À Réveillon, dans l’Orne, la Maison du Butoh blanc est un lieu consacré à la danse butō, à la création artistique, aux ateliers et aux rencontres internationales. Masaki Iwana y a fondé la Maison du Butoh blanc à Réveillon en 1996 où il a développé son art et résidé jusqu’à son décès le 11 novembre 2020.
Du 11 au 20 août 2023, à la salle de danse de La Perrotière, à Réveillon (Orne), un riche programme a été concocté pour rendre hommage au danseur de butô et cinéaste Japonais, Masaki Iwana. Plus de trente artistes amis seront réunis pour célébrer sa mémoire avec danse Butô, danse contemporaine, musique improvisée et installation artistique.

La Maison du Butoh blanc, un lieu international dans le Perche
À la Perrotière, se niche, au fond de l’impasse, un lieu qui donne au petit village de Réveillon (Orne) un rayonnement international. Cet art japonais né dans les années 60, est arrivé dans le Perche et particulièrement à Mortagne-au-Perche (Orne).
La danse Butô est un art japonais né dans les années 60, et apparu dans le Perche en 1997, grâce à l’arrivée de Masaki Iwana, danseur et cinéaste japonais, aujourd’hui à la retraite. Masaki a permis à Réveillon de revêtir une dimension internationale.
L'organisme La Maison du butoh blanc est situé dans la commune de Réveillon (61400). Cet organisme est spécialisé dans le domaine des Arts, culture, sciences et plus particulièrement dans le sous-domaine : Danse, et se distingue par son engagement dans les thématiques suivantes : Butô, Chorégraphie, Danse contemporaine, Danse bien être, Danse expérimentale, Danse improvisée, Danse théâtrale et Expression corporelle.
La Maison du butoh blanc accueille le public afin de lui présenter les performances de ses danseurs, professionnels ou amateurs. Cette année, dix danseurs du monde entier se produiront, à la fois dans la nature et sur scène.
Qu’est-ce que la danse butō ?
Le butō est une danse née au Japon dans les années 1960. Cette « danse du corps obscur » s’inscrit en rupture avec les arts vivants traditionnels du nô et du kabuki, qui semblent impuissants à exprimer des problématiques nouvelles.
Le butō est un mouvement de théâtre danse (danse théâtre) japonais assez radical, né en 1959. Le butō est fondé par Tatsumi Hijikata (1928-1986), avec lequel collabora Kazuo Ōno (1906-2010).
Le butō est né non pas pour évacuer la souffrance provoquée par les événements tragiques d’Hiroshima et de Nagasaki de 1945, comme on l’a souvent dit, mais des remous sociopolitiques qui secouèrent le Japon à cette époque.
Le terme japonais butō (舞踏) est composé de deux idéogrammes ; le premier, bu, signifie « danser » et le second, tō, « taper au sol ». Il désigne depuis le xixe siècle les danses étrangères importées au sein de l’archipel.
La danse butô, imprégnée du bouddhisme, est née dans les années 50, au Japon. Elle est basée sur l’introspection et la disponibilité au monde.
| Élément | Caractéristique |
|---|---|
| Origine | Japon |
| Naissance du mouvement | Fin des années 1950 et années 1960 |
| Fondateurs | Tatsumi Hijikata et Kazuo Ōno |
| Étymologie | Bu signifie « danser » et tō signifie « taper au sol » |
| Principes | Introspection, lenteur, disponibilité au monde et improvisation |
Un art de l’introspection, de la lenteur et de la présence
C’est une danse qui, pour les artistes qui la pratiquent, est un moyen de s’éveiller à la réalité, telle qu’elle est et non telle qu’on la perçoit. La danse butô sonde les instances du corps et de l’esprit.
Elle implique une relation avec le cosmos et l’inscription de chaque être à l’univers. Cette forme d’expression se caractérise par sa lenteur, sa poésie et son minimalisme.
Par des jeux corporels avec beaucoup d’imagination, on aborde la notion de temps et de lenteur, l’apprentissage de la technique du théâtre japonais, l’improvisation, prendre plaisir à danser dans son corps singulier.
Il faut comprendre que grâce à la danse, les élèves apprennent à être attentifs au moindre événement de la vie quotidienne, comme le chant d’un oiseau, le passage d’un tracteur, l’eau qui coule sur vos mains.
