Le baptême du porte-avions Charles de Gaulle

Le porte-avions Charles de Gaulle est le premier porte-avions nucléaire français et le seul porte-avions nucléaire non américain. Grâce aux avions de chasse et de guet aérien, le porte-avions peut conduire l’attaque d’objectifs terrestres, de forces navales, d’assurer la couverture aérienne d’un théâtre d’opérations à terre ou en mer et soutenir les opérations à terre.

Capable de parcourir jusqu’à 1000 kilomètres par jour et de durer en mer grâce à sa propulsion nucléaire, le porte-avions peut emporter quarante aéronefs du groupe aérien embarqué et un état-major de conduite des opérations, soit un total d’environ 2 000 marins. Ses principales missions sont la projection de puissance, la dissuasion, la supériorité aéromaritime et la gestion de crise.

Pourquoi le porte-avions est-il devenu essentiel ?

Le premier décollage d'un avion en mer a eu lieu à titre expérimental en 1910 à bord du croiseur américain Birmingham. C'est un biplan Curtiss, piloté par Eugene Ely, qui a réalisé l'exploit. Le premier navire transformé en "porte-hydravions" est le croiseur auxiliaire Foudre en aout 1912.

Au début de la première guerre mondiale, la Foudre mettait en œuvre des hydravions, utilisés pour la reconnaissance et comme éclaireurs. Ils n'étaient pas réellement armés, mais pouvaient participer aux réglages des tirs de grosses artilleries des cuirassés. Les Français ont vraiment été des pionniers dans ce domaine, comme dans celui de l'aéronavale, c'est-à-dire l'emploi d'avions en soutien des bateaux.

C'est la seconde guerre mondiale qui va démontrer l'importance tactique et stratégique du porte-avions. Jusque-là, le bateau amiral des marines est le cuirassé.

Et puis surgit, du 3 au 6 juin 1942, la bataille de Midway, au milieu du Pacifique. Les Américains sont en mauvaise posture depuis Pearl Harbour. Les Japonais reprennent l'offensive.

Elle est brisée par trois porte-avions US ( l'Enterprise, le Yorktown et le Hornet) qui envoient quatre porte-avions japonais par le fond. C'est la première grande victoire alliée qui marque, en quelques semaines avant Guadalcanal, le commencement du reflux japonais.

A compter du 6 juin 1942, le porte-avions est devenu la pièce maitresse des grandes marines. Les jours du cuirassé sont alors comptés.

Les capacités opérationnelles d’un porte-avions

La puissance militaire du porte-avions résulte de la qualité des avions embarqués : avions d'interception air-air, avions d'attaque contre les navires ou d'assaut au sol, avions de renseignement, avions de contrôle des opérations.

Le porte-avions donne au groupe naval sa puissance de frappe au sol par avions d'assaut, d'attaque en mer par les avions porteurs de missiles anti navires. Ses avions sont également les premiers défenseurs de la force navale face à des avions assaillants.

Le porte-avions est un aérodrome capable de se déplacer de 1 000 kilomètres par jour pendant des mois. Il dispose de deux pistes de décollage à l'avant (les catapultes), d'une piste d'atterrissage à l'arrière (avec les trois brins d'arrêt), d'un hangar où les mécaniciens et les électroniciens entretiennent et réparent les 40 aéronefs.

Il dispose également de soutes contenant 600 tonnes de munitions, de citernes de stockage pour 3 200 tonnes de carburant pour avion, soit 2 semaines d'opérations aériennes intensives.

ÉlémentDonnée
Rayon de déplacement quotidien1 000 kilomètres par jour
Groupe aérien embarqué40 aéronefs
Capacité en munitions600 tonnes
Carburant pour avion3 200 tonnes
Durée d’opérations aériennes intensives2 semaines
Équipage et état-majorenviron 2 000 marins

La propulsion nucléaire et la genèse du Charles de Gaulle

L'apparition de l'atome militaire ne concernant pas uniquement l'armement mais aussi la propulsion et si le projet d'avion atomique ne dépassa pas le stade du projet (abandonné sous Kennedy après un milliard de dollars de l'époque dépensé) en revanche la propulsion navale moins exigeante en terme d'espace constituait un candidat plus crédible.

