Santons de la Pastorale Maurel : personnages, histoire et symbolique

Les santons de la Pastorale Maurel représentent un peuple provençal en marche vers la crèche, composé de bergers, de valets, de villageois, de métiers traditionnels et de personnages singuliers. Ils ne se limitent pas aux figures évangéliques : ils font entrer dans la Nativité toute une société rurale, avec ses joies, ses conflits, ses peurs, ses métiers et ses espoirs.

La Pastorale Maurel, écrite par Antoine Maurel en 1844, demeure la plus jouée et la plus appréciée. Cette œuvre intemporelle est célèbre pour ses personnages vivants et son récit captivant qui célèbre les valeurs traditionnelles et l’esprit de Noël en Provence. Elle est jouée en provençal.

Parler de santons de Provence sans évoquer les Pastorales est un non sens, puisque de nombreux santons en sont issus. Une Pastorale est une pièce de théâtre dont le sujet est la Nativité du Christ.

Qu’est-ce qu’une Pastorale provençale ?

Une Pastorale est une œuvre qui met en scène les habitants d’une bourgade rurale, mais en l’occurrence ces personnages vont évoluer autour du thème de la nativité de Jésus. On y évoque la plupart du temps la recherche de l’étable par Joseph et la convergence des différents personnages vers ce lieu.

En chemin, ils laissent leurs soucis, ou se réconcilient, ou trouvent un sens à leur vie en prenant un nouveau départ. N’est-ce pas le sens caché de Noël? Mais elle est bien plus qu’une simple pièce de théâtre.

On y trouve aussi des morceaux chantés et très souvent des allusions bibliques car elles étaient écrites pour l’édification des fidèles. Au début, elles faisaient même parti du rituel de la messe avant d’en être séparées.

Le mot Pastorale vient des bergers (lei pastre) qui en sont les personnages de prédilection, du moins la plupart du temps. La pastorale provençale, ancrée dans l’histoire et la culture de la Provence, est une tradition de Noël emblématique.

C’est un mélange riche de théâtre et de folklore, reflétant l’identité unique de la Provence. Ces spectacles, transmis de génération en génération, racontent des histoires pittoresques, souvent teintées d’humour et de moralité, incarnant l’esprit de convivialité et de partage propre à la période des fêtes.

La Pastorale Maurel, œuvre fondatrice du répertoire

La pastorale la plus renommée en Provence est la Maurel créée en 1844. En cinq actes, entièrement en provençal sauf le 4e qui est en français (l'acte d'Hérode) mais rarement présenté.

Elle est l'œuvre d'Antoine Maurel qui l'a écrite en 1844 à la rue Nau à Marseille, où se trouvait le siège du Cercle Catholique d'Ouvriers, dirigé par l'Abbé Julien1. Antoine Maurel, né en 1815, dans cette ville en était membre, il fut tour à tour tonnelier, doreur, ouvrier miroitier, comptable puis directeur du dépôt de mendicité.

La pastorale la plus renommée en Provence est la Maurel créée en 1844. Celle qui a été de très loin la plus représentée est la Pastorale Maurel.

Elle a été créée en 1844 au Cercle d’Ouvriers de la rue Nau à Marseille, dont Antoine Maurel, ouvrier-miroitier, était membre. Depuis lors son succès n’a cessé de grandir ; elle est devenue le type classique de toutes les Pastorales, ses principaux personnages ayant été plagiés par la plupart des auteurs.

La troupe du Cercle saint-Michel de Fuveau la joue depuis 1876 plusieurs fois par an, dans sa salle de théâtre construite par l’abbé Issalène, et depuis environ 40 ans de nombreuses salles de la région où elle est demandée chaque hiver. Une telle constance à contribué à en faire l’une des troupes locales les plus connues et appréciées de la région.

La Pastorale Maurel est donnée au Cercle Saint Michel depuis 1876.

Les cinq actes de la Pastorale Maurel

Premier acte : l’annonce faite aux bergers

Lors du premier acte l'ange annonce la nouvelle aux bergers. Puis s'ensuit une présentation des différents personnages qui met en avant leurs caractères particuliers.

