Avec la gauche, on peut tout faire : parti politique

En France, un parti politique est généralement classé « à gauche », « au centre » ou « à droite » selon les valeurs qu’il défend, sa conception du rôle de l’État et les transformations qu’il souhaite apporter à la société. Les partis de gauche mettent plus particulièrement l’accent sur l’égalité, la solidarité, le progrès social et la redistribution des richesses.

Les partis politiques sont des organisations qui mettent de l’avant différentes idées. Ces idées peuvent se rapprocher d’une ou de plusieurs idéologies politiques. Le socialisme et le communisme sont associés à la gauche, tandis que le libéralisme occupe une position centrale et que le conservatisme est généralement associé à la droite.

D’où vient l’expression « gauche » et « droite » en politique ?

L’utilisation des termes gauche et droite provient de la France. En effet, durant les années entourant la Révolution française, ceux assis à la gauche du roi souhaitaient vraiment des changements (ils étaient progressistes, réformistes) et ceux à la droite du roi voulaient maintenir l’ordre établi (ils étaient conservateurs).

Tout commence lors de la Révolution française, en 1789 : des responsables politiques, réunis à l’Assemblée, se divisent. Ceux qui sont pour le roi s’assoient à la droite du président de l’Assemblée, ceux qui sont contre s’assoient à sa gauche.

Ouverture des États généraux Versailles 1789

Ouverture des États généraux, à Versailles, le 5 mai 1789

En France, on classe les partis politique comme étant « à droite » ou « à gauche ». Cela date de la toute première assemblée de citoyens, juste après la Révolution française de 1789 : on avait alors demandé aux députés nouvellement élus de se placer à droite ou à gauche dans la salle en fonction de leurs idées…-et la formule est restée !

Les principales caractéristiques de la gauche

Les idéologies de gauche soutiennent plus fortement certaines valeurs telles que : le progrès social, la liberté, l’égalité, la solidarité sociale. Les personnes qui adhèrent à ces idéologies demandent régulièrement des changements ou des réformes.

Ces idéologies sont qualifiées de progressistes (qui veulent apporter des changements dans la société pour la faire progresser). À gauche, on souhaite d’abord créer une société plus juste, notamment en réduisant l’écart entre les riches et les pauvres.

Le rôle de l’État et la redistribution

Les idéologies de gauche prônent l’intervention de l’État, notamment dans les domaines économiques et sociaux. Elles tendent vers une redistribution des richesses (programmes d’aide sociale et d’assurance-emploi, accès aux soins de santé ou à l’éducation, etc.) pour une société plus égalitaire et solidaire.

Les partis politiques de gauche ont des idées plus sociales : ils vont défendre l’égalité entre tous les citoyens et l’aide aux plus faibles. Ils sont pour un partage des richesses du pays.

En général, la droite est plutôt pour la réussite individuelle et la sécurité. Et la gauche, pour l’égalité.

La gauche et les politiques locales

Les élections municipales ne consistent pas seulement à choisir des municipalités et à élire des maires : il s’agit aussi de la politique « au quotidien », de figurer des choix politiques dans les lieux où nous vivons chaque jour, de choisir les espaces dans lesquels nous voulons habiter, dans lesquels nous circulons quotidiennement, dans lesquels nous travaillons, des lieux que nous partageons avec nos voisines et avec nos voisins.

Les élections municipales sont, pour nous, l’occasion d’exprimer à la fois des orientations politiques et des choix de vie. C’est que les villes aménagées par les municipalités issues de ces élections ne construisent pas seulement des espaces publics et des espaces de travail, de commerce ou de loisirs, mais aussi des espaces de logement, de rencontres, de vie quotidienne.

Les choix qui seront les vôtres à l’occasion de ces élections municipales permettront aux municipalités de jouer pleinement leur rôle : construire et aménager des espaces de vie propres à être habités par toutes et par tous. Nous choisirons des municipalités nous permettant de ne plus vivre dans des villes menaçantes, dans des villes en crise, laides et sans choix esthétiques.

