Ils sont sur tous les ports de notre Méditerranée de Perpignan à Menton sous des noms différents, ! Vous les retrouverez amarrés aux quais, bercés par le clapotis des eaux. Bateau de pêche traditionnel, intemporel et coloré, le pointu, aussi appelé barquette marseillaise, magnifie avec charme et poésie le littoral Provençal. C’est tout simplement à sa forme que ce bateau de Provence doit son nom. Inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel français, le pointu est aujourd’hui profondément ancré dans le cœur des provençaux. Il évoque à certains de joyeux souvenirs d’enfance. À d’autres de mémorables parties de pêche. Il est, quoi qu’il en soit, toujours associé à de bons moments et partie intégrante d’un patrimoine local jalousement préservé.
L’été, une trentaine d’embarcations participent à la Fête des pointus de l’île de Porquerolles. C’est à l’implication sans faille d’une poignée de passionnés que l’on doit la préservation des pointus de Provence. De Marseille à Menton, plusieurs associations leur sont dédiées, dont Les Pointus de Sanary, Pointus, Légendes et Traditions à Bandol et Copains des Pointus d’Antibes. Rares sont aujourd’hui les constructeurs à perpétuer la construction de ces bateaux de Provence. C’est le cas du chantier Trapani, basé à Cassis, et du chantier naval Borg, à Marseille.
Inspiration des Phéniciens : Ce sont les Phéniciens, grands navigateurs et marchands de l'Antiquité, ont laissé une empreinte durable sur les formes des embarcations méditerranéennes. Formes adaptées à la navigation côtière : Les embarcations de l’époque étaient conçues pour la navigation côtière, avec des lignes simples et fonctionnelles. Introduction de la voile latine : Un moment clé dans l’évolution des Pointus. Expansion des usages : À partir du XIXe siècle, le Pointu devient l’embarcation la plus utilisée par les pêcheurs et les petits commerçants dans toute la Provence. La voile latine comme symbole : C’est durant cette période que la voile latine devient indissociable du Pointu. Renaissance patrimoniale : De nos jours, le Pointu est considéré comme un symbole fort de l’identité provençale et méditerranéenne. Industrialisation et motorisation : Au début du XXe siècle, l’apparition des moteurs a réduit la nécessité des Pointus à voile. Conservation du patrimoine : Dans la seconde moitié du XXe siècle, avec l'essor des bateaux de plaisance en plastique, les Pointus commencent à disparaître.
Les santons et les différentes coutumes lors des fêtes de Noël en Provence sont reconnues internationalement de par leur histoire riche et leur présence encore forte sur le territoire provençal. Malgré le temps clément et le beau soleil qui continue à inonder nos collines, Noël approche à grands pas. Fi de cette Covid dont le sigle nous est devenu familier jusqu’à l’overdose, et, sans omettre les règles sanitaires indispensables, parlons fêtes. L’origine de la crèche provençale vient paradoxalement d’Italie, du village de Greccio, située dans la province de Rieti. En effet, dès le XIIème siècle, dans les églises italiennes, on représentait la scène de la Nativité avec des sculptures mobiles, non fixées au sol. Cette « crèche vivante » a donné naissance à une tradition qui s’est perpétuée, mais les « acteurs » ont été très largement remplacés par des personnages en bois, en cire, en carton-pâte, en faïence et même en verre.
Le santon, petite figurine en argile colorée de la crèche provençale, participe à la mise en scène de la Nativité, autour de l’enfant Jésus, la Vierge Marie et saint Joseph, avec l’âne et le bœuf censés réchauffer l’enfant avec leur souffle. Ces santons figurent, entre autres, les Rois Mages et les bergers et toute une série de petits personnages, dont l’apparence est directement inspirée des costumes et des métiers des habitants des villages provençaux traditionnels. Le vrai santon du provençal “Santoun” (petit saint) est en argile non cuite, crée artisanalement à la main. La toute première crèche a été imaginée à Marseille vers 1775 par un dénommé Laurent. La crèche était constituée de mannequins articulés vêtus de costumes locaux. Pour y ajouter un brin d’exotisme, le créateur y avait placé des girafes, des rennes et des hippopotames.
L’écrivain Jean-Paul Clébert (1926-2011) raconte : « À l’époque du Concordat, Laurent montrait même un carrosse qui s’avançait vers l’étable ; le pape en descendait, suivi des cardinaux. Devant eux s’agenouillait toute la Sainte-Famille et le pape lui donnait sa bénédiction. Pendant l’adoration des bergers, un rideau se levait, dévoilant la mer sur laquelle voguait un bâtiment de guerre. À la fin de la Révolution, le faïencier marseillais Jean-Louis Lagnel (1764-1822) a élaboré les santons tels qu’on les connaît aujourd’hui. Il fut au début concurrencé par les santibelli, d’origine italienne, réalisés en plâtre. Dans les années 1830, ils étaient vendus par des marchands napolitains dans les rues du Vieux-Port. À partir du Concordat (1801), ces figurines en argile moulée et peinte sont destinées à des crèches publiques ou familiales. J.-L. Lagnel et ses suiveurs ont créé un très grand nombre de personnages, inspirés par les passants des rues et les petits métiers de l’époque. Ils ont eu un tel succès qu’à Marseille, la foire de Noël qui les vendait devint, au milieu du XIXesiècle, la « foire des santons ».
