Les santons Cadoret et l’œuvre unique de Pierre Cadoret, maître santonnier provençal

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À Trets et dans toute la Provence, les santons Cadoret évoquent une histoire familiale remontant à 1921, lorsque Louis Allamand lança l’atelier avec l’aide de ses filles Renée et Lucienne, « les deux diaboliques ». Puis Pierre Cadoret prit le relais en 1972 et transforma l’activité en sculpture de pièces uniques, allant de la moulure et du détaché vers une conception artisanale toujours plus complexe.

Pierre Cadoret explique que les pigments naturels ont laissé place au synthétique pour les peintures : «On peint tous nos santons à l’acrylique… Avant, je peignais à la gouache mais comme je travaillais sur les patines, la peinture ne tenait pas. J’ai été obligé de passer à l’acrylique pour les grandes pièces et puis, j’ai continué avec les petites».

Les créations de Cadoret se distinguent par leur aspect « multi-détachés » où chaque pièce est réalisée à la main, rendant les œuvres « uniques » et surtout très détaillées. Toutefois, le prix reste un facteur limitant, et beaucoup se tournent vers les moulés classiques, tandis que les pièces allant de 3 à 10 cm sont massivement moulées et les plus grandes considérées comme détachées ou uniques.

Au fil du temps, Pierre Cadoret a dû adapter les santons issus de l’invention vers 1803 en recherchant les costumes et leurs couleurs afin d’éviter l’anachronisme. « Cela fut difficile de trouver des renseignements, car à cette époque-là, seuls les seigneurs étaient mis en avant, pas le petit peuple », remarque-t-il. Ce souci du détail se lit dans chaque métier représenté et montre que les ordres d’époque, les costumes et les gestes correspondaient à une réalité prostante du pays provençal.

Pour comprendre l’ampleur du travail, Cadoret affirme avoir consenti à des recherches poussées sur les musées et les groupes folkloriques locaux, estimant que « ce sont eux qui représentent le mieux notre région ». Ses pièces reflètent une passion pour l’histoire provençale et pour les personnages réels qui peuplaient autrefois la région.

Le destin de l’atelier Cadoret a été marqué par l’absence de repreneur à l’époque; en 2014, Pierre Cadoret a annoncé son intention d’arrêter, souhaitant profiter de chez lui et voir ses enfants choisir leur voie. « Pour un santon sculpté, il y a deux jours et demi de travail entre le mouler, sculpter et peindre. Ce n’est pas rentable pour moi, je le fais par amour », déclare-t-il.

Les pièces uniques nécessitent une expertise rare: « Je monte une ossature en argile, je refaçonne le nez, les pommettes, je change le santon de position et je rajoute un détail, un jupon, un fichu… ». Chaque santon est assemblé à partir de plusieurs moules différents, une technique de plus en plus longue et fastidieuse mais extrêmement artistique. Ses préférences elles-mêmes vont vers les santons de 12 cm, bien qu’il fabrique aussi des pièces de 3 à 22 cm.

Cette maîtrise vient de son héritage familial. Pierre Cadoret a récupéré les moules de son grand-père, Louis Allamand, et a poursuivi l’enseignement des maîtres marseillais Caillol et Gaubert, qui n’utilisaient que des pièces détachées et inspirèrent sa précision et son sens de la décoration. « Pour moi, c’est plus précis, on peut y mettre plus de décoration », explique-t-il.

La matière et les techniques utilisées ajoutent à la spécificité des pièces: la pâte à grès est privilégiée pour les figurines féminines, et les sujets bénéficient d’un rendu brillant qui peut prêter à confusion avec la résine. « Qu’est-ce qu’il faut pas entendre ! Comme si on pouvait faire des santons de cette qualité en résine ! », plaisante-t-il. Pour Cadoret, les santons détachés incarnent une certaine nostalgie d’un monde plus lent et plus artisanal, insistant sur le fait que tout doit être fait avec patience et minutie dans une époque où tout va vite.

Le maître santonnier préfère travailler seul, se montrant très exigeant envers lui-même et ses créations, qu’il considère comme des « complices » au fil des années. Il raconte même avoir refusé de vendre une pièce à un client, estimant que « sa tête ne me revenait pas » et que les santons pourraient être malheureux chez lui. Cette phrase illustre le caractère bien affirmé et la sensibilité artistique forte de Cadoret.

Quant à la transmission du savoir, il reste incertain: « J’espère qu’un jour quelqu’un s’intéressera à ce travail et voudra le perpétuer. C’est vrai que c’est triste que tout se perde… » En attendant, Pierre Cadoret continue son travail à la main, même s’il ne peut pas garantir une poursuite familiale.

Au-delà des détails techniques, les pièces de Cadoret invitent à une immersion dans l’artisanat provençal: chaque élément, chaque personnage porte l’empreinte d’un savoir-faire transmis de génération en génération, mêlant histoire locale et art décoratif.

Pour les passionnés et les curieux, l’histoire des santons Cadoret demeure une démonstration vivante du patrimoine vivant de Provence, où les marchés et les foires restent les lieux privilégiés de rencontre entre le public et les artisans. La magie des santons peut-elle opérer à nouveau si un volontaire se présente pour reprendre l’activité ? Le questionnement demeure et l’espoir persiste chez les admirateurs de l’art santonnier provençal.

illustration des ateliers et du travail des moules

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