Roger Nègre est un créchiste indépendant installé à Brignoles, qui fabrique des décors de crèche inspirés de bâtiments traditionnels provençaux. Depuis 2011, il imagine et façonne des étables, des fermes, des oratoires, des moulins, des lavoirs, des maisons, des porcheries, des ruches et de nombreux autres éléments destinés aux santons de 6 cm.
À 71 ans, il produit une centaine de décors de crèches chaque année. Chaque modèle est unique, réalisé à la main à partir de polystyrène extrudé, de cannes de Provence, de bois, d’argile autodurcissante, d’enduit, d’ocre et de matériaux naturels récoltés au gré de ses promenades.
Roger Nègre, un créchiste né de la passion des santons
Roger Nègre est un ancien agent de la fonction d’État, retraité de l’ex-DDE, et un ancien pompier volontaire de Trets. Il a quitté son village natal, Trets, pour s’installer avec sa femme à Brignoles, où il a aménagé un garage en atelier.
Bien sûr qu'enfant, il faisait la crèche avec ses parents, il restait des heures devant les étals des santonniers. C'est avec ses petits-enfants que le déclic s'opère. Ils lui demandent de créer une étable. Il n'ose pas leur dire non.
« Au départ, un de mes petits-enfants me demande de lui faire une étable. » Il s’exécute alors qu’il n’est ni bricoleur ni patient. « J’ai fait quelque chose avec des matériaux de récupération qui apparemment était sympa. Je me suis dit, je vais en faire d’autres. »
Le voilà dans l'ancien garage de ses grands-parents en train de reproduire l'étable de sa propre crèche. Il achète des outils et fait travailler son imagination. Il se prend au jeu il y a trois ans et ne s'est pas arrêté depuis.
« Si je ne crée pas pendant quelques jours, que je ne taille pas, que je ne découpe pas ou que je ne colle pas des tuiles, que je ne travaille pas sur mes maisons, ça me manque. »
Des débuts à la foire aux santons de Saint-Maximin
Un nouvel encouragement le pousse à poursuivre ce chemin. « Un ami, pompier à Gardanne et passionné de crèche, m’a dit : “Ce que tu fais est superbe. Ça sort de l’ordinaire. Tu devrais continuer et aller à la foire aux santons de Saint-Maximin”. »
L’année d’après en 2012, il dresse un étal dans la cité de la basilique. Ces créations séduisent les visiteurs. « On a fait une très belle foire. » Une source de motivation pour poursuivre l’aventure.
« J’étais à la retraite, j’avais du temps. Je me suis organisé, outillé. » Le créchiste autodidacte évolue dans la technique et utilise de nouveaux matériaux.
Des amis lui passent des commandes pour des modèles particuliers. Une clientèle se constitue au fil des foires et marchés de Noël. Quatre rendez-vous en moyenne chaque année, « mon seul but est de rentrer dans mes frais ».
Un atelier consacré aux décors de crèche
La première chose que vous dit Roger Nègre quand il vous ouvre son atelier, c'est qu'il n'est ni bricoleur, ni patient dans la vie. Les bras nous en tombent car sur ses étagères, sur son plan de travail, partout où nos yeux s'arrêtent, on découvre des dizaines et des dizaines de mini-maisons, étables, puits, pigeonniers, écoles, ferme, fabriqués par ses soins.
Un grand village provençal est installé sur une série d’étagères. Assis devant sa table de travail, Roger Negre, âgé de 67 ans, s’affaire à la tâche. Il fabrique un nouvel élément de crèche. Un énième.
La période est propice à une dense activité. Entre deux foires aux santons, le créchiste continue de créer. Il se prépare à garnir ses étals depuis le début de l’année.
Le Brignolais conjugue ainsi sa passion depuis sa retraite. Il y consacre du temps mais n’oublie pas pour autant la vie de famille et ses autres loisirs comme la marche.
Une production organisée tout au long de l’année
La saison commence en janvier pour Roger Negre. Il fabrique au fil des mois - en moyenne quatre à cinq heures tous les matins - les éléments de crèche : « chaque modèle est unique ».
Ils vont garnir les étals des marchés et foires dès l’automne. Le créchiste fabrique des décors de crèches tout au long de l’année, et il les vend sur commande, mais surtout sur les marchés et les foires.