L'aveugle à qui le boumian a volé son fils. Le meunier qui n'a comme famille que son âne et son chien (ou presque) Pimpara, le rémouleur qui aime bien lever le coude et caresser la bouteille.

Jiget, le bégue et Pistachié le peureux qui se fait embobiner par le boumian à qui il vend son ombre (son âme) contre une bourse d'argent.

Deuxième acte : la nouvelle se répand dans le village

Le deuxième acte met en scène la divulgation de la nouvelle de la naissance de l'enfant. Les bergers arrivent au village et réveillent Roustido, un vieux vieux garçon, un peu giron, il finira par réveiller son compère Jourdan le mari de Margarido qui souhaite rester jeune.

Tout ce raffut fera que Margarido, sa femme, vieille acariâtre qui ne rate jamais une occasion d'engueuler son mari, ne tardera pas à descendre. Les trois vieux réunis partiront vers l'étable sans oublier de répandre la nouvelle au hasard du chemin.

Troisième acte : la route vers l’étable

Tout ce petit monde se retrouve chez Benvengu, maître d'une grande ferme et beau-fils de Jourdan. Il est veuf et chez lui, tout nouvel arrivant est l'occasion de faire la fête autour d'un bon verre de vin.

Après quelques agapes, la chute de Pistachié poussé par le boumian dans le puits et l'arrivée de l'ange qui confirme la nouvelle, tout ce petit monde se mettra en route vers la crèche.

Quatrième acte : l’adoration et les miracles

Le quatrième acte est l'adoration. Chaque personnage se présente devant l'enfant Jésus et lui offre son présent.

Évidemment quelques miracles s'accomplissent. Margarido et Jourdan se réconcilient, l'aveugle retrouve la vue et le fils que le boumian lui avait volé, le boumian devient gentil et Jiget, le bégue, retrouve une élocution normale.

Le chant final

La pièce se termine par un chant, "O rei de glori" dynamique et puissant exprimant toute la joie de ce petit peuple de Provence.

La pastorale des santons débute avec la scène des santons bergers et l'arrivée de l'ange ! La bonne nouvelle se répand et les autres santons de Provence représentés entrent en scène : l'aveugle et son fils, le boumian, pistachié, margarido, jourdan ou encore roustido !

Les chants provençaux s'enchainent et l'histoire se termine sur la scène des offrandes que chaque santons a apporté en guise de reconnaissance !

Les personnages fondamentaux de la Pastorale

Dans la crèche provençale, outre l’Enfant Jèsu ou lou tant bèu pichot (l’enfant Jésus ou le si bel enfant), Sant Jousè (saint Joseph), la Santo Vierge (la Vierge Marie), lou biou (le bœuf), l’ase (l’âne), li pastre (les bergers, les pâtres) et l’ange Boufarèu, apparaissent lou viei et la vièio (le vieux et la vieille), lou ravi (le ravi), Pistachié, lou tambourinaire (le tambourinaire) qui sont les personnages de base de la Pastorale.

La crèche provençale s’est peuplée d’un nombre important de personnages profanes, au point de devenir la description d’une société, et elle s’est très largement répandue en dehors des églises, dans les maisons particulières.

Les santons forment un peuple en marche. Pour représenter cette marche, certaines familles jouent sur la taille des santons : des figurines de plus petite taille descendent de la colline en esquissant une perspective à l’arrière-plan.

Leurs gestes et attitudes esquissent un élan, une allure suggérant leur progression. La plupart des familles placent les Rois dès la Noël, alors qu’ils n’arrivent qu’à la date de l’Épiphanie, mais on les place d’abord très loin de l’étable, et on les rapproche un peu chaque jour de l’Enfant, les faisant cheminer dans l’espace et dans le temps.

L’Enfant Jésus, Joseph et Marie

L’Enfant Jésus, lou tant bèu pichot, est placé dans l’étable avec Sant Jousè et la Santo Vierge. Simples Nativités à l’origine, avec la Sainte Famille, l’âne et le bœuf, ces crèches voient se multiplier les personnages tout au long du XIXe siècle.