L’idéologie se vit au quotidien, qu’elle ne consiste pas seulement dans des mots et des idées, mais qu’elle s’exprime aussi dans les projets quotidiens des villes. Cette idéologie réactionnaire se retrouve dans les villes et dans leurs aménagements car elle n’oriente pas seulement les politiques nationales ou internationales, mais parce qu’elle se vit tous les jours dans les logements, dans l’environnement, dans les incidences des choix économiques et financiers sur l’économie des villes et des logements.

Égalité, solidarité et sécurité

C’est dire qu’il est encore temps, pour vous, chers partis de gauche, de faire retrouver à notre pays des orientations de nature à renforcer l’égalité et la la solidarité qui sont les marques d’une véritable politique destinées à toutes et à tous.

L’impératif de la gauche, à l’occasion de ces élections municipales est de rendre possible le début du retour dans notre pays de l’égalité et de la solidarité. C’est votre responsabilité, pour que la gauche ait encore ait un sens de retrouver le chemin ces deux exigences politiques.

Ne nous trompons pas : dans les villes et dans leurs quartiers, la sécurité n’est pas donnée par la répression et la surveillance, mais par l’égalité et la solidarité. Votre responsabilité est là : vous ne devez pas répondre à la violence par une autre violence, celle de la répression, vous devez faire en sorte, par votre politique, que les quartiers des villes et des banlieues soient enfin libérés de la violence.

La gauche, le centre et la droite : des différences de valeurs

Pour catégoriser les différentes idéologies politiques selon leurs valeurs et leurs intérêts, on utilise ce qu'on appelle l'axe politique. Cette séparation en deux grandes catégories est parfois critiquée, mais elle demeure très largement utilisée, que ce soit dans le domaine politique ou dans le domaine économique.

PositionnementValeurs et orientations principales
GaucheProgrès social, égalité, solidarité sociale, intervention de l’État, redistribution des richesses
CentreRedistribution des richesses et défense des libertés individuelles
DroiteTraditions, ordre, libertés individuelles, limitation du rôle de l’État

Le centre

Les idéologies de centre partagent certaines valeurs de gauche (comme la redistribution des richesses) et de droite (comme la défense des libertés individuelles). Le libéralisme est un exemple d’idéologie de centre.

Le parti du président de la République, Emmanuel Macron, se situe au centre : il dit qu’il emprunte des idées des deux côtés et qu’il n’est « ni de droite ni de gauche ».

La droite

La droite comprend des idéologies qui tendent plus vers des valeurs comme : la défense des traditions, l’ordre, la défense des libertés individuelles (dans la gestion de son argent et de ses biens, par exemple).

Les idéologies de droite, contrairement à celles de gauche, sont en faveur d’une limitation du rôle de l’État (dans le domaine économique, par exemple). Elles souhaitent également conserver l’ordre établi, d’où le fait que les partis de droite soient qualifiés de conservateurs.

Les partis de droite, eux, vont davantage défendre la liberté des entreprises, la lutte contre l’immigration et des valeurs traditionnelles.

Partis politiques et idéologies

Le libéralisme et le conservatisme, par exemple, sont des idéologies. Les partis politiques, de leur côté, sont des organisations qui mettent de l’avant différentes idées.

Il existe donc une différence entre une idéologie et un parti politique : une idéologie correspond à un ensemble de valeurs et de principes, tandis qu’un parti est une organisation qui cherche à défendre des idées et à exercer le pouvoir politique.

Le nom de certains partis inclut une mention de l’idéologie politique à laquelle ils s’identifient.

