Alinéa Franconville : fermeture annoncée et mobilisation des salariés

Après le placement en redressement judiciaire de l’enseigne d’ameublement Alinéa en novembre 2025, l’annonce de la fermeture de magasins provoque des remous en Île-de-France. Les salariés du magasin de Franconville sont concernés par les inquiétudes liées à la disparition annoncée de la marque et aux suppressions d’emplois.

La seule offre de reprise qui aurait pu préserver cette marque, qui emploie 1172 personnes, appartenant à la famille Mulliez (qui possède également Auchan, Decathlon et Leroy Merlin…), ainsi que 575 emplois, a été retirée jeudi 12 février par une société roumaine, SDC Properties, qui s’était portée candidate. Après le retrait du groupe roumain, d’autres offres ont été faites à Alinéa pour la reprise des murs, mais pas de la marque.

Une enseigne menacée de disparition

Alinéa devrait mettre la clé sous la porte fin mars. L’enseigne d’ameublement devrait mettre la clé sous la porte « entre fin mars et début avril ». Les sociétés ont jusqu’au 2 mars pour faire leurs offres, qui seront examinées le 5 mars.

200 emplois pourraient être ainsi sauvés. Les autres seront licenciés. Si les repreneurs ont jusqu’au 2 mars pour formuler leur offre, la plupart des 35 magasins du groupe devraient fermer leurs portes courant mars.

L’enseigne s’apprête à fermer 17 de ses 26 magasins représentants un millier de salariés. Dix-sept des vingt-six grandes surfaces pourraient disparaître, essentiellement dans la moitié nord de la France, selon l’unique offre de reprise. 1 000 des 1 974 collaborateurs sont menacés.

ÉlémentDonnée
Placement en redressement judiciairenovembre 2025
Date limite pour les offres2 mars
Examen des offres5 mars
Emplois potentiellement sauvegardés200
Salariés concernés à l’échelle de l’enseigne1172 personnes

La mobilisation des salariés

Ils continuent de s’investir, d’accueillir et de recevoir les clients, comme si de rien n’était. Mais les brassards et les affichettes « Bientôt au chômage » ou « employé en colère » montrent bien leur désarroi.

Dans les magasins menacés, les salariés se rassemblent devant les établissements, affichent des banderoles et interpellent la famille Mulliez, propriétaire de l’enseigne. La vitrine du magasin Alinéa, dans la zone commerciale de l’Atoll à Beaucouzé près d’Angers, s’est transformée en panneau de revendication.

Les salariés se sont mobilisés samedi 14 février. Plusieurs salariés ont débrayé pendant plusieurs heures. Une nouvelle mobilisation était également prévue alors que s’ouvrait une nouvelle journée de négociations entre les syndicats et la direction.

« Nous sommes dépités mais on ne va pas baisser les bras et on va tout faire pour être reclassé dans les autres enseignes du groupe Mulliez », assure Sandrine Hoarau, membre du CSE et du CHSCT, syndiquée CFDT.

Des salariés confrontés à l’incertitude

Les salariés concernés expriment un sentiment mêlé de colère, de tristesse, d’inquiétude et de frustration. Ils ont entre deux ans et près de vingt-quatre ans d’ancienneté et la plupart risquent de perdre leur emploi.

« On s’attendait au pire, et ça se confirme, souffle Rachid Mjahed, délégué syndical CFDT et membre du CSE. Il y a un sentiment d’abandon. On s’est donné à fond et, aujourd’hui, on nous prend pour des pions. Il y a des gens qui ont tout donné, ce n’est pas possible de les laisser comme ça. »

Plusieurs d’entre eux sont présents depuis l’ouverture de ce qui était le premier magasin de l’enseigne en Île-de-France, en 2002. « J’ai fait l’ouverture, je vais faire la fermeture, soupire Sandrine De Souza, responsable de service. On a connu des changements de cap, la conjoncture difficile, mais nous sommes restés fidèles à nos valeurs. Les équipes sont encore hyper investies, on refait les décorations tous les jours. »

Pour Sandrine Hoarau, membre du CSE et du CHSCT, « il faut tout recommencer de zéro ». Elle est salariée depuis l’ouverture en 2002, « toute une vie ».

