BFM Live le 1er mai : qui a gagné ?

Le 1er mai 2024, personne ne peut véritablement parler de vainqueur : les syndicats ont réussi à mobiliser plusieurs dizaines de milliers de personnes, mais la journée a aussi montré leurs divisions et s’est achevée sur des chiffres de participation très éloignés selon les sources.

D’après le ministère de l’Intérieur, 121.000 personnes ont défilé en France, contre plus de 210.000 selon la CGT. La mobilisation est donc restée nettement inférieure à celle de 2023, lorsque les autorités avaient recensé 800.000 manifestants et la CGT 2,3 millions, mais elle s’est située à un niveau comparable à celui de 2022.

Des chiffres de mobilisation très différents

La CGT a annoncé "plus de 200.000" personnes dans les rues françaises mercredi à l’occasion du 1er-Mai, avant de préciser un total de 210.000 manifestants. Le ministère de l’Intérieur a de son côté avancé le chiffre de 121.000 personnes.

ÉchelleChiffre annoncé par la CGTChiffre annoncé par les autorités
FrancePlus de 210.000121.000
Paris50.00018.000
Nice600400

À Paris, la CGT a annoncé environ 50.000 manifestants, tandis que la préfecture de police en a comptabilisé 18.000. À Nice, 600 personnes ont participé au rassemblement selon les syndicats, contre 400 selon la préfecture.

À Toulouse, entre 5.500 personnes, selon la préfecture et 12.000 d’après la CGT, ont manifesté dans la matinée "pour nos salaires, pour nos retraites, contre l’extrême droite et pour la paix". À Lyon, 6.500 personnes ont défilé globalement dans le calme selon la préfecture du Rhône.

Comparaison chiffres manifestation 1er mai France

Une mobilisation inférieure à celle de 2023

L’an dernier, 800.000 manifestants avaient été recensés par les autorités, 2,3 millions selon la CGT, des chiffres bien au-delà d’un 1er-Mai classique. En 2022, 116.500 personnes avaient manifesté en France, selon les autorités.

La mobilisation de 2024 a donc marqué un recul très important par rapport au 1er mai 2023, organisé en pleine contestation contre la réforme des retraites. Elle a toutefois retrouvé un niveau proche de celui de 2022 selon les décomptes syndicaux et légèrement supérieur selon les chiffres officiels.

Une unité syndicale moins visible

Après un défilé unitaire l’an passé en pleine contestation contre la réforme des retraites, les syndicats ont à nouveau manifesté divisés cette année. Sophie Binet, qui a défilé à Paris, a dénoncé "le projet de casse sociale du gouvernement", notamment avec la réforme de l’assurance-chômage.

Marylise Léon a défilé à Nancy, où les thématiques européennes étaient davantage mises en avant. Cette distance contraste avec l’union des organisations syndicales l’année dernière en pleine séquence sociale contre la réforme des retraites.

"L’unité syndicale ne veut pas dire qu’on fait toujours tout en même temps", se défend Marylise Léon. "L’année dernière, le 1er Mai avait un sens particulier puisque c’était les retraites. Cela donne aussi à voir des axes sur lesquels les syndicats veulent se concentrer."

Sophie Binet a toutefois assuré que "l’intersyndicale est toujours rassemblée". "Sur la majorité du territoire, les organisations syndicales sont unies et les rassemblements sont unitaires", observe-t-elle.

"L’intersyndicale est toujours rassemblée notamment dans notre refus des projets de casse sociale du gouvernement à commencer par la réforme de l’assurance-chômage qui est dénoncée par l’ensemble des organisations syndicales."

Les revendications sociales au centre des cortèges

Présente dans le cortège parisien du 1er Mai, la secrétaire générale de la CGT a dénoncé "la casse sociale" menée par le gouvernement et qui transparaît notamment à travers la réforme de l’assurance-chômage.

"Les comptes de l’assurance-chômage sont au vert, on a déjà encaissé cinq réformes en sept ans de mandat d’Emmanuel Macron", rappelle la leader syndicale. "Il faut qu’il arrête de prendre l’argent de nos cotisations comme son tiroir-caisse."

Sophie Binet s’est également exprimée depuis la place de la République à Paris avant le départ du cortège. Pour la syndicaliste, "il y une urgence sociale absolue" en France à laquelle il convient de répondre.

"Il faut un grand plan pour augmenter les salaires et bloquer les profits", a-t-elle demandé. Elle a également déploré que la "cacophonie gouvernementale a laissé libre cours à la délinquance patronale."

Jean-Luc Mélenchon a lui aussi appelé à "augmenter les salaires". "Les prix s’envolent, les revenus diminuent", a déclaré le fondateur de La France insoumise qui réclame "des lois d’urgence sociale" permettant d’"harmoniser les salaires avec l’augmentation des prix (...) immédiatement et pour toute la durée de la crise."