« Il y a des événements et des commandes assez régulièrement, mais c’est vrai que la grosse saison, ce sont les mois qui précèdent Noël », relève Roger Nègre. « C’est le moment où les gens s’intéressent le plus à mon travail, mais ce sont aussi les mois avec le plus de foires », termine-t-il.
Cette année, Roger Nègre a construit de ses mains pas moins de 90 structures sans voir le temps passé. Il produit une centaine de décors de crèches chaque année.
Des bâtiments conçus pour les santons de 6 cm
Après un croquis esquissé sur du papier, il monte les maisons, toutes réalisées pour des santons de 6 cm, avec des matériaux de construction. Il découpe les portes et les fenêtres, puis taille avec un couteau les escaliers dans du ciporex.
« Au départ, ça prend forme dans ma tête. Soit je réalise un bâtiment qui existe réellement, soit j’en imagine un », révèle-t-il. « Ensuite, je dessine les formes sur le polystyrène ainsi que les portes et fenêtres. Puis, je découpe mon bloc, et enfin, je termine par la peinture et les détails. »
Pour les murs, « je travaille maintenant avec du polystyrène extrudé ». Il découpe les plaques selon des gabarits.
La fabrication des murs et des pierres
« Je dessine toutes les pierres. Je martèle la matière avec des pierres bosselées et la pique avec une brosse métallique pour donner de la profondeur. »
Un enduit de rebouchage mélangé avec l’ocre de Roussillon gris est passé. « Puis, j’utilise plusieurs couleurs au pochoir pour donner l’aspect des pierres de Provence. »
Le crépi est fait avec de l'enduit et de l'ocre. Cette étape donne aux façades leur aspect minéral et leur apparence de bâtisses provençales anciennes.

Des toitures réalisées avec des cannes de Provence
Les cannes de Provence constituent les toitures. « Je coupe des longes et les tranche en deux pour la sous-toiture. Pour les tuiles, je coupe à la scie des dés que je sépare en deux au cutter. »
Les tuiles ne sont autres que des cannes de roseaux coupées en deux et collées une à une. Ce travail minutieux permet de reproduire l’apparence des couvertures traditionnelles des bâtiments provençaux.
Il lui faut minimum cinq heures pour fabriquer le toit d’une étable. Le créchiste n'est pas homme à compter les heures et ne fait pas ça pour gagner de l'argent quand on sait que pour la seule toiture, il peut mettre 6 à 7 heures !
« Je ne prends pas en compte les heures. C’est une passion. »
Des matériaux de récupération et des détails fabriqués à la main
Les portes et les fenêtres, ce sont des chutes de contreplaqué des socles. Les croisillons de fenêtre sont fabriqués avec des allumettes, les rideaux sont découpés dans d'anciens tissus, les vitres sont en plastique, découpées dans des emballages.
Les jarres sont aussi façonnées à la main avec de l’argile autodurcissante. Les escaliers sont taillés dans du ciporex et les différents éléments sont assemblés progressivement autour de la structure principale.
| Élément du décor | Matériau ou technique |
|---|---|
| Murs | Polystyrène extrudé, enduit et ocre |
| Pierres | Pierres bosselées et brosse métallique |
| Toitures | Cannes de Provence et roseaux coupés |
| Portes et fenêtres | Chutes de contreplaqué |
| Croisillons | Allumettes |
| Rideaux | Anciens tissus |
| Vitres | Plastique découpé dans des emballages |
| Jarres | Argile autodurcissante |
| Végétation | Matériaux naturels récoltés lors de promenades |
La végétation récoltée dans les paysages provençaux
Roger Nègre profite aussi de randonnées en forêt pour constituer le stock de matériaux naturels. Par exemple, les branches sèches de romarin font office de poutre.
Côté végétation, chaque arbre, buisson, a été débusqué dans la colline, autour de Sainte-Victoire, dans la plaine de Trets, au gré des balades avec sa femme.
Les promenades avec sa femme ont permis de récolter des modèles, comme le lavoir pris en photo à Rognes, dans les Bouches-du-Rhône, la chapelle de Saint-Jaume à Lorgues ou le cabanon dans un champ de lavande à Valensole, dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Des inspirations tirées de la Provence réelle
Différentes sources d’inspiration sont à l’origine des créations du créchiste. Parfois, c’est une question de feeling.