« C’est comme incarner la poésie du réel. »
« C’est une discipline simple mais très compliquée à mettre en application », explique Moeno, qui, en alliant le corps et l’imagination permettra de transmettre cette philosophie aux spectateurs.
Une esthétique éloignée des normes conventionnelles
Quel que soit l’interprète, le butô se joue de l’esthétique conventionnelle, des normes sociales, dérange par son questionnement incessant des frontières : humain / animal, vie / mort, masculin / féminin, beau / grotesque ou monstrueux, agonie / extase.
Les visages sont grimaçants, les corps quasiment nus peints de blanc évoluent par moments de manière minimaliste ou expressionniste, portés par des phrasés au rythme irrégulier, empruntant parfois d’étranges postures.
Le butō a donné sens à des mouvements exclus de la danse jusqu’alors. Il a été un des premiers mouvements japonais à proposer la non-danse.
Un danseur peut se poudrer de blanc et évoluer sur scène la bouche ouverte. Mais pour que la bouche donne l’impression d’un gouffre, c’est bien des années qu’il faut compter.
Cela me plaît d’accorder la même valeur à deux éléments contraires : celui qui danse bien et celui qui danse mal, le sérieux et le rire, la chorégraphie et le ressenti intérieur des danseurs, le beau et le laid, le lourd et le léger, le droit et le courbe.
C’est parce qu’il existe cette dualité que la situation devient intéressante.
Masaki Iwana, danseur, cinéaste et fondateur
Né en 1945, Masaki Iwana était un danseur de butô et un cinéaste japonais. Considéré comme l’un des danseurs de butô les plus acclamés au Japon, Masaki Iwana était un artiste rare, en ce sens qu’il a conservé l’esprit originel du butô.
Jusqu’en 1982, il a présenté 150 performances expérimentales dans lesquelles il se tenait debout, complètement nu et parfaitement immobile. Il fonde son institut de danse la Maison du Butoh Blanc, au Japon.
Depuis lors, en Europe, aux États-Unis, ainsi qu’au Japon, il a présenté ses performances et ses ateliers de manière active et a créé des œuvres basées sur son esthétique aiguisée dans plus de 100 villes et 40 pays à travers le monde.
Il est venu en France dans les années 1980 en tant qu’artiste invité du Festival d’Avignon. Il s’installe en France et fonde la Maison du Butoh blanc, à Réveillon en 1996, où il développe son art et réside jusqu’à son décès le 11 novembre 2020.
En 2002, il réalise ses propres films, sa passion de toujours. Il a écrit et réalisé 4 longs-métrages dramatiques qui ont attiré l’attention au niveau international et remporté des prix et des sélections dans des festivals du film.
Il est également l’auteur de 4 livres sur sa philosophie de la danse et du cinéma.

L’hommage à Masaki Iwana à Réveillon
Du 11 au 20 août, trente artistes amis de Masaki Iwana animeront la salle de danse de La Perrotière pour lui rendre hommage.
Hommage à Masaki Iwana (1945-2020). Artiste de la danse butô et réalisateur de films, fondateur de la Maison du Butoh blanc, dans le Perche.
Performances
Plus de trente artistes amis seront réunis pour célébrer la mémoire de Masaki Iwana avec danse Butô, danse contemporaine, musique improvisée et installation artistique.
Films
De longs-métrages dramatiques de Masaki Iwana, films documentaires et de danse sur Masaki Iwana seront projetés.
Ateliers
Atelier conférence sur l’enseignement de Masaki Iwana. Des ateliers seront animés par des artistes amis internationaux : Alessandra Cristiani, Ken Mai, Yukiko Nakamura, Stefano Taiuti, Moeno Wakamatsu.
Les stages et les pratiques artistiques à Réveillon
Chaque année, se tient un stage très prisé, qui attire des artistes ou non, des danseurs professionnels, ou des amateurs, des Français bien sûr, mais pas que.
Les deux jours de festival étaient la consécration pour la dizaine d’élèves du stage de quatre semaines, qui s’est déroulé en juillet. Habituellement on est parfois plus de 25, mais cette année, j’ai dû réduire le nombre d’élèves à cause des restrictions sanitaires.