Les difficultés de reclassement

Pour Victor Lopes Depina, la page est dure à tourner. « J’avais un peu travaillé avant, mais j’ai fait quasiment toute ma carrière ici, lâche le magasinier. J’ai 48 ans. Maintenant, on ne sait pas ce qu’on va devenir. À près de 50 ans, c’est difficile de retrouver du travail. Ce sont des décisions qui touchent toutes nos familles. »

« Il y a ceux qui sont à 4-5 ans de la retraite et qui vont devoir chercher un travail. Moi j’arrive à l’aube de mes 50 ans. C’est compliqué à cet âge-là », poursuit Sandrine Hoarau, qui pense à l’avenir.

Murielle, 65 ans, officiellement à la retraite depuis juin 2022, a été contrainte de retravailler, sa pension étant insuffisante « pour vivre dignement ». Employée chez Alinéa depuis plus de trois ans, avec un Cdi, cette annonce de fermeture « [la] frappe de plein fouet. »

« Pour moi, ce n’est pas une simple réorganisation, c’est une mise en difficulté brutale. Je travaille pour survivre, payer mes factures, assurer les besoins essentiels de ma famille, permettre à mes deux enfants de poursuivre leurs études. Perdre son emploi à 65 ans, c’est être pratiquement condamné à la précarité. »

« Il n’existe ni véritable solution de reclassement, ni de protection suffisante. Je ne bénéficierai pas d’accompagnement par France Travail. Je refuse d’être la victime d’ajustements financiers par nos actionnaires. Un plan de sauvegarde de nos emplois doit être à la hauteur des réalités, protéger les plus fragiles et pas seulement répondre aux obligations légales minimales. Derrière chaque poste supprimé, il y a une vie, une famille, des années de travail et de dignité ».

Les revendications sur les indemnités de licenciement

Les salariés se battent pour la mise en place d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (Pse) qui accordera une indemnité supralégale « pour ceux qui vont rester sur le carreau. Pour l’instant, ce qui est mis sur le tapis est indécent : 2,6 millions d’euros pour près de 1000 salariés ! C’est rien du tout, c’est inacceptable », dénonce Sandrine Hoarau.

Les organisations syndicales ont fait des contrepropositions qui seront débattues lors des négociations. Les salariés espèrent encore pousser la famille Mulliez à améliorer les primes de départ, 1 700 € pour l’instant.

Ils ne comptent pas sur les 600 reclassements dans le groupe, jugés inadaptés. Maintenant, on se bat surtout pour obtenir une indemnité de licenciement supra légale.

Les critiques contre la stratégie de l’enseigne

Pour les salariés, l’entreprise paie des erreurs de stratégie. « Même si le secteur de l’ameublement ne vit pas ses meilleurs années, la stratégie qui a été mise en place à partir de 2020 par la famille Mulliez a été aberrante. On est passés de produits tous publics, pour familles débutant dans la vie, à cibler une population bourge. Cela n’a pas marché et on n’a pas tenu compte des remontées qu’on a pu faire quant à notre ressenti. On avait un beau potentiel mais ça a été fichu en l’air », poursuit Sandrine Hoarau.

« Ils voulaient viser une clientèle plutôt aisée », explique Rachid Mjahed. « L’ameublement n’est pas au beau fixe, mais il y a eu beaucoup de mauvaises orientations, appuie Sandrine Hoarau. Ils ont eu les yeux plus gros que le ventre, et on s’est retrouvés droit dans le mur. Je suis très en colère envers les actionnaires. »

Chez Alinéa depuis 2006, Taieb Cheurfi a déjà connu la fermeture d’un magasin en 2020, après un premier redressement judiciaire, et le chômage avant d’arriver à Herblay. « Je n’arrive pas à comprendre, déplore le technicien SAV. On nous parlait de projets, d’investissements, et maintenant nous sommes en redressement. C’est inadmissible. On veut de la considération pour sortir avec dignité. »

Le manque d’investissement dans certains magasins

Certains employés soulignent le manque de travaux dans le magasin. « Ils ont beaucoup investi ailleurs, et nous avons été délaissés, regrette Virginie Plessis. Si nous ne sommes pas repris, c’est aussi parce que l’investissement est trop important. Il faudrait faire entre 3 et 5 millions d’euros de travaux. »

Les salariés dénoncent ainsi une succession de mauvaises décisions dans des zones commerciales pourtant dynamiques. Ils estiment que certains magasins ont été délaissés alors que d’autres investissements étaient réalisés ailleurs.