Principaux partis politiques français

  • Extrême gauche : La France insoumise (contesté)
  • Gauche : La France insoumise, Parti socialiste, Les Écologistes, Parti communiste français
  • Centre : Renaissance, Mouvement démocrate, Union des démocrates et indépendants
  • Droite : Les Républicains, Horizons
  • Extrême droite : Rassemblement national, Union des droites pour la République, Reconquête

Comment sont classés les partis politiques français ?

Le ministère de l’Intérieur publie pour chaque élection une circulaire attribuant les nuances politiques aux candidats en fonction de leur étiquette politique. L'étiquette politique est librement choisie par le candidat en fonction de ses convictions.

A contrario, la nuance politique est attribuée par l'administration, en fonction de critères précis. Les candidats ou listes de candidats sont ainsi classés sur la base de grilles de nuances politiques, lesquelles sont regroupées en six blocs de clivage dénommés « extrême gauche », « gauche », « autres », « centre », « droite » et « extrême droite ».

La différence entre étiquette et nuance politique

L'étiquette politique est librement choisie par le candidat en fonction de ses convictions. A contrario, la nuance politique est attribuée par l'administration, en fonction de critères précis.

Cette distinction peut provoquer des contestations, car le positionnement revendiqué par un parti ne correspond pas toujours au classement administratif qui lui est attribué.

L’extrême gauche en France

Selon le politologue Rémi Lefebvre, l’extrême gauche a représenté historiquement et depuis 1920, ce qui était « à gauche du Parti communiste ». C’est en fait une nébuleuse composée de divers mouvements, marxistes ou maoïstes, anarchistes ou antifascistes, auxquels s’ajoutent certains mouvements féministes, LGBT ou écologistes.

Pour Philippe Buton, Isabelle Sommier et Sébastien Repaire, cette « gauche alternative » est caractérisée par sa volonté de « rupture avec le système capitaliste tout en procédant à la critique, plus ou moins radicale, de la gauche institutionnelle »(1).

Concrètement, ces mouvements ont en commun le rejet du capitalisme et plus largement de la notion de propriété privée lucrative, l’internationalisme ou encore l’égalitarisme.

Mais l’extrême gauche se définit surtout par son aspect révolutionnaire, c’est-à-dire qu’elle ne cherche pas nécessairement à prendre le pouvoir par les élections mais par la révolution. L’aboutissement d’un processus révolutionnaire peut passer par le recours à la violence politique (révolution par les masses, voire terrorisme)(2).

Les formations classées à l’extrême gauche

Actuellement, le Parti ouvrier indépendant, Lutte ouvrière (LO) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) sont ainsi classés dans le bloc « extrême gauche ».

La France insoumise (LFI) ne l’est donc pas mais est classée dans le bloc « gauche », de même que le Parti communiste français (PCF).

Selon Aurélien Dubuisson, LFI serait plutôt « un mouvement réformiste qui ne vise pas une rupture nette avec le capitalisme mais désire plutôt, au moins dans un premier temps, l’adoption de mesures limitant les effets des formes débridées du libéralisme économique actuel ».

En tout état de cause, LFI ou le PCF ne remettent pas en cause le système capitaliste ni ne prônent de sortie de l’économie de marché mais proposent sa régulation par l’État, un fort niveau de dépense publique accompagné d’une fiscalité importante. Ils s’inscrivent donc dans une gauche traditionnelle, qu’on pourrait qualifier de radicale.

Le Parti de gauche

Le Parti de gauche est un parti politique français de gauche radicale. Il est fondé en novembre 2008 par Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez (wp) après leur départ du Parti socialiste.

Le Parti de gauche se revendique socialiste, écologiste, républicain et antilibéral. Le logo du Parti de gauche fait référence au rouge du socialisme et au vert de l'écologisme.

Depuis 2022, ses députés font partie de la NUPES (151 députés).

L’extrême droite en France

L’appellation « extrême droite » regroupe une variété de mouvements plus ou moins radicaux : néonazisme, néofascisme, royalisme, suprémacisme ou encore nationalisme.