En 2020 et pour la deuxième année consécutive, le percussionniste Lê Quan Ninh, était l’invité de Moeno, pour « partager le goût de la simplicité difficile à toucher », indique Ninh, avec passion.
Ensemble, ils ont monté « Couleurs du silence 2 » qui poursuit le « Couleurs du silence 1 » de 2019, et qui s’intègre dans un nouveau cycle de travail.
Les élèves, issus de milieux les plus surprenants les uns que les autres, s’accordent tous à confirmer qu’il s’agit d’une discipline qui permet d’aller à contre-courant de la société actuelle.
« Ce stage permet un échange culturel de professionnels et d’amateurs, qui viennent d’horizons différents, tout ça permet d’avoir plein de réalités qui se percutent », confie Tudi, chorégraphe, artiste plasticien et élève de Masaki et Moeno depuis plusieurs années.
Emilie, future médecin, Hélène, sociologue, et Pascal, professeur, retrouvent en cette danse une manière d’évoquer quelque chose de très fort en peu de choses, de déconstruire le corps tel qu’il est, façonné par la société, et de lutter contre la rapidité, la vie à 1 000 à l’heure du 21e siècle.
Une pratique ouverte aux artistes et aux amateurs
La Maison du butoh blanc accueille des danseurs professionnels et des amateurs. Les participants peuvent venir d’horizons différents et séjourner quelques jours ou trois semaines.
Cette année, dix danseurs du monde entier se produiront, à la fois dans la nature et sur scène. Ils viennent de Suisse, d’Allemagne, du Japon, de Hongrie, de France ou de Grèce, pour des séjours qui peuvent varier, selon leurs disponibilités, de quelques jours à trois semaines.
Chaque année, stagiaires et professeurs présentent un échantillon de leur art dans les rues de Mortagne lors du marché hebdomadaire. « En dépit de l’absence de langue commune, la communication s’établit petit à petit, puis les rencontres se font… » confient les danseurs.
Pour ce week-end, le spectacle se déroulera à la fois en plein air et dans une salle.
Le butō entre héritage et renouvellement
Bien loin d’être figée, cette forme de danse continue de se renouveler à travers le travail de nombreux artistes et compagnies, dans des registres variés.
Le butô, danse d’avant-garde née au Japon à la fin des années 1950, a acquis une renommée mondiale et a marqué de son influence la danse contemporaine.
À l’origine du butô, se dresse la figure tutélaire de Hijikata Tatsumi, qui explore l’obscur, le chaos, la mort, et signe ses performances coup de poing comme autant de manifestes contre l’art établi.
En contraste, Ono Kazuo, qui le rejoint dès ses débuts et que seule la mort à un âge avancé empêchera de continuer à danser, adopte vite un style plus tranquille, plus intériorisé.
Une danse critique
Le butō était une critique féroce de la société, de sa hiérarchisation, de l’industrialisation, de la modernisation, de l’occidentalisation.
D’ailleurs, beaucoup de danseurs étaient liés à l’activisme politique et proches des milieux d’extrême gauche.
Mais depuis les années 1990, il n’existe plus aucune alternative à la politique conservatrice du gouvernement ou à la société de consommation.
Et dans ce contexte, il est très difficile de rester sensible à l’érotisme et au grotesque exprimés dans le butō.
La question de la transmission
Selon certains, la formation d’un danseur durerait entre 20 et 30 ans, pour d’autres, cette quête toujours inachevée est l’histoire d’une vie.
Le butō est une forme d’exploration de son inconscient corporel. Il faut se perdre en soi-même pour devenir un danseur de butō.
Et se perdre en soi-même sous le regard d’un autre, cela peut être dangereux. Les élèves peuvent être complètement sous contrôle, devenir les marionnettes de leur maître.
« Le butō n’a pas besoin d’argent, il a besoin d’intensité spirituelle. Le problème, c’est que les danseurs, aujourd’hui, se demandent d’abord comment ils vont manger. La manière dont ils veulent danser est peut-être la dernière question qu’ils se posent. »
Entre tradition et danse contemporaine
Orphelin de sa figure la plus charismatique, le monde du butō se divise et son public se déporte petit à petit vers la danse contemporaine, jugée plus avant-gardiste.
