Bonne année Fernandel : souvenirs et parcours d’un acteur populaire majeur

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Pour fêter le 115° anniversaire de la naissance de Fernandel, nous revenons sur ses souvenirs tels qu’ils ont été retranscrits par Francia-Rohl, et sur l’année 1937, où il tourne en parallèle Regain et Le Schpountz de Marcel Pagnol. Fernandel appartient à une catégorie de comédiens délaissés par les honneurs officiels, mais demeure l’un des plus grands acteurs populaires français.

Des débuts modestes et l’influence du milieu familial

En revendiquant le titre d’enfant de la balle, il est évident que son enfance et ses débuts remontent à une Marseille marquée par le Music-Hall et les chansonniers, avec Pearl White dans le monde du cinéma.

Mes père et mère faisaient partie d’une société d’amateurs comme il en existe à Marseille par dizaines. La stature de mon père le vouait aux rôles tragiques ; il exprimait avec un naturel pathétique toute l’horreur de situations que sa conviction rendait presque vraisemblables. Ma mère brillait dans l’emploi des ingénues. Qu’elle se trouvât dans une position visiblement intéressante n’incommodait en rien les spectateurs.

Avant l’âge de raison, la personnalité apparaît. Notre domicile était dans la Plaine, en haut du département. Les noms des quartiers de Marseille ont des origines quelquefois obscures et quand on m’apprit ce qu’est une plaine, je souris de pitié. Je fus mis à l’école communale de la rue des Vertus. J’y donnai l’exemple d’une grande application… à distraire mes petits camarades. Pendant la classe, j’improvisais des grimaces ; les punitions distribuées par le maître, impuissant à rétablir l’ordre, me renseignaient avec exactitude sur mes possibilités. J’appris à reconnaître les effets qui portent. Je découvrais avec une satisfaction mêlée d’orgueil ma vis comica.

Les débuts professionnels et les premières scènes

Après les grimaces, j’essayai la chansonnette. Faire rire ! Quand je voyais autour de moi des mines réjouies, je me sentais inexprimablement heureux. Le prof d’arithmétique avait la physionomie austère des règles auxquelles je m’efforçais en vain de trouver un charme quelconque. Les chiffres qu’il dessinait sur le tableau noir exécutaient dans mon esprit une danse macabre. Tout, dans ce cours en noir et blanc, inspirait des idées funèbres et ma gaieté m’abandonnait.

J’étais très petit - je devais grandir d’un seul coup. Quand je fus présenté au directeur, celui-ci considéra d’un air perplexe ma chétive personne. Satisfait du courage dont je fis preuve pendant cet examen, je le vis sourire : « Allons, dit-il, ce n’est pas un dragon, mais nous en ferons un chasseur. » Je fis, sans quitter la B. N. C, plusieurs services et l’on m’y considérait comme un employé modèle. Mes collègues m’avaient adopté. J’avais le sentiment d’appartenir à une grande famille.

Quelques farceurs eurent l’idée d’une blague à faire au Chef du Personnel et sollicitèrent mon concours que je n’osai pas leur refuser. Un monte-charge servait au transport des dossiers dans le bureau de la victime ; je tenais facilement dans cette cage. On m’y installa, on me hissa, et le Chef en m’apercevant poussa un hurlement de terreur : « Il y a un cadavre dans l’ascenseur ! » Nous ne lui laissâmes pas le temps de revenir à lui et je fus redescendu par les auteurs de cette plaisanterie qui me félicitèrent sur la manière dont j’avais tenu mon rôle.

Toutes les semaines, dans les sociétés, dans les cercles, je donnais avec mon frère un numéro de duettistes à transformations. Chavat et Girier avaient créé ce genre dont la fortune semblait devoir être inépuisable. Que les personnages fussent des agents de police, des civils ou des tourlourous, les caractères présentaient dans leurs rapports quelque chose d’invariable : il y avait l’abruti et le malin ; le supérieur - en grade - avait toujours le dessous. Nous changions de coiffure et de personnage en passant derrière le rideau. Ce n’était pas très compliqué ni très fatigant et, dans la même soirée, nous pouvions, étant très demandés, faire trois cachets.

Le cinéma et l’essor de Fernandel

Il aimait le cinéma et fréquentait les cinémas de quartiers, bondés le samedi et le dimanche, où le programme était copieux et où la musique de l’orchestre accompagnait mécaniquement le film. L’orchestre, composé d’un piano, d’un violon et d’un violoncelle pour les établissements modestes, accompagnait le film et l’on pouvait suivre l’action cinématographique les yeux fermés. Les trémolos signalaient un danger imminent et les pizzicati donnaient plus de légèreté à la fuite du ravisseur à cheval. Le coup d’archet lent poétisait le baiser passionné qui pouvait être prolongé sans crainte du ridicule.

À Marseille, on chante à tous les coins de rue; les concours d’amateurs avaient lieu devant le grand public et le cochon de payant se comportait comme un tigre après un long jeûne. Faire partie du jury était un honneur recherché par les notabilités et les gros commerçants; des prix en espèces étaient offerts par les vedettes et les éditeurs. J’interprétais toujours le répertoire de Polin, mais j’avais renoncé à le copier et je fis ma propre chanson, écrit par mon ami Jean Manse: « Moi, je vais au cinéma ». Le cinema était alors pour moi un lieu de fascination et d’aspiration plutôt qu’un simple métier.

Le monde des cafés-concerts et des revues, ainsi que les concours d’amateurs, ont été des tremplins essentiels pour développer son répertoire et affiner son sens de la scène. Je me fis connaître dans ce milieu par des duettistes et des sketches, et peu à peu, ma curiosité pour le cinéma grandit, jusqu’à envisager une carrière plus vaste.

Réalisation et héritage

En 1937, Fernandel tourne en parallèle Regain et Le Schpountz de Marcel Pagnol, confirmant son rang parmi les grands acteurs populaires français. Malgré les critiques qui l’envoient parfois vers des projets plus modestes, son talent et sa popularité demeurent incontournables. Ses souvenirs, comme ceux de Francia-Rohl, montrent une trajectoire où le théâtre, le music-hall et le cinéma coexistent pour forger une carrière emblématique du cinéma populaire français.

photographies et archives de Fernandel et Marseille

Francis the First 1937 - Colored by AI

Par-delà les épreuves et les tournages, Fernandel incarne une figure de rassemblement autour du divertissement accessible, tout en démontrant une capacité remarquable à s’adapter et à évoluer dans l’univers changeant du cinéma français du XXe siècle.

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