Un Bal masqué le 16 janvier : l’opéra de Verdi et son univers de passions

Un bal masqué est un opéra de Giuseppe Verdi, présenté en italien avec surtitrage français et anglais. Ce mélodrame en trois actes s’appuie sur un amour impossible, une prophétie et un assassinat qui se noue dans le cadre d’un bal costumé.

Le chef-d'œuvre de Verdi, empreint d'un profond lyrisme, offre un habile mélange des genres, tour à tour tragique et comique, léger et profond, insouciant et désespéré. Mélange de frivolité et de gravité, la musique de Verdi connaît le succès dès sa création en 1859 à Rome.

Une intrigue entre amour interdit et vengeance

Le comte Riccardo s'est épris d'Amelia, l'épouse de son conseiller et ami, le ministre Renato. Amelia, tourmentée par la passion coupable qu'elle ressent, va consulter une voyante, Ulrica.

Elle lui conseille de chasser Riccardo de ses pensées grâce à une herbe qui ne pousse que sous les gibets et ne se ramasse qu'à minuit. Amelia s'exécute, mais Riccardo, qui a surpris l'entretien, décide de la suivre.

Ulrica le prévient : il périra de la main du premier homme qu’il saluera. Le gouverneur de Boston se prépare à donner un bal masqué et se réjouit de la présence d’Amélia, mariée à son fidèle secrétaire.

Une diseuse de bonne aventure lui annonce qu’il sera assassiné de la main d’un ami. Amélia est elle aussi partie consulter la sorcière dans l’espoir qu’elle la guérisse de l’amour qu’elle éprouve pour un homme qui n’est pas son époux…

Son Bal masqué prend donc pour cadre l’Amérique et se concentre sur l’amour impossible entre Riccardo, le gouverneur de Boston, et Amelia, la femme de son meilleur ami, qui se vengera en le tuant.

De Gustave III à l’Amérique de Lincoln

Si le bal masqué semble le lieu par excellence de la fête, ses déguisements et dominos peuvent aussi favoriser les intrigues. L’opéra de Verdi s’inspire ainsi d’un fait historique réel : l’assassinat du roi de Suède Gustave III lors d’un bal costumé en 1792.

Mais avant de mettre en musique cet événement, Verdi eut maille à partir avec la censure, scandalisée à l’idée de représenter sur scène un régicide. C’est l’Histoire qui donne à Verdi son sujet : l’assassinat du roi de Suède Gustave III en 1792 lors d’un bal masqué.

Mais la censure veille : on n’assassine pas un roi sur scène - et le compositeur doit transposer son bal à Boston à la fin du XVIIe siècle. Le metteur en scène Gilbert Deflo conserve le cadre américain mais le situe à l’époque de la composition, dans un univers tout en clair-obscur dominé par des décors monumentaux.

Le metteur en scène Gilbert Deflo conserve le contexte américain mais le déplace à l’époque de Lincoln pour mieux confronter le monde de la raison et de la morale à celui des intuitions et des croyances.

Scène d’opéra bal masqué décor américain

Une partition fondée sur les contrastes

Dans un bal masqué, légèreté et sérieux, insouciance et gravité se côtoient. Le lieu est celui de la fête et du déguisement mais ce qui s’y passe est tragique.

La partition épouse ce jeu de contrastes et entremêle différents genres : celui du grand opéra français associé à Meyerbeer, Halévy et Auber, et porté par le personnage d’Oscar avec celui du mélodrame italien dont Verdi s’était fait maître.

Le chef-d'œuvre de Verdi, empreint d'un profond lyrisme, offre un habile mélange des genres, tour à tour tragique et comique, léger et profond, insouciant et désespéré.

La mise en scène et la direction musicale

La mise en scène est signée Gilbert Deflo, avec des décors et costumes de William Orlandi, des lumières de Joël Hourbeigt et une chorégraphie de Micha van Hoecke.

La direction musicale est assurée par Speranza Scappucci. La cheffe dirige l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra national de Paris.

À la tête de l’orchestre de l’Opéra de Paris Speranza Scappucci qui connaît parfaitement et aime un répertoire qu’elle pratique comme sa langue maternelle, s’en empare à son tour.

Son sens du drame, sa fine compréhension créent une véritable osmose avec l’orchestre - lui aussi soucieux de nuances, de subtilité, de réactivité et d’écoute mutuelle.

Sur la scène de Bastille, l’Opéra de Paris présente Un Bal masqué, séduisant dans sa succession de jeux de masques révélant le meilleur de Verdi sous la baguette impérieuse de Speranza Scappucci, dans une mise en scène efficace de Gilbert Deflo.

Distribution

Rôle ou fonctionArtiste
RiccardoMatthew Polenzani
AmeliaAnna Netrebko ou Angela Meade
RenatoIgor Golovatenko, Ludovic Tézier ou Ariunbaatar Ganbaatar
OscarSara Blanch
UlricaElizabeth DeShong
Mise en scèneGilbert Deflo
Direction musicaleSperanza Scappucci

Avec : Matthew Polenzani, Anna Netrebko, Angela Meade, Igor Golovatenko, Ludovic Tézier, Ariunbaatar Ganbaatar, Sara Blanch, Elizabeth DeShong.