Jean-Luc Mélenchon, après défendu le 1er-Mai "journée de lutte depuis le 1er jour", s’est ensuite exprimé sur la situation sociale. "Le premier de nos mots d’ordre, c’est d’augmenter les salaires", a-t-il déclaré.

La réforme de l’assurance-chômage et les services publics

La secrétaire générale de la CGT a également réagi au retrait des heures supplémentaires des enseignants jusqu’à la fin de l’année afin de réaliser des économies.

"La casse sociale du gouvernement se marque aussi par les coupes violents imposées dans nos services publiques, à commencer par l’Education nationale où les enseignants découvrent qu’ils n’auront plus d’heures supplémentaires jusqu’à la fin de l’année."

"C’est un mépris complet pour leur travail en direction de leurs élèves."

Le débat sur le travail le 1er mai

Les manifestations ont également porté sur la remise en cause du caractère férié et chômé du 1er-Mai. De nombreux artisans boulangers et fleuristes ont fait travailler leurs salariés avec le soutien du gouvernement et en dépit de la loi qui l’interdit et des protestations des syndicats.

Il y aura bien du pain et du muguet ce 1er mai. En théorie pourtant, tout devait s’arrêter. Pas de travail. Pas d’exception. Une journée à part dans le calendrier.

La fête du travail est le seul jour férié obligatoirement chômé en France. Un héritage des luttes ouvrières, inscrit dans la loi depuis près de 80 ans.

Dans les faits, certains secteurs continuent pourtant de tourner, alors le gouvernement cherche à réguler l’usage. Mais autoriser davantage de commerces à ouvrir, ce n’est pas seulement une question pratique. C’est toucher à un principe.

Jean-Luc Mélenchon a estimé que "le choix libre n’existe pas". Sophie Binet a dénoncé une "cacophonie gouvernementale" qui aurait laissé libre cours à la "délinquance patronale".

Le gouvernement défend l’ouverture des commerces

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a symboliquement acheté du pain dans une boulangerie de Haute-Loire afin de montrer son soutien aux commerçants qui ont choisi d’ouvrir leur boutique malgré le flou juridique entourant ce jour férié et chômé de la Fête du travail.

Sébastien Lecornu assure que les contrôles dans les commerces ont eu lieu mais "aucun incident n’est remonté".

Sébastien Lecornu s’est rendu dans une boulangerie de Saint-Julien-Chapteuil, en Haute-Loire, pour soutenir les commerçants qui ont choisi d’ouvrir leur boutique malgré le flou juridique entourant ce jour férié et chômé de la Fête du Travail.

La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a dénoncé "une politique spectacle dont on n’a pas besoin".

"On a besoin de donner à voir ce qu’est la réalité d’un salarié en boulangerie, chez un fleuriste, qui pour beaucoup ont des troubles musculo-squelettique, des tendons usés, c’est important qu’un responsable politique puisse être à l’écoute des travailleurs."

Les Jeux olympiques s’invitent dans la manifestation

À moins de trois mois de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques et paralympiques, la secrétaire générale de la CGT a déploré l’absence de réponse du gouvernement concernant l’organisation d’une table-ronde à Matignon pour aborder "les dysfonctionnements sociaux dans la préparation" des JO.

"Ils ne sont même pas capables de trouver une date pour organiser cette table-ronde avec tous les interlocuteurs. A partir de là, comment voulez-vous que ça se passe bien si les pouvoirs publics ne répondent pas aux questions très simples que nous posons ?"

Sophie Binet souhaite notamment évoquer les contre-parties pour les salariés privés de congés d’été qui devront faire des heures supplémentaires ou travailler de nuit ou les week-ends.

"Nous posons également la question des gardes d’enfants et de l’accès au logement et aussi la question des libertés de circulation", ajoute-t-elle. "Il y a des enjeux de sécurité très important" mais il ne faut pas qu’on empêche les délégués syndicaux de pouvoir accéder aux sites de travail.

Au sein du cortège parisien, des manifestants ont protesté contre la tenue des Jeux olympiques et paralympiques de Paris à l’été. Des manifestants ont brûlé des anneaux olympiques en carton lors de la manifestation annuelle du 1er-Mai.

Des tensions à Paris, Lyon et Nantes

Les manifestations ont été globalement calmes et festives, mais des tensions ont éclaté dans plusieurs villes. À Paris, de premières tensions ont été signalées en tête du cortège après la tentative de dégradation d’un commerce par des manifestants.

Alors que le cortège parisien est arrivé sur la place de la Nation, des tensions ont continué d’éclater entre certains manifestants et les forces de l’ordre. À 17 heures, 29 personnes avaient été interpellées en marge du cortège parisien.

Selon la préfecture de police, 917 personnes ont été contrôlées en marge de la manifestation à Paris et 25 ont été interpellées, dont la majorité en amont du départ du cortège.

À 18 heures, 45 personnes avaient été interpellées à Paris selon un bilan de la préfecture de police. Laurent Nuñez a ensuite indiqué que le "pré-cortège" avait compté jusqu’à 4.500 personnes, avec des "fauteurs de troubles".