Les premiers navires concernés furent les sous-marins, les américains y pensant dès 1939 mais n'aboutirent que dans les années cinquante réalisant enfin le rêve de dizaines de pionniers à savoir un submersible autonome de la surface.

L'US Navy mit en service des sous-marins nucléaires d'attaque puis des sous-marins lanceurs d'engins, un modèle suivit par tous les pays sauf la France.

En 1946 c'est le porte-avions qui devient candidat à une potentielle propulsion nucléaire. Les avantages sont nombreux : suppression des conduits de cheminée qui rendent problématique l'aménagement du navire, plus de fumées gênant les avions, plus de carburant aviation et une autonomie en théorie illimitée (moyennant un train d'escadre solide).

Là encore ce sont les américains qui sont les pionniers. On y pense dès le United States (CVA-58) mais on préfère se rabattre sur une propulsion classique à une époque où le pétrole est très bon marché.

Pourquoi une telle réticence ? Comme souvent le coût d'un tel projet. Le 1er août 1950, le CNO, l'amiral Forrest Sherman demande une étude de faisabilité pour un réacteur destiné à être embarqué sur un porte-avions.

Le responsable aussi compétent qu'abrasif, Hyman G. Rickover pense pouvoir développer un prototype à terre pour 1953 et une version embarquée deux ans plus tard pour un coût de 150 millions de dollars soit le prix d'un porte-avions à propulsion conventionnel.

Ce coût provoque l'abandon d'un projet de petit porte-avions atomique, les recherches reprenant en août 1954 pour un projet de porte-avions nucléaire dérivé du Forrestal.

Le précédent américain

Le USS Enterprise (CVAN-65/CVN-65) est mis sur cale aux chantiers navals de la Newport News Shipbuilding & DryDock Company sis à Newport News (Virginie) le 4 février 1958, lancé le 24 septembre 1960 et commissioned le 25 novembre 1961.

Du 31 juillet au 3 octobre 1964, il participa à Sea Orbit, la première circumnavigation menée par des navires à propulsion nucléaire à savoir l'Enterprise, le croiseur Long Beach et la frégate Bainbridge.

Devant l'explosion des coûts du CVAN-65, la marine américaine revint pour ces porte-avions suivant à la propulsion conventionnelle. Il faudra attendre les années soixante-dix et la construction des Nimitz pour que la marine américaine renoue avec le porte-avions à propulsion nucléaire.

Les projets français avant le Charles de Gaulle

La France a déjà eu huit porte-avions. Seuls les trois derniers d'entre eux ont été réalisés en France et conçus d'emblée comme des porte-avions.

Les échecs successifs du PA-58 et du PA-59 ont obligé la marine nationale à prolongé la carrière de l'Arromanches. Ce dernier rend bien des services pour des missions secondaires comme le transport d'avions (il ramène en France un premier lot de Crusader) et l'amarinage des jeunes pilotes à l'aide du Fouga Zephyr, la version navalisée du Fouga Magister et de Bréguet Alizé.

Il n'est cependant pas éternel et son remplacement s'impose. Voilà pourquoi les graines qui allaient donner naissance au CdG sont semées dès 1973.

Le Plan Bleu

Au début des années soixante-dix, la France connait encore le plein emploi et une croissance importante bien que beaucoup de monde commence à sentir que les 30 glorieuses sont peu à peu entrain de s'achever.

C'est la période où la France investit énormément pour sa défense (jusqu'à 4% de son PIB certaines années alors qu'aujourd'hui si on atteint 2% on sabre le champagne).

C'est ainsi qu'en 1972, l'amiral de Joybert chef d'état-major de la marine nationale (CEMM)1 propose le Plan Bleu destiné à donner le format suivant à la marine nationale à l'horizon 1985 :

  • Deux porte-avions
  • Deux porte-hélicoptères
  • une trentaine de frégates et de corvettes
  • 80 avions embarqués
  • des bâtiments de guerre des mines, amphibies et logistiques

Ce magnifique plan officialisé par décret le 3 mars 1972 est abandonné suite aux conséquences du premier choc pétrolier de 1973.

