le montre notamment l'exemple de Tuotilo, moine à Saint-Gall dans la seconde moitié du 9e siècle, qui cumule les talents de poète, musicien, peintre, ivoirier et orfèvre.
Les nombreux emprunts stylistiques d'une école à l'autre constituent un autre témoignage de cette mobilité des artistes : ainsi, à Tours, l'arrivée du Maître C, un artiste d'origine rémoise ou formé à Reims, permet-elle l'assimilation d'un certain nombre de traits rémois dans la peinture des manuscrits tourangeaux.
Les grandes disparités stylistiques que l'on observe dans les œuvres exécutées à l'époque carolingienne s'expliquent ainsi non seulement par la diversité des modèles que les peintres avaient sous les yeux, mais aussi par la personnalité de ces derniers.
L’Antiquité chrétienne comme modèle
Employé pour caractériser l'exceptionnel essor des lettres et des arts à l'époque carolingienne, le terme de « Renaissance » fait explicitement référence à l'Antiquité classique envers laquelle les souverains carolingiens avaient une grande admiration.
Désireux de renouer avec les prestigieux modèles du passé, ceux-ci se sont posés en héritiers des Romains, s'appropriant non seulement certaines de leurs conceptions politiques, mais aussi leurs connaissances, leurs techniques et leur savoir-faire artistique.
C'est ainsi que l'on rencontre de nombreux emprunts à l'art classique, aussi bien dans l'architecture que dans les arts somptuaires et le décor des manuscrits, comme nous venons de le voir.
Cependant, cette influence de l'Antiquité païenne doit être nuancée à bien des égards car, si les Carolingiens jouent un rôle fondamental dans la transmission de l'héritage antique, ils n'en privilégient pas moins les modèles de l'époque paléochrétienne qui correspondaient davantage à leur vision chrétienne du monde.
Cette orientation explique la place accordée aux compositions figuratives, aux architectures monumentales, aux figures frontales ou disposées en assemblée et aux signes hérités de la tradition chrétienne ancienne.
De l’image carolingienne aux représentations médiévales
La formule carolingienne de la Pentecôte constitue un modèle durable : les apôtres réunis, l’intervention céleste et les langues de feu forment une structure iconographique que les siècles suivants développent et transforment.
Sur les les icones grecques et à l’époque médiévale, en dessous du ciel, les apôtres sont en demi-cercle autour de Pierre et Paul (il n’était pas présent historiquement ce jour-là, et même pas encore converti, mais on ne peut imaginer l'Église sans Saint Paul).
La place centrale est vide, c’est celle du Christ monté au ciel. A partir du XIVe siècle, Pierre prend parfois cette place (Chez Giotto notamment) puis, systématiquement, c'est la Vierge Marie qui prend cette place centrale.
À la base, la scène est centrée sur les protagonistes, puis peu à peu, l’architecte se détaille, surtout à partir du XVe siècle, certainement en rapport avec l’évolution artistique et la recherche concernant la perspective.
Regardez cette fresque de Giotto, où les apotres ne sont plus de face mais en cercle, comme enfermés dans une cage architecturale gothique.
La représentation de la Pentecôte devient alors beaucoup plus riche et variée.
Quelques prolongements iconographiques
La Pentecôte a été un sujet populaire dans l'art chrétien au fil des siècles, illustrée de diverses manières selon l'époque, le style artistique et le contexte culturel.
Dans l'art byzantin et les premières œuvres médiévales, la Pentecôte est souvent représentée sous la forme d'une scène dans laquelle les Apôtres sont assis en cercle ou en demi-cercle, parfois autour de la Vierge Marie. Au-dessus d'eux, des rayons ou des langues de feu descendent du ciel, symbolisant le Saint-Esprit.
Avec le renouveau de l'intérêt pour l'antiquité classique pendant la Renaissance, les représentations de la Pentecôte deviennent plus dynamiques et humanisées. Les artistes comme le Titien et Giotto ont représenté les Apôtres avec des expressions émotionnelles et des gestes dramatiques, capturant le moment de leur inspiration divine.
Dans l'art baroque, les représentations de la Pentecôte deviennent encore plus théâtrales et expressives, avec un fort contraste de lumière et d'ombre et des compositions dynamiques.
À partir du 19e siècle et se poursuivant dans l'art contemporain, les représentations de la Pentecôte peuvent varier largement, reflétant les styles et les préoccupations artistiques variés de leur temps.
Certains artistes peuvent choisir d'aborder le thème de manière abstraite, se concentrant sur les symboles ou les couleurs pour évoquer l'expérience du Saint-Esprit. D'autres peuvent incorporer des éléments culturels ou sociaux contemporains pour rendre la scène plus pertinente pour le public moderne.
La Pentecôte dans la peinture de Jean II Restout
Ce tableau, représente donc la Pentecôte, peinte par Jean II Restout en 1732 pour le réfectoire de l’abbaye de Saint-Denis.
En même temps il est vrai qu’il est très imposant avec ses 7,48m de large sur 4,465 de hauteur qui dominent la salle Restout au beau milieu de l’aile Sully.
Jean Restout (1692-1768) même si son nom n’est pas très évocateur, est la figure de proue de la peinture religieuse du XVIIIème siècle en France.
La majeure partie de la production de Jean Restout est centrée sur la grande peinture religieuse, avec beaucoup de retables où l’inspiration janséniste se fait sentir et la Pentecôte de 1732 ne fait pas exception.
A l’origine le tableau est cintré et plus large. Le peintre opère une composition triangulaire vue en contre-plongée.
La Vierge, les yeux vers le ciel occupe la place centrale et attire par un jeu de regards l’attention du spectateur vers le ciel d’où émergent les flammèches, manifestation de l’Esprit Saint.
Les autres personnages qui l’entourent sont soit en position de soumission et de prière, soit plus étonnant, représentés comme apeurés dans des postures très nerveuses.
Fidèle à son art, Restout situe la scène dans une architecture majestueuse, faite d’imposantes colonnes supportant un plafond qui laisse transparaître le ciel.

La Pentecôte comme image théologique
L'art de la Pentecôte peut également exprimer la dimension mystique de la foi chrétienne, illustrant l'expérience personnelle et transcendante de la présence de Dieu.
L'art de la Pentecôte offre aux fidèles un point de focalisation pour la méditation et la prière. En contemplant une peinture ou un vitrail représentant la Pentecôte, les croyants peuvent s'immerger dans l'histoire et en tirer inspiration pour leur propre vie spirituelle.
Cela peut renforcer la dévotion et encourager une réflexion plus profonde sur le rôle du Saint-Esprit.
L'art lié à la Pentecôte peut aussi renforcer le sentiment d'appartenance communautaire. En célébrant cet événement fondateur de l'Église, l'art aide à rappeler aux fidèles leur héritage commun et leur mission partagée, inspirée par l'Esprit Saint.
Cela peut encourager l'unité et l'action collective au sein de la communauté.
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