"Dans ce pré-cortège, on a décompté jusqu’à 500 à 600 éléments très radicaux appartenant pour une grande partie d’entre eux à la mouvance d’ultre-gauche."

À Nantes, des violences ont éclaté dans le centre-ville lors de la manifestation qui a réuni plusieurs milliers de personnes pour le 1er mai, avec des dégradations de commerces et des tirs de gaz lacrymogène.

Vers midi, des manifestants se revendiquant du mouvement "antifa", habillés de noir et casqués, ont commencé à attaquer des vitrines, notamment une banque, un supermarché Carrefour ou encore un magasin de vêtements.

À Lyon, des individus vêtus de noir et le visage dissimulé ont pris une banque pour cible, à l’angle de la rue de Créqui et du cours Gambetta, en forçant les barricades de protection installées sur l’établissement.

Quelques dizaines de black-blocs ont été vus dans le cortège et ont tiré des mortiers d’artifice contre les forces de maintien de l’ordre, qui ont répliqué avec du gaz lacrymogène.

Interpellations et blessés parmi les forces de l’ordre

À Lyon, 22 personnes ont été interpellées en marge du cortège. Ces personnes ont été interpellées pour des actes de violences envers les forces de l’ordre et des jets de projectiles.

Un individu, qui a arraché le drapeau tricolore de l’office de tourisme a également été arrêté. Lors de la manifestation, deux policiers ont été blessés.

À Paris, sept membres des forces de l’ordre ont été transportés à l’hôpital en urgence relative après avoir été la cible d’un engin explosif artisanal. Les faits se sont déroulés à 16 heures en marge du cortège parisien.

D’après un nouveau bilan, 12 policiers et gendarmes ont été blessés à Paris. Ils ont tous été transportés à l’hôpital en urgence relative.

Au soir de la manifestation du 1er-Mai à Paris, le préfet de police de Paris a fait le point sur la situation. Selon lui, la manifestation syndicale s’est déroulée "dans le calme même si nous avons eu à nouveau des incidents à gérer dans le pré-cortège".

D’après un nouveau bilan, ce sont 13 membres des forces de l’ordre qui ont légèrement été blessés.

Laurent Nuñez a salué une manifestation qui s’est déroulée "dans le calme" malgré des "incidents à gérer dans le pré-cortège".

Les réactions politiques

Emmanuel Macron a publié un message sur son compte X afin de rendre hommage aux travailleurs en cette journée du 1er Mai : "Vous nourrissez les Français. Vous faites vivre nos traditions. Vous faites rayonner nos savoir-faire. Et le monde nous envie ! Vous nous rendez fiers."

Jean-Luc Mélenchon a appelé à "tourner la page" Emmanuel Macron "puisqu’il s’en va." Le fondateur de la France insoumise a contesté la légitimité du gouvernement de Sébastien Lecornu.

Le fondateur de La France insoumise a dénoncé depuis la place de la République "l’augmentation des prix à la pompe qui remplit les poches des pétroliers", dans le contexte de guerre au Moyen-Orient.

Jean-Luc Mélenchon a appelé TotalEnergies à les taxer. "TotalEnergies, passez à la caisse", a-t-il déclaré.

Marine Le Pen et Jordan Bardella ont rendu hommage à Jeanne d’Arc lors d’un meeting à Mâcon. Le Rassemblement national avait renoncé à son défilé annuel du 1er-Mai en son honneur pour organiser ce qu’ils ont baptisé la "Fête de la Nation".

Marine Tondelier a appelé le Parti socialiste à se prononcer rapidement sur l’organisation d’une primaire de la gauche. "Nous souhaitons une primaire rassemblant toute la gauche afin de désigner un candidat unique."

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a été enfariné dans la manifestation du 1er-Mai à Amiens. Le député PS Boris Vallaud lui a adressé un message de soutien sur X dénonçant "des méthodes inacceptables", qui "nuisent au combat de toute la gauche et des travailleurs."

Alors, qui a gagné ?

Les syndicats peuvent se prévaloir d’avoir maintenu une mobilisation nationale et d’avoir placé les salaires, l’assurance-chômage, les services publics et le caractère chômé du 1er-Mai au centre du débat. La CGT a également réussi à mobiliser davantage de personnes qu’en 2022 selon son propre décompte.

Le gouvernement peut, lui, souligner que la mobilisation est restée très inférieure à celle de 2023 et que les manifestations se sont déroulées "dans leur très grande majorité" dans le calme. Les chiffres officiels de participation donnent également une image d’un mouvement important, mais sans dynamique comparable à celle de la contestation contre la réforme des retraites.

Le véritable résultat du 1er mai 2024 est donc partagé : les syndicats ont conservé leur capacité de mobilisation, mais leur unité est apparue moins forte et leur démonstration de force n’a pas atteint le niveau de l’année précédente. La journée a surtout confirmé un rapport de force social persistant, sans produire de vainqueur politique clairement identifié.

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