Ils n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes stratégies, mais ils partagent des valeurs communes : exacerbation du sentiment national, nativisme, xénophobie, conservatisme, autoritarisme et restrictions des libertés individuelles.

Selon la définition de Jean-Etienne Dubois(5), les partis d'extrême droite sont « les organisations qui contestent le système politique républicain et démocratique (anti-électoralisme, antiparlementarisme, aspirations autoritaires, etc.) et/ou le caractère universel des valeurs républicaines de liberté et d’égalité (antisémitisme, racisme, xénophobie, etc.) ».

Les formations classées à l’extrême droite

Le Rassemblement national (RN) anciennement Front National, Reconquête! ou d’autres mouvements plus confidentiels (Parti de la France, Mouvement national républicain…) sont classés à l’extrême droite.

Cependant, le RN conteste cette appellation. C’est ainsi qu’il a saisi les juges administratifs en 2023 pour faire annuler le classement de sa nuance politique dans le bloc de clivage « extrême-droite » tel que défini par la circulaire ministérielle du 16 août 2023.

Le RN arguait que cette classification était non seulement inappropriée et préjudiciable à son image et à sa représentation politique, mais qu’elle rompait également le principe d'égalité en procédant à ce rattachement tout en attribuant la nuance « gauche » aux formations politiques PCF et LFI.

Le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative, a rejeté sa requête, considérant que le ministère n’avait commis aucune erreur d’appréciation(6).

En clair, oui le RN peut être classé à l’extrême droite et le PCF et LFI dans la gauche traditionnelle.

Le RN participe certes au jeu électoral et ne conteste pas le système politique républicain mais il s’inscrit bien dans des marqueurs idéologiques de l’extrême droite.

Cela se traduit notamment par une attitude hostile envers les contre-pouvoirs garants de la préservation de l’État de droit (en particulier le Conseil constitutionnel mais aussi les juges judiciaire et administratif), des attaques contre les traités et conventions internationales protégeant nos droits et de nos libertés, mais aussi par le fait de placer la préférence nationale au cœur de son projet politique.

Pour Jean-Etienne Dubois « l’origine [du Front national, devenu Rassemblement national], son noyau de militants et les références idéologiques diverses qui s’y côtoient inscrivent indubitablement l’histoire de ce parti dans la filiation de l’extrême droite française »(7).

La gauche face à la crise de la représentation

Un spectre hante la gauche : la disparition (ou la relégation). Ses deux principales composantes historiques, la social-démocratie et le communisme, sont en net déclin dans la majeure partie des démocraties européennes depuis plusieurs décennies.

Les partis européens incarnant ces traditions font presque partout face à une véritable hémorragie électorale et militante, lorsqu’ils ne s’effondrent pas purement et simplement.

C’est à cette alternative entre deux formes de renonciation que la gauche française - comme ses homologues espagnole, grecque, portugaise, belge, etc. - cherche désespérément d’échapper depuis une quinzaine d’années.

Le premier pas a d’abord consisté à recréer l’espace pour une gauche de rupture. Depuis 2005 et la bataille sur le référendum à propos de la Constitution européenne, il apparaît clairement que la condition essentielle pour éviter de disparaître est de clarifier ses positions.

Et tout particulièrement : renoncer sans hésitation aux compromissions du social-libéralisme et affirmer un programme de rupture rapide avec le néolibéralisme, intransigeant dans sa conception du rôle de l’État dans l’économie, de la démocratisation des institutions et de l’ampleur de la bifurcation écologique à réaliser.

Une société fragmentée

D’une part, la société est fragmentée et atomisée[1], ce qui rend la construction de l’unité et des alliances de classes plus difficile que dans le contexte précédent, où l’organisation fordiste du travail, marquée par la présence de classes relativement homogènes et conscientes de leur statut[2], facilitait la mobilisation à travers de grands appareils pyramidaux fortement ancrés dans le tissu social - les fameux « partis de masse », ces princes modernes de Gramsci.