Si les deux porte-avions sont préservés, les deux porte-hélicoptères sont abandonnés et pour ce qui concerne les corvettes type C-70 sur les 18 C-70ASM prévues seulement sept seront construites alors que sur les 6 C-70AA envisagées, seulement deux seront construites.

Du PH-75 au PA-75

Le 27 novembre 1973, le conseil supérieur de la Marine décide l'adoption d'un Plan Bleu prévoyant qu'en 1981, la Royale dispose de deux porte-hélicoptères de 18400 tonnes à propulsion nucléaire.

Ces navires devaient pouvoir mettre en œuvre non seulement des hélicoptères Lynx et Super Frelon mais également des avions ADAC/V, plus précisement des Harrier, l'un d'entre eux effectuant des essais à bord du Foch les 13 et 14 novembre 1973.

Ces navires devaient mener plusieurs missions qu'il s'agisse de la lutte ASM, de l'héliportage de commandos ou de l'évacuation de ressortissants en Afrique.

La mise sur cale des PH75 ou au moins du premier d'entre-eux, était prévu en 1976 mais avant même le début de la construction, le plan Bleu est retardé de près de cinq ans, la crise économique sonnant le glas des espoirs d'une grande marine.

Le 23 septembre 1980, la construction des deux PH-75 est annulée au profit de deux porte-avions à propulsion nucléaire ou PAN.

Trois options sont envisagées : trois porte-aéronefs de 18 à 20000 tonnes armés de Sea Harrier, deux petits porte-avions de 25000 tonnes et deux porte-avions de 35000 tonnes.

Finalement le conseil supérieur de la marine du 23 septembre 1980 entérine l'abandon du programme PH75 au profit de la troisième option à savoir la construction dans le cadre du programme PA-75 de deux porte-avions à propulsion nucléaire baptisés Provence et Bretagne.

A l'époque, la mise en service du premier est prévue pour 1992 et celui du second pour 1996. Si le premier rebaptisé Richelieu est financé à la loi de programmation militaire 1984-1988, le second qui devait être financé à la loi de programmation militaire 1989-1993 ne serait jamais commandé, laissant le seul porte-avions nucléaire non américain orphelin.

Le 4 juillet 1983 le budget pour un porte-avions nucléaire est débloqué pour la période 1984-86. Un avant-projet est défendu devant le Conseil Supérieur de la Marine (CSM) le 6 juin 1984, la marine notifiant le projet à la Direction des Constructions Navales (DCN) le 14 mai 1985.

Le baptême du nouveau porte-avions

Le président de la République et chef des armées a baptisé le nouveau porte-avions (ex-PA-NG) du nom de France Libre début mars, afin de l’inscrire dans les pas du général de Gaulle, qui avait donné son nom au premier porte-avions nucléaire français.

Le baptême a eu lieu devant un parterre d’industriels et de marins. Emmanuel Macron a pu au passage découvrir plusieurs fournisseurs de taille intermédiaire, et se faire une idée plus précise du navire dont la configuration est désormais arrêtée.

Il mesurera 310 m de long pour 90 m de large, aura trois catapultes (deux sur le Charles-de-Gaulle) et pourra simultanément catapulter et recevoir des aéronefs (avions et drones).

Le nombre d’aéronefs est le même que sur le Charles-de-Gaulle (40) ; une donnée étonnante si l’on se réfère au fait que 40 % de volume supplémentaire est disponible à bord.

Toutefois, l’Élysée s’est contenté de confirmer que la composition du groupe aérien embarqué serait bien plus riche que sur le Charles-de-Gaulle. Elle pourrait inclure des avions plus lourds, comme le New Generation Fighter (NGF) du Système de combat aérien futur (SCAF), ou un Rafale « survitaminé », ainsi que des aéronefs sans pilote.

Il a aussi évoqué l’embarquement « d’aéronefs européens », sans préciser lesquels.

Le porte-avions France Libre naviguera à compter de 2036, avec des essais qui doivent durer deux ans. Sa durée de vie est estimée à 45 ans. Le porte-avions France Libre doit entrer en service en 2038.

U.S. Navy
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