La réaction des clients

Une déception largement partagée par les autres clients interrogés. À l’instar de Nicolas. « C’est une forme d’institution Alinéa. Il y a des produits made in France, minoritaires, mais de très bonne qualité. Pour avoir tester d’autres marques, c’était moins bien. »

Et son ami Redwan d’abonder : « En tant que consommateur, on nous retire du choix et puis, ici, il y a un vrai service client, contrairement à d’autres enseignes d’ameublement en libre-service. »

Tabouret en bois dans les mains, Véronique se dit abasourdie. « C’est dur pour les salariés. Je ne comprend pas pourquoi ça ferme alors que le groupe fait des bénéfices. Il y avait de jolis meubles qui n’étaient fait qu’ici », regrette l’acheteuse.

Une crise qui dépasse Alinéa

Il est bien loin le temps où l’ameublement retrouvait des couleurs grâce au Covid. Depuis quelques années, c’est même l’hécatombe dans les enseignes de l’ameublement.

  • Il y a eu la faillite de Made.com, ainsi que celle d’Habitat.
  • Les liquidations judiciaires de Casa France et Alinéa ont également marqué le secteur.
  • Des plans de redressement ont été mis en place chez Conforama et Maisons du Monde.

Pour Alinéa, « les difficultés actuelles sont incontestablement dues à trois années successives marquées par des événements extérieurs et durables ». L’enseigne cite la crise des gilets jaunes, les grèves liées à la réforme des retraites et la pandémie du covid-19.

Cette lecture est contredite par Me Nathalie Campagnolo, avocate des représentants du personnel. « Tous les experts s’accordent à dire qu’Alinéa a un problème stratégique. Les représentants du personnel n’ont eu de cesse de le dire. »

La question de la structure financière

Une analyse est partagée par le cabinet Advance Capital, missionné par le tribunal de commerce de Marseille. « Nous observons des pertes d’exploitation structurelles sur une période de dix années avec une accentuation depuis le 1er janvier 2018, date du déploiement du plan de revitalisation », soulignent les experts.

Les experts interrogent, comme l’avocate, la cession en 2017 des murs des magasins à une autre filiale du groupe. « La scission entre le patrimoine immobilier et le fonds de commerce couplée avec les pertes structurelles écarte, à notre avis, la possibilité pour Alinéa de trouver des solutions de financement permanentes », observent-ils.

« On était déjà en train de se projeter dans un plan de réorganisation », soupçonne Me Campagnolo. « Le covid-19, c’est l’effet d’aubaine, rétorque l’avocate du personnel. L’employeur fait financer par la collectivité un plan prévu depuis 2017. »

Le précédent de 2020

En 2020, Alinéa avait déjà été placé en redressement judiciaire, ce qui avait entraîné la fermeture de plusieurs magasins. Le magasin d’Herblay, le premier ouvert en Île-de-France, y avait échappé.

L’établissement est condamné depuis la cessation de paiements du 13 mai dernier. Et les 73 salariés résistent comme ils peuvent à l’échéance inéluctable.

« Alinéa c’est notre deuxième famille, on s’est battus pour, on a explosé les chiffres en mai », lançait, lors d’une manifestation le 25 juillet, une déléguée angevine, les larmes aux yeux.

Les prochaines échéances

  1. Les sociétés ont jusqu’au 2 mars pour faire leurs offres.
  2. Les offres seront examinées le 5 mars.
  3. La fermeture de l’enseigne est attendue entre fin mars et début avril.
  4. Les salariés poursuivent les négociations sur les reclassements et les indemnités supralégales.

La marge de manœuvre semble étroite avant le comité social économique central du 28 août. L’audience devant le tribunal de commerce de Marseille est fixée au 31 août.

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