La « danse des ténèbres » est progressivement reléguée dans la catégorie de l’héritage historique et de la tradition.
Pour trouver l’esprit du butō, en 2017 à Tokyo, c’est peut-être dans ces croisements féconds avec la danse contemporaine qu’il faut chercher. Là où son image n’est pas fixée dans la répétition éternelle du même, le culte des ancêtres et le « c’était mieux avant ».
« D’une certaine façon, le butō s’est posé la même question que ce qu’on a appelé la "non-danse" et tous les mouvements de "déconstruction" : c’est-à-dire, au fond, qu’est-ce que la danse ? »
« La danse des ténèbres parle d’une révolution esthétique, du fait de regarder à l’exacte opposé de ce que la danse avait tendance à promouvoir : un corps lumineux, vigoureux, fort, beau. Le butō, c’est la fragilité, la maladie, le corps décati, la mort… »
La scène butō japonaise et ses évolutions
Au début des années 1980, Terpsichore, le studio de danse qu’il vient de créer avec sa femme à Tokyo, le long des voies de chemin de fer de Nakano, devient l’un des épicentres de la scène butō.
Tatsumi Hijikata et Kazuo Ohno, les pionniers de cette danse qui célèbre « la transformation permanente d’un corps qui a fait le vide », y assistent régulièrement à des spectacles.
Le lieu continue d’accueillir des projets artistiques et organise deux fois par an un temps fort destiné aux figures émergentes du butō.
« Notre scène est dans un état de somnolence, il n’y a pas assez de jeunes chorégraphes, la relève n’est pas encore là. Long torse, petites jambes : cette danse est intimement liée aux spécificités du corps japonais, et même ce corps, chez les nouvelles générations, est en train de changer. »
« Après tout… On se peint le visage en blanc car nous sommes ceux qui ont rencontré les morts. Peut-être que le butō a besoin de mourir à son tour pour renaître… »
« Les jeunes chorégraphes sont évidemment plus intéressés par la culture pop et kawaï que par le butō. »
« Au Japon, il y a peu d’occasions de rencontrer le butō, peu d’ateliers, peu de spectacles. Et même si certains artistes essaient de dépasser les frontières entre butō et danse contemporaine, les publics, eux, ne se mélangent pas. »
Une pratique artistique fondée sur les contrastes
Le butō n’a jamais été une discipline mainstream au Japon. Pour vivre de leur art, de nombreux chorégraphes de la première et seconde génération s’exilent, notamment en France où le mouvement est accueilli avec beaucoup d’enthousiasme.
Le butō partage avec les arts traditionnels japonais la structure maître-élève. Cette transmission peut nourrir une relation artistique étroite, tout en soulevant des questions sur l’autonomie et la liberté du danseur.
« Nous avons une relation spéciale. Certains jeunes danseurs développent leurs propres projets en parallèle, mais je ne me sens pas encore prête. J’espère qu’un jour le monde verra mon butō. »
Le butō, c’est la fragilité, la maladie, le corps décati, la mort, mais aussi la transformation, l’imagination, l’improvisation et l’attention portée au monde.
« Quand on découvre que l’ADN de l’homme diffère très peu de celui d’une mouche, ça nous rapproche énormément d’elle. »
Les rendez-vous artistiques à Réveillon
Comme chaque année en juillet, le festival Butô animera Réveillon samedi et dimanche, au rythme de ses danses.
Le spectacle se déroule à la fois en plein air et dans une salle. Les performances peuvent ainsi prendre place dans la nature, dans les rues de Mortagne ou à la salle de danse de La Perrotière.
Les dates de la saison 2026-2027 : 13 septembre, 18 octobre, 15 novembre, 13 décembre, 10 janvier, 7 février, 7 mars, 4 avril, 2 mai.
Un art expressif, théâtral, cérémonial et méditatif.
Du 11 au 20 août 2023, la programmation consacrée à Masaki Iwana associe performances, projections, musique improvisée, installation artistique et ateliers autour de son enseignement.
La Maison du Butoh blanc inscrit ainsi Réveillon dans une histoire artistique qui relie le Japon, la France, le Perche, la danse contemporaine, le cinéma et la recherche intérieure.