Amelia : Anna Netrebko ou Angela Meade. Renato : Igor Golovatenko ou Ludovic Tézier ou Ariunbaatar Ganbaatar.

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris. Distribution en alternance.

Les voix et les personnages

Les chœurs et tous les seconds rôles sont parfaits, avec une mention spéciale pour le duo Samuel et Tom formé par Christian Rodrigue Moungoungou et Blake Denson.

Parmi les débuts à l’Opéra de Paris à relever, ceux de Sarah Blanch en Oscar et d’Elisabeth DeShong en Ulrica.

La première virevolte en page virtuose, mais à la ligne de chant un peu anguleuse. L’Américaine déploie un instrument royal au souffle infini, parmi les plus beaux mezzos graves qu’on ait entendu ces dernières années, assorti d’une présence dramatique intense.

En Renato, on retrouve Etienne Dupuis, avec le juste poids vocal et théâtral. Avec un timbre toujours ingrat et une caractérisation sommaire, Matthew Polenzani force tout de même l’admiration par sa technique d’acier et sa probité musicale.

La première Amelia parisienne de la diva russe est l’évènement de cette reprise du chef-d'œuvre de Verdi à Bastille. Avec sa première Amelia parisienne, Anna Netrebko s’inscrit d’emblée dans la légende du rôle.

On perd la tête devant l’immensité de la voix, la somptuosité du timbre, du grave sombre et vibrant à la lumière toujours juvénile des aigus, cette puissance se voyant soulignée par la grâce des nuances, et ces notes filées enivrantes.

La longueur de la ligne de chant n’a d’égale que sa ductilité. Qu’importe, au fond, Netrebko possède cette magie qui n’appartient qu’aux plus grandes : le magnétisme de la voix, de la présence en scène, l’art du chant tiennent lieu d’incarnation.

Après ce « Morrò, ma prima in grazia », le silence pourrait retomber durant des semaines qu’on demeurerait empli de musique.

Durée, langue et déroulement

ÉlémentInformation
GenreOpéra
FormeMelodramma en trois actes
Durée totale3h00 avec 1 entracte
Première partie95 min
Entracte30 min
Deuxième partie55 min
LangueItalien
SurtitrageFrançais / Anglais

Le spectacle est présenté en italien, surtitré en français et en anglais. La durée annoncée est de 3h00 avec 1 entracte.

Un bal masqué à l’Opéra Bastille

La production est présentée à l’Opéra Bastille, Place de la Bastille, 75012 Paris. L’Opéra Bastille dispose d’une salle climatisée, d’un bar et d’une librairie-boutique.

Le métro Bastille est desservi par les lignes 1, 5 et 8. La Gare de Lyon est également accessible par le RER.

Les autres lignes de bus indiquées pour rejoindre le lieu sont les lignes 29, 69, 76, 86, 87, 91, N01, N02, N11 et N16.

Des vestiaires gratuits sont à votre disposition à l’Opéra Bastille et au Palais Garnier.

Une production régulièrement reprise

Cette production d’Un Ballo in maschera de Giuseppe Verdi, créée in loco il y a près de vingt ans en 2007, s’avère toujours aussi efficace, signée par les complices de toujours Gilbert Deflo et William Orlandi.

Le charme opère toujours grâce à une distribution exemplaire et une direction superlative. L’excellent niveau de l’équipe de solistes et des forces musicales n’en illustre pas moins la bonne tenue des soirées de répertoire de l’Opéra.

Le spectacle de Gilbert Deflo reste ce à quoi le régisseur nous a habitués durant toute sa carrière : un concert mis en espace et en costumes avec un ou deux machins scénographiques, peu dérangeant en soi.

Dans la fosse, Speranza Scapucci est comme toujours excellente, emportant ses troupes avec vivacité, précision, et une passion communicative pour cette musique qu’elle connaît comme sa poche.

Captation et retransmission

Le bal masqué fait l’objet d’une captation les 5 et 8 février 2026, produite par l’Opéra national de Paris avec le soutien de la Fondation Orange, mécène des retransmissions audiovisuelles de l’Opéra national de Paris.

L'opéra sera retransmis en direct au cinéma le dimanche 8 février 2026. L'opéra fera l’objet d’une diffusion ultérieure sur Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra de Paris.

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Réception du spectacle

Le spectacle a été remarqué pour son mélange de jeux de masques, sa mise en scène efficace et la direction musicale de Speranza Scappucci.

La première Amelia parisienne d’Anna Netrebko est décrite comme l’évènement de cette reprise du chef-d'œuvre de Verdi à Bastille.

Un avis de spectateur décrit le spectacle comme magnifique, avec des voix et des chœurs sublimes.

Un autre avis souligne une mise en scène sobre et un très bon premier rôle, tandis qu’un spectateur regrette beaucoup de noir dans les décors et les costumes.

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