L’âne et le bœuf sont souvent représentés couchés, l’âne de la même taille que le bœuf, alors qu’il est en réalité de proportion inférieure.

Les Rois mages

PersonnageCaractéristiqueOffrande
GaspardOriginaire des IndesEncens
MelchiorVieillard à cheveux blancs et à longue barbeOr
BalthazarRoi à la peau noireMyrrhe

Gaspard, originaire des Indes, le roi Gaspard apporte de l’encens. Melchior, vieillard à cheveux blancs et à longue barbe, le roi Melchior apporte de l’or.

Balthazar, roi à la peau noire, apporte la myrrhe.

L’ange et l’annonce de la naissance

L’ange est le messager de la naissance de l’enfant Jésus. Le plus célèbre est l’ange Boufarèu, celui qui souffle, il tient une trompette et guide les bergers vers la crèche.

C’est un des personnages de la Pastorale d’Yvan Audouard. Chez Antoine Maurel, c’est l’archange Gabriel qui proclame la naissance aux pâtres.

L’Ange Boufarèu est un messager céleste, apportant les nouvelles de la naissance du Christ. Son apparition est un moment clé de la pastorale, marquant le lien entre le divin et le terrestre.

Les bergers : les premiers témoins de la Nativité

Les bergers sont avertis par les anges et arrivent les premiers sur les lieux de la Nativité. La représentation qui en est faite est imprégnée de l’image populaire, soulignant que la crèche provençale est avant tout une pastorale.

Ils sont représentés de multiples façons, jeunes ou vieux, appuyés sur un bâton, debout ou couché, un agneau parfois dans les bras ou sur les épaules.

  • Berger vieux
  • Berger jeune
  • Berger au mouton
  • Berger couché

Les bergers, accompagnés des tambourinaires, viennent offrir à l’Enfant Jésus l’agneau dernier-né. L’agneau de l’offrande est couché sur la paille, dans une petite charrette toute illuminée de chandelles multicolores, et traînée par un bélier attelé de rubans de soie.

Pistachié, le valet comique et coureur de jupons

Pistachié est un valet de ferme. Il est incontournable dans la crèche provençale depuis les Pastorales Maurel, Audibert et d’Yvan Audouard.

Chacun lui donne une personnalité un peu différente mais tous s’accordent à le décrire comme un pistachié coureur de jupons. Le pistachier, arbuste de la garrigue provençale, donne des fruits qui passent pour être aphrodisiaques.

Ce qui justifierait ce surnom. Pistachié est un personnage comique, parfois un peu simplet, mais très attachant.

Souvent, il est dépeint comme le bouffon ou le plaisantin du village. Dans la Pastorale Maurel, Pistachié est le valet peureux qui se fait embobiner par le boumian.

Jijé ou Jiget, le second valet de ferme

Second valet de ferme dans la Pastorale Maurel, Jijé est affublé d’une tenue négligée, portant chemise et pantalon retenu par une seule bretelle. Il porte alors une lanterne sourde et un sceau.

Jiget, le valet bègue, un peu comique, peu typé, apporte une dimension burlesque à la Pastorale Maurel. Dans le récit, il retrouve une élocution normale au moment des miracles de l’adoration.

Jiget est généralement un jeune berger, plein de vie et d’enthousiasme. Il représente la jeunesse et l’espoir.

Le Ravi, symbole de l’émerveillement

Le Ravi, appelé lou ravi en provençal, est un personnage essentiel de la crèche. C’est l’idiot du village et il porte bonheur.

Le pauvre innocent n’a rien à offrir, mais se réjouit de cette naissance. Il est toujours représenté les bras levés au ciel en signe de surprise et d’allégresse.

Le Ravi est souvent dépeint comme un homme simple et heureux, exprimant constamment sa joie et son émerveillement, symbolisant l’innocence et la pureté de cœur.

C’est l’attitude du ravi, bras levés, dans l’attitude de l’orant. Il est accompagné d’une femme, la Ravido.