Au XXe siècle, l’artisanat saisonnier du santon se transforme en une fabrication à plein temps au sein d’une communauté de santonniers, dont l’activité n’a pas désempli depuis deux siècles. Les artisans et de petites entreprises détiennent un monopole relatif sur la production de santons, dont la renommée dépasse les frontières de la Provence. La tradition veut que chaque année, la crèche soit mise en place peu avant Noël pour n’être défaite qu’au début février, à la Chandeleur. Pour harmoniser la crèche et simuler la perspective, des santons de différentes tailles sont utilisés. Les plus grands sont placés sur le devant, ce sont traditionnellement le berger et son troupeau, qui seront ensuite rejoint par les rois mages. Les santons puces sont mis dans le fond de la crèche figurant le lointain. Les santons doivent ensuite prendre figure humaine, une allure, un caractère et même un rang social. Cette tradition est présente dans chaque département de la Provence mais plus forte dans les Bouches du Rhône. Il existe une centaine d’ateliers de santons entre Marseille, Aubagne, Aix en Provence, Arles. La Foire aux Santons de Marseille est la plus ancienne foire aux santons de Provence. La première foire prit place à Marseille en 1803, sur le cours Belsunce, à l’initiative de 3 exposants. Elle connue rapidement un tel succès, qu’à partir de 1883, elle fut installée sur les allées de Meilhan, qui de nos jours sont devenues la Canebière. Après quelques années sur le Cours Estienne d’Orves dans les années 2000, la Foire aux Santons est revenue près de la Canebière, sur la place du Général de Gaulle. Le quartier du Vieux-Port accueille non seulement la Foire aux Santons, mais également le marché de Noël artisanal, sur les quais, aux pieds de la grande roue ! Son inauguration s’effectue après la Messe des Santonniers, prononcée en « lengo nostre », en haut de la Canebière, au sein de l’église des Réformés. La trentaine de santonniers, installés dans des cabanes en bois, sont des artisans professionnels issus des anciennes familles de santonniers. Ils présentent aux amateurs leurs figurines aux pieds d’argile. En déambulant dans les allées, se dévoilent ces personnages de la Nativité, ainsi que tous les personnages de la crèche provençale. On trouve également sur cette foire, des santons qui ne figurent pas dans nos pastorales, mais qui représentent également la Provence, tels que les Arlésiennes en costume ou des joueurs de pétanque. Des animations, prévues tout au long de la durée de la foire, rendent ce moment particulièrement agréable, comme des spectacles de cracheurs de feu, des acrobates et également des groupes folkloriques provençaux qui animent les mercredis et les week-ends aux sons des Galoubets et Tambourins. Outre les petits santons peints, on peut trouver à cette foire des « santons habillés », en costume traditionnel, chacun portant les insignes de son métier. Les premiers santons étaient confectionnés en mie de pain, mais petit à petit c’est l’argile rouge de Provence qui a été privilégiée pour la fabrication. Il existe de nos jours une forte concentration d’ateliers de santons entre Marseille, Aubagne, Aix-en-Provence, Arles ; les Bouches-du-Rhône en compte 62, et le Vaucluse 26 santonniers. Viennent ensuite le Var, avec 8, les Alpes-de-Haute-Provence avec 7 et les Alpes-Maritimes qui en comptabilisent 6 dans leur partie provençale. Les santonniers passent par sept étapes pour réaliser un santon. Ils réalisent, tout d’abord, un modèle dans l’argile crue, placé sur un socle qui fera partie du sujet. Ensuite a lieu la fabrication du moule coulé en plâtre. Après une pression à la main des deux parties, le surplus est ébarbé et le santon sorti du moule est mis à sécher. La dernière opération manuelle consiste en un ébarbage plus fin pour ôter toute trace de moulage. Puis le santon est remis à sécher avant d’être cuit dans un four à 800° C. On en fabrique des grands de plus de 10 centimètres dont les bras sont collés après la cuisson et d’autres en fil de fer habillés de tissus dont seuls les mains et la tête sont en argile. Elles remplissent les ports de Marseille, La Ciotat, Cassis ou encore de Carro : les barquettes sont l’une des caractéristiques des ports provençaux. Mais attention, il ne faut surtout pas les confondre avec les pointus ! Incarnation du savoir-faire naval et symbole du monde maritime marseillais, la barquette est le bateau provençal par excellence. Ces petites barques en bois utilisées pour la pêche côtière font partie du paysage provençal depuis plus d’un siècle. Avant leur apparition, les pêcheurs locaux utilisaient deux types de bateaux à voile latine : la Bette, petite embarcation de pêche côtière, et le Mourre de Pouar dont le nom signifie « museau de cochon », un bateau lourd destiné à la pêche de sardine et de thon. La construction de quais et de jetées ont provoqué la disparition du Mourre de Pouar et la barquette s’est généralisée. A l’origine, ces embarcations fonctionnaient à la voile. Aujourd’hui, la plupart des barquettes sont motorisées, mais une centaine d’entre elles naviguent encore de façon traditionnelle. Les barquettes marseillaises ne sont pas des bateaux comme les autres : elles ont des caractéristiques qui leur sont propres. On les reconnait par leur galbe si particulier adapté à la navigation dans la baie marseillaise. Leur coque, longue de 4 et 9 mètres, est symétrique et pointue à la proue comme à la poupe. Le capian est également un élément phare. Une pièce d’étrave située à l’avant, qui sert à amarrer le bateau : sa forme allongée rehaussée de « joues » est symbole de virilité. Son galbe particulier lui a valu le surnom de « pointu », donné par les marins de la Marine nationale en opposition à leurs canots. "Eh monsieur, un pointu, on dit pas, ici. Fanny, Toinou, Manon, Fifi ou encore Rose, les embarcations portent souvent un prénom familial. En effet, la tradition veut que ces barquettes soient transmises de génération en génération et racontent l’histoire familiale. Aujourd’hui, il reste environ 600 barquettes emblématiques qui font partie du patrimoine maritime provençal.