Son oratoire, quant à lui, est une réplique d’un oratoire de Trets. « Il est caché derrière des fusains. Sa forme arrondie m’a plu. »
Il s’est aussi inspiré d’une maison et d’un porche dans son village natal. Les paysages, les bâtiments observés pendant les promenades et les souvenirs personnels nourrissent ainsi ses créations.
Les souvenirs d’enfance ont rejailli lorsqu’il a créé une porcherie ou les ruches de son grand-père. « J’ai eu un flash. »

Une fidélité aux bâtiments traditionnels provençaux
Néanmoins, le créchiste reste spécialisé dans les bâtiments traditionnels provençaux. Même s’il a déjà eu des demandes extravagantes, l’artisan les refuse.
Pour lui, c’est la Provence et rien d’autre. « On m’a déjà proposé de réaliser des villas ultramodernes avec de baies vitrées, mais j’ai toujours décliné », fidèle à sa ligne de conduite.
« Je ne saurai même pas les faire, puis pour moi, ce n’est pas dans l’esprit de la crèche », poursuit-il.
Certains lui commandent même la reproduction de leur propre maison. Il s'y prête de bonne grâce tant qu'elle est de style provençal.
Des décors uniques pour composer une crèche
À côté des étables et des maisons, ses créations comprennent des puits, des pigeonniers, des écoles, des fermes, des forges, des moulins à huile, des oratoires, des bars, des lavoirs, des chapelles, des cabanons, des porcheries et des ruches.
Là, une forge. Ici, un moulin à huile. À côté, un oratoire, une ferme, une maison, un bar… Un grand village provençal est installé sur une série d’étagères.
Chaque décor est conçu comme une petite construction indépendante, avec ses volumes, ses ouvertures, ses textures, ses couleurs et ses détails. L’ensemble peut ensuite être intégré à une crèche organisée autour des santons.
Le travail de Roger Nègre associe ainsi l’observation de l’architecture provençale, l’utilisation de matériaux simples et une réalisation entièrement manuelle.
Une démarche indépendante et artisanale
« C’était il y a treize ans, mais je suis resté le petit créchiste indépendant qui fait ça par passion. Jamais je ne me comparerai aux gros santonniers », avec qui il exposera pourtant à l’occasion de la foire aux santons de Brignoles.
Modeste et travailleur, il insiste pour mettre en avant le travail des santonniers : « Ce sont eux qui m'ont donné envie de devenir créchiste. Quand je les écoute parler de leur travail, je me dis que ce sont des artistes. »
« On ne peut pas se rendre compte du travail qu'ils doivent fournir avant même de créer leur moule. Ce savoir-faire est fascinant. »
Le Brignolais conjugue ainsi sa passion depuis sa retraite, sans abandonner sa vie de famille ni ses autres loisirs comme la marche.
Des créations présentées dans les foires aux santons
Une clientèle se constitue au fil des foires et marchés de Noël. Après Saint-Raphaël et Antibes, Roger Negre sera une nouvelle fois fidèle au marché aux santons de Saint-Maximin proposé du 19 au 21 novembre.
Roger Nègre tiendra un stand à la foire aux santons de Brignoles. La foire aux santons est de retour à Brignoles pour la troisième fois.
Une vingtaine de santonniers et créchistes seront présents ce samedi 26 et demain, dimanche 27 octobre dans la salle polyvalente du complexe sportif Jean-Jacques-Marcel, de 10 à 18 heures.
Roger Nègre participera au marché de Noël de Trets les 6 et 7 décembre et à la foire aux santons d’Auriol les 13 et 14 décembre.
Le regard des enfants comme récompense
« Je ne savais pas ce que j'allais faire à ma retraite. Cette passion m'a emporté. Quand je vois le regard des enfants devant mon stand durant les marchés de Noël ou foires aux santons, c'est le plus beau des cadeaux. »
« Je me revois à leur âge. C'est magique. »
Le travail de Roger Nègre s’inscrit ainsi dans une tradition de crèche provençale nourrie par les souvenirs d’enfance, les paysages de Provence et l’observation attentive des constructions locales.