Ébahis, joyeux, ils manifestent leur ineffable bonheur. L'étonné, un autre valet que l'on représente penché à la fenêtre du mas, se trouve dans le même état de ravissement et de surprise émerveillée.

On joint à cette catégorie tous les personnages à genoux, mains jointes, hommes et femmes : le prieur, la prieuse…

Le tambourinaire et la farandole

Le tambourinaïre, surnommé Guillaume, est représenté avec son tambourin et son galoubet. Par tradition, c’est lui qui mène la farandole.

C’est un des sujets majeurs de la crèche provençale à laquelle il est indispensable. La musique et les chants accompagnant les pastorales sont l’âme de cette tradition.

Mélodies douces et chants folkloriques rythment le spectacle, transportant le public dans l’univers provençal.

Jourdan et Margarido

Monsieur Jourdan est un personnage de la Pastorale provençale Maurel et l’époux de Margarido, réputée pour son mauvais caractère. Ils sont les derniers à avoir entendu l’appel des bergers et se dirigent vers l’étable.

Tous les deux sont très élégants. Elle a revêtu ses plus beaux atours, son plus beau châle, sa coiffe avec toutes ses dentelles et lui porte gibus, lavallière et gilet brodé.

Le couple qui se dispute tout le temps : Jourdan et Margarido, venus de la pastorale Maurel. Au départ, ce sont des personnages séparés : Margarido est juchée sur un âne, Jordan est le villageois aisé, à la tenue bourgeoise.

Ils se réconcilient devant l’Enfant. Dans la Pastorale Maurel, Margarido et Jourdan se réconcilient au cours de l’adoration.

L’aveugle et son fils

L’aveugle et son fils sont issus de la Pastorale Maurel, où ils sont nommés l’avugle e soun fieu. Le fils aîné de la famille, Chicoulet, a été enlevé et son père a tellement pleuré de chagrin qu’il est devenu aveugle.

C’est pourquoi, appuyé sur son jeune fils, Simoun, il s’en va à la crèche pour implorer l’enfant de l’aider à retrouver son aîné.

L’aveugle et son fils représentent à la fois l’amour filiale, la mélancolie et l’espoir de recouvrer la vue. Appuyé sur son fils Simon, l’aveugle cherche la voie vers le miracle.

Dans la Pastorale Maurel, l’aveugle retrouve la vue et le fils que le boumian lui avait volé.

Le boumian et la boumiane

Le boumian

Le boumian est toujours revêtu de vêtements aux couleurs criardes, d’une grande cape noire, un foulard rouge sur sa tête, affublé de cheveux longs et noirs ainsi que d’une barbe. Un grand couteau est accroché à sa ceinture.

On le dit guérisseur et savant. Accusé de voler draps et poules ou de kidnapper les enfants, lors de sa venue à la crèche, le couple rend à l’aveugle un de ses fils, Chicoulet, qu’il lui avait dérobé.

Dans la Pastorale Maurel, le boumian entraîne Pistachié dans une aventure inquiétante, avant de devenir gentil au moment de l’adoration.

La boumiane

La boumiane, un fichu noué sur la tête, porte un tambourin à la main et son enfant sur sa hanche. Sa jupe est longue, son corsage coloré.

Jeteuse de sort, elle lit les lignes de la main et dit la bonne aventure. Elle appartient au peuple des personnages profanes qui ont enrichi la crèche marseillaise.

Le bohémien, la bohémienne et son enfant sont entrés dans la crèche marseillaise en 1820, signe du sens de l’hospitalité des Provençaux envers les gens du voyage.

Roustide et les personnages âgés

Roustide est un notable et est vêtu de beaux habits, avec son chapeau et son parapluie rouge. C’est un homme au coeur dur, réputé pour être méchant. Ce soir, il va enfin s’attendrir.

Au sein de la pastorale, Roustido arrive en retard, il n'a pas entendu l'appel des bergers. Muni de sa lanterne il se rend à l'étable en pleine nuit.

Roustide et Margaride sont souvent présentés comme un couple de bergers âgés, ils représentent la sagesse et la tradition. Margaride est connue pour sa bonté et son dévouement, tandis que Roustide, souvent plus bougon, apporte une touche d’humour.