Malgré cela, des mobilisations populaires (écologiques par l’intermédiaire des mouvements associatifs, à l’image des marches climat, et sociales par l’appui des forces syndicales, à l’image des manifestations contre la casse des retraites) ont su mener l’assaut.

L’érosion des corps intermédiaires

D’autre part, le lien de représentation s’est progressivement délité à mesure que les corps intermédiaires (partis, syndicats, églises, associations, clubs, etc.) s’érodaient, provoquant l’apathie ou l’hostilité à l’égard des institutions et la décrédibilisation des principaux acteurs de gouvernement.

Cela a conduit les partis à chercher ailleurs que dans une solide base militante les sources de leur légitimité.

Partant, la tâche de la gauche est d’autant plus ardue que les représentés décrochent de la représentation sous toutes ses formes, et ce d’autant plus au sein des classes populaires.

La gauche manque peut-être moins d’idées que de médiations (partisane, syndicale, associative, intellectuelle) pour les promouvoir et construire une majorité sociale qui pourrait s’y rallier et de manière plus générale politiser la société, prérequis aux victoires électorales.

La capacité de mobilisation des appareils partisans, anémiés, est devenue très faible ou épisodique. Plus ils se nécrosent, plus ils défendent leurs intérêts.

Le parti traditionnel et le parti-mouvement

Mais pour parvenir à conquérir le pouvoir électoral afin de mettre en œuvre un tel programme de transformation sociale, la gauche ne peut uniquement s’appuyer sur ce qui avait fait sa force durant le court xxe siècle, et doit être capable de s’adapter à la nouvelle donne, sur le plan sociologique comme sur le plan politico-idéologique.

En France, c’est évidemment Jean-Luc Mélenchon qui, depuis sa sortie du PS à la fin des années 2000, incarne le choix de l’audace organisationnelle : à travers le Parti de gauche et le Front de Gauche d’abord, le passage par le Mouvement pour la 6e République (M6R) ensuite, et enfin la FI, il a sans cesse tenté d’adapter l’outil organisationnel à la conjoncture, en innovant à tous crins et en s’inspirant des « recettes » du moment, abondamment théorisées en parallèle.

À titre de comparaison, les autres formations de la gauche française, confrontées aux mêmes défis, ont connu des évolutions plus modestes, étant souvent (en particulier les partis socialiste et communiste) tenues par l’histoire longue et la force d’inertie qu’elle exerce.

Le modèle organisationnel de la FI a montré à la fois sa force et ses limites : s’il permet de produire la candidature présidentielle la plus crédible à gauche et de mener de manière efficace des batailles présidentielles, il peine à construire des mécanismes de socialisation et d’affiliation dans la durée qui travaillent le corps social en profondeur.

Les limites du parti-mouvement

En cas de conflit sur la ligne politique ou sur la stratégie, se pose également la question du cadre et du lieu du débat et de la décision (équipe dirigeante, groupe parlementaire, cadres intermédiaires, mouvement dans son ensemble, etc.).

À ce titre, l’accord électoral de la NUPES de 2022, acté par la FI, était à rebours des discours et des stratégies des années précédentes, mais a été accepté sans vote, et sans difficulté[3].

Alors que cette alliance électorale historique, mais fragile, a été décisive pour empêcher le président Macron pourtant réélu de disposer d’une majorité absolue, les composantes de la gauche française se sont ensuite déchirées et affrontées lors de deux élections successives - sénatoriales et européennes.

Alors que cette dernière évolution en date montre déjà ses premières limites - aussi bien Sumar que NUPES/NFP sont confrontés à l’instabilité chronique en interne et peinent à réaliser leurs promesses de « dépassement » des appareils -, le bilan du tournant antérieur ne semble pas encore avoir été tiré de façon satisfaisante.

