Avec plus de 3 000 personnes à battre le pavé carcassonnais ce lundi 1er mai, le défilé fut l’un des plus massifs qu’ait connu la préfecture audoise. 3 500 selon les syndicats, 3 300 selon la police, le rassemblement du matin a contrasté avec les éditions précédentes et témoigne d’un fort élan de solidarité face à l’actualité sociale. « Vu d'ici, c'est une mobilisation qui a de la gueule ! » ont affirmé les représentants de l'intersyndicale juchés sur un muret du Portail des Jacobins, savourant la foule réunie devant eux.
Tout le monde l’affirme: jamais un 1er mai n’avait fédéré autant à Carcassonne. Avec 3 500 manifestants selon les organisateurs et 3 300 selon la police, ce rassemblement est même le plus fourni dans la préfecture audoise depuis le 23 mars dernier, où 6 000 à 6 500 personnes avaient battu le pavé. Le signe évident, pour les syndicats, que le chapitre de la réforme des retraites est loin d'être bouclé aux yeux de l'opinion.
« Tant qu'elle ne surviendra pas, il n'y aura pas de retour à la normale », assure Solidaires. « Nous devons continuer la lutte par la grève, différentes formes d'actions et la multiplication d'initiatives ». Même conviction du côté de la FSU, où les revendications continueront de s'exprimer, défilé après défilé, « avec les banderoles et les casseroles ».
Et ce n'était pas ce qu'il manquait dans le cortège: l’ustensile en question doublé de la grosse cuillère qui va bien pour faire du bruit est en passe de devenir aussi prisé que le gilet jaune en son temps. « Lorsque le gouvernement n'est relié au peuple que par un cordon de CRS, il s'expose à une crise sociale et politique profonde », prévient au micro la représentante CGT, l'Unsa estimant pour sa part qu'« il sera très compliqué au gouvernement de tourner la page ».
Des témoignages de retraités et de travailleuses et travailleurs en reconversion ont rythmé le cortège, illustrant des parcours marqués par les évolutions du travail et les répercussions de la réforme. Mans de Breish, employé de banque à la retraite, déclare: « Je n'ai manqué qu'une manifestation depuis le début de la mobilisation. Je suis à la retraite depuis 14 ans. Je suis là car je pense à la jeunesse, à mes enfants. On est passé de 60 ans à 64 ans. Je ne pense pas que travailler plus longtemps soit un progrès. » Martine, Annie et Marc, tous à la retraite, ajoutent leurs voix: « On est venu dire notre ras-le-bol... le président Macron avait parlé d'une indexation par rapport à l'inflation mais on ne voit rien venir. »
Autres témoignages, notamment celles et ceux qui se disent « en famille » ou en reconversion: « On est venu en famille pour manifester. En tant que femme, je suis très inquiète. J'ai commencé à travailler à 16 ans, j'ai changé de métier, j'ai fait des reconversions, j'ai eu des enfants. » Des parcours qui soulignent l’impact personnel des réformes sur les vies quotidiennes.
Dans l’après-midi, la mobilisation prend une coloration plus politique. La mobilisation du 1er mai à Carcassonne a pris une tournure plus politique que d'habitude, et les prises de parole ont anchorsé le double enjeu: revendications sociales traditionnelles et la réponse aux décisions municipales. « La liberté d’expression en démocratie, c’est la possibilité d’exprimer un désaccord », souligne une représentante de la CFDT.
Du côté de Solidaires, le ton est tout aussi ferme. Les mesures annoncées par le maire en conseil municipal sont qualifiées de « rétorsion politique ». « Les locaux municipaux ne sont pas un outil de récompense ou de punition selon les opinions politiques exprimées. » Le cortège s’est ensuite élancé par la rue piétonne vers le Portail des Jacobins, puis a rejoint les boulevards jusqu’au rocher de la lutte, devant la préfecture de l’Aude - un itinéraire classique, mais porté cette année par une mobilisation plus dense.
Au fil des années, l’événement s’est transformé en une vitrine des rapports de force locaux et nationaux. L’an dernier, environ 150 personnes avaient manifesté, et l’année précédente, une centaine sur la place Carnot. Le cortège réunit CGT, FO, FSU, Sud Solidaires et des acteurs associatifs et politiques, dont le collectif jeune Nous Carcassonne et la Ligue des droits de l’Homme, récemment privée de subventions et de locaux.
La fin du parcours a donné la parole aux jeunes du collectif Nous Carcassonne sur le rocher de la lutte: « Notre présence est importante car dans quelques années nous serons nous-même des travailleurs. » Le collectif a également salué la mobilisation du 29 avril et a rappelé que « la démocratie repose sur la liberté d’expression ».
En parallèle, l’actualité nationale et européenne est convoquée par les orateurs. Le contexte évoqué inclut les risques de montée de l’extrême droite et les inquiétudes autour de la réforme des retraites, le droit du travail et la démocratie sociale. « La répartition des richesses » et la nécessité d’augmenter les salaires face à l’inflation reviennent dans les discours, tandis que FO et CGT martèlent que le service public est menacé et que « le droit du travail n’est pas toujours un acquis ».
Le cortège a attiré un public intergénérationnel, y compris des familles et des retraités, dans une ville où l’actualité politique locale s’est mêlée à un contexte national de contestation sociale. Le rassemblement s’est achevé avec des discours et une continuité des actions, en prévision de prochaines mobilisations et de nouvelles formes d’action syndicale.
- Contexte et dimensions du défilé du 1er mai à Carcassonne
- Paroles et revendications des syndicats et des retraités
- Dimension politique et réponses municipales
- Rôle des collectifs locaux et des associations
- Échos nationaux et perspective du mouvement social
La mobilisation du 1er mai à Carcassonne a donc pris une tournure résolument politique, en lien avec les réformes en cours et les débats sur le modèle social français, tout en restant ancrée dans les revendications historiques du mouvement ouvrier et dans l’actualité locale de la cité audoise.