Le vieux et la vieille figurent parmi les personnages de base de la Pastorale. Le couple de vieux qui s’aiment : Grasset et Grassette, venus de la pastorale Chave, tendrement enlacés et qui s’abritent sous un immense parapluie rouge, signe d’opulence et de réussite sociale.

Bartoumieu

Bartoumieu, un peu ivrogne, porte un pantalon tenu par une seule bretelle. Il est le bon vivant au grand cœur de la crèche de Noël.

Le santon Bartoumieu, ou Barthélémy, est le comique de la pastorale. Il apporte la morue séchée en guise d’offrande, et un panier rempli de vivres.

Vieux berger, il est parfois présenté comme un sage. Il est respecté et écouté, apportant des conseils et des paroles de sagesse tout au long de l’histoire.

Le meunier et les métiers de la Provence

Le meunier, avec son bonnet blanc et autour de la taille sa taillole. Il porte sur l’épaule un sac de farine. Il est accompagné de son âne.

Le meunier, appelé aussi farinaïre, apporte son offrande au Petit Jésus. Le meunier sur l’âne a chargé son âne d’un sac de farine et le fait avancer grâce à la carotte suspendue à un bâton.

Le meunier représente un métier essentiel à la vie du village. Le pain est en tout premier lieu symbole de la nourriture, de la vie mais également symbole spirituel.

Au fil du temps, des santons qui représentent des petits métiers ont été ajoutés comme : lou pescadou (le pêcheur), la peissouniero (la poissonnière), la pourtario d’aigo (la porteuse d’eau), lou móunié (le meunier, avec son sac de farine), l’amoulaire (le rémouleur) et la bugadiero (la lavandière), le chasseur et lou boulangié (le boulanger).

Le pêcheur et la poissonnière

Lou pescadou est un personnage symbolique et important de la crèche. Le poisson de mer ou d’eau douce constituait un aliment de base dans la l’alimentation des Provençaux.

La peissouniero est un des personnages les plus anciens, et des plus traditionnels de la vie provençale et de la crèche.

La femme à la cruche et la porteuse d’eau

La femme à la cruche dont le métier est essentiel au village. Marie en aura bien besoin pour laver les langes du petit.

En Provence on dit «si ce samedi-là il ne fait pas soleil, c’est que Marie fait la lessive». Elle rappelle que l’eau est rare en Provence.

Une offrande symbolique présentée dans une cruche. La femme âgée portant le calen, lampe à huile en métal, éclaire la route des pèlerins et l’étable.

Le boulanger

Lou fournié joue un rôle important dans la vie des hommes et possède une valeur symbolique forte. Le pain est en tout premier lieu symbole de la nourriture, de la vie mais également symbole spirituel.

Le rémouleur

Le rémouleur «l’amoulaïre» va de village en village pour aiguiser les lames et en même temps faire «la gazette» en donnant des nouvelles des uns et des autres.

Dans la Pastorale Maurel, le rémouleur aime bien lever le coude et caresser la bouteille.

La lavandière et les autres métiers

La lavandière, le chasseur, le maire, le curé et le moine complètent la représentation des activités et des institutions du village.

Le chasseur et le pêcheur sont les premiers à représenter des activités et non à apporter des offrandes.

L’Arlésienne, le gardian, Vincent et Mireille

L’Arlésienne est très souvent présente dans la crèche en compagnie de son inséparable gardian. Celui-ci est toujours représenté à cheval.

L’Arlésienne est toujours revêtue de ses plus beaux atours, le costume d’Arles. L’Arlésienne et le Guardian évoquent Vincent et Mireille popularisés par Frederi Mistral dans sa Mirèio.

Vincent et Mireille sont tout droit descendus, eux, de l’œuvre de Frédéric Mistral.

Le maire, le curé et le moine

Le maire

Le maire est nommé lou conse en provençal. Il a revêtu ses plus beaux habits pour se rendre à la crèche et arbore son écharpe tricolore.