La stabilité du modèle partidaire

À l’image des partis socialiste ou communiste, le modèle partidaire plus traditionnel, en revanche, semble donner une « assise » plus stable aux formations qui, en la privilégiant, conservent des réseaux d’élus et donc un ancrage local plus important.

Cependant, il paraît désormais peu compétitif dans le cadre de l’élection présidentielle et son ancrage est essentiellement institutionnel (à travers les collectivités locales, l’implantation militante étant de plus en plus faible)[4].

Aucun de ces deux modèles, dans le contexte actuel français, n’a montré jusqu’à présent sa capacité à créer le bloc majoritaire nécessaire pour porter un projet de rupture, et en particulier pour la gauche de gagner le scrutin majeur en France qu’est l’élection présidentielle.

Les électorats et les difficultés de mobilisation

La FI semble ainsi se heurter à un plafond de verre : alors qu’elle est parvenue à construire une coalition urbaine solide (classe moyenne paupérisée, classes populaires des grands ensembles, jeunesse à haut niveau de diplôme) l’électorat abstentionniste/flottant ou rural (sauf quelques territoires historiquement à gauche) reste hors de sa portée dans la période récente.

Les autres formations semblent bloquées à un étiage électoral beaucoup plus bas, mais disposent d’un électorat fidèle et mobilisé[5], ce qui leur permet d’obtenir une part significativement plus importante des votes lors des élections caractérisées par un haut taux d’abstention, dont les élections européennes sont l’archétype.

La tentation est alors grande de renoncer à la forme partisane à mesure que décline le militantisme et que l’idée s’impose que la politique se joue dans les médias et sur les réseaux sociaux (que pèse un tractage[8] face à une conversation avec Jean-Luc Mélenchon diffusée sur YouTube ?).

Les tentatives d’union de la gauche

Sur ces structures organisationnelles, en plus ou moins grande transformation, est venue ensuite se greffer la question de leur union sous une chapelle commune - la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (NUPES), puis le Nouveau Front populaire (NFP) -, qui constitue à bien des égards un nouveau tournant dans les recompositions de la gauche.

Le succès électoral (relatif) de la coalition du NFP aux élections législatives 2024 est à ce titre une victoire en demi-teinte face à une dynamique du Rassemblement national qui semble n’avoir besoin de rien faire pour ancrer et uniformiser son électorat.

Pourtant, au-delà des enjeux stratégiques ou de l’exercice du pouvoir à anticiper, les questions organisationnelles sont absentes, alors qu’elles sont essentielles.

Dans la période récente, les formations de gauche semblent faire comme s’il n’y avait pas de temps pour construire une organisation de masse ou même simplement affronter la question. Or, au contraire des partis de droite, la gauche n’a maintenant plus le luxe de ne pas le faire.

L’impératif de l’union

Les partis de gauche ont toujours été en désaccord avec eux-mêmes mais il n’y a aucune raison qu’aujourd’hui ils rassemblent moins de diversité politique, sociologique, de générations, de régions, de propositions… que le RN.

Pour toutes ces raisons, chers partis de gauche, je ne conclurai cette lettre que je vous adresse que par un mot : l’impératif de l’union.

Vous devez vous présenter unis dès le premier tour des élections municipales dans des listes communes pour que le mot « gauche » ait encore un sens, pour que nous, citoyennes et citoyens, puissions nous retrouver dans les mots de la solidarité que vous êtes seuls à pouvoir dire - à condition de le vouloir.

Ne vous présentez pas en ordre dispersé lors de ces élections, rappelez-vous que vous devez recueillir notre adhésion à tous et nous permettre à tous de vous faire pleinement confiance.

Pour cela, il doit n’y avoir qu’une seule gauche, qu’elle ait la force d’être unie dans la richesse de sa pluralité, au lieu d'être affaiblie par les petits jeux minables des appareils de partis et de l’absence de voix des candidats inaudibles et sans idées.

À l'origine de la droite et de la gauche en politique - Culture Prime

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