Le récit des Actes des Apôtres relate que, pendant que Pierre répondait aux païens réunis dans la maison du centurion, le Saint-Esprit descendit sur eux. Le tableau analysé est probablement l’un des « May » exécutés par Michel II Corneille sous la direction de son père Michel l’Ancien, maître de l’élève, et commandé en 1658 pour un second May destiné à Notre-Dame de Paris: « Saint Pierre baptisant le centurion Corneille ». Les May désignent les tableaux dont un était commandé chaque année entre 1630 et 1707, à l’exception des années 1683 et d’autres non précisés.
Michel II Corneille (1642-1708) était peintre français, fils de Michel Ier Corneille dit l’Ancien. Il fut l’élève de son père, puis des peintres du roi, Charles Le Brun et Pierre Mignard, dont il subit l’influence. Lauréat d’un prix fondé par l’Académie royale de peinture et de sculpture, il se rendit en Italie où il passa plusieurs années, sans doute de 1659 à 1663, à copier les œuvres des grands maîtres italiens qui devaient le marquer durablement. A son retour d’Italie, Michel II Corneille fut reçu à l’Académie royale le 19 septembre 1663 grâce à son tableau de La Vocation des Apôtres (musée des Beaux-Arts de Rennes).
Nommé professeur en 1690, il est l’auteur de compositions religieuses, Le Repos pendant la fuite en Égypte (musée du Louvre), La Vocation de Saint-Pierre et de Saint-André (May de Notre-Dame de 1672, musée des Beaux-Arts d’Arras), qui dénotent l’influence des frères Carrache. Le contexte de sa production s’insère dans la tradition de la peinture d’histoire et de style religieux du XVIIe siècle, marquée par une formation italienne et une résonance avec l’atelier Vouet.
- Le récit des Actes des Apôtres: Corneille est d’origine païenne, mais on dit qu’il « craignait Dieu ». Suite à une vision, il reçoit l’ordre d’envoyer des hommes chercher Pierre à Jaffa, afin que ce dernier vienne prêcher chez lui.
- Le moment clé: Pierre entre à Césarée; Corneille se prosterne, mais Pierre le relève en déclarant: « Reste debout. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »
- La descente de l’Esprit Saint: l’Esprit envahit la famille de Corneille et leurs amis réunis; tous seront baptisés et le récit souligne que les païens peuvent devenir chrétiens par la foi en Jésus Christ.
Sur le plan iconographique, l’œuvre met en scène Pierre rehaussant le centurion Corneille, avec en arrière-plan des figures et des colonnes évoquant une architecture symbolique liée au lieu. Cette composition se lit comme un lien entre l’histoire passée et le lieu présent où elle est regardée, renforçant le message théologique: l’universalité du salut et l’ouverture de l’Église naissante à tous les peuples.
Aubin Vouet et sa famille jouent aussi un rôle essentiel dans le cadre stylistique: Vouet introduit en France des méthodes et des éclairages inspirés de Caravage, avec des contrastes marqués et des drapés importants. Son influence sur les frères et élèves, dont Michel II Corneille, se lit à travers une esthétique où les figures assurent une place centrale et expressive, tandis que les détails architecturaux et symboliques renforcent le récit sacramental.
Le corpus de Michel II Corneille comprend des œuvres religieuses et des pièces à subjectifs historiques, comme La Vocation des Apôtres et Le Repos pendant la fuite en Égypte, qui témoignent d’un art conjuguant fidélité à l’influence italienne et capture des caractères propres à la peinture française du XVIIe siècle. Des catalogues et expositions ont permis de réévaluer son œuvre, notamment l’étude d’Yves Picart et les recherches autour de l’atelier Vouet, mettant en lumière la complexité et la richesse de la production cornelienne dans ce laps de temps.
La narration biblique autour de Corneille est l’un des passages les plus élaborés des Actes des Apôtres: la vision, la conversion et la descente de l’Esprit sur des païens marquent une étape théologique majeure pour l’Église. Le centurion Corneille est présenté comme un homme zélé, charitable et dévoué, dont la piété et l’ouverture spirituelle contribuent à élargir le cadre des premiers chrétiens au-delà des juifs, ouvrant la voie à une communauté universelle fondée sur la foi et le baptême.
Interprétations artistiques et historiques
La problématique de l’attribution et de l’identification des dessins préparatoires et des gravures associées à cette scène montre l’échange étroit entre les choix artistiques et les échanges académiques. Des dessins conservés à Vienne, Florence et au Louvre illustrent des interprétations alternatives de la composition, et témoignent des liens entre les ateliers italiens et l’école française du XVIIe siècle. Les études ont ainsi permis de formuler des hypothèses sur l’évolution stylistique et les influences croisées, tout en confirmant l’importance symbolique des éléments architecturaux et des gestes des personnages principaux.
En somme, le Baptême du centurion Corneille, tel que représenté par Michel II Corneille dans le cadre du programme des May et sous l’influence de son père, s’inscrit dans une dynamique artistique et théologique qui souligne l’ouverture universelle de la foi chrétienne et l’essor de l’Église primitive dans un contexte pictural florissant du XVIIe siècle.

Introduction - Pratique du Baptême des premiers siècles - Cyrille de Jérusalem
Tableau et dessin s’articulent autour d’un récit fondateur: la Visitation de l’Esprit Saint sur la maison de Corneille et la conversion de ses proches, fondant l’idée que le message chrétien touche toutes les nations et tous les horizons.
La recherche contemporaine met en lumière l’importance du corpus cornelien pour comprendre l’évolution de la peinture française de la première moitié du XVIIe siècle et l’intégration d’influences italiennes dans une narration visuelle codifiée par les commandes et les expositions.