Il est coiffé d’un haut-de-forme. Dans les pastorales, il est prénommé Mathieu et officialise la naissance en inscrivant Jésus à l’état civil de son village.

Le Maire ou Le Baile représente l’autorité locale. Ce personnage est souvent sérieux et se préoccupe du bien-être de la communauté, jouant un rôle important dans la progression de l’histoire.

Le curé

D’une bonhomie naturelle, souvent bedonnant, il apparaît comme complètement perturbé par cette Nativité. Les joues rouges, les mains potelées, il est tout impressionné de «rencontrer son patron».

Le moine

C’est François d’Assise, avec sa robe de bure, le saint patron des santonniers.

Roustide, Jourdan et les figures de la société villageoise

La crèche provençale se définit par son anachronisme par rapport au récit biblique. Transposée dans une Provence archétypale et éternelle, elle évoque dans un décor à la fois agreste et humanisé.

On y trouve une étable avec un arrière-plan de collines et de rochers, le moulin de meunier, le cours d’eau pour le pêcheur, un espace plus sauvage pour le chasseur et le boumian, le puits indispensable, lieu de toutes les rencontres, un groupe de maisons, une route en lacets venant des collines de l’arrière-plan, l’auberge où se cache le vilain tenancier.

Les personnages sont classés par leur activité : tambourinaire, garde champêtre, pêcheur, berger, chasseur ; tous les musiciens.

Ils sont également classés par les présents ou objets qu’ils portent : Bartoumieu, homme au chou, laitière, femme à l’ail, femme au calen, ainsi que par des attitudes : le ravi, la ravie, le prieur, la prieuse, ou par des sobriquets : Pistachié, Jiget, le Roustido.

Les personnages issus directement de la Pastorale Maurel

On peut également citer ici tous ceux qui viennent des pastorales, avec 26 rôles chez Maurel : l’aveugle et son fils, image du peuple avant la Révélation ; le fermier Benvengu, parfois assimilé à l’homme au tonneau ou à celui qui porte une bonbonne ; le ravi, un des personnages les plus populaires.

On y retrouve Pistachié, le valet poltron et un peu coureur de jupons ; Jiget, le valet bègue, un peu comique, peu typé ; Bartoumieu, un peu ivrogne, dont le pantalon est tenu par une seule bretelle ; le bohémien, la bohémienne et son enfant.

Le couple de vieux qui s’aiment : Grasset et Grassette, venus de la pastorale Chave, tendrement enlacés, et le couple qui se dispute tout le temps : Jourdan et Margarido, venus de la pastorale Maurel.

L’ange Boufarèu, celui qui souffle, dans une trompette et guide les bergers vers la crèche, est en général suspendu au-dessus de l’étable où est couché le nouveau-né. C’est un des personnages de la Pastorale d’Yvan Audouard.

Les absents de la crèche provençale

Il faut le souligner : beaucoup d’absents dans ce peuple en marche ! Les notables n’y figurent pas, hormis le maire et le curé, gentiment anachronique quant à lui.

Il n’y a pas de notaire, de médecin, d’avocat, de juge, de banquier, pas de maître d’école, de gendarme, de soldat, ni de maçon, de forgeron, de menuisier.

Le maire, dans la pastorale Chave, se ridiculise en ôtant dix-sept gilets avant de porter secours à Bartoumieu tombé dans le puits. Il est le seul avec Jordan à porter de beaux habits bourgeois parmi la foule des santons en vêtements de travail.

La crèche provençale et les santons

Origine du mot « santon »

Le mot « crèche » désigne au sens premier la mangeoire qui servit de berceau à Jésus selon l’évangile de Luc. Le mot vient de l’allemand krippe.

Son équivalent provençal est gruppi. Au sens d’évocation de la Nativité, le provençal connaît le mot crecho, issu du français.

Le mot santon est passé dans la langue française, qui ne disposait d’aucun nom pour désigner les figurines de la crèche. L’étymologie du mot, petit saint, indique que ces figurines étaient destinées aux enfants.

Le mot santon vient du provençal santoun, « petit saint ». Il est amusant de penser que la foule de la crèche provençale représente davantage l’humanité pécheresse qu’une assemblée de saints, mis à part la Sainte famille et les rois mages.

Des crèches religieuses aux crèches familiales

Saint François d’Assise n’est pas l’« inventeur » de la crèche telle que nous la connaissons actuellement. Cette erreur a été propagée par un prêtre de Marseille, l’abbé François Marchetti.

Quoi qu’il en soit, François d’Assise est le premier à avoir créé une crèche vivante. La coutume s’était imposée auparavant sous l’influence des Franciscains et des Clarisses au XIIIe siècle et s'est répandue à Marseille et dans d’autres villes de Provence et du Comtat Venaissin.

Les Observantins en avaient édifié une en 1224, soit un an après la crèche vivante de St François d’Assise. Au XVIe siècle, la dévotion à la crèche se développa avec le mouvement de la Contre-Réforme.

La diffusion de la crèche s’est opérée d’abord à partir des couvents féminins, puis vers les paroisses et les familles. C’est aux Oratoriens que l’on doit la durée de quarante jours de la crèche provençale, de Noël à la Purification.

La suspension de la messe de minuit sous la Révolution de 1789, la suspension du culte et la fermeture des églises en 1794 et sous le Directoire, ont transféré la dévotion de la crèche de l’église à la sphère privée.

La réapparition des crèches semble bien un élément du « retour à l’ordre », fût-il bonapartiste. La crèche serait réapparue à Marseille en 1803, dans les églises St Martin, St Laurent et des Carmes.

La naissance du santon d’argile

Après la période révolutionnaire, l’Église cherche à réveiller le sentiment religieux, et un support concret allait œuvrer particulièrement à cette tâche.

Le poète Elzéard Rougier, en 1910, dans sa Petite histoire du santon, attribue au marseillais Jean-Louis Lagnel (1764-1822) la création du santon d’argile.

Ce dernier a imaginé de modeler l’argile et d’en obtenir la multiplication par un moulage. Ces « santons à un sou » eurent un tel succès que la première Foire aux santons s’ouvrit en 1803, peu après le Concordat.

Les santons, figurines emblématiques des pastorales, ont été créés pour la première fois en Provence au début du XIXème siècle.

Les techniques et les formes

On distingue deux types de figurines : les figurines habillées dont seules les extrémités sont moulées et dont le corps est recouvert de vêtements de tissus ; les figurines moulées en plâtre ou en argile.

Les santons habillés ont été créés par un prêtre, l’abbé César Sumien (1858-1934). Menuisier, puis devenu prêtre à 42 ans, il devient vicaire à la Belle de Mai.

Il aurait commencé sa production en 1914 pour initier des jeunes gens aux travaux manuels dans le cadre d’un patronage. Son désir d’évoquer la Provence ancienne était allié à un travail minutieux et à un véritable talent.

Il a lié ses personnages à la pastorale car il est le seul santonnier à en avoir rédigé une. Dans les années cinquante, c’est l’atelier de Simone Jouglas qui a repris le flambeau.

Les santonniers provençaux ont su mettre au point une production de série de belle qualité, d’une exceptionnelle diversité de tailles et de figurines qui se caractérisent par la finesse des détails, la sobriété des gestes, un choix savant des couleurs.

La société provençale représentée par les santons

La crèche provençale est la marque d’une identité religieuse et régionale. Elle fait l’objet d’une activité artisanale dynamique.

À la différence de la crèche napolitaine baroque d’origine aristocratique, la crèche provençale s’est diffusée des enfants vers les adultes, à l’opposé de bien d’autres traditions.

La crèche familiale devient ainsi une véritable description de la société. Les santons montrent les activités, les vêtements, les outils, les attitudes et les liens entre les habitants d’un village provençal imaginaire.

Pour beaucoup de chrétiens de tradition provençale, Dieu est imaginé comme une personne physique, comme quelqu’un d’ici et Jésus a dû naître quelque part dans la région ; ainsi s’explique aisément la tradition des crèches dans lesquelles est représenté l’enfant Jésus adoré par les gens du crû exerçant des métiers bien de chez nous.

Bientôt les santons d’argiles se sont animés, il n’en fallait pas plus pour que naissent les Pastorales Provençales, représentations vivantes de nos crèches.

Les attitudes symboliques des santons

Les attitudes des santons peuvent être classées selon leur attitude devant le mystère : l’Émerveillement, l’Adoration, l’Offrande, l’Indifférence.

L’émerveillement et l’adoration

Le Ravi, la Ravido, l’étonné, le prieur et la prieuse expriment la surprise, la joie et la dévotion. Les bras levés du Ravi traduisent une réaction immédiate devant la naissance de l’Enfant.

L’offrande

Les habitants convergent vers l’étable avec les produits et les objets de leur travail. Les bergers offrent l’agneau, le meunier apporte la farine, Bartoumieu vient avec des vivres et le pêcheur rappelle l’importance de la nourriture issue de la mer ou de l’eau douce.

Chaque personnage se présente devant l'enfant Jésus et lui offre son présent. L’offrande devient ainsi un geste religieux, mais aussi une manière pour chacun de présenter son métier et sa place dans la communauté.

La réconciliation et le changement

Les personnages de la Pastorale Maurel ne restent pas figés dans leurs défauts. Le chemin vers la crèche transforme les relations et les individus.

Margarido et Jourdan se réconcilient, l’aveugle retrouve la vue et le fils que le boumian lui avait volé, le boumian devient gentil et Jiget, le bégue, retrouve une élocution normale.

Le décor d’une Provence imaginaire

La crèche provençale transpose la Nativité dans une Provence archétypale et éternelle. Son décor associe les paysages ruraux et les lieux de la vie quotidienne.

  • une étable avec un arrière-plan de collines et de rochers ;
  • le moulin du meunier ;
  • un cours d’eau pour le pêcheur ;
  • un espace plus sauvage pour le chasseur et le boumian ;
  • un puits, lieu de toutes les rencontres ;
  • un groupe de maisons ;
  • une route en lacets venant des collines de l’arrière-plan ;
  • une auberge où se cache le vilain tenancier.

Les personnages et le décor forment un ensemble cohérent : les métiers justifient les accessoires, les déplacements structurent la scène et la route vers l’étable donne à la crèche son mouvement.

Les autres Pastorales et la diffusion de la tradition

La Provence est fière de ses pastorales célèbres, en particulier « La Pastorale de Jean-François Audibert » et « La Pastorale Maurel ».

La première, écrite au XIXe siècle par Audibert, est reconnue pour sa poésie et sa représentation authentique de la vie provençale, interprétée en français.

Quant à « La Pastorale Maurel », écrite par Antoine Maurel en 1844, elle demeure la plus jouée et la plus appréciée.

Ces deux pastorales continuent de fasciner les spectateurs par leur charme et leur authenticité. D’autres pastorales ont également été écrites, dont certaines sont assez connues, comme les pastorales Audibert, Bellot ou Roustan.

Certains auteurs en écrivent même encore aujourd’hui. La Pastorale des santons de Provence écrite par Yvan Audouard offre une autre interprétation de cet univers, avec l’ange Boufarèu comme personnage particulièrement célèbre.

Les représentations et la transmission

Les pastorales prennent vie dans des lieux chargés d’histoire, comme les églises anciennes et les théâtres de village, offrant un cadre authentique et pittoresque.

Elles ont également lieu dans des salles des fêtes ou de catéchisme, décorées spécialement pour l’occasion. Les personnages sont joués avec passion par des acteurs locaux et parfois les habitants eux-mêmes.

Au-delà des spectacles, ces événements proposent des activités interactives : ateliers de fabrication de santons, visites guidées thématiques, permettant aux visiteurs, petits et grands, de s’immerger pleinement dans la richesse de cette tradition provençale.

La musique, les chants folkloriques, les décors et les figurines peintes à la main prolongent sur scène l’univers de la crèche. Les santons deviennent alors les acteurs immobiles ou animés d’une même histoire, celle d’un village entier appelé à se rassembler autour de la naissance de Jésus.

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